Une aberration nommée Royalmount

Les attentes sont grandes pour le développement d’un tout nouveau quartier sur l’ancien terrain de courses.
Photo: Carbonleo Les attentes sont grandes pour le développement d’un tout nouveau quartier sur l’ancien terrain de courses.

Un consensus semble se dessiner à la suite des consultations publiques de la Ville de Montréal sur les impacts du Royalmount : le projet ne peut aller de l’avant tel quel. Le promoteur, CarbonLeo, y a ajouté dernièrement une composante résidentielle et essaie de faire passer le projet pour un TOD (transit-oriented development). Loin d’être un projet résidentiel durable de mixité sociale centré sur les transports collectifs, il s’agit d’un centre commercial auquel des appartements (de luxe ?) ont été ajoutés.

La consultation publique a connu un grand succès, avec plus de 70 mémoires déposés. La plupart rendent compte d’inquiétudes sur  l’augmentation de la circulation dans un secteur déjà saturé. Alors que les municipalités et l’arrondissement avoisinants s’inquiètent des impacts sur la mobilité et des pressions sur les infrastructures, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et Santé publique dans leurs mémoires soulèvent des enjeux de qualité de l’air, d’îlot de chaleur et d’abordabilité des logements. En matière culturelle, comme cela a été relaté dans Le Devoir le 17 janvier, la Ville de Montréal et le Partenariat du quartier des spectacles craignent l’arrivée d’un concurrent. Plusieurs s’en font également pour les artères commerciales existantes, qui pour certaines, vivent de dures heures de dévitalisation.

Urbanistes, architectes, penseurs de la planification urbaine déplorent qu’une petite municipalité, soit Mont-Royal, puisse permettre à un promoteur privé la création d’un pôle urbain, en faisant fi des administrations et communautés avoisinantes. L’absence de vision d’ensemble pour le secteur Décarie plus largement est décriée dans beaucoup des mémoires déposés.

Réflexion plus large

 

En tant qu’organisme communautaire représentant les locataires de Côte-des-Neiges (CDN), nous ne pouvons qu’être d’accord avec cette analyse : le projet doit absolument être réfléchi dans une perspective géographique plus large. Il devrait tenir compte, entre autres choses, du développement du plus grand terrain vacant montréalais, l’hippodrome Blue Bonnets, situé à un jet de pierre du futur Royalmount, dans le quartier CDN.

Les attentes sont grandes pour le développement d’un tout nouveau quartier sur l’ancien terrain de courses. On y espère la construction de 2500 logements sociaux. Rappelons l’absence dans les dernières années de développement locatif social ou abordable dans CDN, où, selon le recensement 2016 de StatCan, 40 % des ménages consacrent au moins 30 % de leurs revenus pour se loger. Or, non seulement le projet amènera sans doute une offre résidentielle de luxe ne répondant nullement aux besoins des communautés avoisinantes, mais il viendra limiter considérablement la densité résidentielle possible du terrain de l’hippodrome. Si le projet Royalmount est construit tel quel, nous pouvons dire adieu à un développement ambitieux, novateur, durable du terrain de l’hippodrome tel qu’il a été pensé par les résidents et les familles de CDN pour améliorer leurs conditions de vie. Pourquoi d’ailleurs, le Royalmount ne pourrait-il pas répondre aux besoins de logements, bien réels, des communautés avoisinantes ?

Dans son mémoire déposé le 17 janvier, le doyen de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, Raphaël Fischler, explique : « Les élus de l’agglomération, de la région métropolitaine et de la province ont malgré tout un certain pouvoir de décision : ils peuvent décider s’ils soutiendront la réalisation du projet par des travaux d’infrastructures qui relèvent de leur niveau de gouvernement. Il est clair qu’ils peuvent refuser ce soutien et ainsi bloquer le projet. » Nous n’attendons rien de moins de la part de Projet Montréal et du gouvernement Legault, si le bien commun les intéresse.
 

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