En Hongrie, une attaque injustifiée contre la liberté de l’enseignement

La Central European University, qui, pour l’essentiel, se concentre depuis sur les programmes d’études supérieures dans les secteurs des sciences sociales et des sciences humaines, a connu à tous égards un formidable succès.
Photo: Attila Kisbenedek Agence France-Presse La Central European University, qui, pour l’essentiel, se concentre depuis sur les programmes d’études supérieures dans les secteurs des sciences sociales et des sciences humaines, a connu à tous égards un formidable succès.

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, un jeune investisseur, George Soros, d’origine hongroise, s’organise pour qu’une nouvelle université, la Central European University (CEU), voie le jour à Budapest. La vision était claire et les buts avoués : les pays de l’ex-URSS communiste devaient avoir à leur disposition des jeunes formés selon les plus hauts standards universitaires et selon le concept de pensée critique afin d’exercer le leardership qui leur reviendra au sein de leurs pays en transformation. La société ouverte de Karl Popper devait devenir une réalité. Le rôle de l’enseignement supérieur au sein des régimes démocratiques en émergence était considéré comme incontournable et nécessaire. Aujourd’hui, près de trente années plus tard, ce rôle des universités est plus important que jamais ; celui de la CEU l’est particulièrement.

Qu’on ne se fasse pas d’illusion. La CEU, qui, pour l’essentiel, se concentre depuis sur les programmes d’études supérieures dans les secteurs des sciences sociales et des sciences humaines, a connu à tous égards un formidable succès. Elle a diplômé, au fil des ans, plusieurs milliers d’étudiants en provenance de dizaines de pays et particulièrement de ceux de l’ex-Empire soviétique ainsi que des étudiants des pays du Sud. Université carburant à la liberté d’enseignement, elle a profondément laissé sa marque, particulièrement dans les pays de l’ex-URSS. Ses performances en recherche, grâce à un corps professoral local et international de la plus haute qualité, sont reconnues en Europe et partout dans le monde. En bref, la CEU est un petit bijou d’université qui remplit pleinement sa mission dans les plus hauts standards et sans même aucun financement de l’État hongrois ; sa présence a d’ailleurs complètement transformé un quartier de Pest, sur la rive droite du Danube.

Une réussite gênante

C’est sans doute le succès de la CEU qui gêne tant le leadership actuel de la Hongrie, qui a tout fait depuis plusieurs années afin d’expulser la CEU de son territoire. La décision de quitter la Hongrie vient d’être prise, à regret, par la CEU. Diabolisée et dénoncée par les tenants de la pensée unique, la communauté de cette université continue par la liberté de sa pensée et de son enseignement à déranger. Au fond, l’attitude du gouvernement hongrois et son acharnement à l’égard de la CEU et de son fondateur, George Soros, constituent sans doute un immense hommage au succès de cette université qui a su se distinguer de toutes les façons et jouer pleinement son rôle.

Acteurs de changement et de pensée critique, les établissements d’enseignement supérieur non seulement forment les leaders de demain, mais contribuent notamment par leurs recherches à l’évolution des connaissances et de la pensée des sociétés. Leur apport est, à cet égard, inestimable. La pensée critique, le questionnement de ce qui est, de ce qui peut être et de ce qui doit être, demeure dans leur ADN. Les attaques répétées du gouvernement hongrois contre la CEU sont des attaques contre la liberté de l’enseignement partout à travers le monde et, par là, des attaques contre les fondements de nos régimes démocratiques.

Le devoir de solidarité de nos universités à l’égard de la CEU, de la liberté de son enseignement et de son existence est réel et urgent. Il faut aussi s’inquiéter du sort des autres universités hongroises, qui, elles aussi, méritent notre entier soutien. La remise en question de la mission fondamentale des universités menace les fondements mêmes de la démocratie et de la liberté. Le sort réservé par les autorités hongroises à la CEU et le relatif silence des autorités européennes suscitent une vive inquiétude.

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10 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 17 décembre 2018 00 h 25

    Que de nostalgie...

    mais au fond, la Hongrie était si bien sous le joug «éclairé» de l'URSS.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 17 décembre 2018 08 h 14

    Le départ forcé d'un imposteur.

    La "Central European University", comme son nom l'indique, est une institution privée exclusivement anglophone, implantée en plein territoire étranger et calquée sur le modèle américain, dont le but premier est de propager l'idéologie mondialiste néo-libérale dans les pays de l'ex-bloc soviétique. Ce formatage du savoir humain et cette uniformisation de la pensée selon les normes de la rectitude politique des classes dirigeantes est contraire à la mission première d'une université qui est de poser un regard critique sur le monde et la société. Le départ du territoire hongrois de cet imposteur sera une bonne chose qui a déjà trop tardé. Il n'est pas du tout surprenant qu'ici on trouve un mandarin notoire du pouvoir en place pour monter aux barricades et prendre la défense de ce qui n'est dans le fond qu'un organisme de propagande au service des nantis.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 décembre 2018 10 h 40

    Et la langue d'enseignement est...

    l'anglais, je présume ,pour l'ensemble des étudiants?....M. Frémont parle de (sic) "hauts standards et de pensée critique"...qui ne peuvent être acquis que dans langue de Shakespeare ?!?! D'ailleurs, le sigle CEU est...celui du Central European University. Le "why not", qu'on retrouve à chaque tournant de leur cursus universitaire, le précise!
    Les Hongrois ont beau avoir élu un gouvernement qui ne plaît pas à la sphère politico-mondialiste de l'UE et... autres hégémonies, il n'en demeure pas moins que les citoyens de ce pays se sont...prononcés . Ils redoutent peut-être...un Cheval de Troie.? Le problème s'étant propagé partout dans le Monde...Par exemple:La CEU de Valence en Espagne ...idem. À l'UdeM, des étudiants et des professeurs se sont élevés, encore récemment, contre cette mondialisation du "why not".
    Qui saura répondre à leur questionnement...qui est aussi le mien!

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 17 décembre 2018 13 h 38

    Ignatieff

    Le bonhomme qui la dirigeait est un atlantiste antinationaliste (sauf le bon nationalisme néolibéral, mondialiste, multiculturaliste, bref «l'impérialisme léger») qui promeut l'ingérence. Il suffit de savoir que c'était un projet de Soros pour comprendre que chasser cette université était une bonne idée... Qui prend la défense de cette université? Le recteur de l'Université du Cheval de Troie de l'Ontario ou encore de l'Institut fédéral de la bilinguisation universitaire des francophones du Haut-Canada.

    J'espère que quelqu'un aura le bon sens de nous rappeler qui sont Igantieff et Soros.

  • Michel Lebel - Abonné 17 décembre 2018 14 h 52

    Oui à la CEU


    À ce jour, j'ignorais l'existence de cette CEU. Si je comprends bien la situation, cette université n'est pas aimée par l'actuel gouvernement hongrois.Quand la liberté d'enseignement est menacée, celle-ci doit être défendue, sans exceptions. Je souhaite donc que cette université demeure à Budapest.

    Michel Lebel
    Ancien professeur d'université (UQAM et UdeM)

    • Jean-Charles Morin - Abonné 17 décembre 2018 18 h 30

      Quand une université ignore la langue du pays dans lequel elle s'est installée, c'est qu'il y a un fichu problème.

    • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2018 05 h 02


      @ Jean-Charles Morin,

      Gardons le cap sur l'essentiel, soit la liberté de l'enseignement. Pour les problèmes, toutes les universités en ont. Voici le paradoxe: des lieux de haut savoir sont des lieux de hautes chicanes et souvent scandales, et ceci depuis des siècles! Bref, des institutions bien humaines.

      M.L.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 18 décembre 2018 15 h 47

      "Gardons le cap sur l'essentiel, soit la liberté de l'enseignement. " - Michel Lebel

      Je suis d'accord avec vous sur ce point. Toutefois il faut convenir que, dans le cas de "l'université Soros" (comme certains se plaisent à surnommer la CEU) les tenants de thèses contraires aux dogmes du mondialisme et du néo-libéralisme si chers à son fondateur ne pourront jamais y enseigner. Alors pour la liberté de l'enseignement, on repassera. Une université ayant au départ un biais idéologique n'est pas une véritable université mais un vulgaire instrument de propagande et d'endoctrinement.