Quand Hydro et paysage ne font pas bon ménage

«En voyant l’état actuel des lieux, il est clair qu’Hydro a négligé l’environnement visuel nécessaire au bien-être d’une espèce qui fréquente le milieu: l’Homo sapiens», affirme l'auteur.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «En voyant l’état actuel des lieux, il est clair qu’Hydro a négligé l’environnement visuel nécessaire au bien-être d’une espèce qui fréquente le milieu: l’Homo sapiens», affirme l'auteur.

Des travaux de réfection du mur de soutènement en béton en amont du barrage Simon-Sicard dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville ont eu lieu cet automne. La société d’État a justifié les travaux par l’urgence et a obtenu une exemption par décret du gouvernement du Québec pour se soustraire à la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement. En d’autres mots, Hydro-Québec a pu éviter une consultation publique conduite par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). La première phase des travaux terminée, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une simple « réfection » du muret de béton, mais d’un déversement massif de remblai dans la rivière des Prairies. Le remblai d’enrochement devant le mur de béton était, selon la Société, la solution la plus rapide et la plus économique. Le paysage sur la rive, à proximité du parc-nature de l’Île-de-La-Visitation, est aujourd’hui méconnaissable. Il a subi une grave détérioration visuelle. Le site archéologique du fort Lorette, l’un des trois secteurs de travaux jugés prioritaires, est bordé de poteaux, de câbles électriques et d’un transformateur. Par endroits, la vue sur l’horizon de la rivière est bloquée par un monticule de gravier. Un véritable désert minéral et stérile prend place à un endroit où la Ville de Montréal projette un parcours de promenade en bordure de l’eau et veut redonner l’accès des berges aux citoyens.

Hydro prévoit terminer les travaux en 2019 sur une longueur totale de 1,3 kilomètre en y ajoutant des couches de roches. Son rapport d’évaluation environnementale mentionne que « l’impact sur le paysage est jugé faible ». En voyant l’état actuel des lieux, il est clair qu’Hydro a négligé l’environnement visuel nécessaire au bien-être d’une espèce qui fréquente le milieu : l’Homo sapiens.

Directives précises

Les prochaines phases de travaux doivent obtenir l’autorisation de la ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Il serait souhaitable que la ministre donne des directives précises à Hydro-Québec et qu’elle remette en question : la détérioration du paysage, les mesures de remise en état des lieux, ce qu’il est prévu pour la faune aquatique, la flore, l’accès aux rives pour la population, l’intégration des travaux au projet d’espace vert municipal, les mesures de préservation et de mise en valeur du patrimoine archéologique et historique — qui remonte à 4000 ans —, la consultation des communautés autochtones, notamment celle de Kanesatake, dont l’origine est intimement liée à la mission du fort Lorette. Le père Jérôme Lalemant, visitant la rivière des Prairies en 1663, s’exclamait : « Ce lieu-là surpasse tous les autres en beauté […] avec tous les agremens que les Peintres peuvent representer dans leur païsage […] ce sera un jour un païs tres-propre pour estre la situation d’une grande et grosse ville ».

C’est à notre époque que revient de concilier harmonieusement l’environnement naturel avec le développement urbain. Une consultation publique du milieu et des communautés conduite par le BAPE est nécessaire pour mener à bien les prochaines phases des travaux. Ne serait-ce que pour mettre un peu de baume sur la fracture laissée par l’autoroute 19, qui coupe le village patrimonial de Sault-au-Récollet en deux.

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