Le Canada ne doit pas appuyer le pacte sur les migrations

Une bonne partie des États membres de l’ONU n’acceptent déjà pas de migrants, ou n’en acceptent qu’un nombre symbolique, et ce n’est pas le pacte qui va les faire changer d’idée ou qui va y amener des migrants, selon l'auteur.
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Une bonne partie des États membres de l’ONU n’acceptent déjà pas de migrants, ou n’en acceptent qu’un nombre symbolique, et ce n’est pas le pacte qui va les faire changer d’idée ou qui va y amener des migrants, selon l'auteur.

Selon les médias, le premier ministre Justin Trudeau, reprenant la formule de Michel Rocard, ancien premier ministre français, aurait déjà déclaré que le Canada ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Il faut espérer qu’il se remémorera cette réflexion avant d’amener le Canada à appuyer cette semaine le pacte mondial sur les migrations, qui risque de devenir ensuite une résolution de l’ONU le 19 décembre prochain. Avant d’appuyer ce pacte, il conviendrait d’avoir un débat pour savoir d’où il vient, ce qu’il vise vraiment et quelles seront ses conséquences. On est loin de cela.

Qui sont ces migrants et combien sont-ils ? Un premier chiffre, récent : selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, dans son récent rapport intitulé Global Trends Forced Displacement in 2017, au 15 mai 2018, il y avait plus de 68,5 millions de « migrants forcés » de par le monde. Ce chiffre ne comprend pas les migrants volontaires, immigrants, réguliers ou illégaux, travailleurs étrangers, etc. Un autre chiffre : l’Organisation internationale du travail nous apprenait la semaine dernière que 164 millions de travailleurs dans le monde sont des migrants (ce qui prive les pays d’origine d’autant de main-d’oeuvre). C’est beaucoup. Et ce nombre ne fait que croître (il était de 65 millions en 2015).

Autre exemple : selon l’historien Bernard Lugan, spécialiste de l’Afrique, « d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an. En 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera un tiers de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara. Pour des centaines de millions de jeunes Africains, la seule issue pour tenter de survivre sera alors l’émigration vers l’Europe ». Et on pourrait ajouter vers le Canada. C’est ça, les migrations dont on parle : des dizaines, puis très rapidement des centaines de millions de personnes. Sans compter leur multiplication exponentielle par un taux de natalité plusieurs fois plus élevé que celui de la population d’accueil.

Imposer des devoirs

Qui va s’engager à les accueillir aux conditions du pacte ? Déjà plus du tiers des membres de l’ONU, dont les États-Unis, ont refusé de valider le pacte. C’est beaucoup cela aussi. Surtout si l’on considère qu’il est fréquent que les États membres de l’ONU appuient, voire signent, des accords ou des déclarations tonitruantes qu’ils ignorent complètement par la suite. On ne sait pas assez qu’une grande partie des membres de l’ONU ne sont pas des démocraties, que beaucoup sont des dictatures féroces, et que ces pays se soucient très peu de l’application des principes humanitaires défendus officiellement par l’ONU. La réalité est que, à la suite d’expériences malheureuses, les migrants sont de plus en plus mal vus par les populations d’accueil. Une bonne partie des États membres de l’ONU — et parmi les plus riches — n’acceptent déjà pas de migrants, ou n’en acceptent qu’un nombre symbolique, et ce n’est pas le pacte qui va les faire changer d’idée ou qui va y amener des migrants. En fait, le pacte va plutôt servir à imposer des devoirs et des conditions encore plus nombreuses et plus exigeantes aux pays qui se soucient déjà de l’accueil des migrants. En clair, un tel pacte permet à des États, à des organisations, voire à des individus, d’imposer aux contribuables d’autres États des devoirs et des obligations financières qu’eux-mêmes n’assumeront jamais. Toute l’expérience de l’ONU est là pour le prouver.

Comment peut-on en arriver là ? Le mécanisme est assez simple : n’importe quel individu, État ou organisation peut établir un document qu’il souhaite voir adopter par l’ONU. Ensuite, il n’a qu’à le mettre dans la machine à saucisses : présentation à un colloque ou à un groupe de travail, puis, avec un ou deux ambassadeurs sympathiques, à un sous-comité, à un comité, à une sous-commission, à une commission puis finalement à l’Assemblée générale, laquelle, avec un peu de chance l’adoptera, en y faisant peut-être quelques modifications. (Il peut même arriver que le texte adopté par l’AG soit changé par des fonctionnaires insatisfaits avant d’être envoyé à l’impression ; dans un tel cas, il y a peu de chances que le changement soit repéré.) C’est comme cela qu’on peut faire dire à l’ONU à peu près n’importe quoi. On a un peu l’impression que c’est ce qui est arrivé dans le cas du pacte sur les migrations. Dans ces conditions, on ne peut que souhaiter que le Canada s’abstienne d’appuyer un texte aussi peu sérieux, extravagant et fantaisiste.

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19 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 décembre 2018 03 h 10

    Suis-je le gardien de mon frère ?

    Je ne suis pas d'accord avec vous du tout, monsieur Sirois. Premièrement, la colonisation a décimé les pays du tiers monde. Ensuite, les multinationales des pays riches ont pillé les ressources des pays pauvres et ils ont utilisé ses citoyens comme main-d’œuvre à bon marché.
    De plus, les pays riches sont responsables du réchauffement climatique qui oblige les réfugiés de rechercher des endroits plus sécuritaires.
    Nous avons créé le chaos et la misère dans le monde avec notre égoïsme et notre cupidité. Il faudrait que l'on prenne maintenant la responsabilité de ces réfugiés qui fuient leur enfer.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 décembre 2018 10 h 15

      Non, nous ne sommes pas responsables des crimes contre l'humanité de ces néolibéralistes que vous décriez tout le temps Mme Alexan. C‘est comme dire que tous les Allemands sont encore responsables aujourd’hui des crimes odieux des nazis. Si vous n’êtes pas responsables des crimes de vos parents, pourquoi le seriez-vous plus avec le colonialisme? Les français d’Amérique ne sont aucunement responsables des crimes commis par ces empires hégémoniques et coloniaux d’antan.

      Et les pays riches ne sont pas les seuls responsables du réchauffement climatique. C’est la surpopulation puisque tout le monde est d’accord que ce sont les activités humaines qui engendrent cet effet de serre planétaire. La Chine est présentement responsable de plus d’un tiers des GES mondiaux. Mais ce qui est fascinant avec les gauchistes, ils occultent toujours la biodiversité et la pollution atmosphérique, les deux autres composantes toutes aussi importantes de cette triade nocive des cavaliers de l’Apocalypse qui annonce la fin de l’humanité. L’air est irrespirable en Afrique, en Inde, en Chine et cette pollution affecte tout le monde. Nous respirons leur air dilué dans notre atmosphère quelques semaines plus tard. Pour les écosystèmes marins et terrestres, ils n’existent pratiquement plus dans les régions surpeuplées.

    • André Joyal - Inscrit 11 décembre 2018 10 h 29

      Moi, je suis d'accord avec M.Sirois. Si De Gaulle voyait en l'ONU rien d'autre qu'un «Machin»...que dirait-il aujourd'hui? Ce pacte, comme l'explique très bien M.Sirois, n'a pas été conçu de façon sérieuse. Et ce n'est pas parce que Mme Harbour l'appuie dans toute sa magnanimité que l'on doit en faire autant. Non, merci!

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 décembre 2018 08 h 10

      Ce commentaire de Nadia Alexan constitue à mon sens un argumentaire de base qui ramasse les principaux éléments pour contrer le discours anti-immigration et je l'appuie entièrement.

      Christian Montmarquette

  • Raynald Rouette - Abonné 11 décembre 2018 07 h 15

    Serons-nous encore une foi, placé devant un fait accompli


    Depuis 1982, cela est devenu courant.

    Le Canada, une véritable démocratie, ou un état colonial qui a des particuliers besoins?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 décembre 2018 07 h 55

    Excellent texte !

    Québec solidaire et le Parti libéral du Canada appuient le pacte. J'espère que le Bloc québécois est contre.

  • Serge Pelletier - Abonné 11 décembre 2018 08 h 48

    Il y avait une fois la SDN... Elle devait empêcher les gueres, les inigalités entre nations "fortes" et "faibles". Ce fut, comme résultat, sa disparution à l'aube la Grande Guerre Mondiale (1939-1945) ...

    Pour l'ONU, vous l'écrivez si bien, c'est un nique de pleurnichards qui veulent toujours faire payer les pays dits "riches" de l'Occident, pour leurs propres turpitudes. Comme les "votes" sont à la majorité (sauf pour le droit de véto en regard de la guerre) il s'y produit de biens drôles de résolutions et de sièges de direction de comités sur des ci et des ça : l'Arabie Saoudite pour le respect des droits de femmes en est la "joke" la plus rigolote.

    Pour ce qui est de la signature du Canada, il ne faut pas se faire d'illusion... C'est chose faite, notre Justintin d'Ottawa ne voulant surtout pas ne plus être le "superhéro" des zéros, sans omettre sa belle photo signant se retrouvant partout partout. Dans ometre, bien entendu, de se faire traité d'individu ne comprenant rien, comme Louise Arbour vient de qualifer les chefs d'État refusant de signer son "bébé".

  • Michel Lebel - Abonné 11 décembre 2018 09 h 33

    En désaccord

    En désaccord avec l'auteur de ce texte. Je ne carbure pas à ce pessimisme et négativisme. Ce Pacte est un pas (timide) en avant dans la solidarité humaine. Le nationalisme de fermeture et de repli sur soi n'est pas une bonne attitude et solution face aux problèmes migratoires. La solution passe nécessairement par une forme responsable, intelligente, et équitable de multilatéralisme. Non à une solution à la Trump!

    Michel Lebel

    • Léonce Naud - Abonné 11 décembre 2018 11 h 33

      Chiche alors ! Vivement un demi million d'immigrants à Entrelacs, sur le gazon de cet excellent M. Lebel. Entrelacs : population 906 (2011).

    • Cyril Dionne - Abonné 11 décembre 2018 17 h 02

      Que dire des gens qui sont toujours très généreux avec l'argent des autres M. Naud? Comme vous avez raison.