Contourner la population de Grenville-sur-la-Rouge, selon Canada Carbon

L'organisation SOS Grenville-sur-la-Rouge est opposée au projet de Canada Carbon.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L'organisation SOS Grenville-sur-la-Rouge est opposée au projet de Canada Carbon.

Nous sommes résidents de Grenville-sur-la-Rouge et nous sommes dérangés par le discours de R. Bruce Duncan, président et chef de direction de la compagnie d’exploration minière Canada Carbon, publié dans les pages du Devoir le 27 décembre dernier. Canada Carbon veut implanter une mine de graphite et une carrière de marbre chez nous et, ce faisant, elle a cru judicieux de poursuivre notre municipalité pour 96 millions de dollars. Comme si c’était là une façon d’obtenir notre appui…

M. Duncan affirme dans sa lettre que les opposants à son projet refuseraient le dialogue, et pire qu’ils le saboteraient. Que les choses soient bien claires : notre organisation, SOS Grenville-sur-la-Rouge, est opposée au projet de Canada Carbon et elle n’a jamais été invitée au dialogue. Depuis l’élection de novembre 2017, nous n’avons eu aucun contact avec la compagnie de Vancouver ou ses représentants. Canada Carbon est engagée dans une lutte impitoyable avec notre conseil municipal, mais elle semble complètement oublier que nous existons.

Nous tenons à nous rappeler à sa mémoire et à lui indiquer que nous sommes très inquiets des recours qu’elle multiplie contre notre municipalité devant les tribunaux et qui nous paraissent abusifs.

Le « dialogue franc et ouvert » avec des « experts indépendants » auquel M. Duncan appelle porte un nom : il s’agit d’une enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Malheureusement, dans sa forme actuelle, le projet minier de Canada Carbon n’est pas soumis au BAPE, ce qui est peut-être avantageux pour la compagnie, mais qui est drôlement fâcheux pour nous. Au lieu d’un débat rigoureux et encadré qui se déroulerait devant cette institution reconnue, la compagnie nous convie à un dialogue qui mènerait on ne sait comment à « une entente satisfaisante, gagnant-gagnant, qui fera de ce projet un meilleur projet ». Qu’avons-nous à gagner si nous ne voulons pas de ce projet ? Le dialogue ici a le dos large.

Canada Carbon reproche aussi à notre conseil municipal d’avoir changé d’avis. Or, c’est justement pour nous protéger des desseins de cette compagnie que nous l’avons élu, en remplacement de l’ancien conseil qui a perdu notre confiance dans ce dossier. Est-ce que notre nouveau conseil municipal a posé des gestes illégaux comme l’affirme Canada Carbon ? Ou est-ce l’ancien conseil municipal qui a failli à ses devoirs ? Ce sera aux juges de trancher puisque la compagnie a fait le choix de porter l’affaire devant les tribunaux.

Ce que nous savons, par contre, c’est qu’avant l’élection de 2017, l’ancien conseil municipal a donné son appui au projet minier sans jamais nous demander notre avis ni même répondre à nos questions. S’appuyant sur des résolutions d’un conseil qui agissait en catimini, dans le déni de nos droits citoyens les plus fondamentaux, Canada Carbon voudrait nous faire croire aujourd’hui que l’affaire est close, qu’ils ont tous les droits et que nous n’en avons aucun. Nous entendons les choses différemment.

Inacceptabilité sociale

L’acceptabilité sociale de votre projet, M. Duncan, ce n’est ni notre conseil municipal ni vous qui en décidez, c’est à la population de Grenville-sur-la-Rouge de se prononcer, et la population ne veut pas de ce projet.

Elle ne veut pas qu’une partie du paysage de la municipalité soit dévastée.

Elle ne veut pas que son développement récréotouristique soit sérieusement entravé.

Elle ne veut pas qu’une zone de villégiature autour du lac McGillivray comprenant une centaine de résidences et un camp de vacances pour enfants défavorisés soit rendue invivable par la proximité de la mine.

Elle ne veut pas que des zones écologiques sensibles disparaissent à tout jamais.

Elle ne veut pas que son eau et son air soient dégradés et menacés par des déchets toxiques laissés sur place et dont les effets néfastes se feront sentir longtemps après que les investisseurs seront partis avec leurs profits.

Elle ne veut pas que le passage incessant de camions lourds chargés de minerai endommage les routes, perturbe la circulation et mette en danger la sécurité.

Elle ne veut pas que le prix des propriétés baisse, réduisant, pour beaucoup d’honnêtes gens, le patrimoine péniblement accumulé au cours d’une vie de labeur.

M. Duncan reproche aussi à notre maire, Tom Arnold, d’avoir déclaré publiquement vouloir modifier les lois. Il s’avère que nous sommes entièrement derrière notre maire sur cette question : la loi, et particulièrement l’article 246 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, donne actuellement un pouvoir trop grand aux compagnies minières, au détriment de la protection de l’environnement et des droits de la population. Comme M. Arnold et bien d’autres, nous voulons que cela change.

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