La même approche en santé?

La ministre de la Santé, Danielle McCann
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre de la Santé, Danielle McCann

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, semble plutôt calme et posée, tout le contraire de son prédécesseur qui nous avait habitués à des sorties tout aussi intempestives qu’improductives.

Mais au-delà de la forme, à quoi doit-on s’attendre de la ministre ? Saura-t-elle réussir là où ses prédécesseurs ont échoué ? Sera-t-elle capable, avec l’appui de son premier ministre, d’établir entre le gouvernement et les syndicats des médecins un rapport de force favorable à la mise en place de solutions efficientes pour régler les problèmes d’accessibilité aux services médicaux ?

La population s’attend à ce que ce nouveau gouvernement majoritaire fasse preuve, particulièrement en santé, de leadership, de détermination et de savoir-faire de sorte que les gestes qu’il posera diminueront significativement et rapidement les temps d’attente pour :

voir un médecin de famille lorsqu’on est malade ;

voir le médecin spécialiste auquel on nous a adressés ;

avoir accès aux examens diagnostics prescrits par son médecin ;

recevoir un traitement ou subir une intervention chirurgicale à l’intérieur de délais médicalement recommandés.

Pour répondre aux attentes élevées et légitimes de la population, la ministre devra faire beaucoup mieux que d’annoncer la création de cliniques d’hiver, négligeant ainsi les trois autres saisons comme s’il n’y avait pas de problèmes d’accessibilité durant le reste de l’année.

Examinons la première mesure mise en avant par la ministre de la Santé.

Essentiellement, Mme McCann nous informe que, sur une base volontaire, les médecins exerçant dans des cliniques ciblées travailleront un peu plus et ajusteront en conséquence les heures d’ouverture de leur bureau. Cette offre additionnelle de services sera publicisée et elle visera particulièrement la population affectée par la grippe ou par des problèmes de santé mineurs ne nécessitant pas une visite à l’urgence. Pour motiver les médecins à travailler davantage même si ce travail supplémentaire sera rémunéré à l’acte, la ministre a dû négocier avec le syndicat une sorte de prime à la grippe afin de compenser l’effort additionnel.

Premier constat : pour améliorer l’accessibilité aux services médicaux, il faut que les médecins offrent plus de services en première ligne et que les infirmières et les pharmaciens soient, beaucoup plus intensivement que par le passé, mis à contribution.

Deuxième constat : contrairement à ce qu’affirmait encore tout récemment le président du syndicat des médecins de famille, soit que ses membres ne pouvaient travailler davantage, force est de constater qu’avec de bons arguments financiers, plusieurs centaines de médecins exerçant dans des dizaines de cliniques le feront vraisemblablement cet hiver.

Troisième constat : en situation de crise, personne ne peut rien exiger des médecins travailleurs autonomes, le gouvernement se retrouve inévitablement en position de faiblesse devant le syndicat des médecins et on assiste à un scénario classique bien connu des équipes de négociation. Le président du syndicat des médecins de famille, M. Godin, fait une offre à la ministre ou lui demande d’en faire une suffisamment généreuse pour qu’il accepte de la présenter à ses membres et, s’il trouve preneurs, il en informe la ministre qui relaie la bonne nouvelle à la population sans préciser ni le coût ni le rendement attendu de la mesure. Ainsi nous apprenions que, sur l’île de Montréal, les médecins exerçant dans 25 cliniques auraient accepté que celles-ci deviennent, le temps d’une saison, des cliniques d’hiver. Une autre mesure négociée dont le coût/bénéfice sera impossible à évaluer, et ce, contrairement à ce que recommandait la vérificatrice générale.

Quatrième constat : plutôt que d’acheter à prix fort des heures additionnelles à quelques centaines de médecins qui travaillent déjà à temps plein, le gouvernement aurait avantage à mettre à contribution, à moindre coût, les milliers de médecins dans la force de l’âge qui exercent actuellement à temps partiel.

Cinquième et dernier constat : l’approche traditionnelle qui consiste à accorder au syndicat des médecins des primes en espérant améliorer de manière importante et permanente l’accès aux services médicaux n’a jamais fonctionné. Le gouvernement devra innover car, s’il applique aux mêmes maux les mêmes remèdes, il obtiendra toujours les mêmes résultats décevants.

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4 commentaires
  • Christian Labrie - Abonné 12 janvier 2019 09 h 55

    Mêmes solutions

    Les solutions de monsieur Poirier aux problèmes sont similaires aux solutions de l’ancien ministre Barette. Elles reposent sur la prémisse éronée que les médecins ne travaillent pas assez. Le ministre Barette lisait des statistiques avec des lunettes déformentes pour les rendre conforment à ses convictions. Il peut-être instructif de savoir qu’à l’échelle du Canada, le taux d’épuissement profesionnel atteint les 33%.
    Les médecins ont démontré dans certaines crises, la capacité d’accroître leur heures de travail pour répondre à des besoins d’exeption. Les primes ne sont pas nécessaires. Mais ça ne peut pas marcher si on veut que ce soit permanent.
    Inversement, on ferme les admissions en médecine, les postes en médecine de famille ne sont pas comblés.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 12 janvier 2019 10 h 42

    LA CONSOMMATION QUI TUE

    ... y compris « en maladie ».
    Mes parents, mes beaux parents, qui n'étaient pas des surhumains, n'ont pas fréquenté les médecins, sauf à la fin de leur vie, pour mourir.
    Je vous laisse tirer vos conclusions...

  • Yvon Bureau - Abonné 12 janvier 2019 21 h 24

    Parfois CLSC 24/7 et souvent CLSC 18/7

    Lors de maladie, le patient a besoin de rencontrer une équipe de soignants interdisciplinaire.
    Parfois le médecin, surtout pas toujours le médecin. Seulement si nécessaire.

    Bref, moins de GMF et plus de CLSC. Et que chaque CLSC devienne aussi une Communauté de proche-aidance.

    Autre sujet : les Soins de fin de vie. Que la ministre MSSS convoque les six ordres professionnels concernés ainsi que le président de la CSFV. À l'ordre du jour : Et puis, les Soins de fin de vie?

    • Yvon Bureau - Abonné 13 janvier 2019 07 h 12

      En plus des CLSC +++, il faut augmenter+++ le rôle majeur des pharmaciennes/pharmaciens. Avec une rénumération appropriée, bien sûr.
      Cela est IMPORTANT.