Îles de la Madeleine: l’urgence doit conduire à des changements

L’archipel madelinot est un territoire québécois dans le golfe du Saint-Laurent.
Photo: Nigel Quinn La Presse canadienne L’archipel madelinot est un territoire québécois dans le golfe du Saint-Laurent.

J’étais présent aux îles de la Madeleine lorsque l’état d’urgence fut déclaré par le maire de la municipalité le jeudi 29 novembre en fin d’avant-midi à la suite d’une panne d’électricité et de l’arrêt des liaisons par mer, par avion, par cellulaire et par le Web.

Quand l’urgence fut décrétée, il n’y avait plus d’électricité à l’est de Cap-aux-Meules (Havre aux Maisons, Pointe aux Loups, Grosse Île et Grande Entrée). Les secteurs du Bassin ont subi des problèmes d’alimentation en eau dans certains secteurs de Havre aux Maisons, l’absence de communication par cellulaire et le Web, l’interdit d’atterrissage décrété à l’aéroport du Havre aux Maisons et le départ retardé du navire de la CTMA entre les Îles et Souris.

Dans l’après-midi du 29, la CTMA a offert un service de dépannage pour les urgences avec le recours à des satellites pour communiquer et naviguer. En fin de journée, le service cellulaire interne fut réactivé et, tôt le matin du 30, les communications externes reprenaient. Entre le moment du bris et cette reprise, le téléphone filaire fut en service.

À midi, le traversier quitta le port de Cap-aux-Meules. Il reviendra en soirée avec des équipements. Par ailleurs, durant la nuit du 29, un avion nolisé par le gouvernement du Québec s’est posé à l’aéroport avec du personnel pour effectuer des réparations à l’équipement de communications de l’aéroport et au réseau d’électricité […].

Reste toutefois le problème des communications Internet assurées par un des deux câbles maritimes de fibres optiques qui devaient être modernisés en 2016, une opération reportée en 2025 au moment de la mise en service d’un câble sous-marin transportant de l’électricité pour remplacer la centrale de production alimentée par des combustibles fossiles.

Quatre problèmes ressortent de la situation que viennent de vivre les Madelinots.

Le premier est l’absence d’outils de navigation à l’aéroport avec liaison satellite […].

Le second est le retard à corriger l’état des câbles de communication et le choix de le faire dans sept ans alors qu’ils sont à risque. Il s’agit d’une décision inacceptable alors que le problème est connu.

Le troisième est l’état du réseau d’électricité. La production en est centralisée et le transport de l’électricité est assuré par une ligne centrale avec des transformateurs qui alimentent des lignes locales. À cause des vents aux Îles, le réseau est vulnérable. Il doit être revu et muni de dispositifs d’urgence, ce qui fait défaut à l’heure actuelle.

Le quatrième, c’est le recours aux dunes pour assurer le transport routier […] Les vents, surtout les vagues, ont révélé la fragilité des dunes, ce qui s’avérera sans doute un défi écologique important dans les prochaines années. Là aussi, une réflexion s’impose.

L’archipel madelinot est un territoire québécois dans le golfe du Saint-Laurent. Le gouvernement du Québec y est actif en santé, en éducation, en transport terrestre, avec l’électricité fournie par Hydro-Québec et son soutien à la CTMA […]. En revanche, il est absent des communications aériennes, car elles relèvent du Canada, et en ce qui concerne les communications par câbles, qui lui reviennent, il a été négligent.

J’ai écrit ce texte à Québec en attendant le vol qui m’a ramené à Saint-Hubert. J’ai lu des articles et reçu des commentaires sur cette situation alarmante, sur la venue de l’armée à la demande du premier ministre du Québec et sur le porte-à-porte assuré par les « rangers » aux Îles.

Les Madelinots avec lesquels j’ai été en contact n’étaient pas en état d’alarme. À l’est du Cap-aux-Meules, ils se sont débrouillés pour se chauffer et ils ont utilisé le téléphone filaire. Ils se sont évidemment inquiétés de l’état de la situation, entre autres des problèmes que j’ai soulignés et sur lesquels ils réfléchissent.

[…]

Un dernier point : durant cet état d’urgence, un incendie a détruit un édifice où logeaient des personnes âgées. Elles furent secourues et hébergées dans leurs familles. Il est impératif de reconstruire rapidement ce bâtiment au Havre aux Maisons.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 5 décembre 2018 08 h 48

    Questions

    Les habitants de ces îles sont-ils en majorité les descendants de pêcheurs pionniers ou des gens en moyen qui s'y sont établis pour le pittoresque? Ces îles sont-elles économiquement ou politiquement vitales pour le Québec?Doit-on faire des dépenses d'infrastructure énormes qui reviennent à subventionnner des bien nantis?

    • Lorraine Guillet - Abonnée 5 décembre 2018 13 h 47

      Doit-on comprendre, à travers vos propos, que l'on doive "fermer" les Iles, comme on a fermé des villages "lointains" au Québec il y a quelques décennies??!!! Que diriez-vous, monsieur, si du jour au lendemain, on décidait pour vous qu'il faut que vous quittiez tout, sans égard à votre appartenance à un lieu, à un territoire? Si quelque pouvoir décidait à votre place que justement, vous n'avez plus votre place là où vous aviez choisi de vivre? Vous souvenez-vous de Forillon, Mirabel, de certaines communautés innuites cruellement "déportées" sur des territoires encore plus hostiles que celui duquel on les arrachait? Les Madelinots sont chez eux, fortement attachés à leur mode de vie, quoiqu'en soient les conditions de survivance sur les Iles, et ne conçoivent pas d'être déracinés, arrachés de leur milieu de vie. Votre commentaire est cruel s'il sous-entend que "si ça coûte trop cher" de maintenir des humains dans un certain écosystème propre, on raie ce territoire de la carte et on déménage les humains ailleurs, sans tenir compte des facteurs sociaux de cette communauté. Je ne peux pas croire que quelqu'un pense encore comme ça en 2018!!!
      Lorraine Guillet-abonnée

  • Jean Jacques Roy - Abonné 5 décembre 2018 11 h 15

    Merci Monsieur Bariteau.

    Vos observations et vos recommandations concernant la situation aux Iles de la Madeleine sont dignes d’éloges.

  • Claude Bariteau - Abonné 5 décembre 2018 12 h 36

    Les Madelinots et les Madeliniennes ne sont pas des gens en moyen fraichement établis.

    Ce sont des descendants d'Acadiens qui s'y établissent après la déportation de 1755 par l'Armée britannique lors de la guerre de sept ans terminée avec le traité de Paris en 1763.

    Certains, sept-huit familles, s'y établissent en fuyant, d'autres le font en engagés de Gridley, un militaire britannique, dans son entreprise de chasse aux morses pour vendre de l'huile, des défenses et des peaux. De 1791-92-93, une soixantaine familles (250 personnes) s'y établissent après avoir fui Miquelon où les hommes, des agriculteurs, ont appris à faire la pêche en haute mer. C'est ce qu'ils feront en arrivant aux Îles.

    Les gens en moyen qui ont des propriétés aux Îles y viennent l'été, comme d'autres personnes pour des fins touristiques, une activité importante pour les Madelinots et les Madeliniennes.

    L'archipel madelinot est un territoire québécois au centre du Golfe Saint-Laurent et une porte d'accès pour le Québec à ce territoire maritime que le Canada considère sien, ce qui n'est ni le cas des États-Unis, ni celui des provinces limitrophes.

    Dit autrement, l'archipel madelinot est hautement stratégique dans l'éventualité de l'indépendance du Québec, car, Québec pays, le territoire maritime du Québec pays connaîtra une expansion majeure.

    Vous vous demandez si le Québec, en investissant dans des infrastructures, subventionnera des nantis ? La réponse est NON. Il consolidera plutôt les liens entre les Québécois/es, les Madelinots et les Madeliennes, qui descendants d'Acadiens, se considèrent des Québécois et des Québécoises.

    Investir s'impose. Mais s'impose que le gouvernement du Québec prenne en compte les vues des gens des Îles, s'inspire de leurs connaissances, surtout de leur aptitude à relever des défis. Ils l'ont fait antérieurement et le feront actuellement si le gouvernement du Q=uébec compose avec eux.