Le service public en culture à l’ère numérique

Bureau central de l'ONF à Montréal
Photo: Wikipedia Bureau central de l'ONF à Montréal

À l’instar des grands mouvements tectoniques qui ont façonné les continents il y a de cela des millions d’années, les avancées des 25 dernières années en matière de technologies connectées ont bouleversé de manière fondamentale, structurelle et irréversible les industries de la création et de la distribution médiatiques et culturelles.

La multiplication des écrans et des points d’accès au réseau a rendu Internet omniprésent dans nos communications sociales, dans la diffusion de l’information et dans le partage des contenus.

L’environnement de la création et de la distribution médiatiques et culturelles n’a jamais été aussi complexe. À la mondialisation des marchés, il faut ajouter l’effacement des frontières entre la création professionnelle et amateur, entre l’information et la fausse nouvelle, entre le divertissement et la responsabilité sociale, entre les sphères privée et publique.

Et quelles sont les exigences de nos sociétés en 2018 envers le service public ? Elles réclament plus de cohérence, d’authenticité, de respect et d’écoute, de transparence. Les jeunes générations exigent particulièrement de toutes les marques, notamment les marques citoyennes, une véritable relation de confiance et d’écoute.

La légitimité des services publics tient toujours à leur mission première. Mais elle repose aussi beaucoup aujourd’hui sur leur manière d’être. Leur manière d’agir sur nos sociétés et de se comporter, non seulement comme des institutions exemplaires, mais comme de véritables catalyseurs de changements. Les médias de service public doivent sur ce plan accepter de causer parfois des « dérangements utiles » par rapport au statu quo ambiant du fait de leurs décisions de gestion, de leur façon d’exercer leurs activités.

Car l’« intention » des services publics n’est pas centrée sur la seule recherche du profit ou de la productivité. Elle est fondée sur la recherche du « bien commun », du « mieux-être » d’un secteur ou d’une partie de la société.

À l’ONF, nous avons choisi d’assumer un leadership très clair à l’égard de ce besoin de changement. Dans notre cas, c’est dans l’univers audiovisuel et cinématographique.

L’ONF représente toutes les voix qui font du Canada ce qu’il est. Notre mission est de raconter des histoires qui reflètent des perspectives originales à travers des oeuvres audacieuses et engageantes qui sont reconnues, comprises et appréciées par l’ensemble des Canadiens et Canadiennes.

Ce savoir-être, partie intégrante de notre identité, s’illustre entre autres par nos prises de position sur de grands enjeux de société comme la parité hommes-femmes, la représentation des minorités ou la place accordée aux peuples autochtones, dans notre programmation comme au sein de notre institution. Beaucoup de travail reste à faire, mais les bases et la volonté sont là pour aménager et favoriser un espace de création propice à la « conversation ».

Il s’agit d’un précieux héritage légué par plusieurs générations d’artistes et d’artisans qui croient au pouvoir du cinéma. C’est un pouvoir respectueux ancré dans la compréhension mutuelle de la diversité de notre pays comme source de cohésion sociale.

En 2019, l’Office emménagera dans un nouvel immeuble au coeur du Quartier des spectacles de Montréal. Au-delà d’un projet immobilier, ces nouvelles installations incarneront toute la vitalité et toutes les promesses de l’ONF, ce formidable outil d’ouverture et de compréhension que s’est donné la population canadienne.

Nous ferons en sorte que l’impulsion engendrée par ce déménagement soit ressentie dans chacun de nos studios à travers le pays, dans chacun de nos points de contact au Canada et à l’étranger pour continuer à produire et à distribuer les oeuvres audacieuses de créatrices et créateurs canadiens, mais aussi à déranger, à interroger, à témoigner et à agir dans un monde en transformation.

C’est notre défi à tous. Et c’est notre façon de respecter l’héritage de cette institution qui, depuis sa création, a toujours été à l’avant-garde des avancées de la société canadienne.

 

Ce texte est tiré d’une intervention aux Entretiens Jacques-Cartier, le 12 novembre dernier à Lyon, sur le thème des nouvelles légitimités des médias de service public.

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