La décroissance plutôt que la croissance

«Non, je n’y crois plus, à ces beaux discours que les gouvernements changeront les choses pour protéger l’environnement», affirme l'auteur.
Photo: Dan Prat Getty Images «Non, je n’y crois plus, à ces beaux discours que les gouvernements changeront les choses pour protéger l’environnement», affirme l'auteur.

La goutte qui fait déborder le vase, elle est tombée lorsque j’ai ouvert mon Facebook et que les organisateurs de la manifestation « La planète s’invite au Parlement » (le samedi 10 novembre) ont mentionné le fait que la nouvelle ministre de l’Environnement allait être présente. Les organisateurs croient encore que le gouvernement sera le moteur de changement pour le climat. Comment peut-on être aussi dupe ? Comment peut-on se voiler la face de cette manière ?

Le gouvernement Legault a été clair dès le début par ses actions, mais aussi par les gens qui composent son équipe : l’environnement est subordonné au profit. Si l’environnement nous empêche de faire des profits, l’environnement prendra le bord. L’une des premières déclarations du gouvernement caquiste a été pour dire qu’il allait retirer la protection d’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti. Puis relancer et encourager encore plus vigoureusement l’exploration pétrolière et gazière en Gaspésie. […]

Je le répète : comment peut-on, malgré toutes ces évidences, continuer à croire que ce sera le gouvernement qui changera quoi que ce soit aux problèmes climatiques ? De surcroît, le premier ministre actuel est le fondateur d’une entreprise faisant partie d’un des secteurs les plus polluants au monde, celui de l’aviation.

Mais allons un peu plus loin dans la réflexion, car on pourrait croire que cette tangente anti-climat n’est réservée qu’à la CAQ. Ce n’est pas du tout le cas. Avant la CAQ, les libéraux ont dirigé en conquérants pendant près de 15 années sans interruption. Qu’ont-ils fait ?

Ils ont voulu faire passer un oléoduc pour augmenter l’exportation du pétrole le plus polluant au monde, ils ont voulu faire construire un port à Cacouna et ont autorisé l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti avant de faire marche arrière et de verser 41,4 millions de dollars en dédommagement aux entreprises pétrolières. On pourrait continuer longtemps sur cette vague, passant des gaz de schiste à l’exploration pétrolière et gazière en Gaspésie, en faisant un arrêt par le projet d’exploitation du Grand Nord et en finissant notre petit périple à travers nos lacs et rivières, desquels le gouvernement libéral espérait faire sortir on ne sait trop quoi encore. Oublions même que nous continuons à vendre notre eau potable à des entreprises privées qui font un profit monstre sur notre or bleu alors que Le Cap, en Afrique du Sud, est sur le point de devenir la première grande ville à manquer d’eau.

Mentionnons aussi par la bande que le gouvernement péquiste de Pauline Marois, malgré son très court passage au pouvoir, est celui qui a, le premier, autorisé l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti.

Au fédéral ? Ce n’est guère mieux. Le gouvernement Harper, rappelons-nous, est celui qui a déclassé plus de 99 % des cours d’eau et lacs protégés. Cela donne nettement le ton sur la politique anti-environnement que Harper menait. Il était aussi à l’origine du fameux pipeline de la ligne 9 qui était si essentiel à notre survie (mais qui allait mettre en péril des centaines de cours d’eau et des dizaines de villes et villages).

Suivit alors le ô combien vertueux Justin. Ce grand politicien qui se couvre de vert et se targue de protéger l’environnement d’une main pendant qu’il achète un pipeline à 4,15 milliards de l’autre. Ce tout aussi grand premier ministre qui se dit vert fait de grands discours sur l’importance de l’environnement pendant qu’il va aux États-Unis rassurer les compagnies pétrolières sur le fait que le Canada continuera à exploiter son pétrole sale.

Alors, non, je n’y crois plus, à ces beaux discours que les gouvernements changeront les choses pour protéger l’environnement. Pourquoi ? Parce que Jean Charest est devenu lobbyiste pro-pétrole, que Legault est le fier fondateur d’une compagnie d’aviation, que Harper traficote sans aucun scrupule avec les géants pétroliers et que Trudeau défend mordicus l’État pétrolier saoudien. Je le répète : ce ne sera vraiment pas l’État qui changera quoi que ce soit à la crise environnementale.

Ses intérêts sont l’économie et l’économie. Le principe de base de l’économie actuelle est la croissance, et le GIEC nous a précisément dit que la décroissance était nécessaire. […]

Le 10 novembre, il faut donc aller marcher, mais pas pour « inviter le Parlement à faire bouger les choses ». Il faut aller marcher pour voir que nous ne sommes pas seuls, que tous ensemble nous pouvons donner un gros coup de pied aux fesses de ces États pétroliers que sont le Canada et le Québec et reprendre notre destinée en mains. Nous avons les connaissances et les capacités pour changer les choses, il n’est pas trop tard. Pour cela, il faudra d’abord accepter d’écouter les experts du GIEC et plancher sur la décroissance, pas sur la croissance.

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