Cessons d’imposer nos modèles aux Inuits

Les Inuits ont une grande capacité d’adaptation, leur survie dans des conditions climatiques extrêmement difficiles l’a prouvé, leur résilience face au choc culturel que notre colonialisme leur a imposé le prouve encore plus, souligne l'auteure.
Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Les Inuits ont une grande capacité d’adaptation, leur survie dans des conditions climatiques extrêmement difficiles l’a prouvé, leur résilience face au choc culturel que notre colonialisme leur a imposé le prouve encore plus, souligne l'auteure.

C’est avec cette nouvelle qu’a débuté ma journée de mardi, la semaine dernière. Depuis, plus rien, ou si peu, la légalisation du cannabis ayant bien meilleure presse que le vécu tragique des personnes de ces petits villages ignorés de notre Grand Nord.

Le Nunavik, cette région du Québec que peu de Québécois connaissent ou auront la chance de visiter, cette région synonyme pour plusieurs de vastes espaces d’une beauté sauvage et inhospitalière, pour d’autres, de problèmes sociaux et pour la majorité d’entre nous, de « région éloignée ». Mais éloignée de quoi ? De nos grandes villes ? Une région qui souffrirait d’un manque de réseau routier pour les relier à nous, à notre normalité ?

Pour avoir eu l’occasion d’effectuer des remplacements comme travailleuse sociale dans quelques villages de la côte de la baie d’Hudson, j’ai plutôt l’impression que c’est une région éloignée de ses racines, de sa culture et de son mode de vie d’origine, une région qui a été brutalement colonisée et dont le peuple survit avec des blessures à l’âme qui sont encore à vif.

Bien sûr, on ne peut pas défaire le mal qui a été fait. D’ailleurs, je doute fort que les Inuits aient réellement envie de retourner en arrière. La vie dans des igloos était rude et on imagine facilement que, comme dans toutes les sociétés, la recherche de plus de sécurité et de confort faisait partie de l’évolution de cette nation. Mais on leur a imposé une modernité qui n’est pas la leur, un mode de vie qui n’a rien à voir avec leur conception du monde. On a dénigré leur culture, leurs traditions, on a tué leurs chiens pour forcer leur sédentarité, on a interdit les chants de gorge que les curés et pasteurs trouvaient trop sexuels, on leur a répété que, par rapport à la nôtre, leur nation était sous-développée et que l’évolution passait par l’abandon de leurs croyances et de leur façon de vivre pour adopter la nôtre, que nous jugeons tellement plus évoluée. Nous oublions que notre modernité est en train de détruire la planète. Mais cela est une autre question, quoique…

Je parle au passé, mais si nos méthodes ont changé, si nous évitons par exemple d’arracher crûment les enfants à leurs villages nordiques pour les placer dans des pensionnats dans le but de les assimiler, nous continuons de souhaiter que leurs différences culturelles s’effacent, que l’appel d’un vol d’outardes au printemps soit moins important que leur présence dans un milieu de travail qui ne leur ressemble pas beaucoup la plupart du temps. Le nombre d’enfants inuits placés en famille d’accueil demeure proportionnellement beaucoup plus important que celui des enfants des autres régions du Québec, en excluant bien sûr les réserves autochtones de notre territoire. On remarque la même disproportion dans nos prisons. Comment cela s’explique-t-il ? Nous demandons-nous si notre façon d’appliquer nos lois a vraiment du sens pour cette nation ? Nous sommes-nous demandé comment étaient régis les rapports entre leurs membres avant que nous ne nous installions chez eux et leur imposions nos façons de faire ?

Les Inuits ont une grande capacité d’adaptation, leur survie dans des conditions climatiques extrêmement difficiles l’a prouvé, leur résilience face au choc culturel que notre colonialisme leur a imposé le prouve encore plus. Ils ont bâti Air Inuit, ils se sont dotés de coopératives dans chaque village. Ils ont trouvé différentes façons de résister à notre envahissement. Mais je crois que notre ethnocentrisme, qui frôle souvent la condescendance, est ce qu’il y a de plus insidieux, ce qui gangrène leur âme et mine vraiment leur espoir de vivre dignement.

Ce ne sont pas des routes de terre ou d’asphalte pour relier les villages nordiques à nos villes qui vont permettre de mettre fin à ces vagues successives de suicides qui affectent les communautés inuites. C’est le chemin que nous oserons peut-être enfin prendre pour collaborer de nation à nation, pour reconnaître la richesse de leur culture et arrêter de leur imposer nos valeurs, nos modèles de soins, nos façons de nous gouverner, bref, notre façon de vivre. Après tout, c’est nous qui sommes allés sur leur territoire. Il ne faudrait pas l’oublier.

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5 commentaires
  • aneya lafrit - Inscrit 26 octobre 2018 05 h 31

    Dure est la mentalité paternaliste des blancs.

    Il est temps que l'homme blanc cesse cette mentalité paternaliste vis à vis des hommes de couleur. Les autochtones sont faits de chair et de sang , ne méritent-ils pas d'être mieux considérés .
    Tout en eux a été détruit par l'homme blanc qui se croirait venu d'une autre planète. Leur culture , leur mode de vie et même leur croyance avec un accros ferme vers la nature qu'ils adulaient beaucoup plus que tout autre humain.
    Pourquoi cette population est-elle en voie d'effacement . Et, pour mieux les effacer de la surface de la terre, des milliers de femmes ont disparu et disparaissent sans que quiconque ne se soucie.
    L'analphabérisme, les épidémies , les drogues , le chômage ne sont-ce pas des moyens de réduire cette population au silence absolu ?

    Dure est la mentalité paternaliste des blancs et plus dure encore est de lui faire ententendre la raison

    • Cyril Dionne - Abonné 26 octobre 2018 09 h 49

      Encore les méchants blancs et les bon indiens. Cette caricature a duré trop longtemps. En ce qui concerne la destruction de la planète et la pollution, SVP, visitez une réserve pour comprendre qu’ils n’ont pas le monopole de la rectitude politique en ce qui concerne la santé de l’environnement. Ces réserves ne sont pas seulement des prisons à ciel ouvert, mais aussi des dépotoirs à ciel ouvert.

      Cela dit, si les autochtones veulent garder leurs coutumes, leur culture et leur mode de vie, bien bon leur fasse, mais ils ne doivent pas espérer de vivre comme les « blancs » et le niveau de vie qui l’accompagne. Cette nostalgie vers un passé digne de l’âge de pierre qui était sans pitié et d’où l’espérance de vie ne dépassait guère les 25 ans, ne nous émus guère. On parle de chômage et on vit volontairement dans des endroits isolés sans éducation et sans aucune perspective d’emploi. Je connais bien cette région du nord de la baie d’Hudson telle que dépeinte par Mme Gagné.

      Si notre modernité ne conjugue pas avec votre conception du monde, eh bien, vous savez ce que vous avez à faire. Pour l’analphabétisme, eh bien, il faut aller à l’école et faire les efforts nécessaires, pas seulement deux fois par semaine. Nous entrons dans l’ère de la 4e révolution industrielle et vous n’êtes pas encore rendus à la première. Pour les épidémies, eh bien, les connaissances et les compétences médicales s’acquièrent avec un effort cognitif soutenu. Pour les drogues, eh bien, personne ne force personne à en consommer. Pour le chômage, eh bien encore une fois, les connaissances et les compétences s’acquièrent avec un effort cognitif soutenu. Curieux tout de même, ils sont nostalgiques avec leur passé, mais ils aspirent tous à vivre comme les « blancs », modernité et confort obligent.

      En passant, le sang autochtone coule aussi dans nos veines et on compte plusieurs ancêtres autochtones dans nos lignées.

  • Marc Davignon - Abonné 26 octobre 2018 09 h 35

    Difficultueux

    Que de ne pas imposer quoi que ce soit. La résilience, les francophones du Canada, ils l'ont aussi! Alors, comment faire pour ne rien imposer? Que faut-il faire? De quel modèle parlez-vous? Car, vous savez, votre déclaration est tellement vaste qu’elle décourage en partant.

    Cet appel est aussi empreint de ce petit quelque chose qui chatouille, qu’elle est ce mot ? La bien-pensance ! Voilà!

    Le mot est dit! La chose est faite.

    Cessons l'intimidation, l'exploitation de l'homme par l'homme ... non, non, de l'humain par l'humain. Voilà un modèle qu'il faut proscrire.

  • Paul Gagnon - Inscrit 26 octobre 2018 11 h 39

    Ramenons les moto-neiges

    Ramenons les moto-neiges et les fusils dans le sud : il est grand temps de laisser toute la place aux cultures ancestrales.

  • Serge Lamarche - Abonné 26 octobre 2018 23 h 01

    Racines

    Quelles sont les raisons des suicides? Pourquoi y aurait-il plus de suicide alors que la vie est plus facile maintenant?