De la difficulté d’enregistrer ses armes de chasse

«Si le gouvernement n’entend pas assouplir son formulaire avant de modifier la loi, il devrait instituer un moratoire sur l’enregistrement obligatoire», estime l'auteur.
Photo: iStock «Si le gouvernement n’entend pas assouplir son formulaire avant de modifier la loi, il devrait instituer un moratoire sur l’enregistrement obligatoire», estime l'auteur.

J’ai essayé, mais en vain, d’enregistrer mes armes de chasse avant le 29 janvier. Ce fut peine perdue : le système d’enregistrement a refusé de compléter l’enregistrement dès la première tentative.

N’ayant pas sous la main certaines de ces armes, je ne pouvais déclarer exactement la longueur des canons, une donnée qui ne serait plus essentielle, selon l’entente conclue entre le gouvernement et la Fédération des chasseurs et pêcheurs. Mais malgré cet engagement, cette donnée demeure toujours essentielle. Cherchez l’erreur. J’ai donc écrit aux responsables du registre pour leur demander comment réaliser un enregistrement sans inscrire la longueur des canons de mes armes de chasse. J’attends encore la réponse à ma question, posée avant la date fatidique du 29…

On doit donc se demander pourquoi les responsables du registre n’acceptent pas dès maintenant la règle pourtant toute simple du défunt registre fédéral, c’est-à-dire de préciser simplement si une arme d’épaule mesure plus ou moins 470 mm, soit la norme du Code criminel. C’était suffisant pour déterminer si l’arme était légale ou à usage restreint.

Véritable désinformation

Force est donc de constater que les « assouplissements » annoncés ne s’appliquent pas aux centaines de milliers de propriétaires actuels d’armes d’épaule, lesquels ont l’obligation de les enregistrer maintenant. Les amendements annoncés à la loi ne s’appliqueront ainsi en principe qu’aux futurs propriétaires, un nombre marginal. On est donc ici en face d’une véritable désinformation quand le gouvernement parle d’assouplissements aux chasseurs pour les inviter à enregistrer leurs armes, puisqu’ils devront fournir maintenant des informations qui ne seront plus nécessaires plus tard, mais que le gouvernement leur aura quand même soutirées tout en prétendant avoir fait une concession. On n’est pas loin d’une arnaque sur les plans moral et politique.

Pourtant, le registraire pourrait dès maintenant modifier le formulaire et n’exiger qu’une déclaration similaire à celle de l’ancien registre fédéral quant à la longueur des armes, soit plus ou moins 470 mm, ce qui constituerait une information légale sur la longueur de l’arme, fût-elle sommaire, ce qui peut vraisemblablement s’appliquer dès maintenant, en conformité avec la loi actuelle et les engagements gouvernementaux.

Si le gouvernement n’entend pas assouplir son formulaire avant de modifier la loi, il devrait, par cohérence et honnêteté, instituer un moratoire sur l’enregistrement obligatoire jusqu’à ce que l’ensemble des chasseurs puisse bénéficier des assouplissements promis. C’est d’ailleurs ce que réclament déjà 11 MRC du Québec, des acteurs institutionnels qu’il est difficile d’assimiler à des radicaux pro-armes, émotifs et guerriers. Cela susciterait un temps de réflexion dans une logique d’écoute et d’ajustements du registre aux besoins des différents segments de la population. Il ne faut pas oublier ici que Montréal est une région parmi d’autres au Québec, malgré son habituel impérialisme politique et médiatique.

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3 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 6 février 2019 04 h 43

    Photo truquée ?

    Sur la photo qui coiffe cet article, le chasseur devient une inquiétante silhouette noire tandis que son chien a conservé ses couleurs. Comme plusieurs autres quand il est question de port d'armes, cette image est-elle truquée dans le but de transmettre un message subliminal anti-chasseurs et anti-port d'armes ?

  • Bernard LEIFFET - Abonné 6 février 2019 09 h 48

    Les armes de chasse...

    Bravo pour la photo! Quels souvenirs de chasse avec des chiens d'arrêt et des chiens rapporteurs! Je l'apprécie plus que les posters montrant des armes de guerre pour faire avancer le registre, lesquels ont été vus de l'étranger, ce qui est loin d'être un exemple de démocratie ici. J'ai rencontré le même problème, autrefois avec l'enregistrement au fédéral. C'est avec beaucoup d'argent gaspillé, que celui-ci a été, je suppose après reflexions, abandonné. L'attitude des chasseurs en réaction au registre québécois imposé, est plus complexe que l'on voudrait le croire. Par exemple, les chasseurs aux chiens courants et ceux aux chiens d'arrêt n'ont pas les mêmes objectifs et les territoires sont distincts. Avant de pratiquer leur activité préférée, ils s'entraînent dans un stand de tir pour vérifier le fonctionnement de leur carabine, en toute sécurité. La pratique du tir aux pigeons d'argile, fosse et trappe est tout aussi utile. Bref, on veut tout mettre dans un moule sans distinction. En communiquant votre adresse courriel par Internet, au diable la protection des données! En terminant, spécifiquement comme ancien instructeur du cours de maniement d'armes de chasse, toutes les personnes qui ont suivi mes cours ont dû faire du tir sur cible et du tir au pigeon d'argile, grâce à l'appui d'une Association de chasse. À l'époque, j'avais demandé à la Fédération que l'on intègre ces exercices, afin de mieux préparer les chasseurs en devenir. En extrapolant les coûts d'exploitation d'un tel registre, à partir du fédéral, sur le nombre potentiel de personnes impliquées, c'est au bas mot plus de 100 millions de dollars de fonds publics qu'il faudra pour avoir un système plus performant... Un enregistrement volontaire par courrier, pourrait être organisé, les documents (formulaire et enveloppe) requis déposés dans les bureaux du Québec! Avantages : coûts moins élevés et sentiment d'être un citoyen normal dont les données sont à l'abri des malveillants!

  • Jérôme Faivre - Inscrit 6 février 2019 19 h 32

    Quel drame humain !

    On lit avec émotion que le Preux Chevalier en arrache avec son ordinateur pour enregistrer son arsenal.
    La solution: changer le système partout au Québec. Bref, pour bien jouer, reculer le piano, au lieu d'avancer le tabouret.
    Pourquoi pas un petit essai dans une ou deux semaines ? Ça irait peut être mieux ? Probablement la même durée/effort que pour écrire ce billet.

    Mais, en aucun cas, chercher n'importe quelle argutie pour rouvrir le débat sur la nécessité citoyenne d'enregistrer ses vieilles pétoires et autres dangereuses quincailleries.

    Au moins, pendant que les braves s'enregistrent, le gibier à la paix.
    Et le tout en espérant que la chasse aux drones remplace un jour cette mauvaise habitude de jouer à la guerre dans la forêt. Mais là faudra surveiller les excès de plastique disséminé un peu partout sous le feu de la DCA rurale.

    Signé: Bambi et son syndrome