Au Québec de financer une université francophone en Ontario

Il est dans l’intérêt du Québec de promouvoir la francophonie à l’échelle canadienne.
Photo: Jean-Philippe Ksiazek Agence France-Presse Il est dans l’intérêt du Québec de promouvoir la francophonie à l’échelle canadienne.

Tout le Canada français s’entend : la décision du gouvernement Ford d’annuler le projet d’université francophone et de supprimer le Commissariat aux services en français constitue une attaque frontale contre la nation canadienne-française. Le Québec, seule province majoritairement francophone, ne peut se contenter de critiquer publiquement le gouvernement ontarien. Nous avons le devoir moral de soutenir les francophones hors Québec, et des mesures concrètes s’imposent.

Notre proposition est donc simple : le Québec devrait financer l’installation d’un campus d’une université à charte québécoise à Toronto, afin de remplacer le projet d’Université de l’Ontario français, et financer en partie la mesure en haussant les droits de scolarité des étudiants ontariens au Québec.

Cette mesure pourrait s’inscrire dans les compétences provinciales québécoises, dans la mesure où ce nouveau campus d’une université québécoise permettrait de raffermir les échanges entre les deux provinces, en plus de fournir une formation compatible avec le marché du travail du Québec. D’ailleurs, avant de déménager son école à Gatineau, le Barreau du Québec a longtemps maintenu une école à Ottawa, preuve qu’il y a déjà eu un précédent d’institution scolaire québécoise en Ontario.

Il est dans l’intérêt du Québec de promouvoir la francophonie à l’échelle canadienne. D’ailleurs, la province offre déjà aux Canadiens hors Québec de payer les mêmes frais scolaires que les Québécois lorsqu’ils s’inscrivent dans un programme universitaire de littérature française ou d’études québécoises, subventionnant ainsi indirectement la francophonie à l’échelle canadienne.

Défendre nos compatriotes

Une intervention financière du Québec forcerait le gouvernement Ford à se positionner sur la véritable question. S’il s’oppose à un projet entièrement financé par le Québec, il démontrera que sa mesure vise à nuire aux Canadiens français et qu’elle n’a aucune logique budgétaire. Si, au contraire, il plie et accepte de financer l’université ou même d’accepter un projet québécois, nous aurons atteint notre objectif de défense de nos compatriotes.

Certains Québécois s’opposeraient sans doute à une telle velléité de financer les études en français en Ontario, en arguant que les impôts des Québécois doivent servir à améliorer l’éducation au Québec et non dans la province voisine. Nous leur répondons que le meilleur moyen de défendre le français au Québec est précisément de le promouvoir partout dans le monde, et particulièrement dans une province contiguë avec laquelle nous sommes particulièrement intégrés économiquement.

Une telle mesure pourrait également être financée en partie par une augmentation des droits de scolarité des étudiants ontariens dans les universités québécoises anglophones. En effet, nombreux sont les Ontariens qui viennent étudier dans le réseau universitaire anglophone du Québec pour bénéficier des droits de scolarité moins élevés qu’en Ontario. Par exemple, les frais scolaires annuels pour un baccalauréat en génie en Ontario représentent en moyenne plus de 12 500 $, alors que, pour un Ontarien, ils représentent environ 7600$ au Québec. Il en est de même pour la grande majorité des programmes, y compris la gestion, les sciences pures, l’informatique, la médecine et le droit.

En somme, ces deux mesures permettraient de favoriser l’épanouissement de la francophonie canadienne et de développer davantage de liens économiques et culturels entre les communautés francophones du pays. Elles auraient aussi le mérite d’envoyer un message politique clair au gouvernement ontarien : nous n’abandonnerons pas les francophones hors Québec.

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37 commentaires
  • Jean Nicolas - Inscrit 20 novembre 2018 04 h 18

    Une idée concrète et bien pensée

    Le "blabla" déplorant la décision pemet de s'acheter une bonne conscience à peu de frais, mais ne change rien à la situation.
    Dans un monde de plus en plus individualiste, un projet altruiste serait le bienvenu.
    Je me pemettrai de suggérer que l'appui financier provienne de toutes les sources possibles: du fédéral qui passerait ainsi de la parole aux actes s'il y tient vraiment,du gouvernement du Québec, des universités et collèges québécois ( personneles et étudiants ), de dons des québécois et du secteur privé dont les banques qui font des milliards de profit chaque année.
    La création d'une fondation pourrait être un bon véhicule pour menr à bien cet ambitieux et noble projet.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 novembre 2018 12 h 12

      C'est une fausse bonne idée. En fait, c'est presque ridicule. C'est le monde à l'envers. Maintenant, les contribuables québécois voudraient subventionner les étudiants d’ailleurs alors qu’ils peinent à en faire de même chez eux. Ils subventionnent déjà les étudiants de la France à cause d’un accord obscur et inutile qui a fait son temps. Et c’est Doug Ford qui gagnerait une deuxième fois. Misère.

      Premièrement, ça prend une clientèle francophone et elle est inexistante. Ce qu’on prévoyait pour cette université francophone à Toronto, c’était d’attirer des immigrants pour essayer de renouveler la population francophone de l’Ontario. Si un système ne peut même pas assurer l’avenir de la langue maternelle de ses Franco-Ontariens de souche, que dire des immigrants qui viennent au Canada non pas pour solutionner la dichotomie entre les deux peuples fondateurs, mais de se créer une place pour bien vivre. De toute façon, la plupart de ses immigrants ont déjà été perdu leur langue d’origine et ont été assimilés au français. Alors, ce ne serait pas très difficile pour eux d’oublier le français pour l’anglais en une génération à Toronto.

      Deuxièmement, vous n’allez convaincre personne ici. Presque tout les francophones sont assimilés et bien contents de vivre en anglais. À la fin, on verrait plus d’étudiants du Québec fréquenter cette université comme c’est déjà le cas à l’université bilingue d’Ottawa. Dans les programmes qui se donnent là-bas, la grande majorité des étudiants inscrits et des professeurs proviennent du Québec. Je sais, j’y étais.

      Finalement, au lieu de s’étirer partout, nous devons concentrer nos force en un endroit seulement et c’est au Québec que ça passe. Le reste n’est que des rêves chimériques. Plus personne ne vit en français en Ontario à part des subventionnés qui existent dans les ghettos linguistiques. Triste mais vrai parce que plusieurs veulent vraiment garder leur Rocheuses.

    • Jean De Julio-Paquin - Abonné 20 novembre 2018 12 h 17

      Deux poids, deux mesures
      Je crois effectivement que c'est une très bonne idée que le Québec finance cette université française en Ontario. Pour payer les sommes, Québec pourrait le faire en subventionnant moins les universités anglophones du Québec ou du moins en les finançant selon le poids démographique des anglophones au Québec. Ce qui n'est pas le cas actuellement.

    • Serge Lamarche - Abonné 20 novembre 2018 14 h 31

      Effectivement, bonne idée aussi de subventionner avec une augmentation des frais scolaires des Ontariens en université anglaises du Québec et avec une diminution des subventions aux universités anglaises du Québec.
      Les franco-ontariens devraient avoir leur propre université, par contre.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 20 novembre 2018 05 h 35

    C'est ce qu'on appelle un bon investissement

    En effet, ça vaut la peine d'y réfléchir. Tous seraient gagnants. Le Québec, tout en défendant la langue française et sa culture, ferait montre de force et de générosité, alors que l'Ontario démontrerait son mépris et son avarice. Reste à savoir si ce message peut être entendu...

  • Robert Sarrasin - Abonné 20 novembre 2018 06 h 42

    Ce serait une excellente mesure, pour les Francophones ontariens mais tout autant pour les Québécois eux-mêmes, qui ont depuis trop longtemps une attitude essentiellement défensive face à leur langue. Puisque le Québec aspire à prendre une place plus grande dans la francophonie mondiale, soyons conséquents et reconnaissons que cette mondialité englobe aussi le territoire canadien hors Québec. Soutenir une université francophone à Toronto irait dans le sens de cette action internationale. La loi 101 n'empêche nullement de manifester concrètement une solidarité historico-culturelle avec les franco-canadiens. Il ne s'agit pas de chercher à ressusciter un quelconque « Canada français», mais de poser un geste d'affirmation qui, par ricochet, aura comme effet de stimuler le rayonnement de la langue au Québec même.

  • Gilles Bonin - Abonné 20 novembre 2018 06 h 57

    Bonne idée...

    et pour ce faire (remplacer le fédéral en somme), on pourrait déshabiller Jacques pour habiller Paul. Alors coupe, coupe dans les subventions de McGill, Concordia et Bishop?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 20 novembre 2018 18 h 42

      Avec trois universités anglophones pour 8% de vrais anglophones et 29 % des subventions gouvernementales du Québec. Quant aux subventions du gouvernement fédéral, les universités anglophones du Québec récoltent plus du quadruple du poids démographique des Anglos au Québec. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir. Le Québec finance lui-même son assimilation à l'anglais.

      Le génocide culturel du peuple québécois francophone est en marche. Tous les patriotes québécois doivent se regrouper et agir pour renverser la vapeur.

  • Marc-André Léger - Abonné 20 novembre 2018 07 h 08

    Excellente idée

    D'ailleurs nous avons l'expertise. Une personne comme la Professeure Lyne Bouchard, aujourd'hui Vice-rectrice aux ressources humaines de l'Université Laval, qui a mené avec son équipe le projet du Campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke a les compétences et l'expertise pour mener un tel projet. D'ailleurs, nos université ont beaucoups de campus à distance. Pour nous, les profs, avec un vol en 50 minute en Trudeau et Billy Bishop ou Pearson, ce serait moins long de se rendre donner un cours à Toronto qu'à Drumondville.