Laïcité? Non: neutralité.

Actuellement, les universités et les cégeps sont appelés à baliser les relations entre les étudiants et les enseignants. De la même manière, l’État doit baliser la neutralité du comportement de ses employés.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse Actuellement, les universités et les cégeps sont appelés à baliser les relations entre les étudiants et les enseignants. De la même manière, l’État doit baliser la neutralité du comportement de ses employés.

C’est bien réducteur que de ne regarder que la laïcité. Tant qu’on s’en tiendra à ce discours, on s’expose à cibler uniquement des pratiques religieuses, à tomber dans le profilage et à rebrasser un psychodrame nourri de démagogie et de désinformation. C’est très malsain. Dans le respect de l’intelligence des Québécois, évitons ce piège. Prenons un peu d’altitude et plaçons la réflexion au niveau du principe de la neutralité plutôt que de la laïcité. Les employés de l’État en position d’autorité doivent être neutres. Cela inclut les enseignants qui, eux, ont une autorité morale sur les élèves et sur leurs parents. Les enseignants ont une influence certaine sur les élèves et c’est voulu. Ils doivent être inclus dans cette vision de l’autorité.

Focalisons sur le mandat de l’employé de l’État. Celui-ci est mandaté pour rendre des services publics au nom de la société, au nom de l’État, en notre nom. Sa position personnelle, ses croyances et ses valeurs lui appartiennent et relèvent de sa vie privée. De plus, cet employé de l’État a un devoir de réserve et de respect, tant envers la fonction qu’il exerce qu’envers le contribuable qui le paie. L’employé de l’État se doit d’être neutre. Il doit laisser à la maison ses croyances et valeurs personnelles.

Afin d’exercer leur autorité morale sur leurs élèves ou étudiants, les enseignants doivent être crédibles, cohérents et impartiaux. Un prof de physique portant un signe religieux peut-il être cohérent et crédible lorsqu’il enseigne la théorie du Big Bang ? Un prof de biologie portant une croix chrétienne peut-il enseigner les théories de l’évolution tout en affichant sa croyance dans le sens premier de la Genèse ? Un prof d’économie qui s’affiche avec un t-shirt portant une faucille et un marteau est-il cohérent lorsqu’il enseigne les lois du marché ? Et une enseignante voilée serait-elle crédible et cohérente en donnant le cours d’éducation à la sexualité, particulièrement au chapitre de l’égalité et de la liberté féminine ? Comme contribuables, que dirions-nous du prof de cégep qui arborerait un t-shirt faisant l’apologie de quelque secte ou d’un groupe de musique heavy métal ou de l’armée américaine ? Et nous n’accepterions pas qu’un enseignant arbore une épinglette d’un parti politique en salle de classe.

Déjà, la Loi sur la fonction publique, au chapitre F-3.1.1, balise l’obligation de neutralité chez les fonctionnaires. Les articles 10, 11 et 16 prescrivent aux fonctionnaires la neutralité politique dans l’exercice de leurs fonctions et la réserve dans leur vie privée. De plus, la loi prévoit la possibilité de mesures disciplinaires « pouvant aller jusqu’au congédiement » en cas d’accroc à ces normes d’éthique et de discipline. Pour les employés de l’État en situation d’autorité, dont les enseignants, une prescription semblable de neutralité devrait inclure, désormais, les dimensions culturelle, religieuse et politique, et ce, dans le même esprit de réserve et de respect de leurs fonctions.

Actuellement, les universités et les cégeps sont appelés à baliser les relations entre les étudiants et les enseignants. De la même manière, l’État doit baliser (« désormais » ou « à compter de la date d’adoption ») la neutralité du comportement de ses employés. Pourquoi pas ?

Ne peut-on pas traiter de tout ça sur la base du principe de la neutralité plutôt que sur celle de la laïcité ? Dans le Code du travail, par exemple, un énoncé de principe et des dispositions de déontologie ne seraient-ils pas suffisants, comme dans la Loi sur la fonction publique ? Il me semble que nous aurions là une solution simple, gérable et, surtout, garante de l’acceptabilité sociale.

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60 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 janvier 2019 02 h 43

    Une Charte de la laïcité s'impose.

    Oui, vous avez raison, monsieur Howe, d'invoquer la neutralité de l'état pour ses fonctionnaires. Mais il faudrait aussi enchâsser la laïcité de l'état et la séparation entre l'Église et l'État, une fois pour toutes, dans une Charte de la laïcité, pour être sûre que les gouvernements successifs ne seront pas tentés de changer la loi à leur guise.

    • Nadia El-Mabrouk - Abonnée 11 janvier 2019 10 h 02

      Oui tout à fait d'accord. La laïcité prône la neutralité de l'État en matière religieuse. Le problème est que ceux qui prônent la neutralité religieuse entendent que l'État devrait s'adapter à toutes les religions. De plus, la neutralité politique, quant à elle, est déjà largement respectée, sauf lorsque la politique chevauche la religion. C'est quand il s'agit d'ingérence religieuse qu'on fait appel aux Chartes pour bloquer la neutralité. C'est donc la laïcité qu'il s'agit de débloquer. On aura beau changer de mots, le problème restera le même. Par contre, Monsieur Howe a la bonne explication de ce que devrait être la neutralité.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 janvier 2019 14 h 18

      Je suis d'accord avec vous Mme Alexan. Ce sont des lois claires et précises en ce qui concerne les employés de l'état et donc, une charte de laïcité est requise. Ce n'est pas à l'État de s'adapter aux caprices des croyances personnelle qui piétinent les droits des autres dans la sphère étatique. Il n'y aucun accommodement possible en ce qui concerne l'égalité homme/femme et des minorités sexuelles. Les symboles ostentatoires religieux dans la sphère étatique sont un affront à tous dans un état neutre et laïc. Les religions monothéistes sont contre l'homosexualité, l'avortement et en plus, leurs dogmes et doctrines reposent sur le créationnisme. Bien oui, l'univers à été créé en seulement 6 jours. Pardieu, nous sommes bien en 2019?

      Comme enseignant, je peux vous dire que vous ne pouvez pas être neutre en arborant une publicité pour un des vos amis imaginaires préférés. Un prosélytisme se crée de façon volontaire ou involontaire devant des enfants sans défense pour qui souvent, l'enseignant.e fait figure de modèle à suivre. Ceci résulte en une forme de filiation indirecte parce que les enseignants passent plus de temps avec les enfants durant une journée que leurs parents au primaire (loco parentis).

  • Robert Beauchemin - Abonné 11 janvier 2019 04 h 10

    Débat sur le débat

    Une réflexion intéressante qui animera sans doute, une fois de plus, un débat parfois vitriolique entre les pro et les anti.
    La série de commentaires incisifs et personnalisés dans cette section du Devoir dernièrement autour de la laicité me fait proposer à ce journal de limiter les commentaires et réponses à un ou deux par abonné par article pour éviter que les attaques ne s'étirent sans qu'elles n'apportent au débat.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 janvier 2019 10 h 05

      @ Robert Beauchemin,

      "Proposer à ce journal de limiter les commentaires et réponses à un ou deux par abonnés.." - Robert Beauchemin

      Personnellement, j'éprouve plutôt un problème à ce que Le Devoir publie sans cesse des articles qui penchent toujours du même bord.

      Ce n'est plus de l'information, mais carrément de la propagande.

      Christian Montmarquette

    • André Joyal - Inscrit 11 janvier 2019 10 h 35

      De grâce M. Beauchemin! Ne nous privez pas da la lecture des noms d'oiseaux qu'un habitué de de forum, militant très convaincu de QS sera sûrement tenté de réutiliser ici : laïciste! laïcien!, laïciseux! Et quoi d'autres encore?
      Blague à part, je suis curieux de relire, pour la xè fois, les propos des 3-4 autres QS qui - c'est leur droit-, aiment bien les signes religieux où que ce soit ; oui même en garderie et au primaire. Vivement un gouvernement qui réalise une de ses promesses! Et qui sait? QS aura peut-être son tour... un jour où on se retournera dans notre tombe.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 janvier 2019 11 h 48

      Le débat est extrêmement poli et contrairement à une édition papier, qu'un texte entraine 100 commentaires est une bonne chose, ça n'enlève rien à personne.

      Ici, l'auteur reprend des éléments que j'ai moi-même détaillés plusieurs fois, dans des commentaires, sur l'enseignement; la liberté de conscience des étudiants l'emporte sur l'expression religieuse ou politique de l'enseignant. Pourquoi? Parce que l'école est obligatoire et qu'elle est supposée être accessible et qu'on l'on ne choisit pas son prof, ça n'est pas un marché. Ensuite l'école doit transmettre les savoirs communs qui nous permettent de vivre ensemble, les préceptes intégristes de religion n'y ont pas leur place. Ainsi un citoyen scolarisé doit comprendre et peut participer à la vie publique sur la base de la compréhension des règles que nous nous fixons, par exemple le BAPE pour l'environnement ou le code de la route pour éviter les accidents. Les superstitions, pas plus que le fanatisme, ne font pas partie du bagage commun.

      C'est pour cela qu'il est nécessaire que les opinions politiques ne soient pas non plus affichées de manière ostentatoire, je ne peux pas me présenter en classe avec un chandail antiféministe ou la casquette rouge de Trump, tout le monde en convient. L'absence de réserve sur le sujet donne aisément lieu à des plaintes et à des sanctions, car on ne pourrait faire confiance en l'enseignant qui peut au demeurant, parler de ses convictions si la situation pédagogique le permet, mais ce n'est pas comme être partisan et l'afficher tout le temps.

      Un chandail du «Che», avec le groupe Rage Against de Machine peut porter à confusion, pourquoi serait-il interdit et pas une kippa, un kirpan ou un voile?

      Il est tout simplement temps que ce qui est obligatoire pour la réserve politique s'applique pour la réserve religieuse, autrement les étudiants auront aussi droit de changer de profs... Ce qui était dit dans les commentaires est maintenant publié.

    • Nadia Alexan - Abonnée 11 janvier 2019 12 h 58

      Ce qui vous déplaît n'est pas de la propagande, monsieur Montmarquette! La propagande provient de la bien-pensance qui veut mélanger le prosélytisme avec les affaires de l'État.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 janvier 2019 13 h 07

      @ André Joyal,

      "Les propos des 3-4 autres QS qui aiment bien les signes religieux.." -André Joyal

      Québec solidaire n'aime pas les signes religieux.

      Il est contre la discrimination, et y compris, la discrimination religieuse, méchante différence.

      Ceci dit, c'est bien le PQ qui proposait le maintien des exemptions de taxes aux organisme religieux; le maintien du financement public des écoles confessionnelles et la croix à l'Assemblée nationale, alors que QS était contre ces trois propositions péquistes.

      Christian Montmarquette

    • Daniel Ouellette - Inscrit 11 janvier 2019 14 h 04

      Je partage votre avis concernant les commenteux en mal ''d'être'' qui ont un tel besoin de ''se lire '' qu'ils nous répètent constamment leurs sornettes au point de nous désintéresser de les lire, si ce n’est de lire la section commentaire.

      Ils sont incapables de faire la différence d'un commentaire bien résumé dans une section réservé pour les commentaires d'un journal national versus un blog ou un média social.

    • Christian Montmarquette - Abonné 11 janvier 2019 17 h 54

      @Nadia Alexan,

      "Ce qui vous déplaît n'est pas de la propagande, monsieur Montmarquette! La propagande provient de la bien-pensance qui veut mélanger le prosélytisme avec les affaires de l'État." - Nadia Alexan

      Le principe fondamental du journalisme en démocratie, comme celui du droit en justice, c'est de faire entendre les deux parties et les deux versions d'un discours avant de prendre position, de manière à ce que le public puisse se faire lui-même son propre point de vue, autant qu'un jury peut le faire dans une cour de justice.

      Quand il y a un aussi grand déséquilibre de diffusion entre les deux points de vues, alors, c'est de l'éditorial, de la politique, de la partisannerie, de la fabrication d'opinion publique, pour ne pas carrément dire du lavage de cerveau d'une part.

      Et en seconde part,

      Il n'y a aucun prosélytisme a simplement afficher son appartenance religieuse.Le prosélytisme, c'est la propagation active d'une idéologie, de valeurs et d'idées dans l'objectif d'une conversion et d'imposer ses idées, et non simple un affichage passif.

      Or, ce n'est pas parce qu'on porte une croix, un voile ou une kippa qu'on est en train de prêcher la Bible ou le Coran à qui que ce soit. Pousser le bouchon du prosélytisme jusque-là, c'est de l'intolérance.

      D'ailleurs, pourquoi une règle que tout le monde reconnait dans la société serait telle différente dans les écoles? Les écoles ne devraient-elles pas être précisément le lieu où on apprend à intégrer les règles de la société?

      Or, le droit de port des signes religieux est reconnu partout dans notre société. Pourquoi devait-il en être autrement dans nos écoles?

      Christian Montmarquette

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 janvier 2019 06 h 37

    Sur la notion d'acceptabilité

    Ce texte est d'une grande clarté et d'une remarquable sobriété. J'apprécie qu'on pose la question du devoir de réserve dans les termes plus généraux de la neutralité plutôt que sous l'angle de la seule présence des signes religieux. Cependant, je crois que l'auteur fait erreur en demandant qu'on balise la prescription de neutralité en transposant le devoir de réserve quant aux idées politiques, dont il se fait une idée fausse, je crois.

    D'abord si loi demande de ne pas laisser ses convictions politiques interférer avec les devoirs de loyauté, elle n'oblige pas à les ravaler à la sphère privée. L'article 12 protège expressément ces manifestations publiques de la liberté d'expression sans quoi les employés de l'État seraient tenus à une omertà.

    Il faut par ailleurs avoir en vue que ce ne sont pas les idées politiques en général qui sont en cause, mais celles qui concernent les finalités de l'État et les moyens pour les atteindre. Il doit être clair que ma loyauté va à l'État et non au programme du Parti, celui-ci soit-il celui du gouvernement. 11 et 12 sont formulés en termes très généraux parce qu'ils appellent plus à des attitudes qu'à des comportements spécifiques. La partisanerie ne se laisse pas mesurer à la présence ou l'absence de cocarde.

    Ce qui vaut pour le devoir de réserve politique et qui est déjà moins restrictif que l'auteur le laisse entendre, cela vaut à fortiori pour toutes les croyances personnelles des employés de l'État. La capacité et le désir de faire preuve de neutralité posent des exigences particulières à toutes les personnes qui exercent des fonctions au sein de l'appareil de l'État et qui ont des croyances quelconques... donc à toutes.

    Ah oui : la fameuse notion d'acceptabilité. Pour dire qu'elle est fort mal construite. En principe, le terme désignerait une propriété objective qu'on pourrait mesurer sans égard au sentiment de ceux qui en jugeraient. Il conviendrait plutôt de nommer cela acceptation, même «sociale».

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 10 h 02

      Cette notion d'acceptabilité, M. Maltais Desjardins...

      La nuance que vous dites apporter entre acceptation et acceptabilité est oiseuse. Mais bon, si votre acceptation englobe l'un et que selon vous l'acceptabilité de l'autre est discutable, je vous le laisse. Au passage je vous recommande les nouvelles technologies qui permettent de couper avec une précision d'ordre atomique les cheveux en quatre sur le sens de la longueur.

      Il y a peu vous vous êtes scandalisé d'un exemple de ma part au sujet du drapeau Nazi. Ici on parle de Faucille et Marteau et vous acceptez. L'acceptabilité de certains termes dépendrait donc de leur origine? Sophismes contre la personne, hein ?
      Donc vous utilisez la notion d'acceptabilité et démontrez qu'elle est subjective.
      ... "mesurer sans égard au sentiment de ceux qui en jugeraient" est tout aussi pertinent que d'utiliser le mot n**** seulement devant des blancs. Ce ne sont pas "ceux qui en jugeraient" qui sont en cause.

      On ne mesure pas les notions subjectives, c'est pourquoi il est nécessaire d'en discuter.

      Autrefois les nonnes mesuraient l'espace au-dessus du genou laissé libre par les jupes des étudiantes, un peu pour leur "apprendre l'humilité" (i.e. les humilier), beaucoup parce qu'elles jugeaient avoir besoin de normes, aussi folles soient-elles. Voilà une mesure objective tirée d'un jugement subjectif.

      Si la loi "n'oblige pas à (...) ravaler à la sphère privée" les convictions, elle pose que le domaine du travail n'est pas un espace public libre. On ne fume pas dans un restaurant, qui est un espace public mais pas libre. Si l'acceptabilité de l'un vous agrée, pourquoi pas l'autre ? Et si un restaurant exige la cravate, que ferez-vous? Vous offusquer avec grandiloquence ? Non mais...

      Parlant de normes, je suggère celle-ci :
      En rapport avec l'État rien ne doit laisser supposer qu'il existe une entité qui dépasse ou transcende son autorité.

      Que cette entité soit religieuse, politique ou question de mode.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 janvier 2019 11 h 11

      On peinerait à ne pas vous « laisser supposer » quoi que ce soit, monsieur Trottier.

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 11 h 48

      Auriez-vous peur de vos propres positions, M. Maltais Desjardins ?

      Vous trouvez important de discuter d'acceptabilité vs acceptation, vous faites dans le subjectif à mort tout en vous prétendant rechercher l'objectivité d'une mesure quelconque, et vous remettez en cause un "laisser supposer" qui est exactement là où il doit être pour respecter le fait évident que tout signe religieux est par définition subjectif.

      Craignez-vous la réalité à ce point?

      Faut dire qu'ici comme ailleurs vous noyez le signifiant comme on noie un chaton, n'est-ce pas. Vaut mieux faire dans les circonlocutions qui te me vous laissent un petit air précieux tout ce qu'il y a de chic que risquer d'être pris en flagrant délit de catéchuménesquerie bassement partisane. Oui, parfois j'invente des mots quand ça vaut la peine­.

      Il reste qu'il y a peu vous avez insulté mon intelligence assez platement pour pas mal les mêmes propos que ceux tenus par M. Howe ici, en réponse à votre niaiserie assez abyssale, merci, au sujet de cravates. Les insultes ne salilssent que ceux qui les profèrent comme vous le savez, et je vous laisse ici l'occasion de vous laver. J'en doute pas mal : la crainte identitaire que vous camouflez derrière vos propos vaseux risquerait de paraître un peu trop.

      Puisque vous ergotez toujours aussi mal sur des sujets qui pourtant demandent précision, je risque de vous répondre sur un autre ton la prochaine fois, un peu comme je le fais déjà avec une autre personne. Tant pis pour vous.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 janvier 2019 12 h 07

      Ma connaissance de l'école me permet d'affirmer que si un directeur ou un collègue, directement ne m'interdit pas de porter un signe politique ou un symbole politique, en cas de plainte, je devrai l'enlever. Si je persiste, ça finira avec un grief et au final si je perds le grief en ayant persisté, je pourrais perdre mon emploi. Pour me réintégrer, il faudrait sans doute aller jusqu'en Cour suprême jusqu'à ce que cette dernière affirme que tant que le grief le fond n'était pas décidé, l'école devait me tolérer. Toutefois, avant d'aller jusque là, mon syndicat va me recommander de cesser de porter mon chandail patriote avec ma casquette de trump et surtout d'enlever mon gros macaron antiféministe, le temps que l'on règle un premier grief...

      Pourtant il s'agit de l'article 2 de la Charte. Mes étudiants, même s'ils ont la liberté de presse, n'ont pas la liberté de diffuser par exemple un journal numérique en classe, j'ai le pouvoir de restreindre l'usage des téléphones cellulaires ou encore d'interdire qu'un journal papier circule pendant le cours. Les étudiants jouissent de la liberté d'association, pourtant ils ne peuvent l'exercer, leur syndicat autonome-dans-ma-classe ne sera pas juridiquement reconnu, mais leur association étudiante, pour l'institution, elle, l'est. En échange, mes étudiants, eux, peuvent, porter un signe politique ou un signe religieux, ce droit-là ne perturbe pas le fonctionnement de la classe.

      En échange de l'autorité qui m'est conférée et qui suppose la suspension temporaire de certains droits, on exige de moi une réserve politique, entre autres.

      Pourquoi les droits religieux seraient au dessus des droits politiques? Il ne doit pas y avoir de hiérarchie, en théorie. Ne serait-ce que pour la communication, un chandail du «Che» est problématique. On ne doit pas émettre des signaux contradictoires et brouiller le canal.

      Un symbole religieux est pourtant ça, une encapsulation d'un message, problématique à interpréter.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 janvier 2019 14 h 51

      Dommage que vous jugiez utile d'encombrer cet espace par la simple expression de la mauvaise humeur que je vous inspire. Heureusement, vous tenez ailleurs des propos bien plus mesurés, intéressants et avec lesquels - vous vous tapez sans doute, mais bon ! - je suis plutôt d'accord.

  • Claude Bariteau - Abonné 11 janvier 2019 06 h 54

    La neutralité découle de la laïcité.

    La laïcité affirme la séparation de l'État des organisations religieuses et fonde l'ordre politique sur la seule souveraineté du peuple que constitue les citoyens et les citoyennes.

    Ce n’est pas une conviction mais un principe qui présuppose la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions 1) en respectant l’indépendance des institutions publiques par rapport aux organisations religieuses et 2) en promouvant l’égalité de tous devant la loi, ce qui rend les croyances et les convictions sans ascendant sur cette égalité.

    Pour que cette séparation s’exprime, la laïcité ne peut se conjuguer qu’avec la neutralité de l’État, celle des divers organismes territoriaux et celle des services publics, ce qui ne concerne pas aux usagers sauf exception pour motifs se sécurité ou d’ordre public.

    C'est ainsi qu’un État laïc assure que les citoyens et les citoyennes, qui constituent le peuple, sont tous égaux face à l'administration et aux services publics. Conséquemment, cette administration et l’offre des services publics ne peuvent accepter la manifestation chez ses membres des convictions religieuses ou autres.

    Votre texte précise ce point et explique clairement ce qu’implique la neutralité et signale ce sur quoi les parlementaires doivent légiférer.

    J'ajoute que cette législation doit aussi inclure tous les organismes territoriaux, que sont les Cegeps, les Universités et les établissements de santé, car, en les finançant, l’État en fait des services publics décentralisés.

    Suivant ce principe, devrait être exclus du financement de l’État tous les organismes religieux de même que les services d'ordre public qu'ils offrent.

    • André Labelle - Abonné 11 janvier 2019 10 h 25

      Ne soyonspas dupes. Promouvoir la neutralité c'est travailler à maintenir la religion dans le domaine publique. C'est encadrer la présence des religions. Donc je ne veux pas d'un État neutre. Je veux un État laïque, sans la présence du religieux.

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 10 h 32

      M. Bariteau, il ne vous vient pas à l'esprit que la neutralité précède historiquement la laïcité de plusieurs... milliards d'années ?

      La laïcité est l'absence de tout caractère religieux­ Encore faut-il qu'une religion existe pour ce faire.

      Je refuse toute préséance en matière de foi, je refuse donc parler de religion AVANT de parler de neutralité de l'État.

      La laïcité suit la neutralité, pas le contraire. Ceci correspond bien mieux à la démarche scientifique, qui quantifie l'objet. On ne peut quantifier la foi, ni la comparer entre deux individus.
      J'en viendrais à être obligé de mesurer AUSSI l'absence de foi! dans un contexte de laîcité! La jauge ne doit pas être la religion, pas plus son absence que sa présence.

      Alors entendons-nous : la laîcité existe en réaction à une ou des religions. La neutralité est de loin plus souhaitable comme assise de base à une société parce qu'elle précède tant historiquement que causalement les religions.

      D'autre part, je dois convenir que les religions sont souvent des façons différentes d'appréhender l'humanité, quoiqu'on en dise. Il ne s'agit pas de nier les religions, seulement de les laisser hors du cadre de l'État.

      J'accepte très bien que certains organismes religieux reçoivent du financement de l'État en autant qu'on démontre que l'argent lui-même sert uniquement à l'entraide sociale. Le fait que l'on endoctrine plus ou moins les gens en même temps fait partie de la frange acceptable que l'on doit laisser au libre-arbitre. Le contrôle a ses limites quoi.
      D'autant plus que, l'expérience le démontre, sinon des mouvements religieux se cacheront sous de fausses représentations pour arriver à leurs fins... mais de façon insidieuse, possiblement dangereuse.

      Par contre il n'y a aucune raison pour qu'il existe la moindre exemption d'imposition pour les religions. Ça, c'est non.

    • Claude Bariteau - Abonné 11 janvier 2019 11 h 44


      M. Trottier, vous avancez que « la neutralité précède historiquement la laïcité de plusieurs... milliards d'années », ce qui ne correspond pas à ma compréhension de l'histoire. Je présume que vous fondez votre avancée sur des faits d'histoire.

      J'aimerais en être éclairé parce que ce n’est qu’après les Traités de Westphalie de 1648 qu’il y eut une laïcisation progressive des relations internationales permettant aux États de s’extraire des dogmes religieux. Conséquemment, la laïcité de l’État devint un principe reconnu dont l’application conduit à sa neutralité.

      En cela, la laïcité vise à freiner l'extension de la religion ou des religions dans l'État non parce que l'État était présumé neutre mais parce que l'État n'était pas neutre.

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 12 h 11

      Comme vous le dites vouys-même, M. Bariteau, il a fallu la religion pour inventer la laïcité. Vous le situez même dans le temps. Très bien.

      La neutralité existe depuis que l'univers existe.
      En physique :
      Peut-être (on ne le sait pas) avant le Big Bang.
      Dans les milieux proches du vide absolu.
      Dans les milieux stables chimiquement.
      Là où l'électricité ne passe pas.
      Et bien d'autres.

      En société :
      Là où deux personnes discutent âprement et qu'une tierce personne ne s'en mêle pas.
      La Suisse par rapport au reste de l'Europe.
      En théorie, dans un tribunal, quel qu'il soit.
      Dans la correction d'examens dans les écoles.

      Tous ces cas peuvent concerner ou pas la religion, comme quoi la laïcité reste relative.

      Dans la nature :
      Un serpent avale un crapaud­. L'arbre à côté s'en fout complètement.
      La pluie tombe également partout.
      Le soleil, l'oxygène compris dans l'air, le sol sur lequel nous déposons les pieds.
      L'eau a un PH neutre en autant qu'elle est assez propre.

      À l'origine la laïcité se réfèrait uniquement aux églises chrétiennes. Par la suite on a étendu son sens à toutes les religions.
      En clair, faire de la laïcité la base de notre société, c'est référer indirectement aux religions et encore plus à celle qui régnait ici dans ma jeunesse. Je ne suis pas contre, je trouve seulement que c'est très restrictif, certainement pas assez primordial.

      Mettons-nous d'accord pour dire que ceci est une discussion sémantique, qui a donc une certaine portée mais sans plus.
      Aucune neutralité ne peut exister sans la disparition de tout signe idéologique et donc la laïcité est un pas nécessaire pour arriver à la neutralité tangible. Vous dites la même chose en sens contraire. :)
      Toutefois et parce que je crois à la précision des mots, mon opinion reste la même.

  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 11 janvier 2019 07 h 56

    La neutralité n'est pas la laïcité

    "La laïcité est généralement définie à l’aide de quatre principes : protection de l’égalité des personnes; protection de la liberté de conscience et de la liberté de religion; séparation des religions et de l’État; neutralité de l’État face aux religions. La neutralité est donc l’une des composantes de la laïcité. En dehors du champ de la laïcité, la neutralité religieuse est orpheline et sans grande portée." Daniel Baril

    https://voir.ca/daniel-baril/2016/11/04/la-neutralite-nest-pas-la-laicite/?fbclid=IwAR2bG1dvcJ2B2EyRbOTHOtz8wq2s3_78Ji4RBRiy8iVKDcP8EgAwchwtBHw

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 11 janvier 2019 09 h 22

      « La neutralité est donc l’une des composantes de la laïcité »

      J'inverserais les termes de la proposition. La légitimité de l'État repose sur sa « séparation » d'avec toutes les institutions qui prétendraient faire prévaloir leurs finalités sur le droit, sous la protection duquel nous sommes tous à titre de personnes, sans égard au sexe, à l'appartenance ethnique, aux orientations culturelles - dont les croyances religieuses -. Le concept d'État « laïque » est la survivance anachronique des temps où les églises jouissaient d'un pouvoir temporel qui les mettaient en concurrence avec l'expression des volontés populaires. Il serait bien dommage qu'on ait éventuellement à réaffirmer la primauté du « lei », du peuple contre des pouvoirs religieux, mais sa souveraineté politique est bien plus menacée de nos jours par les puissances économiques mondialisées qui imposent un ordre des choses plus contraignant que ne le fut jamais celui émanant des Églises... ou de l'Islam conquérant (revenons-y donc tout de suite).

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 janvier 2019 10 h 53

      Ben beau, Madame Bilodeau, mais....

      Où voulez-voue en venir au juste ?

      Parce qu'en fait je suis en profond désaccord avec cette définition.

      Supposons un État qui depuis deux cent ans ne reflète aucune religion quelle qu'elle soit. Il existe, ou pas, des religions sur son territoire mais rien n'en paraît dans les services ni dans les bureaux.
      À titre d'exemple, disons qu'il y a bien eu une fois, un député habillé en prêtre de pied en cap. Pourquoi pas ? Il s'est présenté habillé en prêtre, a été élu habillé en prêtre, normal qu'il porte la robe à l'assemblée. On va pas chercher à remettre la démocratie en question.
      En effet un élu a des droits vestimentaire qui dépassent ceux des fonctionnaires. Il est jugé directement par le peuple, lui.

      Ce prêtre a demandé qu'une prière soit dite en début s'assemblée soi-disant pour apporter les lumières aux décisions ici-bas.
      La proposition est morte au chapitre, manque d'appuis.
      Comme vous voyez, on vit dans un monde idéal là là.

      Est-ce que cette société va se définir comme laïque, i.e. absente de signes religieux, ou bien neutre, i.e. indépendante de toute influence idéologique dans son appareil? Sept générations (environ) sans démonstration religieuse, ce serait suffisant pour arrêter de se définir comme non-religieux il me semble. Non ?

      Une seule génération suffit amplement à mes yeux. La laïcité, c'est le mouvement nécessaire pour arriver à un État enfin neutre.

      Mais la laïcité reste une réaction contre l'influence religieuse (au pire, puisque ça prend pour acquis que ladite inflience est néfaste... ce que je crois absolument! Je l'ai vécu, hé!), et au mieux tout simplement l'absence de tout signe religieux.

      La neutralité, elle, fait partie de l'essence de l'humain sans passer par la religion. Je la préfère de très loin.