Réveil passager ou reprise en main du destin des francophones?

Ce que vit la francophonie ontarienne est un signal d’alarme pour l’ensemble de la francophonie canadienne.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Ce que vit la francophonie ontarienne est un signal d’alarme pour l’ensemble de la francophonie canadienne.

La crise linguistique ontarienne fait comprendre que le compromis linguistique canadien est bien fragile. On peut y voir les influences d’un populisme ambiant qui favorise l’expression publique de réflexes qu’on pouvait penser morts mais qu’il est maintenant perçu légitime de ressusciter et d’exprimer à haute voix. Au nom d’une certaine vision d’un monde uniforme, lisse, à pensée unique, souvent sous prétexte économique, on s’attaque à des droits consentis à divers groupes minoritaires. L’air du temps semble encourager l’uniformisation linguistique, le pouvoir du majoritaire, du plus riche, du plus fort en gueule…

On croyait les minorités francophones ou acadiennes assoupies, plus ou moins résignées, sinon satisfaites de leur sort. Les francophones ontariens nous démontrent le contraire. Les Acadiens ont également de plus en plus de raisons d’être inquiets et craignent des coupes de services.

Quant au Québec, il se complaît dans sa « sécurité linguistique » ; le dossier de la langue française a glissé sous le tapis et à peu près rien de ce qui concerne la valorisation de la langue française, dans son usage ou dans sa forme, n’a vraiment fait l’objet des préoccupations gouvernementales au cours des dernières années.

Par ailleurs, il est assez stupéfiant de constater le silence quasi généralisé de la grande presse anglophone canadienne au cours des dernières semaines quand on pense à son indignation tonitruante en réaction à des événements aussi insignifiants que l’épisode du Pastagate ou du Bonjour-Hi.

J’ai rencontré à de nombreuses reprises des membres des communautés francophones et acadiennes. J’ai aussi eu le privilège de remettre l’Ordre des francophones d’Amérique à plusieurs d’entre eux. J’en revois aujourd’hui plusieurs sur diverses tribunes, plus convaincus que jamais de la nécessité de reprendre le combat. Je connais également quelques-uns des principaux artisans de l’Université de l’Ontario français et je sais qu’ils ne laisseront pas aller le morceau facilement, dussent-ils recourir aux tribunaux.

Ce qui me semble tout aussi important, c’est de voir que les jeunes francophones ontariens reprennent le flambeau et manifestent leur volonté de faire leur vie en français.

Comment peut-on enlever des pouvoirs au Commissariat aux services en français de l’Ontario quand on sait qu’il s’adresse à plus de 600 000 citoyens ? Je rappelle par ailleurs que le Québec a créé en novembre 2017 un Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise relevant du ministère du Conseil exécutif pour mieux protéger sa minorité linguistique, autrement mieux lotie que la minorité francophone de l’Ontario.

Comment peut-on abolir l’Université de l’Ontario français ? C’est nier l’importance d’offrir une formation post-secondaire en français à une communauté qui y travaille depuis des décennies et qui y a droit. L’UOF propose des formations originales et innovantes et elle est la seule université francophone de la région la plus peuplée de l’Ontario. Elle offre un environnement universitaire et culturel en langue française unique ; les universités bilingues ne peuvent le faire. Je n’insiste pas sur la comparaison avec l’offre de formation universitaire en langue anglaise au Québec.

Bref, ce que vit la francophonie ontarienne est un signal d’alarme pour l’ensemble de la francophonie canadienne. Le gouvernement du Québec a enfin exprimé clairement son appui aux francophones ontariens. Le gouvernement canadien l’a fait tout aussi fermement en confirmant son soutien à la mise en place de l’UOF ; il reste à voir la suite des événements.

La politique du chacun pour soi n’est plus acceptable. Quoi qu’il advienne, il faut saisir l’occasion de rétablir de nouveaux liens entre les francophones de tous les coins du Canada et mettre en place des modes de collaboration respectueux des intérêts de toutes nos communautés. C’est l’ensemble de la francophonie canadienne et la Francophonie tout court qui en profiteront.

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14 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 3 janvier 2019 00 h 25

    Comme

    les feux de Bengale: ça pétille quelques secondes et ça laisse une petite tige noircie à jeter - bon si on y va trop vite, ça brûle un peu...

    • Gilles Théberge - Abonné 3 janvier 2019 13 h 29

      Comme les commentaires insipides...

  • Mario Jodoin - Abonné 3 janvier 2019 00 h 25

    Encore pire...

    «Comment peut-on abolir l’Université de l’Ontario français ? C’est nier l’importance d’offrir une formation post-secondaire en français à une communauté qui y travaille depuis des décennies et qui y a droit. »

    Cela est d'autant plus pertinent qu'il n'y a pas de cégeps en Ontario. Les études post-secondaires passent donc nécessairement par l'université, sauf en formation professionnelle et technique.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 janvier 2019 08 h 41

      Faux. Il y a une 12e du secondaire obligatoire en Ontario et il n'y a pas si longtemps, il y avait une 13e année. Le secondaire 5 du Québec équivaut à une 11e année en Ontario. Les collèges ontariens sont de grande qualité et maintenant, on peut y faire un diplôme d'un an, deux ans et trois ans en plus d'une formation universitaire après le secondaire. Il ya deux collèges publics de langue française en Ontario: le Collège Boréal avec sept campus dans le nord de l'Ontario et la Cité à Ottawa. Il y a en plus 9 établissements bilingues ou de langue française qui proposent des programmes universitaires en Ontario.

      Suivre une formation dans une université française et vous allez travailler où et dans quelle langue a posteriori en Ontario? Dans le ROC? Tous les artistes Franco-Ontariens à la Damien Robitaille travaillent au Québec. Jean-Marc Dalpé et Patrice Desbiens, vivent et travaillent au Québec. Et ce n’est pas une université francophone à Toronto qui va changer la donne. Il n’y a pas de Franco-Ontariens à Toronto. Allumez SVP. C'est un pays francophone qu'il nous faut.

    • Daniel Gagnon - Abonné 4 janvier 2019 18 h 42

      Leur combat, qui est aussi le nôtre au Québec, n’a pas cessé de se renforcer, surtout depuis que les Franco-Ontariens ont pris conscience de leurs droits et du fait qu’il leur fallait lutter pour les protéger.

      Souvenons-nous du de leur puissant réveil et de leur sursaut victorieux, quand Mike Harris a failli leur faire perdre l’hôpital Montfort.

      Avec cette crise déclenchée par Doug Ford, on assiste vraiment à la montée d’une force franco-ontarienne incontournable et qui vaincra les oppositions et les préjugés, une solidarité franco-ontarienne qui aura raison de cette inégalité que Doug Ford aggrave cruellement, de cette condamnation injuste et brutale qu’il prononce, de ce détournement et du déséquilibre des forces linguistiques qu’il accentue gravement, en connivence avec la majorité anglophone de sa base électorale.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 janvier 2019 07 h 30

    Ils sont où les 600 000 Franco-Ontariens, ils sont où?

    Non. Le compromis linguistique canadien est un dîner de con. Il a assimilé l’essence même de la francophonie hors Québec. Les francophones ontariens ne nous démontrent pas le contraire si on regarde en-dessous de la mince couche de vernie. Dire qu’il y a plus de 600 000 francophones en Ontario et qu’on ne peut qu’en faire sortir peut-être seulement 14 000 dans la rue à protester est ridicule. De ce nombre, enlever les Québécois venus porter main forte aux francophones hors Québec, les subventionnés qui dépendent de l’argent du tribun canadien payé pour avoir un soi-disant pays, de ceux qui sont payés littéralement pour parler français, les enseignants et les fonctionnaires et ensuite les courtisans qui s’accrochent pour avoir la manne du fédérale pour se faire un paquet d’argent, les avocats, eh bien, il ne reste plus personne.

    M. Ouellon est étonné du silence radio des médias anglophones. Pas moi, comme francophone ontarien hors Québec depuis plus de 3 générations. Tout ce qu’ils veulent, c’est d’assimiler les francophones en critiquant lorsque ceux-ci se révoltent contre des phrases comme le bonjour/hi. Désolé, il n’y a pas de relève de jeunes francophones en Ontario. Ils n’existent tout simplement pas hors des ghettos linguistiques. J’ai enseigné dans les écoles soi-disant françaises en Ontario (90% sont de confession catholique subventionnées par le public à 100%) et elles sont des écoles d’immersion tout en demeurant poli. Ils sont où ces 600 000 francophones ontariens qu’on nous parle et nous casse les oreilles avec?

    L’Université française à Toronto pour les immigrants francophones est une fausse de bonne idée. Ce ne sont pas eux qui se sont battus dans les tranchées contre les Doug Ford de ce monde mais c’est eux qui en profiteront. En passant, la population anglophone ontarienne supporte Doug Ford à 100% dans ce combat linguistique. Le Commissariat aux services en français de l’Ontario, comme organisme bidon, ça mange quoi en hiver?

  • André Chevalier - Abonné 3 janvier 2019 07 h 51

    Donnons une leçon au ROC !

    Donnons une leçon au ROC!

    Le gouvernement du Québec devrait voter une loi garantissant le même niveau de service pour sa communauté anglophone qu'à ses francophones. Ça devrait avoir la faveur des anglophones... en principe!

    Mettre cette loi en application immédiatement dans le financement de l'éducation supérieure. Vu que les universités anglophones du Québec reçoivent plus de 21% (32M$/154M$) du financement universitaire (2017), alors qu'ils représentent 7,7% de la population, on devrait donc diminuer leur subvention de plus de 20 millions.

    On pourrait se servir de ce 20M$ pour aider au financement d'une université francophone en Ontario ou verser des bourses aux francophones de la diaspora pour venir étudier au Québec.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 janvier 2019 09 h 10

      J'aime bien votre idée de verser des bourses aux francophones de la diaspora pour venir étudier au Québec. Une très bonne idée aussi de diminuer les subventions aux universités anglophones au Québec, la minorité la plus choyée de la planète après le 1%. Ce qui est bon pour pitou est bon pour minou, réciprocité oblige.

    • André Chevalier - Abonné 3 janvier 2019 10 h 06

      Arrêtons de financer notre assimilation au monde anglophone!

    • François Beaulne - Abonné 3 janvier 2019 10 h 58

      Bonne idée qui rejoint les propositions de réciprocité de traitement mises de l'avant par le mouvement souverainiste et qui s'inscrit dans la logique des <deux peuples fondateurs>. Après tout, si on se base souvent sur une comparaison avec l'Ontario pour établir nos normes salariales, notre régime fiscal, la performance de nos fonds de pension et j'en passe...pourquoi ne nous baserions nous pas sur le traitement qu'ils réservent à nos frères et soeurs de langue française pour établir notre politique à l'endroit de la minorité anglophone. Ce ne serait pas du revenchage ou de la mesquinerie, mais simplement un juste retour des choses. Et qui sait. Ça leur ouvrirait peut-être les yeux.

  • André Labelle - Abonné 3 janvier 2019 09 h 29

    Le bilinguisme insultant de Radio-Canada

    Certaines émissions réalisées et diffusées par Radio-Canada se sont, semble-t-il donnée comme mission l'assimilation des francophones du pays. Par exemple, l'émission En direct de l'univers sensée présentée une vedette québécoise présente toujours un univers musical bilingue. Même que souvent la chanson anglophone occupe plus de 50 % de l'espace.
    Autre exemple l'émission Ici on chante avec Véronique Dicaire également présentée à Radio-Canada est franchement au moins bilingue sinon plus anglophone que francophone.
    Je n'écoute pas les émissions présentées à CBC (chaine anglophone). Mais cette chaîne, dans ses émissions de variétés, présente-t-elle le même niveau de bilinguisme ? J'en serais surpris.
    Je parle de "Ici Radio-Canada, en 2018-19, pas du canal 2 des années '50 où la moitié de la programmation était francophone et l'autre moitié, anglophone.
    Pourquoi cette chaîne francophone que l'on paie avec nos taxes a-t-elle cette volonté d'angliciser notre culture. Le ROC est-il si pauvre en artistes anglophones qu'il doit demander à des artistes francophones du Québec de les divertir ?
    Que fait le CRTC devant cette situation déplorable ?
    Alors où est le réveille des francophones dans la communauté Radio-canadienne ?
    «L'absence de volonté et la lâcheté devant l'action représentent de grands défauts pour les dirigeants alors condamnés à l'impuissance.»
    [Jiang Zilong]

    • Marc Therrien - Abonné 3 janvier 2019 12 h 40

      Et pour paraphraser Paul Valéry on pourrait dire que cette impuissance est surtout l'occasion de faire naître le plus farouche orgueuil.

      Marc Therrien

    • Rino St-Amand - Inscrit 3 janvier 2019 14 h 07

      Faute de réponse à vos questions M. Labelle, je vous propose une hypothèse hautement spéculative. Se pourrait-il que les animateurs de Radio-Canada soient tannés de travailler et souhaitent se faire licencier? En tentant de nous inculquer la culture anglophone, plus particulièrement la culture américaine, on nous inciterait à nous détourner de Radio-Canada pour se brancher sur les vrais médias anglophones (ou américains), et ainsi fermer Radio-Canada qui n’aurait alors plus l’auditoire pour justifier sa présence.