Proposition de rencontre entre électeurs et candidats

À la dernière élection générale, le Québec a connu son deuxième pire taux de participation des 91 dernières années, rappelle l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne À la dernière élection générale, le Québec a connu son deuxième pire taux de participation des 91 dernières années, rappelle l'auteur.

Bien que le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) ait mis sur pied le projet d’Électeurs en herbe et dépensé plus de 3,8 millions de dollars en campagne publicitaire visant à attirer plus de Québécois aux urnes le 1er octobre 2018, le Québec a connu son deuxième pire taux de participation des 91 dernières années. Seulement 66,45 % des électeurs inscrits se sont prévalus de leur droit de vote, un taux en baisse de près de 5 % comparativement à la dernière élection générale (71,43 %, en 2014). Bien que les Québécois aient eu plus de huit jours pour aller voter, un électeur sur trois s’en est abstenu, ce qui soulève des questions sur les raisons de ces abstentions. On comprend mieux pourquoi le DGEQ Pierre Reid s’est dit « très déçu » du taux de participation et dit n’exclure aucune option pour faire mieux lors des élections de 2022. « Tout est sur la table. Il faut tout regarder », selon M. Reid.

Dans ce contexte d’ouverture, j’aimerais faire la proposition concrète suivante, qui consiste à organiser, pendant la campagne électorale, des rencontres-causeries entre les électeurs et leurs candidats dans chacune des circonscriptions du Québec. Cette idée émane de la rencontre-causerie qui s’est déroulée avec les candidats de la circonscription de Jean-Talon le 27 septembre 2018, qui a été organisée conjointement par l’Association étudiante et le Syndicat des professeurs du Cégep de Sainte-Foy.

Le but de ces rencontres-causeries est de permettre aux électeurs de rencontrer, d’écouter, de questionner, de discuter et de mieux connaître, voire d’apprécier, les candidats qui sollicitent leur appui autrement que par l’entremise de tracts et de pancartes.

La formule proposée consiste à permettre à tous les candidats, à tour de rôle et à l’intérieur de temps de parole équivalents, de se présenter, de présenter les idées et les propositions de leur parti, et de parler d’un enjeu de la circonscription ou de la campagne électorale (qui varierait d’un endroit à l’autre), le tout suivi d’une période de questions de l’auditoire et se déroulant dans une atmosphère cordiale, détendue et respectueuse. L’objectif est de renseigner les électeurs sur les candidats et les partis en lice afin qu’ils puissent analyser, comparer, clarifier leurs idées, porter un jugement et voter de manière éclairée.

Avec les écoles

Dans le cas qui nous intéresse, l’organisation (non partisane) des rencontres-causeries pourrait être dévolue aux directeurs de scrutin et déléguée à un adjoint, qui travaillerait de concert avec la direction des écoles et des commissions scolaires. Car, d’un point de vue logistique, ces événements pourraient fort bien se tenir dans le gymnase ou l’auditorium des écoles primaires et secondaires de notre réseau public d’éducation, et ce, en conformité avec leur mission (on dénombre 23 de ces écoles dans Jean-Talon). Des centres de loisirs et sous-sols d’église peuvent également être mis à contribution. Dans la plupart des cas, les tables, les chaises et un ensemble de micros et haut-parleurs se trouvent déjà sur place, ce qui facilite l’organisation et réduit les coûts. Le matériel manquant pourrait être prêté (ou loué) et partagé entre les différents lieux. Cafés et biscuits pourraient également être servis, selon le budget disponible.

Étant donné le nombre élevé d’électeurs par circonscription (environ 45 000), une quinzaine de rencontres-causeries pourraient ainsi être organisées durant la campagne électorale, au rythme d’une rencontre tous les deux jours. Ces rencontres-causeries se tiendraient à différents endroits dans chaque circonscription, pour rendre visite aux électeurs dans leur quartier, et se dérouleraient en matinée, en après-midi ou en soirée, en semaine comme la fin de semaine, afin de rejoindre les travailleurs de tous les quarts de travail.

L’horaire de ces rencontres-causeries pourrait être publié à l’avance dans le journal local et sur le site du DGEQ, et les gens pourraient être invités à s’y inscrire.

Ces événements de campagne pourraient être filmés, diffusés à la télévision locale, sur les réseaux sociaux et/ou rendus disponibles pour consultation sur le site du DGEQ. Pour les habitants des régions éloignées, on peut songer à diffuser ces rencontres-causeries par vidéoconférence.

Le DGEQ aurait jusqu’en 2022 pour mettre en place la logistique de ces rencontres-causeries, et il pourrait même réaliser un projet pilote lors de l’élection partielle à venir dans Roberval, à la suite de la démission de Philippe Couillard.

Il est impératif de prendre des mesures concrètes pour redresser le taux de participation aux élections provinciales, et l’organisation de rencontres-causeries serait un pas dans la bonne direction. Sans compter que les adultes ainsi amenés à s’intéresser à la politique seront d’autant plus enclins à inciter leurs enfants à s’y intéresser également.

5 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 19 octobre 2018 08 h 46

    Le Québec 2.0 .

    Malgré les dangers de dérive mais en dotant le DGE d'un site hauterment sécurisé, est-ce que le vote électronique serait un moyen moderne de rejoindre les jeunes électeurs ? D'un clic ces utilisateurs du Web et des réseaux sociaux pourraient participer au processus électoral.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 octobre 2018 15 h 56

      Sans doute, à condition que cela ne crée pas une distorsion en faveur de ceux qui ont accès à ces technologies. Si cela pouvait se faire par téléphone...

    • Patrick Provost - Abonné 19 octobre 2018 23 h 55

      À mon humble avis, l'objectif premier ne devrait pas être de faire en sorte que le plus de gens votent, mais plutôt que les gens qui s'intéressent à la politique soient le mieux informé possible, réfléchissent, prennent la meilleure décision possible et votent de manière éclairée. Ces rencontres interactives devraient stimuler les gens à s'intéresser davantage à la campagne électorale. Un vote réfléchi et éclairé ne vaut malheureusement pas plus qu'un vote-clic irréfléchi, influencé par les sondages/médias et facilité par les technologies.

  • Marcel Vachon - Abonné 19 octobre 2018 08 h 49

    Rencontres de quelques minutes?

    Je n'ai jamais compris les gens qui ne savent pas pour qui voter, même quelques jours avant la journée des élection. Pendant 4 ans, on entend ces politiciens émettre leurs opinions sur un tas de sujets via journaux, radios, tv, etc. Je doute qu'une opinions soit valable après avoir écouté un candidat parler durant quelques minutes, alors qu'on leur confie la gestions de milliards de dollars.

    • Patrick Provost - Abonné 19 octobre 2018 23 h 42

      Moi, je doute des gens qui votent sans connaitre les candidats qui ne passe pas dans les médias. Comme vous le mentionnez, ces derniers, en accordant une tribune ou de l'importance à un candidat plutôt qu'à un autre, dirige votre vote. Je pourrais vous parler longuement de mon expérience dans Jean-Talon, où un média local a présenté les "3 candidats dans Jean-Talon", omettant ma candidature, alors que je défendais quand même les couleurs d'un parti représenté à l'Assemblée nationale. C'est justement pourquoi nous avons besoin de telles rencontres d'environ 2 heures, tenues à une quinzaine de reprises dans chaque circonscription. Ces rencontres sont importantes, car les candidats n'ont pas tous l'exposure que le député sortant peut avoir eu de la part des médias pendant les 4 années précédentes. Sinon, comme c'est le cas actuellement, les électeurs sont biaisés pour diriger leur vote vers le député sortant. Ce dernier a ainsi un énorme avantage sur les autres candidats; pas parce qu'il est un meilleur député ou une meilleure personne, mais seulement parce qu'il est connu, parce qu'il a plus de visibilité. Et c'est ça que la mesure proposée vise à corriger. Pour que les gens aient pu voir, entendre et échanger avec les candidats, et ainsi voter de manière plus éclairée, et non pas seulement pour le candidat qu'ils ont vu à la télévision. Car popularité n'égale pas qualité. D'ailleurs, beaucoup de candidats gagneraient à être connu, et ce, sans le filtre des médias interposés.