Les indépendantistes et l’obligation d’agir

«Le temps est venu pour les organisations souverainistes de se redéfinir et de se réinventer», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «Le temps est venu pour les organisations souverainistes de se redéfinir et de se réinventer», affirme l'auteur.

Le temps est venu pour les organisations souverainistes de se redéfinir et de se réinventer. Un changement majeur de la part des partis politiques indépendantistes du Québec est plus que nécessaire. Depuis 2011, les résultats électoraux des forces souverainistes sont peu glorieux. À Ottawa comme à Québec, les partis indépendantistes sont énormément moins performants par rapport à l’appui à la souveraineté. Pourtant, encore aujourd’hui, près de deux millions d’électeurs québécois se disent pour l’indépendance. Prenons acte de ce constat et entreprenons les actions immédiates pour corriger cette aberration électorale.

À l’aube du prochain rendez-vous électoral fédéral de 2019 et devant l’état actuel des choses, on constate que les forces souverainistes n’ont jamais été autant divisées et aussi désorganisées : elles sont actuellement dans une position de faiblesse historique jamais vue. Trois partis non reconnus (BQ, PQ, QS) se partagent 30 des 203 sièges disponibles à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes. Bien que 14 % des élus québécois soient souverainistes — divisés en trois partis et dans deux Parlements —, l’appui à la souveraineté se maintient bien au-delà de 30 %. Les résultats sont implacables et commandent des transformations immédiates. L’heure est grave et nos performances appellent à la réorganisation générale de notre mouvement. Il est désormais impératif de mettre de côté les 1001 sujets qui nous divisent pour se concentrer sur le projet fondamental qui nous unit : réaliser l’indépendance du Québec par des mandats électoraux clairs et sans appel.

Autocritique

Les indépendantistes doivent dès maintenant retrouver l’efficacité et l’unité de leurs organisations militantes. Il est incontestable que le plan de match politique passe par un discours souverainiste assumé, conséquent et cohérent. Les militants et les électeurs indépendantistes doivent savoir pourquoi, comment et pour combien de temps ils s’engageront. Les partis politiques souverainistes sont tenus d’assumer leur raison d’être — la cause nationale — sans ambiguïté et de manière décomplexée. Cela doit se traduire et s’interpréter concrètement dans nos actions. Dans l’ordre actuel des choses, notre mouvement est mal placé pour incarner les aspirations de liberté et d’émancipation de la nation québécoise. Nous sommes indépendantistes, notamment pour en finir avec les chevauchements administratifs et les paralysies bureaucratiques entre Québec et Ottawa. Depuis plus d’une décennie, notre mouvement politique est devenu inconséquent en cette matière. À titre d’exemple, tout comme moi, plusieurs souverainistes disposent de plus d’une carte de membre et financent une multitude de partis ou d’organisations civiles indépendantistes. Cela produit, au fil du temps, l’effet pervers de diluer fatalement nos forces. Depuis une décennie, nous affaiblissons nos forces dans un manque de coordination notoire auprès de trois partis, trois chefs, 453 associations de circonscriptions, trois permanences, trois logos et trois programmes qui ne s’harmonisent pas. Nous épuisons inutilement nos militants. Nous décourageons les électeurs. Ces joutes entre les partis tuent tout espoir en l’avenir. Nous sommes, à mon humble avis, les seuls responsables des contre-performances électorales et de la morosité ambiante des indépendantistes. Ce mode de fonctionnement erratique et contre-productif doit cesser une fois pour toutes.

Le modèle écossais

Je soutiens que, dans l’état actuel de notre maison, la nécessaire réingénierie de la force politique des indépendantistes passe par une organisation unifiée. À l’instar du SNP (Scottish National Party), les différents partis politiques souverainistes québécois qui oeuvrent actuellement à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes ont tout intérêt à se regrouper en une seule et unique force. La mission est simple : un seul parti souverainiste, un seul programme, une seule organisation, une seule mission coordonnée qui s’articule à l’intérieur des Parlements de Québec et d’Ottawa. En tant qu’élu indépendantiste et à l’heure d’une refonte du Bloc québécois, je lance dès maintenant cette idée afin qu’elle puisse cheminer auprès de tous les Québécois.

L’ensemble des forces souverainistes doit immédiatement prendre acte des échéanciers qui nous incombent et du message à envoyer aux deux millions d’électeurs indépendantistes. Nous leur devons un renversement de cette impasse en 2019 afin de leur redonner espoir pour la prochaine décennie. Incarnons et assumons notre cause nationale avant, pendant et à l’occasion de toutes les élections, sans détour et sans ambiguïté. La priorité politique immédiate des souverainistes passe par le rendez-vous de l’élection fédérale de 2019 : il sera impératif d’élire une majorité de députés du Bloc. Nous assurerons ainsi la progression des forces souverainistes tout en assumant la seule police d’assurance des Québécois qui vaille face au gouvernement d’Ottawa. Nous avons besoin d’une majorité au Québec pour forcer une minorité de tout gouvernement fédéraliste à Ottawa. C’est la première étape pour assurer la pérennité du mouvement politique et pour se donner une chance d’unifier nos forces entre 2019-2021 et d’élire un gouvernement indépendantiste majoritaire en 2022.

18 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 20 octobre 2018 00 h 32

    Il va vite en affaires le monsieur.

    Je comprends l'urgence dans son cas puisqu'il va en élections en 2019.... qu'il obtienne seulement que QS appuie le Bloc aux élections fédérales, ce sera beau, lui (ou ses militants ce qui est du pareille au même, non?) qui a appuyé le NPD lors des dernières élections. S'il obtient cet appui électral, peut-être pourra-t-on considérer que QS est vraiment souverainiste parce que jusqu'à maintenant il s'est tenu dans l'ambiguité malgré ses dires et surtout a réussi à amocher dûrement le seul parti clairement souverainiste, soit le PQ - leur «agenda» secret d'évidence.

    • Patrick Boulanger - Abonné 21 octobre 2018 09 h 29

      « « Québec solidaire ne va pas se prononcer et appuyer l'un ou l'autre des partis » puisqu'« il n'y a personne qui représente réellement en entier les idées de Québec solidaire sur la scène fédérale », a expliqué Nicolas Lévesque, conseiller aux communications chez QS. »

      Voir : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/734571/quebec-solidaire-appui-pas-bloc-quebecois



      Qui est le « lui » dans votre phrase, M. Bonin? Si c'est de QS dont il est question, je vous signale que vous vous trompez. QS n'a pas donné son appui à un parti en 2015 contrairement à l'ensemble des députés bloquistes (ex. : Michel Boudrias, l'auteur du texte) qui ont appuyé le PQ lors des dernières élections provinciales. D'ailleurs, Il me semble que M. Boudrias n'est pas la bonne personne pour jouer les rassembleurs après s'être rangé ouvertement derrière le PQ pour ce scrutin.

  • Mario Jodoin - Abonné 20 octobre 2018 00 h 55

    C'est quand même ironique...

    ...que cet appel vienne d'une personne qui fut parmi les sept qui ont voulu créer un deuxième parti indépendantiste fédéral, Québec debout.

    • Claude Richard - Abonné 20 octobre 2018 12 h 59

      Ce fut quand même le premier à revenir quand l'irritant "Martine Ouellet" a été éliminé. Je constate que l'ironie remplace la volonté de solidarité chez les tenants de QS.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 octobre 2018 04 h 51

    Le monopole des mous

    Dans le texte de M. Boudrias, la seule raison explicitement donnée pour justifier son indépendantisme est qu’il souhaite en finir avec les chevauchements administratifs et les paralysies bureaucratiques entre Québec et Ottawa.

    C’est faible.

    C’est même un argument boomerang; la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d’Ottawa est aussi un moyen d’éviter les doubles juridictions.

    Pourquoi les plus fervents indépendantistes devraient-ils accepter d’être muselés au sein d’une seule organisation mollement indépendantiste qui choisira toujours le plus petit dénominateur commun, celui des nationalistes mous.

    L’exemple qui me vient à l’esprit est OUI-Québec, dirigé par une gérontologie séparatiste, sincèrement convaincue de l’opportunité de faire l’indépendance, mais qui ne se rappelle plus pourquoi.

    Les appels à l’unité sont un leurre qui vise à faire taire les plus ardents indépendantistes.

    Sans hésiter, je me définis comme péquiste. Mais je décèle plus de ferveur indépendantiste dans la bouche de Manon Massé que dans celle d’une bonne partie des ténors du PQ.

    Ce pourrait-il qu’il y ait là matière à réflexion ?

    Quant au Bloc, il a tellement bien fait l’unité derrière Martine Ouellet, qu’il est évident qu’il peut donner des leçons aux autres.

  • Jean Duchesneau - Abonné 20 octobre 2018 08 h 47

    La souveraineté n’est qu’un moyen pour QS, pas une fin!

    C’est la raison pour laquelle l’union des indépendantistes est impossible. QS est de la gauche révolutionnaire qui propose une alternative au capitalisme. C’est très clairement énoncé dans leur programme mais, soigneusement dissimulé dans leur discours.

    « Considérant ce qui précède, Québec solidaire vise, à long terme, la socialisation des activités économiques. Ce processus de transformation sociale reposera, notamment, sur une économie publique forte (secteur des services publics, société d’État et nationalisation de grandes entreprises dans certains secteurs stratégiques) et sur une économie sociale à promouvoir et à développer (coopérative, secteur communautaire, entreprise d’économie sociale). Une certaine place au secteur privé sera maintenue, particulièrement en ce qui a trait aux PME. »

    Suite à la récente progression de QS aux dernières élections au dépend du PQ, il serait illusoire, voir naïf, de penser que QS puisse agir comme bouée de sauvetage pour le PQ et le BQ. Selon moi, une refondation du PQ est nécessaire sur une nouvelle base. L’environnement en voie de devenir l’enjeu majeur de la prochaine décennie, « sauver son bout de planète » ne peut se faire efficacement que sans conflit d’intérêt avec le Canada pétrolier. Le nouveau parti devra, selon moi, coaliser tous les acteurs de la société afin de rendre «payant » les transformations nécessaires à la réduction des GES. Bernard Landry proposait le concept « d’écologie des peuples » qui impliquerait « un devoir de survie. D’une façon plus large, le Québec devrait se doter d’une charte des droits et des devoirs; si cela est possible en droit constitutionnel.

  • Gilles Bousquet - Abonné 20 octobre 2018 08 h 53

    Pour favoriser la venue du QUÉBEC UN PAYS

    Faut que les 3 partis indépendantistes arrêtent de pronouvoir la défense du Québec dans le Canada et de vouloir gouverner le Québec DANS LE CANADA, ce qui renforce la fédération canadienne au Québec, quand ça réussit. Ça c'est du fédéralisme, pas du séparatisme.

    Vous avez contribué.à sortir Mme Ouellet, parce qu'elle privilégiait la promotion du QUÉBEC UN PAYS à temps plein, pas fort de votre part.

    Le PQ-Lisée souhaitait aussi améliorer le Québec DANS LE CANADA penbdant 4 ans, une idée contraire à celle de M. Parizeau qui voyait bien que, gouverner le Québec province DANS LE CANADA, c'était une affaire perdante pour le QUÉBEC UN PAYS.

    Fusionner 2 erreurs ne fait pas une solution forte.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 octobre 2018 20 h 27

      Le but de M. Lisée était d'abord de prendre le pouvoir en dépit des cris anti-référendum de M. Couillard. Et ensuite de prendre quatre ans pour rebâtir l'appui à la souveraineté.

    • Gilles Gagné - Abonné 20 octobre 2018 22 h 03

      ''Le PQ-Lisée souhaitait aussi améliorer le Québec DANS LE CANADA penbdant 4 ans'' Ce n'est pas ce que j'ai entendu de la bouche de M. Lisée lors que des deux rencontres où il était présent, il avait l'intention de réactiver le goût du Québec pour son indépendance. Il faut convenir qu'on ne peut remettre en marche un paquebot de cet ampleur du jour au lendemain sans un maximum d'adhérants, la stratégie qu'il avait énoncée était celle appropriée en raison de la froideur de l'électorat du moment.

      La dernière élection était celle où la population a voulue se débarrasser des libéraux clairement, les médias et les sondages ont suffisamment marqués où irait le vote, il n'en fallait pas plus.