La politique est une ligne rose

À Montréal, des centaines de milliers de personnes subissent leur part de problèmes de congestion routière en se demandant ce qui cloche avec le parti nouvellement au pouvoir, estime l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir À Montréal, des centaines de milliers de personnes subissent leur part de problèmes de congestion routière en se demandant ce qui cloche avec le parti nouvellement au pouvoir, estime l'auteur.

Un bel exemple de son incapacité à introduire de nouveaux paradigmes politiques dans l’arène démocratique québécoise est celui de l’entêtement de la CAQ à offrir un troisième lien aux banlieusards de Québec ou encore de prolonger les autoroutes qu’on trouve dans les deux couronnes de Montréal. Au profit de ces « priorités », ce parti qui n’a pourtant recueilli que 37 % des voix aux dernières élections refuse obstinément de prendre en considération la pléthore d’études scientifiques issues des divers domaines d’expertises urbanistiques et environnementales. Toutes démontrent pourtant que l’augmentation de l’offre routière, dans une perspective de désengorgement des infrastructures existantes, est une catastrophe annoncée, aussi bien en ce qui concerne ses objectifs qu’en ce qui concerne ses répercussions sur l’environnement.

Néanmoins, ses électeurs se concentrant majoritairement dans les régions les plus touchées par l’étalement urbain et la congestion routière, le premier ministre tient évidemment à leur offrir, en tout début de mandat, une récompense électorale d’un cynisme abyssal ou, pire encore, il fait montre d’un aveuglement volontaire en ce qui concerne les méfaits liés à la pollution que ces choix partisans feront subir à tous.

Montréal vs la CAQ

Pendant ce temps, à Montréal, des centaines de milliers de personnes subissent leur part de problèmes de congestion routière en se demandant ce qui cloche avec le parti nouvellement au pouvoir. Cependant, malgré les dénigrements caquistes à l’endroit de la ligne rose, les Montréalais espèrent toujours que le projet phare pour lequel ils ont élu leur mairesse sera réalisé.

En plus d’ouvrir tout le nord-est de la ville au reste de l’île sans avoir à recourir à la voiture, la ligne rose du métro est d’une modernité exemplaire, car inscrite dans le cadre d’une véritable refonte de nos habitudes de vie, de transport et de consommation. Or, le changement de nos modes de vie deviendra rapidement — s’il ne l’est déjà — l’horizon indépassable de la lutte contre le réchauffement climatique, la destruction de nos milieux de vie et celui de nos écosystèmes. Je m’en voudrais par ailleurs d’omettre de dire que les populations éventuellement desservies par les stations de métro projetées, qui figurent parmi les plus défavorisées de la société québécoise, pourraient à leur tour un peu mieux goûter au concept, plus ou moins vaporeux dans le programme de la Coalition avenir Québec, qu’est la justice sociale.

François Legault et les députés de la CAQ, à l’heure de toutes les urgences environnementales, refusent de discuter de la ligne rose avec leurs homologues montréalais pour privilégier des projets de transport collectif de moindre envergure et ainsi mieux prioriser ceux liés à l’automobile. Ce faisant, non seulement apparaissent-ils comme des réactionnaires, mais ils agissent en adversaires de la grande majorité des Québécois qui, ne l’oublions jamais, n’ont voté ni pour leur parti, ni pour leur programme, ni pour leur vision du Québec de demain.

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8 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 2 novembre 2018 01 h 01

    La couleur rose

    convient bien aussi à des lunettes.

  • Bernard Terreault - Abonné 2 novembre 2018 09 h 17

    Question ''technique''

    Je suis entièrement d'accord avec les grands principes des propos de M. Champagne, mais la ligne rose sortie comme un lapin d'un chapeau pendant la campagne électorale est-elle la solution magique? Elle n'est étayée par aucune étude des besoins de transport, de la faisabilité technique, de son coût. La CUM a pourtant des organismes et des experts pour étudier la question, c'est une réponse réfléchie sur les besoins prioritaires de transport public et sur leur mode de financement qui est nécessaire, pas la dernière chose qui passe par la tête d'une candidate à la mairie, aussi sympa soit-elle. Sinon, moi, résident du Vieux-Longueuil, je pourrais aussi bien prétendre si j'étais au pouvoir que LA PRIORITÉ c'est en double prolongement de la ligne jaune, (1) vers le cégep (avec une station près de chez moi), puis vers les quartiers poulaires le long du Chemin de Chambly, et (2) dans l'axe du Boul. Taschereau.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 novembre 2018 09 h 50

    « Wo les moteurs »

    Hein?

    La grande majorité des Québécois n’ont voté ni pour leur parti, ni pour leur programme, ni pour leur vision du Québec de demain?

    Un autre qui aurait besoin d’un p’tit cours de mathématiques d’appoint. La CAQ a obtenu 37,4 %, le PLQ 24,8 % et le Parti conservateur du Québec, 1,5% à la dernière élection. On parle de 63,7% des gens, ce qui représente presque les deux tiers des Québécois et pourtant, ce sont tous des partis ou le programme environnemental est réduit à une peau de chagrin ou n’existe tout simplement pas.

    Bon. Si Montréal a de graves problèmes de congestion routière, peut-être, et on dit peut-être, que si tous les nouveaux arrivants (50 000 par année) élisaient domicile ailleurs que dans la métropole, ceci aiderait grandement à la décongestionner. Aussi, si la planification urbaine avait été mieux faites, les engorgements ne seraient pas au rendez-vous. Finalement, si la corruption rampante de cette ville dans les projets d’infrastructure avait été éliminée, encore une fois, peut-être qu’on n’assisterait pas aujourd’hui à cette congestion infernale décrite par l’auteur de cette missive. En passant, si tous ces problèmes urbains existent aujourd’hui, ce n’est pas certainement la faute à la CAQ qui vient de se faire élire comme gouvernement pour la première de son histoire.

    C’est bien beau des lignes roses, violettes en passant par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, mais à la fin, qui paie l’addition? La ligne rose coûterait au bas mot 10 milliards de dollars aujourd’hui. Les gens qui vivent en périphérie et dans les régions sont pas mal « tannés » de payer pour l’organisation urbaine d’une ville qui affiche des traits de schizophrénie.

    Les gens vont vous supporter lorsqu’on ouvrira la première ligne de métro à Rouyn-Noranda.

    • Jean Richard - Abonné 2 novembre 2018 13 h 20

      Une ligne de métro à Rouyn-Noranda ? Quel argument facile !

      La région métropolitaine de Montréal rassemble près de la moitié de la population de tout le Québec – et celle de Montréal près du quart. Or, au Québec, on flambe chaque année environ 15 G$ en achat de véhicules neufs, tous construits ailleurs. Ça veut dire qu'au bas mot que chaque année, les gens de la région de Montréal envoient à l'étranger de 6 à 8 G$. Avec l'arrivée des voitures à batteries, cette somme augmentera car elles sont et elles seront pour encore bien des années beaucoup plus coûteuses que les voitures à essence.

      On a donc de nombreux G$ disponibles pour engraisser l'industrie automobile étrangère mais quand il est question de transports collectifs (en grande partie construits ici), c'est toujours trop cher. Quelques G$ dans une ligne de métro qui durera plus d'un siècle, c'est trop cher, mais plusieurs G$ dans des bagnoles qu'on remplacera au bout de quelques années seulement, ce n'est jamais trop. On fait même des cadeaux aux gens pour les inciter à acheter des bagnoles encore plus coûteuses. Cherchez l'erreur...

      Quant aux régions qui paient pour la métropole, il faudrait bien refaire ses calculs. Des kilomètres carrés d'autoroutes qui traversent des kilomètres de forêt, ce n'est pas gratuit. Et même l'entreprise privée est contrainte de répartir les coûts des infrastructures. Quand on compare les tarifs d'un accès à internet avec ceux des pays européens (trois fois plus performants pour le tiers du prix), on comprend pourquoi. Installer 10 kilomètres de fibre optique pour desservir 3 abonnés, ça a un coût énorme, réparti entre tous les abonnés, règles obligent. Alors, entretenir cette animosité des régions face à la métropole est futile, en plus d'être la conséquence d'une certaine ignorance.

    • Cyril Dionne - Abonné 2 novembre 2018 16 h 26

      On pourrait vous signaler M. Richard, que les kilomètres carrés d'autoroutes qui traversent des kilomètres de forêt, eh bien, alimentent Montréal en nourriture et en matières premières de toutes sortes. Que serait Montréal sans l’hydroélectricité qui est produite en région? Vous savez, la richesse du Québec se trouve en région, pas dans une ville surpeuplée ou la congestion routière étouffe et pollue. Vous savez aussi que la poussière fine dégagée des freins et des pneus du métro se retrouve dans l’atmosphère et que nous la respirons à tous les jours. J’essaie de trouver les avantages et les bienfaits que la ville de Montréal procure pour tous les Québécois et je n’en trouve malheureusement pas.

      La question se pose, est-ce que les régions ont besoin de Montréal pour vivre? Posez la question, c’est y répondre.

  • Pierre Fortin - Abonné 2 novembre 2018 12 h 38

    Oui, mais ...

    Monsieur Champagne, on ne peut que vous appuyer quand vous professez la défense de l'environnement, mais l'utopie qu'on espère tous n'est pas pour demain et ne repose pas uniquement sur ce sacré troisième lien qu'on voudrait bannir.

    Ce serait bien de pouvoir faire abstraction de la réalité et faire table rase de la circulation basée sur le moteur à explosion, mais il faudrait prendre en considération certains autres éléments du problème que vous soulevez. La problématique dépasse largement le " confort " des banlieusards de Québec que vous dénoncez lorsqu'il est question de ce troisième lien si honni.

    Si on prend un peu de hauteur pour regarder la géographie du Québec, on constate que les liens qui permettent de relier les deux rives du St-Laurent se font très rares en aval de Montréal. Or la région de Québec n'offre que deux ponts qui sont archicongestionnés et qui ne desservent pas que les banlieusards. Comment la Côte Nord, Portneuf ou le Saguenay, pour ne prendre que ces exemples, peuvent-ils être en lien avec la Beauce, les Bois-Francs ou la Côte du Sud ? Le premier pont en amont se trouve à Trois-Rivières et le premier bateau-passeur en aval est à Saint-Siméon en Charlevoix.

    D'autre part, la création d'un tunnel à l'Est procurerait à la grande région de Québec, en reliant les autoroutes 20 et 40, un boulevard périphérique comme en possèdent les grandes villes modernes. La circulation y serait plus fluide et limiterait les immenses productions de CO2 d'un trafic immobilisé dans les côtes d'Henri IV et de Duplessis qui progresse à pas de tortue en consommant quatre à cinq fois plus d'essence qu'en circulation normale (faire avancer une voiture à partir de l'arrêt est très énergivore).

    Sachez que, tout comme vous, je suis préoccupé de la qualité de l'air, mais je ne crois pas qu'il y ait de solution environnementale miracle à attendre de la construction ou non du troisième lien à Québec.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 2 novembre 2018 14 h 34

    Je suis d'accord avec Nicolas Champagne

    Mais ce qui me renverse, c'est que les populations à qui profiterait le plus la ligne rose ont voté majoritairement pour Denis Coderre aux élections municipales de 2017. On aimait tellement celui-ci dans le nord-est, qu'on a oublié de voter pour celle qui travaillait véritablement dans leurs intérêts.

    • Bernard Terreault - Abonné 3 novembre 2018 10 h 38

      'Dans le nord-est, on a oublié de voter pour celle qui leur promettait un métro'. Troublant. Donc, les moins riches, ils ne rèvent pas de transport public efficace, ils rèvent d'être un jour assez riche pour se payer un véhicule (si possible un gros pickup).