Le voile est un moyen de contrôle du corps de la femme

La député de Taschereau, Catherine Dorion
Photo: Francis Vachon Le Devoir La député de Taschereau, Catherine Dorion

Lettre ouverte à Catherine Dorion, députée

Dans votre vidéo qui porte sur le voile et que vous adressez « aux nouveaux curés », vous parlez d’une religion qui s’appelle islam. Mais plus je vous écoutais, plus je découvrais votre ignorance abyssale de cette religion dans les pays où elle est force de loi, et surtout du combat des femmes qui y vivent !

Avec cette vidéo, vous n’apportez rien de nouveau dans ce débat de société légitime et indispensable, si ce n’est de répandre des faussetés qui dénaturent ma religion et celle de mes parents. Ce n’est pas parce qu’on répète une fausseté qu’elle finit par devenir vérité.

Dans votre vidéo, vous intervenez en tant que députée et non comme auteure. En tant que députée, vous ne pouvez pas vous permettre de froisser une communauté. Ici, il s’agit de la communauté musulmane. Celle-ci, loin d’être monolithique, est traversée par plusieurs courants.

J’ai grandi dans une famille musulmane traditionaliste et pratiquante. Mon père était autodidacte, ma mère et ma grand-mère illettrées. Ce sont ces personnes qui m’ont appris l’islam et qui m’ont poussée à le lire, à le comprendre, mais surtout à ne pas m’arrêter à la lecture littérale et encore moins de colporter les faussetés qui sont préjudiciables aux femmes surtout.

Il est vrai que toutes les religions n’offrent aux femmes que des strapontins. Et c’est aussi dans cette famille que j’ai appris à me servir de l’ijtihad (effort intellectuel qui est issu de la tradition islamique depuis de nombreux siècles) pour lutter contre les dogmes et les blocages dans l’interprétation du Coran.

Le voile fait justement partie de ces erreurs d’interprétation. Ainsi, le voile que des femmes portent sur la tête et que vous semblez trouver anodin, sachez qu’il n’a aucune existence dans le Coran.

Vous gagneriez à lire sur ce sujet que vous défendez au nom du droit à la différence. Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers.

Il n’y a aucun rapprochement à faire entre porter un piercing ou une tuque et porter un voile : ne pas les porter n’entraîne pas la mort pour les premiers, alors que déroger à une interprétation fondamentaliste de l’islam, comme c’est le cas pour le voile, peut mener la femme au fouet, à la prison, voire à la mort.

Dans les pays où l’islamisme s’est imposé, les femmes prennent le risque d’une agression chaque jour non pour une faute commise, mais tout simplement parce qu’elles sont femmes.

Ces femmes, je les admire pour ce qu’elles osent entreprendre dans un pays où le 911 n’existe pas. Pourriez-vous les regarder dans les yeux et leur dire que le voile que vous défendez au Québec a une autre connotation, qu’il est le symbole du libre choix ?

Ma mère qui le portait par tradition imposée l’a toujours haï. Nous, les filles de l’indépendance, nous ne l’avons jamais porté. C’était une époque où les hommes de ma société étaient plus attachés à la modernité et au progrès qu’aux cheveux de la femme, devenus source de perversion.

Chaque geste que vous poserez ici pour rendre l’islam politique acceptable fera reculer le combat de ces femmes et fera la joie des islamistes qui imposent ce voile dans les pays musulmans. Si vous étiez mère de deux filles comme je le suis, trouveriez-vous normal qu’elles doivent se cacher les cheveux pour qu’elles ne souillent pas la pensée des garçons qu’elles côtoient ? En fait, le voile n’est pas une question de modestie et de pudeur, mais bien un moyen de contrôle du corps de la femme.

Il était de tradition chez la gauche de porter la cause des opprimées où qu’elle soit. Aujourd’hui, nous constatons que cet idéal est remplacé par le relativisme culturel, qui, pour nous, les musulmanes, est la plus haute forme de mépris, puisque ici, nous sommes invisibles et inaudibles si nous ne sommes pas voilées.

Prenez le temps de lire Olfa Youssef, Ani Zonneveld, Fatima Mernissi, Mohammed Arkoun, Rachid Benzine, Soheib Bencheikh, Tahar Haddad, Chahla Chafiq, pour ne citer que ces quelques réformistes, qui sont de plus en plus nombreuses et nombreux et qui font face à l’islam politique commandité à coups de pétrodollars et relayé par la gauche communautariste.

Les religions nous ont assez asservies, et votre rôle de députée n’est point de nous y emprisonner. Votre rôle ne devrait-il pas consister à nous aider à nous affranchir de cette déviance sociale ?

189 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 18 décembre 2018 03 h 51

    BRAVO MADAME LESBET

    Malheureusement, pour certaines personnes du calibre de Madame Catherine Dorion, l'illettrisme est considéré comme étant une valeur fondamentale et intrinsèque à tout pleurnichard de la go-gauche reconvertie. Plusieurs "vantent" que Madame Catherine Dorion est détentrice d'un grade de second cycle d'une importante université britannique... Cela fait sourire, et n'est absolument garant d'un savoir académique réel. D'autant plus que ce parchemin de second cycle est, comme ici pour une large proportion des étudiants étrangers, octroyé par complaisance... Les universités sachant que la majorité de ce type d'étudiants retournera dans son pays d'origine - donc, rayonnement, et aucun de son pays d'origine ne mettra en doute la validité du parchemin, car il est vrai le parchemin, mais pas les connaissances l'accompagnant.
    Quoi qu'il en soit, Madame Lesbet, vous avez parfaitement raison en ce qui touche le Coran et les dérives des interprétations qui en sont faites par certains. Nonobstant l'Arabie Saoudite qui est fief d'ultra-religieux moyenâgeux et maintenu comme tel par la famille Saoude pour en conserver la gouvernance, que même Rouhollah Moussavi Khomeini, lors de la prise de pouvoir en Iran, a mis l'obligation du port du voile comme étant "obligatoire" et signe distinctif d'une valeur intrinsèque des femmes et soumises à l'islam... Combien se souvienne que sous Mohammad Reza Pahlavi certaines femmes instrumentisées manifestaient pour avoir le droit de porter le voile. Souhait qui a été entièrement, et fortement comblé sous Khomeini. Maintenant, il est impossible de manifester pour l'enlever.
    La contrainte du voile a fait du chemin depuis... Même la Turquie Moderne de Mustafa Kemal Pacha dit Atatürk s'y est mise sous Recep Tayyip Erdoğan... Quant aux autres pays islamiques, ils tombent les uns après les autres dans cette obligation de port du voile... L'expension se fait maintenant dans les pays de culture occidentale. Vive la go-gauche bien-pensante, mais ignare.

    • Andréa Richard - Abonné 18 décembre 2018 10 h 45

      Merci Leila. Cette une lettre importante. Je souhaite qu'elle soit lue par nos députés(surtout les libéraux et de Québec solidaires) C'est tellement bien dit, bien expliqué! Il faudrait être,excusez l'expression: -bouché- pour ne pas comprendre! Je souhaite que ce texte soit donné aux enseignants(tes) et aux élèves....Cela pourrait être utile pour expliquer la problématique du voile! Espérant surtout, que Catherine Dorion va comprendre....a voir...

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 18 décembre 2018 12 h 41

      Lassitude...

      Je commence à être las de ces babyboomers qui réagissent à fleur de peau quand il est question d'un foulard qui n'implique absolument pas les mêmes conséquences ici qu'en Iran ou en Arabie Saoudite. Il s'y cache trop souvent une xénophobie à peine voilée (c'est le cas de l'écrire). Alors qu'un tsunami menace la planète, ils soulèvent des chicanes de chiffonnier. À quoi bon peuvent bien servir de telles montées aux barricades? Nous devrions plutôt tous être obnubilés par l'état de la Terre que nous nous apprêtons à laisser à tous les enfants qu'ils portent le hidjab ou la tuque. Mais non, c'est plus facile de ne pas remettre en question notre propre mode de vie en s'en prenant à un foulard, au lieu de remettre en question notre empreinte écologique pas mal plus mortifère qu'un bout de chiffon.

      P.S. C'est ainsi assez révélateur que l'édito dans Le Devoir sur la COP24 ne fasse à cette heure que 13 commentaires, alors que celui sur le voile islamique en suscite 89... et ça continue de monter!

    • Pierre Desautels - Abonné 18 décembre 2018 15 h 32


      @Pierre-Alain Cotnoir.

      Vous avez entièrement raison. Madame Lesbet et Jjemila Benhabib ont des comptes à régler et essaient de nous entraîner dans leurs vieilles chicanes, alors que le contexte ici est totalement différent et que nos institutions et nos lois sont solides. Un jour ou l'autre, il faudra passer à d'autres choses beaucoup plus importantes.

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 décembre 2018 20 h 02

      À messieurs Desautels et Cotnoir: Vous faites de l'aveuglement volontaire messieurs. Vous n'avez rien compris encore après tous les faits devant vous.
      Oui les effets de serre sont très importants, mais l'un n'exclut pas l'autre. Le voile représente le fascisme de l'Islam politique qui est aussi nocif pour les femmes. Pourriez-vous cautionner le port des vêtements du Ku Klux Klan dans la fonction publique? Alors pourquoi accepteriez-vous un signe religieux ostentatoire qui signifie la misogynie et l'obscurantisme?

    • Joanne Bouchard - Abonné 19 décembre 2018 07 h 25

      Cette fois, Madame Dorion s'est vraiment plantée.

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 18 décembre 2018 04 h 55

    Merci

    Le seul mot en titre suffit. Merci.

    J'exprime le voeu qu'on en finisse très rapidement avec ce faux débat où les ignorances les plus diverses se confrontent à qui mieux-mieux.

  • Nadia Alexan - Abonnée 18 décembre 2018 05 h 40

    Le voile est la porte-étendard d'un Islam politique et totalitaire.

    Bravo, madame Lesbet, pour cette lettre éclairant. Malheureusement, la gauche bien pensante a perdu ses repères. Il ne comprend pas l'Islam politique qui veut se servir du voile pour faire du prosélytisme d'un mouvement politique, qui n'a rien à faire avec la religion. Il se sert de nos Chartes de droits pour propager un Islam qui veut asservir la femme au lieu de la libérer.
    Les partisans de la laïcité soi-disant «ouverte» font du tort à la communauté musulmane et aux femmes en particulier.

    • André Joyal - Abonné 18 décembre 2018 08 h 45

      Mme Alexan: Pour avoir soutenu, lors du débat sur la Charte du PQ, des propos identiques à ceux ici exprimés dans cette Libre Opinion, un chroniqueur de La Presse, toujours très présent, m'a traité par un courriel de raciste. À sa décharge, je dois dire qu'il ignorait que je suis un grand ami de l'Algérie et qu'en conséquence, je savais, contrairement à lui, de quoi je parlais en m'en prenant au voile et à ce qu'il représente. Espérons que Francine Peleltier lira ce texte dans sa totalité, mais je doute qu'elle en soit capable. Ce serait intéressant de lire les commentaires des 4 ou 5 membres de QS qui s'expriment régulièrement sur ce réseau.

    • Christian Roy - Abonné 18 décembre 2018 17 h 58

      Et ça repart de plus belle ! Tout s'entremêle.

      Ici encore, la laïcité et la neutralité de l'État en mangent une bonne. Voilà que l'État doit prendre partie en matière de religion (conviction sincère) et déterminer pour l'individu ce qui est bon de croire ou pas. Erreur fondamentale.

      La demande est que l'État québécois devienne laïciste, c'est-à-dire (contre toute attente) religieux !!! Mon totalitariste cosmétique ou vestimentaire pour combattre le tien.

      Je ne veux pas d'un État religieux.

      Mais les codes civils et criminels font-ils la job comme on dit ? Sont-ils en constante évolution ? C'est sur ces fronts que la "guerre" doit être menée au nom du respect des droits fondamentaux des québécoises de toutes origines - là où elles en sont dans leur cheminement - qu'elles soient chrétiennes, juives, musulmanes, bouddhistes, agnostiques, athées, pratiquantes d'un culte ou non, au sommet de l'échelle sociale ou dans les bas-fonds, de go-gauche ou de droite, etc. Que les injustices et les abus à leur endroit soient dénoncées et sanctionnées selon les règles sécularisées que nous avons convenues. Que la Justice leur soit accessible. Commençons par notre pays.

      La liberté de conscience et de religion est un droit fondamental que l'État doit défendre et expliquer sereinement à la population. Cette sérénité et une élévation au-dessus de la mêlée sont importantes car le dérèglement climatique propre à ce sujet sensible est très émotif, tant la question est propice à l'évocation de blessures personnelles. Je dis gare à l'ostracisme et aux amalgames, si faciles dans le cas que mme Lesbet soulevé. Et l'antireligiosité n'est pas une voie sans dommages prévisibles.

      Citoyen sans affiliation politique.... (ceci dit pour vous M. Joyal !)

  • Réal Boivin - Abonné 18 décembre 2018 05 h 43

    Merci Mme Leila Lesbet

    Catherine Dorion et les députées non solidaires des femmes de son parti seraient bien avisées d'écouter les personnes qui ont dù fuir leur pays où la religion a pris le controle sur la vie des gens et surtout sur celle des femmes.

  • Michel Paillé - Abonné 18 décembre 2018 05 h 49

    Il faut mieux connaitre l'Islam

    Vous recommandez Madame, «de lire Olfa Youssef, Ani Zonneveld, Fatima Mernissi» et quelques autres. Merci pour ces suggestions. Mais j’ajouterai les auteurs suivants : Abdennour Bidar, Boualem Sansal et Djemila Benhabib. Sans oublier Le Point Références de 2015 portant sur «Penser l’Islam, hier et aujourd’hui».

    • André Joyal - Abonné 18 décembre 2018 08 h 48

      Ajoutez à vos suggestions Kamel Daoud

    • Michel Paillé - Abonné 19 décembre 2018 07 h 26

      Merci André Joyal. Pour avoir dit que «si on ne tranche pas […] la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer», Kamel Daoud a fait l'objet d'une fatwa, tel Salman Rushdie. La fatwa dit ceci : «Il a mis le Coran en doute ainsi que l'islam sacré ; il a fait des louanges à l'Occident et aux sionistes. […]. Nous appelons le régime algérien à le condamner à mort publiquement, à cause de sa guerre contre Dieu, son Prophète, son livre, les musulmans et leurs pays.»

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 décembre 2018 16 h 10

      Prononcée par un imam salafiste condamné à six mois de prison.