Nicaragua: un régime qui s’enfonce dans la dictature

Si le régime, par son opération «Limpieza» de la mi-juillet, a réussi à démanteler les barricades érigées dans la plupart des villes, le contrôle qu’il exerce sur le coeur du peuple ne repose que sur la peur et la répression, ainsi que sur une propagande dans les médias dont il détient le monopole.
Photo: Arnulfo Franco Associated Press Si le régime, par son opération «Limpieza» de la mi-juillet, a réussi à démanteler les barricades érigées dans la plupart des villes, le contrôle qu’il exerce sur le coeur du peuple ne repose que sur la peur et la répression, ainsi que sur une propagande dans les médias dont il détient le monopole.

De jour en jour le régime Ortega-Murillo s’enfonce dans la dictature, se fragilisant de plus en plus et s’isolant sur le plan international.

Le soulèvement populaire massif de la mi-avril 2018, brutalement réprimé par la police et les paramilitaires pro-Ortega, a fait 325 morts, 2000 blessés, 500 prisonniers politiques et 60 000 réfugiés au Costa Rica. Si le régime, par son opération Limpieza de la mi-juillet, a réussi à démanteler les barricades érigées dans la plupart des villes, le contrôle qu’il exerce sur le coeur du peuple ne repose que sur la peur et la répression, ainsi que sur une propagande dans les médias dont il détient le monopole.

Le gouvernement a congédié des centaines d’employés du secteur public — médecins, infirmières et professeurs jugés infidèles parce qu’ils avaient appuyé les manifestants —, déclaré illégale toute manifestation et, ces dernières semaines, annulé le statut juridique de neuf ONG et tenté de réduire au silence tous les médias indépendants.

À la mi-décembre 2018, la police antiémeute envahit les bureaux où le célèbre journaliste Carlos Fernando Chamorro produit sa revue numérique Confidencial ainsi que ses très populaires émissions de télévision, Esta noche et Esta semana. Quelques jours plus tard, la police ferme le poste de télévision 100 % Noticias et emprisonne les deux animateurs vedettes de ce poste, Miguel Mora et Lucía Pined Ubau.

Au cours du soulèvement populaire, des centaines de policiers choisissent de déserter au lieu de participer à la répression de leurs frères et soeurs nicaraguayens. À la mi-octobre 2018, Mikel Espinoza, rédacteur en chef du journal numérique du gouvernement El 19 Digital, en a ras le bol et quitte sa fonction, se réfugiant au Costa Rica. Pour lui, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est la mort tragique d’une famille au complet, dont deux enfants, dans un incendie provoqué par les forces paramilitaires pro-Ortega. Mikel fait partie d’une cinquantaine de journalistes qui se sont vus obligés de quitter le Nicaragua.

Le cas Rafael Solis

La désertion de loin la plus perturbante pour le régime Ortega-Murillo, cependant, est celle, toute récente, de l’un de ses plus proches alliés, Rafael Solis.

Solis a joué un rôle clé pour le couple, et ce depuis plusieurs années. C’est lui qui, en 1999, a collaboré avec Ortega pour concocter un pacte avec l’ex-président, Arnoldo Alemán, ce qui a permis aux deux d’échapper à des poursuites pénales : Ortega pour avoir abusé de Zoilamérica, sa belle-fille adolescente, et Alemán pour avoir empoché une partie substantielle de l’aide internationale à la suite de l’ouragan Mitch. C’est lui aussi qui fut garçon d’honneur au mariage Ortega-Murillo en 2007 et qui manigança afin qu’Ortega puisse se représenter aux élections de 2016, même si la Constitution ne le permet pas.

Le 8 janvier 2019, Solis se rend au Costa Rica et publie une lettre annonçant sa démission de la Cour suprême du Nicaragua ainsi que du FSLN, dans lequel il militait depuis plus de 43 ans. Les raisons qu’il donne pour expliquer son geste sont cinglantes : le récit d’Ortega-Murillo selon lequel le soulèvement populaire d’avril 2018 reflète une tentative de coup d’État, orchestrée et financée par la droite nicaraguayenne avec l’appui financier et médiatique des États-Unis, est faux. Ce couple porte la responsabilité de la plupart des morts, blessés et prisonniers politiques, et de la chute libre que subit présentement l’économie nicaraguayenne. Il se comporte comme dans une monarchie absolue, contrôlant toutes les institutions de l’État, y compris le pouvoir judiciaire, et même la Cour suprême. En s’obstinant à rester au pouvoir par la répression, en réduisant les médias indépendants au silence, en refusant le dialogue national sous la médiation de l’Église catholique appuyé par la grande majorité des Nicaraguayens, il sème les graines d’une possible guerre civile.

Survenant trois jours avant la session tenue par l’OEA pour discuter de la situation nicaraguayenne, la démission de Solis sape la crédibilité du ministre des Affaires étrangères du Nicaragua, Denis Moncada, lorsque ce dernier affirme, dans un discours de 40 minutes, que le Nicaragua a été victime d’une tentative de coup d’État. Son silence par rapport à l’affaire Solis en dit beaucoup plus que ses paroles.


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