Deux neutralités, une seule laïcité

«Aux États-Unis, la Constitution interdit d’établir une religion d’État, mais n’interdit pas d’établir des relations privilégiées avec les religions», note l'auteur.
Photo: iStock «Aux États-Unis, la Constitution interdit d’établir une religion d’État, mais n’interdit pas d’établir des relations privilégiées avec les religions», note l'auteur.

Dans une libre opinion du Devoir du 11 janvier, Robert Howe affirmait qu’il est « bien réducteur de ne regarder que la laïcité » et proposait plutôt d’aborder « la réflexion au niveau du principe de la neutralité ». Il faut lui accorder entièrement raison lorsqu’il soutient que « les employés de l’État en position d’autorité doivent être neutres » et que « cela inclut les enseignants qui, eux, ont une autorité morale sur les élèves et sur leurs parents ».

Le développement que fait M. Howe de cette exigence de neutralité pour ces employés est correct. Aux exemples qu’il donne, il faut ajouter celui du programme Éthique et culture religieuse (ECR), qui exige des enseignants une attitude de neutralité envers les religions. Or, comment être religieusement neutre si on autorise en même temps le port de signes religieux ostentatoires par les enseignants ?

Là où le texte de M. Howe pose problème, c’est lorsqu’il oppose laïcité et neutralité sans donner aucune définition de l’une ni de l’autre. Il ajoute ainsi à la confusion qui règne dans ce débat.

Une définition consensuelle de la laïcité est donnée par le rapport Bouchard (cessons de parler du rapport Bouchard-Taylor puisque Charles Taylor a renié sa signature) et comporte quatre principes : protection de l’égalité des personnes ; protection de la liberté de conscience et de la liberté de religion ; séparation des religions et de l’État ; neutralité de l’État face aux religions. La neutralité est donc l’une des composantes de la laïcité et ne saurait y être opposée.

Ce même rapport définit la neutralité religieuse comme une « philosophie politique qui interdit à l’État de prendre parti en faveur d’une religion ou d’une vision du monde aux dépens d’une autre ». La dernière partie de la définition — « aux dépens d’une autre » — est essentielle et signifie qu’un État peut afficher un parti pris favorable aux religions à condition de n’en exclure ou de n’en privilégier aucune. La neutralité ainsi définie et prise isolément des autres composantes de la laïcité est en fait une « neutralité complaisante » à l’égard des religions.

Il s’agit donc d’un oxymore puisque la complaisance est un acte qui vise à ne pas déplaire. Chercher à ne pas déplaire, ce n’est pas être neutre ; c’est faire preuve d’un préjugé favorable. La neutralité complaisante est celle du sécularisme anglo-saxon qui prévaut notamment au Canada anglais, aux États-Unis et en Angleterre. Cette pseudo-neutralité est celle d’un État qui n’a pas de religion officielle, mais qui conserve des liens privilégiés avec les religions en leur accordant des passe-droits.

Aux États-Unis, la Constitution interdit d’établir une religion d’État, mais n’interdit pas d’établir des relations privilégiées avec les religions. Au Parlement de l’Ontario, les députés récitent par alternance pas moins de huit prières de diverses confessions en prétendant ainsi être « neutres ». C’est au nom de ce principe que l’on voit le premier ministre canadien, Justin Trudeau, revêtir les attributs de toutes les religions même dans le cadre de ses fonctions de chef d’État. Au Québec, c’est encore au nom de la neutralité complaisante que la loi 62 (Loi sur la neutralité religieuse de l’État) de l’ex-gouvernement Couillard autorise le port de signes religieux ostentatoires par les employés de l’État. Appliquée au cours ECR, cette approche a donné lieu à un enseignement multiconfessionnel plutôt qu’à un enseignement non confessionnel et laïque.

Disctinction à faire

Pour y voir clair, il faut donc introduire une distinction entre neutralité complaisante et neutralité laïque. À la différence de la première, la neutralité laïque commande plutôt de proscrire toute manifestation religieuse dans les institutions de l’État. C’est d’ailleurs cette approche qu’a retenue la Cour suprême du Canada dans son jugement sur la prière municipale à Saguenay, mais qu’aucun gouvernement n’a eu jusqu’ici le courage de faire respecter. Même si elle ne se réfère pas au principe de laïcité qui est inexistant dans les lois canadiennes et québécoises, la Cour n’en a pas moins rendu un jugement conforme au principe de laïcité en proscrivant la prière dans les institutions publiques.

La neutralité complaisante est celle de la « laïcité ouverte » qui est un autre oxymore puisque cette « laïcité » est ouverte à l’intrusion du religieux dans les institutions publiques, alors que le rôle de la laïcité est d’assurer une séparation entre le religieux et la sphère étatique. La seule neutralité digne de ce nom est donc la neutralité considérée comme l’une des composantes de la laïcité : elle n’accorde aucune faveur à aucune religion en les considérant toutes sur le même pied que n’importe quel autre système idéologique. Et il n’y a qu’une seule laïcité, soit celle qui respecte ses quatre composantes.

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74 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 15 janvier 2019 06 h 12

    Interdiction de port de signes religieux : Un intégrisme laïque?

    Quand on voit une Rahaf Mohammed fuir son pays et sa famille et être menacée de mort parce qu'elle a renié sa religion. On constate qu'on est d'ores et déjà dans un État laïque au Québec et à des années-lumière d'un État religieux.

    Dans un tel contexte, exiger l'interdiction intégrale du port de signes religieux, apparait comme un intégrisme laïque qui se situe finalement à l'autre pôle de ces deux extrémismes.

    Christian Montmarquette

    • Gilbert Turp - Abonné 15 janvier 2019 10 h 11

      Je consentirai à dire que nous sommes une société laique si vous me montrez la loi qui le dit noir sur blanc. Car, moi, j'ai beau la chercher cette loi, je ne la trouve pas. Vous me rendrez service en me la désignant.
      Car enfin, une société régie par un État politique se doit bien d'énoncer ses règles par la loi, non ?
      Sinon, on est dans l'aire du temps, dans l'opinion, la rumeur, une chose aussi variable et changeante que l'humeur et les intérêts des humains.

    • Denis Marseille - Inscrit 15 janvier 2019 11 h 25

      Qu'entendez-vous par interdiction intégrale? On parle ici de personne qui représente l'état et en position d'autorité et votre propos porte à confusion en sous-entendant que cela s'appliquera à tous. Peut-être voudriez-vous apporter une précision à votre commentaire.

      Selon moi, le vrai danger réside, non pas dans une religion qui n'a rien à cacher, mais plutôt dans tout ces mouvements néo-spirituels qui pullulent ici et là. Par expérience, je sais que le corpus professoral n'est pas exempt de croyances magico-spirituel et sous forme d'ateliers font entrer des «conférenciers» dans des lieux du savoir. L'état doit être neutre en matière de croyances tout en protégeant la pratique de celles-ci dans des lieux appropriés. Avec la main mise de l'Église Catholique pré-révolution tranquille et l'affaire de la Charia en Ontario, nous avons le droit de vouloir protéger nos acquis. J'attends votre réponse.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 janvier 2019 12 h 47

      @ Denis Marseille,

      "L'état doit être neutre en matière de croyances tout en protégeant la pratique de celles-ci dans des lieux appropriés." - Denis Marseille

      L'État n'est pas "neutre" face aux religions s'il s'interdit d'embaucher du personnel parce qu'ils ont une croix dans le cou ou un voile sur la tête. Il est anti-religieux et fait de la discrimination à l'emploi sur la base de convictions religieuses qui n'ont strictement rien à voir avec les compétences pour occuper le poste.

      Pire encore, vous voudrez réduire le droit d'expression religieuse dans des lieux spécifiques en l'interdisant sur la place publique, alors qu'il s'agit d'un droit fondamentale protégé par la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations-Unies.

      La laïcité c'est la neutralité "DE L'ÉTAT", des institutions, des règles et des lois, pas des personnes.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 janvier 2019 12 h 57

      @Gilbert Turp,

      "Je consentirai à dire que nous sommes une société laique si vous me montrez la loi qui le dit noir sur blanc."- Gilbert Turp

      Personne n'a besoin de votre consentement pour se rendre compte que nous ne vivons dans un État soumis ou de connivence avec quelque religion que ce soit.

      Christian Montmarquette

    • Jean-Charles Morin - Abonné 15 janvier 2019 17 h 30

      "Quand on voit une Rahaf Mohammed fuir son pays et sa famille et être menacée de mort parce qu'elle a renié sa religion..."

      Cette jeune femme s'est plainte d'être opprimée par sa famille; à ma connaissance elle n'a jamais affirmé qu'elle avait renié sa religion ou apostasié. L'apostasie étant un crime puni de mort en Arabie saoudite, elle ne serait sûrement pas encore vivante aujourd'hui.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 janvier 2019 17 h 45

      Comme d'habitude, Christian Montmarquette déforme la réalité. L'État laïque NE s'interdira PAS "d'embaucher du personnel parce qu'ils ont une croix dans le cou ou un voile sur la tête", ce sont ceux qui refuseront de ne pas les porter pendant leurs heures de travail qui s'exclueront, comme n'importe quel policier qui refuserait de travailler en uniforme.

      L'idéologie anti-raciste promue par M. Montmarquette se transpose entièrement dans des discours déformant (et même souvent inversant carrément) le sens des mots. Il sait parfaitement, par exemple, tout comme Gilbert Turp, que dans nos sociétés basées sur le Droit, les "rien qu'à voir, on voit ben!" n'ont aucune validité et que seule une loi en bonne et due forme fera de cette laïcité une réalité.

      On pourrait légitimement se demander pourquoi le QS de M. Montmarquette fait une telle obsession de la défense des droits religieux, alors qu'aucun indice ne laisse penser que le taux de religiosité de ses membres soit particulièrement élevé. Mais on connaît la réponse. Les "racisés" sont beaucoup plus religieux que les blancs. En plus, dans une vision communautariste, les religions DOIVENT jouer un rôle identitaire essentiel pour assigner les personnes à leur communauté-prison.

      Quelle imposture intellectuelle!

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 janvier 2019 20 h 43

      @ Jean Thibaudeau,

      "L'État laïque NE s'interdira PAS "d'embaucher du personnel parce qu'ils ont une croix dans le cou ou un voile sur la tête", ce sont ceux qui refuseront de ne pas les porter pendant leurs heures de travail qui s'exclueront" -Jean Thibaudeau

      - N'essayez pas de faire porter l'odieux d'un critère de sélection d"emploi discriminatoire sur les épaules des discriminés.es

      C'est odieux.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 janvier 2019 23 h 53

      Christian Montmarquette
      On connaît la chanson. Les blancs (qui emploient) sont des monstres oppresseurs, alors que les racisés (qui ne seraient pas employés) ne sont QUE de pauvres victimes. Tel est le dogme des "anti-racistes".

      Ce qui est odieux, c'est de s'identifier anti-raciste toit en répandant de plus en plus l'idée que le racisme anti-blancs ne serait PAS du racisme.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 janvier 2019 06 h 53

      " Les blancs (qui emploient) sont des monstres oppresseurs, alors que les racisés (qui ne seraient pas employés) ne sont QUE de pauvres victimes. " - Jean Thibaudeau

      Vous fabulez.

      Je n'ai jamais écrit ça.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2019 08 h 24

      "N'essayez pas de faire porter l'odieux d'un critère de sélection d'emploi discriminatoire sur les épaules des discriminés-es." - CM

      Les personnes "discriminées" à cause du port de signes religieux ne le sont pas pour ce qu'elles sont (par exemple pour la couleur de leur peau, ce dont ils ne sont pas responsables) mais pour ce qu'elles font et s'entêtent à faire sans consentir au moindre compromis. Ce n'est pas du tout la même chose. Essayer de faire croire le contraire relève de la mauvaise foi (sans mauvais jeu de mots) ou de la ligne de parti reprise "ad nauseam" comme un vieux disque rayé coincé dans son sillon.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 janvier 2019 10 h 32

      @Jean-Charles Morin,

      "Les personnes "discriminées" à cause du port de signes religieux ne le sont pas pour ce qu'elles sont."-Jean-Charles Morin

      Je vous ferai remarquer que pour certains, l'appartenance à leur groupe confessionnel correspond à leur identité et fait partie d'eux-mêmes, autant que la langue et la culture le sont pour certains autres. Et c'est d'ailleurs pourquoi l'ONU, comme les Chartes québécoises et canadiennes ont inclus ce droit dans les droits humains fondamentaux.

      Christian Montmarquette

    • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2019 14 h 03

      "...pour certains, l'appartenance à leur groupe confessionnel correspond à leur identité et fait partie d'eux-mêmes, autant que la langue et la culture le sont pour certains autres." - CM

      Pirouette sémantique d'un quelconque mondialiste qui confond l'identité réelle et le lavage de cerveau. L'identité d'une personne n'a rien à voir avec la religion que son environnement lui a imposée depuis son tout jeune âge. Il y a des limites à élever la superstition au rang de tabou.

      Si je vous suis bien dans votre raisonnement, la langue et la culture feraient intimement partie de l'identité d'une personne, alors le fait de vouloir imposer d'autorité une langue commune (par exemple, le français) comme langue de travail et de communication ne va-t-il pas à l'encontre des droits fondamentaux de cette personne? Vouloir faire du Québec un pays francophone serait donc inconstitutionnel et même, à la limite, raciste? On est vraiment mal barré avec QS!

      Je crois pour ma part que la culture, la langue et la religion ne sont que des placages imposés aux individus par les sociétés dont ils sont issus. Les millions de gens qui chaque année délaissent leur foi, leur pays d'origine et s'assimilent à une autre culture sans en mourir pour autant en sont autant de preuves vivantes.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 janvier 2019 15 h 31

      Monsieur Morin sait ce que les êtres humains sont mieux encore que ceux qui prétendent en être.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2019 17 h 02

      "Monsieur Morin sait ce que les êtres humains sont mieux encore que ceux qui prétendent en être." - RMD

      Je ne sais pas ce que vous voulez signifier au juste par votre intervention sibylline. Sans doute ne sommes-nous pas grand-chose face à l'univers mais nous valons sûrement mieux que ce que la plupart des religions voudraient nous faire croire pour mieux nous manipuler ensuite. Les vérités dictées par l'ignorance n'en sont pas la plupart du temps.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 janvier 2019 18 h 37

      "Si je vous suis bien dans votre raisonnement, la langue et la culture feraient intimement partie de l'identité d'une personne.." - Jean-Charles Morin

      Si je vous comprends bien, vous venez d'affirmer que la langue et la culture d'un citoyen ne fait pas partie de son identité. Je suis content de l'apprendre, et vous essaerai de faire avaler ça au multiples nationalistes identaires qui s'agitent sur cette tribune et partout ailleurs sur le Web. D'ailleurs, imposer une langue commune n'interdit pas d'en parler d'autres.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 janvier 2019 19 h 06

      "Nous valons sûrement mieux que ce que la plupart des religions voudraient nous faire croire.." - Jean-Charles Morin

      Ça confirme ce que je dis depuis des semaines.

      Un paquet de prétendus laïcistes ne luttent pour la laïcité de l'État, ils font une lutte anti-religieuse.

      Ils ont bien le droit de le faire, mais qu'ils n'appellent pas ça de la laïcité.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2019 21 h 57

      "D'ailleurs, imposer une langue commune n'interdit pas d'en parler d'autres." - CM

      Bien d'accord. De la même manière, imposer la laïcité pour certaines fonctions (i.e. l'absence de signes religieux) n'empêche personne de pratiquer sa religion en privé.

      Pourquoi certaines personnes tiennent-elles tant à afficher leur religion en public? La réponse est simple: pour inciter les autres à s'y intéresser. Dans une société laïque, le prosélytisme et la neutralité religieuse ne font pas bon ménage.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 janvier 2019 22 h 23

      Tous n'ont pas la chance d'avoir cette connaissance de leur valeur dont les croyants sont hélas privés. De cette connaissance... et de cette valeur même. Que cela ne soit pas leur faute, à ces ignorants manipulés, cela ne les empêche pas d'être bêtes, n'est-ce pas...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2019 07 h 24

    Rapport Baril

    « La neutralité est donc l’une des composantes de la laïcité »
    Daniel Baril

    « La laïcité doit donc être comprise dans le contexte de l’idéal plus
    général de neutralité auquel l’État doit aspirer, s’il veut traiter les
    citoyens de façon juste. »
    Bouchard Taylor

    Monsieur Baril peut bien défendre ce qu'il veut

    • Françoise Labelle - Abonnée 15 janvier 2019 08 h 25

      Merci de souligner la confusion évidente du rapport Bouchard-Taylor.
      Il faudrait rappeler à ces deux sires que dans tous les débats en France, on parle de laïcité et de neutralité.
      Perdu dans la traduction?

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2019 10 h 03

      Absolument, la neutralité précède la laïcité, et même que la neutralité envers toute idéologie reste un but idéal à atteindre.

      Je comprens qu'ici, dans un contexte teinté de partisanerie, chacun prône un terme particulier parce qu'il favorise une approche ou l'autre.

      La neutralité est un état de fait. La laïcité aussi : est laïc ce qui ne porte aucun signe religieuse.

      Entendons-nous : je parle de religion comme d'un phénomène social, qui fait que plusieurs personnes se regroupent dans un ensemble de comportements sous l'égide de personnes considérées comme meneuses. On ne sait jamais si ces personnes partagnent réellement la même foi ni le même sens de l'engagement à l'intérieur du groupe. La religion est sociale. La foi est personnelle,

      Les rigoristes voudront donner une priorité à l'un envers l'autre pour des raisons absolues, mais dans les faits participer à ce débat est un geste politique qui se heurte à la réalité, dont entre autres la perception de gens de bonne volonté quoiqu'on dise.
      Certains citeront pour se libérer du poids de leur jugement par une neutralité.... "étudiée".

      La laïcité n'existe pas sans religion.
      Des petites sectes paranoïaques jusqu'aux religions désespèrant de garder leur ascendant (voir le Vatican) et celles qui nourrissent les guerres de factions, comme au MOyen-Orient, toutes, dans la réalité sociale brute, parlent de pouvoir des uns sur d'autres sans aucune exception.
      Des meneurs et des fidèles. depuis ceux qui se conforment "poliment " jusqu'aux plus prosélytes.
      La pyramide des pouvoirs existe toujours..

      Dans notre contexte pas idéal mais réel, la laïcité veut que ce pouvoir n'ait aucune prise sur l'État. La neutralité pose que soudain une religion pourrait, dans un certain contexte, devenir neutre.
      Méchante aberration! La religion n'est jamais neutre.. La foi, possible. Pas la religion.

      L'individu a le choix, et ce choix est social. Il arbore, ou pas, quel pouvoir il dessert d'abord.

    • Jean Thibaudeau - Abonné 15 janvier 2019 18 h 01

      Jean-François Trottier
      "La neutralité est un état de fait. La laïcité aussi : est laïc ce qui ne porte aucun signe religieuse."

      Primo: ne pas confondre les mots "laïc" et "laïque". Laïc est l'antonyme de clérical. Laïque se relie au principe d'indépendance face aux religions.

      D'autre part, dans un État de droit, un "état de fait" n'a pas de validité officielle. Il pourrait changer de jour en jour au gré des circonstances. Seule une loi peut en faire une réalité reconnue par tous et nécessiter un vote pour changer ET la loi ET la réalité.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2019 18 h 53

      M. Thibeaudeau, je parle de politique et je donne mon opinion.

      Celle des avocats ne m'intéresse qu'à moitié, selon le cas et les circonstances.

      Je me fous de la "validité officielle" de mon propos, mais alors là complètement. Je suis un humain qui parle à des humains, m'attendant plus ou moins à un minimum de compréhension, et ceci bien avant que quelque ligne de loi ait été même pensée par des scribes hautement qualifiés.

      Avant une loi, on discute. On utilise des mots qui n'ont aucune "validité officielle". C'est ce qui se fait ici. Après l'acceptation d'une loi on déborde aussi, quand on le remet en question, et régulièrement hors du cadre imposé par ladite loi.

      Non, je ne me retiendrai pas parce que vous en particulier donnez une définition restreinte d'un mot selon son genre.

      Je sais pas, mais les Polices de la Pensée, je suis plutôt contre.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 15 janvier 2019 22 h 17

      Je voulais surtout signaler que les rapports entre neutralité et laïcité n'étaient pas du tout les mêmes pour Baril et les signataires du rapport. Je partage l'avis de ces derniers de même que l'analyse de Jean-François Trottier.

  • Marc Therrien - Abonné 15 janvier 2019 08 h 00

    Ça se complique


    Viendra-t-il ce moment où on pourra considérer, par fatigue ou par compréhension achevée, que tout a été dit et clarifié? Quand on prend le temps de bien lire les points de vue et qu’on en arrive à en formuler deux positions essentielles, on prend conscience que ça se complique quand tout le monde peut avoir raison, mais pour une raison différente. On a maintenant à choisir entre la neutralité neutre qui s’abstient et la neutralité active qui neutralise. Et ce choix peut-il être neutre?

    Marc Therrien

  • Françoise Labelle - Abonnée 15 janvier 2019 08 h 36

    Taylor a renié sa signature

    Je suppose qu'il s'est rendu compte que B-T était inapplicable. Pourquoi s'arrêter aux juges et aux enseignants? Un fonctionnaire qui traite votre dossier, celui de Revenu Québec par exemple, détient un pouvoir sur vous. Il peut être sympathique ou franchement tatillon.
    Taylor a dû s'en rendre compte, peu importe sa rationalisation.

    Il manque un cinquième principe à B.-T. Un principe central: comment peut-on tolérer de donner des droits à une entité non définie léagalement alors qu'on sait que les textes de loi prennent le soin de définir les termes utilisés dans une loi. Le Pont de vie de Prémont qui vend du «plasma» invisible, la scientologie, et autres exploitations, ce sont des religions? Pourquoi?

    • Pierre Raymond - Abonné 15 janvier 2019 12 h 56

      « Je suppose qu'il s'est rendu compte que B-T était inapplicable. » F. Labelle

      J'ose imaginer que si on a retenu ses services pour ladite commission, c'est qu'on a cru qu'il avait réfléchi à la question depuis un " certain " temps ?
      Un p'tit contrat payant peut-être ?

  • Nadia Alexan - Abonnée 15 janvier 2019 09 h 20

    La laïcité envisagée par les pères de la Révolution tranquille s'impose.

    Monsieur Baril a raison. Il faudrait clarifier cette question le plus vite possible. La laïcité de l'État et la séparation entre l'Église et l'État sont le seul moyen de respecter toutes les religions et toutes les croyances. La laïcité ouverte est un oxymoron.
    On n'a qu'à constater ce qui arrive dans les pays où il n'y a pas cette séparation entre l'Église et l'État et où la neutralité de l'État est bafouée. Aux États-Unis, par exemple, la religion s'impose dans la politique a tous les niveaux et dans toutes les domaines. Les évangélistes réussissent a imposé leur vision détraquée du monde, jusqu'au point de nier les sciences et les changements climatiques.
    En même temps, on peut constater que les pays tels que les états du Moyen-Orient, où les lois de l'état proviennent de la religion, sont des sociétés sans progrès et sans justice sociale, et où la misogynie et l'homophobie règnent. Seule la laïcité peut apporter la paix sociale.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 janvier 2019 07 h 03

      @Nadia Alexan,

      "On n'a qu'à constater ce qui arrive dans les pays où il n'y a pas cette séparation entre l'Église et l'État" - Nadia Alexan

      La France est laïque depuis 1789.

      - Est-ce que cela a empêché ou prévenu le terrorisme ?

      Non.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 16 janvier 2019 14 h 17

      "Est-ce que cela a empêché ou prévenu le terrorisme ? Non." - CM

      Je ne crois pas que Madame Alexan parlait ici spécifiquement du terrorisme, mais plutôt de l'oppression silencieuse du joug religieux qui s'exprime dans la vie au quotidien.

      En passant, la France est véritablement laïque depuis 1905 (et non 1789). Avant cette date et depuis la Restauration, le catholicisme romain faisait figure de religion d'état.