Landry, ce patron d’exception

«Bernard Landry a changé ma vie, écrit l'auteur. À l’occasion de la commémoration des luttes des patriotes de 1837, j’irai saluer l’oeuvre de sa vie: le combat pour la liberté.»
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Bernard Landry a changé ma vie, écrit l'auteur. À l’occasion de la commémoration des luttes des patriotes de 1837, j’irai saluer l’oeuvre de sa vie: le combat pour la liberté.»

Dans les heures et les jours qui ont suivi l’annonce du décès de Bernard Landry, je me suis employé, en ma qualité d’ancien attaché de presse de ce grand patriote, à multiplier les entrevues médiatiques pour rappeler combien il avait été un serviteur de l’État exemplaire et un remarquable premier ministre. Mon devoir moral. Mais ce faisant, je me suis privé de lui rendre personnellement hommage en illustrant combien il avait défini qui je suis, déterminé ma trajectoire et changé ma vie.

J’avais 27 ans lorsque j’ai commencé à oeuvrer pour Bernard Landry. J’étais un ti-cul. J’habitais encore chez mes parents et ma blonde de l’époque était anglophone, fédéraliste et travaillait à Ottawa ! Je portais des noeuds papillon pour avoir l’air plus smatte. En m’invitant à faire partie de son cabinet, Bernard Landry allait me tracer le chemin…

Nos premiers pas ensemble furent laborieux. Il me parlait peu ou pas, ne lisait que rarement ses notes de breffage, à l’exception des résultats mensuels sur l’emploi, pour lesquels il entretenait une véritable obsession. Il se foutait éperdument de mes prudents conseils de retenue par rapport aux dossiers de ses collègues ministres, jusqu’au jour où survient une déclaration fracassante de sa part, comme lui seul savait le faire. À une dernière question dans une mêlée de presse, Landry lança cette salve : « Le Québec n’est pas à vendre et ne fera pas le trottoir pour quelques bouts de chiffons rouges » ! Alea jacta est. Il n’était pas encore premier ministre que nous faisions déjà la une de tous les journaux au Canada, sans exception.

Je n’ai jamais vu quelqu’un se défendre avec autant de pugnacité. Cela a duré des semaines, voire des mois. C’est alors que j’ai compris que Landry était un battant. Et que si nous avions des convictions, il nous fallait les défendre.

L’homme d’une seule cause

Bernard Landry fut l’homme d’une cause, d’une seule cause : l’indépendance nationale. Et pour la réaliser, il croyait à juste titre que les Québécois devaient avoir confiance en leur capacité de faire de grandes choses. Que la nation québécoise d’un point de vue économique pouvait rivaliser avec les autres grandes nations du monde. C’est dans cet esprit qu’il s’employa à convaincre ses compatriotes que le Québec était une puissance économique sans complexe. Désormais, grâce en partie à sa détermination, le Québec possède tous les moyens de ses ambitions.

Dans le sillage de son décès, plusieurs acteurs ont évoqué son testament politique : Paix des Braves, orphelins de Duplessis, déficit zéro, Fête des patriotes et surtout ses écrits phares sur lesquels est ancré solidement, encore aujourd’hui, le socle de notre économie nationale : Bâtir le Québec et le Virage technologique. Il n’y a d’ailleurs pas un jour où je ne vante pas, dans le cadre de mes fonctions, les avantages de Montréal et du Québec qui découlent de son héritage et de sa vision.

Oui, les crédits d’impôt pour les titres multimédias ont permis d’attirer et de faire naître une industrie florissante qui compte aujourd’hui plus de 12 000 emplois. Oui, l’audace de Bernard Landry et de Sylvain Vaugeois (l’instigateur de la rencontre avec les frères Guillemot) a mené à l’établissement d’Ubisoft, le plus important studio de jeux vidéo au monde… Mais dans les faits, cette mesure fiscale, elle aura aussi et surtout permis de revitaliser des quartiers moribonds de la métropole et de la capitale nationale. Il faut marcher aujourd’hui dans le Vieux-Montréal, dans le Mile-End ou dans le quartier St-Roch à Québec pour y constater la formidable activité économique qui s’y dégage. Elle est là, la véritable contribution à l’économie québécoise de Bernard Landry.

De Robert Bourassa à Lucien Bouchard, les premiers ministres du Québec ont eu leurs bureaux dans un édifice hideux de la Grande Allée, maladroitement appelé le « Bunker » ou le « Calorifère ». C’est grâce à Landry si aujourd’hui, le premier ministre s’assoit devant le même pupitre que Duplessis et que l’édifice Honoré-Mercier est redevenu le haut lieu de pouvoir où se tient la plus importante réunion hebdomadaire au Québec, le Conseil des ministres. C’est aussi grâce à lui si le premier ministre jouit d’une résidence officielle à Québec, un appartement de fonction sobre et de bon goût, avec une vue imprenable sur le majestueux fleuve Saint-Laurent.

J’ai partagé avec Bernard Landry des moments intenses de bonheur et de déception. Lors de l’échec électoral, dont la douleur ne pouvait être mieux transmise qu’à travers la caméra de Jean-Claude Labrecque. Lors de mon trentième anniversaire, à mes côtés jusqu’au petit matin. Lors de mon retour aux études, avec une lettre de recommandation qui aurait pu me dispenser des examens d’entrée. Lors de mon mariage. Lors du décès de ma mère, survenu la veille de la naissance de mon premier enfant ; il m’avait serré dans ses bras, comme un fils. Il a toujours été là pour moi.

Bernard Landry a changé ma vie. À l’occasion de la commémoration des luttes des patriotes de 1837, j’irai saluer l’oeuvre de sa vie : le combat pour la liberté.

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5 commentaires
  • Michèle Lévesque - Abonnée 24 novembre 2018 12 h 12

    Quel beau texte !

  • François Beaulne - Abonné 24 novembre 2018 13 h 53

    Merci Hubert

    Rien à ajouter sinon que c'est le Québec tout entier qui se sent aujourd'hui un peu plus orphelin! Le plus bel hommage à rendre à Bernard Landry c'est de poursuivre inlassablement comme lui la longue marche vers la liberté sans se laisser abattre par un fatalisme historique.

  • Marie Nobert - Abonnée 24 novembre 2018 14 h 53

    Oui! Sur la forme et sur le fond avec certaines nuances,

    Mais, car il y a toujours un mais. Qu'est-ce que l'on fait de l'outrage au «Patriote Michaud»? (!) Ma mémoire n'est pas bonne, elle est «assassine». Kerplunk! Maintenant, «à partir de désormais et pour l'avenir» (!), il serait souhaitable de vous présenter comme «ex-attaché de presse» et non pas en tant que «PDG de Montréal International». «Le devoir» de réserve oblige; les titres ronflants «des huilles», des «pontes», des «grosses pointures», etc. , me les gonflent un «max». Bref. Meilleures salutations Hub!

    JHS Baril

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 novembre 2018 18 h 32

    Le patriote

    Le grand patriote Bernard Landry me renvoit aux Patiotes de 1837.

    Pour protéger les intérêts du Québec en tant que société distincte, quelle voie prendre?

    Depuis longtemps, deux camps principaux s’opposent, les fédéralistes d’un côté, les souverainistes de l’autre, en fait un duel entre mondialistes et patriotes.

    Mon avis est qu’il faut remettre à la mode les mots patrie, patriotes et Patriotes dans la politique québécoise. Le concept de patrie est en relation directe avec l’identité des peuples. Une identité nationale existe à divers degrés dans la psyché des personnes qui s’y rattachent, qu’elles soient sur le territoire propre de leur nation ou ailleurs dans le monde. La patrie a quant à elle une assise bien matérielle, étant le territoire où la majorité des membres de cette nation vivent.

    Cette notion de patrie en rapport avec la gouverne de l’État et en rapport avec l’indépendance devrait logiquement conduire à un nouveau paradigme dans le domaine politique, au-delà des partis traditionnels : le Regroupement des forces patriotiques, la présence d’un Mouvement Patriote et d’un Parti Patriote.

    Regroupement patriotique, qui devra aller chercher tous les vrais patriotes, de gauche, de droite, du centre et, surtout, la cohorte des cyniques qui ont perdu toute confiance dans la politique.

    On doit actualiser l’esprit des Patriotes de 1837, qui luttaient pour la maîtrise de leurs propres affaires, pour faire du Québec un pays.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 novembre 2018 18 h 54

    … à la québécoise !

    « Bernard Landry fut l’homme d’une cause, d’une seule cause : l’indépendance nationale. Et pour la réaliser, il » (Hubert Bolduc, PDG, MI) …

    … aurait été un des bâtisseurs de peuples, d’une des nations …

    … à la québécoise ! 25 nov 2018 –