Le blues de la métropole

«Comment Montréal assure-t-elle son leadership sur la scène internationale?» se demande l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Comment Montréal assure-t-elle son leadership sur la scène internationale?» se demande l'auteur. 

Les médias ont souligné dernièrement l’an 1 de « l’homme de la situation » qui a ravi le siège de Denis Coderre à la mairie de Montréal, en soulignant que l’élection de Valérie Plante avait été accueillie comme une bouffée d’air frais pour les Montréalais.

Ce premier anniversaire a eu le mérite de rappeler 28 promesses de la mairesse et d’en faire le bilan. Selon Radio-Canada, la moitié des engagements ont été tenus, huit sont encore en chantier et six autres se font attendre. Au-delà des chiffres, l’objet des priorités de l’administration municipale est révélateur. En effet, plus des deux tiers des engagements (20 sur 28) ciblent « la p’tite vie » des Montréalais : mesures pour piétons et cyclistes (5), qualité des services (5), transport collectif (4), logement (3), gestion de la circulation et des chantiers (2), taxes municipales (1).

Dans ce contexte, l’administration municipale joue à fond son rôle de gouvernement de proximité. Beaucoup s’en réjouissent, mais sans négliger cette « ville citoyenne » essentielle au mode de vie urbain, madame Plante devra tôt ou tard réaliser qu’elle est aussi mairesse d’une métropole.

Montréal la métropole avait pourtant rejoint le concert des grandes villes du monde au cours des dernières années en participant à plusieurs regroupements internationaux, et au premier chef, à Metropolis, un réseau mondial de quelque 140 grandes villes et aires métropolitaines présidé par M. Denis Coderre jusqu’à son départ de l’hôtel de ville.

Les enjeux politiques d’une démarche métropolitaine dépassent de loin l’aspect bling-bling que madame Plante se plaît encore à dénoncer quand elle parle de l’ancienne administration. C’est dans les métropoles que se concentrent les savoirs et les activités à forte valeur ajoutée, très rarement dans les capitales. À ce titre, les États-nations sont de moins en moins efficaces pour résoudre les problèmes de l’heure.

Le bébé et l’eau du bain

Une évidente illustration de cette réalité réside dans l’électrification des transports. C’est une facette déterminante de la lutte contre le dérèglement climatique, puisque plus de 40 % des gaz à effet de serre émanent des activités de transport. Malheureusement, le fiasco de la Formule E a emporté avec lui les ambitions de Montréal de devenir une capitale de l’électrification des transports en Amérique du Nord.

Pourtant, l’ambition de l’ancienne administration municipale n’était pas spontanée. Elle tirait ses origines de plusieurs engagements de Montréal, dont celui découlant de la Déclaration du Sommet des élus locaux pour le climat à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Paris, en 2015 (COP21). À l’époque, Montréal s’était engagée à tout mettre en oeuvre pour réduire ses gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2020 par rapport à 1990.

Un an après l’élection, où en est l’administration Plante avec le virage environnemental ? Que compte faire Montréal avec un parc automobile toujours en croissance et majoritairement constitué de VUS, de loin les véhicules les plus énergivores ? Le projet d’un Institut de l’électrification et des transports intelligents est-il mort ? Le déploiement d’un réseau de bornes de recharge (engagement de 1000 bornes d’ici 2020) est-il stoppé ? L’électrification du matériel municipal (plus de 1000 véhicules) est-elle amorcée ? À quand la mise en place de véhicules électriques en libre-service ?

Plus de 95 % de notre électricité est de source hydraulique au Québec. C’est une énergie propre et loin des énergies fossiles. Nous en disposons en abondance et à faible coût. Montréal bénéficie d’un énorme potentiel pour activer une filière électrique de calibre mondial. Encore faudrait-il s’en soucier…

Montréal, internationale ?

Plus généralement, comment Montréal assure-t-elle son leadership sur la scène internationale ?

Montréal a-t-elle progressé depuis le classement de l’Intelligent Community Forum, en 2016, qui en faisait l’une des sept premières villes intelligentes au monde ? Où en est l’administration avec la politique des données ouvertes ?

Comment Montréal assume-t-elle sa désignation de « ville de design » ainsi que son intégration au réseau des 180 villes créatives de l’UNESCO ?

À titre de seule ville canadienne dotée d’organisations des Nations unies et deuxième ville consulaire en importance en Amérique du Nord (après New York), quelles synergies Montréal tire-t-elle de la présence des quelque 60 organisations internationales et 85 consulats sur son territoire ?

De plus en plus, Montréal se démarque comme une métropole attractive et un milieu exceptionnel pour qui veut y travailler, étudier, créer et innover. Montréal est distinctive, à la fois francophone et cosmopolite. Sa vie citoyenne est imprégnée d’un vivre-ensemble que lui envient plusieurs grandes villes du monde.

Dans ce contexte, Montréal pourrait très bien s’attaquer à diverses problématiques qui requièrent l’engagement des métropoles comme acteurs de changement sans renoncer à son parti pris pour la qualité de vie de ses citoyennes et citoyens. Qu’en pensez-vous ?

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