Et si Montcalm avait battu Wolfe

On peut se demander ce qu’il serait advenu du Canada si Montcalm avait battu Wolfe sur les plaines d’Abraham, propose l'auteur.
Photo: iStock On peut se demander ce qu’il serait advenu du Canada si Montcalm avait battu Wolfe sur les plaines d’Abraham, propose l'auteur.

Extrait du livre de Dave Noël, Montcalm, général américain, publié aux Éditions du Boréal, en librairie le 16 octobre.

On peut se demander ce qu’il serait advenu du Canada si Montcalm avait battu Wolfe sur les plaines d’Abraham ou, plus vraisemblablement, si la manoeuvre du Foulon avait échoué au pied du promontoire. Les assiégeants auraient sans doute évacué le théâtre d’opérations de Québec avant la mi-octobre après avoir ravagé le reste des campagnes sous leur emprise. Leur départ aurait permis à Vaudreuil de redistribuer ses forces sur le Richelieu pour contrer la timide progression d’Amherst vers l’île aux Noix. On peut présumer que Versailles aurait fait un effort supplémentaire pour soutenir sa colonie, comme le laisse entendre la lettre du ministre de la Marine du 29 août 1759 : « Si vos opérations ont eu du succès, écrit Berryer à Vaudreuil, et que l’on soit parvenu à forcer les Anglais à abandonner le fleuve, Sa Majesté est résolue à vous procurer cet automne le supplément de secours que les circonstances pourront permettre ; et, suivant la situation où vous vous trouvez, je ferai tous les arrangements nécessaires pour envoyer de bon printemps en Canada les vivres et marchandises dont vous pourrez avoir besoin. » En quittant la France à la fin de mars 1760, une flotte de secours aurait pu espérer entrer dans le Saint-Laurent sans être interceptée par l’escadre d’Halifax, qui patrouillait dans le détroit de Cabot, entre les îles de Terre-Neuve et du Cap-Breton. Elle n’aurait toutefois emporté qu’un renfort modeste, les batailles navales de Lagos et des Cardinaux livrées au large de l’Europe en août et en novembre 1759 ayant entraîné la dispersion des vaisseaux de la Marine royale et un resserrement du blocus des ports de France. Les recrues embarquées sur les navires comblant tout juste les vides de l’armée du Canada, c’est avec des effectifs similaires que Montcalm aurait livré bataille en 1760.

Si les expéditions américaines de 1759 ont fait exploser la dette britannique, elles n’empêchent pas Londres de financer des opérations amphibies de grande envergure contre les colonies françaises et espagnoles des Antilles après la chute de Québec. Il est donc probable qu’une nouvelle escadre de la Navy aurait été dépêchée sur le Saint-Laurent en 1760 si besoin était, d’autant plus que le fleuve était désormais cartographié en détail. Il n’aurait pas été nécessaire de lui adjoindre un nombre aussi imposant de vaisseaux qu’en 1759, la flotte française n’étant plus une menace. Pour contrer le corps expéditionnaire britannique de Québec, Montcalm aurait sans doute concentré ses troupes autour de la capitale en sacrifiant les garnisons de l’île aux Noix et du fort Lévis. Ces verrous n’auraient pas empêché les forces britanniques solidement établies au sud des lacs Champlain et Ontario de faire leur jonction à Montréal avant de descendre à Québec pour la bataille finale, à moins que Versailles n’ait autorisé Montcalm à passer dans les Pays d’en haut par la rivière des Outaouais avec l’élite des troupes. Cette manoeuvre de repli aurait donné un meilleur rapport de force à la France lors des négociations de paix. Elle aurait même ouvert la porte à un retour offensif dans la vallée du Saint-Laurent avant la fin du conflit.

Avec le recul, c’est au début de 1759 que s’est joué le sort du Canada, en raison du refus de la cour d’envoyer les vaisseaux demandés par Montcalm. La présence de cette flotte amarrée au Bic ou au cap Tourmente lui aurait permis de combattre en amont de Montréal, à Carillon et sur les rapides du Haut-Saint-Laurent tout en préservant le gouvernement de Québec de la destruction. Bourlamaque estime lui aussi qu’il aurait été possible de verrouiller le Saint-Laurent dans son mémoire de 1762, où il explique comment défendre la colonie dans l’éventualité où elle serait rétrocédée à la France : « S’il y était envoyé une escadre avant l’arrivée des ennemis, il leur serait moralement impossible de remonter le fleuve au-dessus de Québec, même après avoir battu cette escadre parce que ses débris réunis avec la marine du pays et placés dans les endroits propres suffisent pour rendre la navigation du fleuve impraticable. »

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20 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 15 octobre 2018 03 h 17

    Rêver à distraire

    "On peut se demander ce qu’il serait advenu du Canada si Montcalm avait battu Wolfe sur les plaines d’Abraham..." (Dave Noël)

    Comme le résultat des guerres dépend rarement d'événements particuliers, mais plutôt d'une concurrence économique (se prolongeant par les armes) que se livrent les belligérants, la bataille des Plaines d'Abraham ne faisait que confirmer la nette supériorité économique de la Nouvelle-Angleterre sur la Nouvelle-France. Rêver à une issue différente ne peut servir qu'à distraire l'auditoire.

  • Samuel Prévert - Inscrit 15 octobre 2018 05 h 24

    Et...

    Et on parlerait français à la grandeur du Canada jusqu'aux États-Unis et les Autochtones n'auraient pas éré décimés et ne vivraient pas dans des réserves.

  • Claude Bariteau - Abonné 15 octobre 2018 08 h 11

    Rappel pertinent

    Après les charges de Washington sur les hommes de Jumonville à la suite de l'érection du fort Duquesne (1753), la Guerre de sept ans est déclenchée et le Royaume-Uni entend agrandir son territoire en Amérique délimité par le Traité d'Utrecht (1713).

    La victoire française en 1755 contre les hommes de Braddock dans la région de l'Ohio incite les Britanniques à revoir leur approche. 1 800 soldats en Nouvelle-Angleterre se rendent en Nouvelle-Écosse où le général Lawrence, face à des Acadiens qui refusent de prêter un serment d’allégeance, décrète leur déportation.

    Au même moment, des détachements britanniques chargent les forts français au Lac Georges et au Lac Champlain. En 1757, des soldats britanniques, qui ont capitulé au Fort Henry, subissent des représailles de la part d’Amérindiens à qui Montcalm a offert d’en disposer. Comme ils massacrent les vaincus, leur geste soulève l’indignation des Britanniques.

    Le Royaume-Uni décide alors d’éradiquer les Français de l’Amérique, en Afrique et aux Indes. Louisbourg devient sous contrôle britannique en 1758. L'armée britannique a ainsi accès au fleuve St-Laurent avec comme cible la forteresse de Québec. Elle détruit les postes français en Gaspésie, brûle les habitations sur les deux rives et bombarde Québec avant de renverser les troupes de Montcalm.

    L’auteur montre que cette guerre est entre deux forces militaires ayant des atouts différents. Pour que Montcalm sorte vainqueur en 1759 ou que Lévis repousse en 1760 les Britanniques, il fallait des renforts. Comme il le rappelle, ils ont tardé ou furent bloqués. Le contrôle britannique de l’accès au fleuve fut la clé. L'autre fut la charge par l’ouest et le sud-ouest avec des militaires et des milices qui neutralisent des Autochtones associés aux Français.

    Les scénarios envisagés impliquaient le contrôle français de l'accès au fleuve, ce qui aurait pu conduire un territoire français rétrécit de l'aggrandissement de celui britannique.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 09 h 12

      La France n'aurait-elle pas pu, de toute façon, récupérer le Canada aux négociations du Traité de Paris en 1763?

      De mémoire, elle a alors délibérément préféré les îles sucrières d'Amérique. Mais je peux me tromper.

      Parenthèse semi-facétieuse: De nommer "Canada" le pays contemporain de ce nom constitue-t-il de l'appropriation culturelle?

    • Gilles Théberge - Abonné 15 octobre 2018 11 h 04

      Oui ma sieur Labelle. Vous trouverez cette référence dans le livre « toute l’histoire du monde » qui rappelle le troc qu’a fait le roi de France, sous l’influence des marchands, qui préféraient les îles suctières des Antilles... Ce roi étant par ailleurs qualifié de « faible » par les auteurs...

      Ce que j’ai de la difficulté à comprendre par ailleurs, c’est que la France n’ait pas pris sa revanche à la faveur de la révolution américaine, alors que Lafayette est venu assister les américains, dans la comquête de leur liberté.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 13 h 07

      Merci de votre réponse M. Théberge - c'était pour moi un vague souvenir - vous venez de confirmer qu'il était juste (je vous fais totalement confiance).

      C'est quand même triste quand on pense à tous ces morts dans ces batailles... dans le fond, le Canada (mot ici utilisé en faisant abstraction de son appropriation culturelle subséquente) est une sous-considération de la guerre de Sept-Ans vue plus globalement.

      Triste aussi, bien sûr, cette cession du Canada par la France ... enfin, de notre point de vue.

      Mais même si le France n'avait pas alors cédé le Canada, peut-être qu'à long terme, toutefois, les colonies anglaises, plus tard devenues les États-Unis, auraient trouvé gênante cette présence française - comme ces colonies anglaises étaient beaucoup plus populeuses... ils auraient fini par essayer de s'en débarrasser ou, du moins, de prendre le contrôle de ce territoire. Mais est-ce que et si oui, quand et comment? Nous ne le saurons jamais.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 octobre 2018 13 h 11

      Mon dernier paragraphe est mal écrit. Il faut lire : « Les scénarios envisagés impliquaient le contrôle français de l'accès au fleuve, ce qui aurait pu conduire à un territoire français rétréci et à l'agrandissement de celui britannique ».

      M. Labelle, lors de cette guerre, la France est en mauvaises positions économiques. Les habitants qui nourrissent l'armée ne sont rémunérés qu'avec une monnaie de papier dont la valeur sera dépréciée après la guerre et remboursée à rabais par entente avec le Royaume-Uni. Lors des préparatifs au Traité de paris (1763), les marchands de fourrure négocièrent des ententes avec le Royaume-Uni et le clergé chercha à conserver son statut.

      Point important : la France n'était pas en position de force, car elle avait perdu d'autres batailles qui affaiblissaient son ancrage ailleurs qu'en Amérique du Nord. Elle a plutôt cherché dans les circonstances à sauver les meubles en se rabattant sur des Îles des Antilles, mieux défendues et plus payantes, et les pêcheries au sud de Terre-Neuve.

      Point important : le terme Canada, terme amérindien, fut utilisé par Cartier pour décrire le territoire autochtone. Avec les colonisations françaises ultérieures, la « colonie du Canada » devint la référence au sein de la Nouvelle-France. La Grande-Bretagne y recourt en 1791 pour définir les Bas et Haut-Canada, le Canada-Uni, le Dominion of Canada, qui devint en 1931 le Canada. L’appropriation est plutôt britannique et canadienne.

      M. Théberge, il manque le contexte, auquel M. Héroux fait écho plus bas, qui est l’appui des milices américaines aux forces britanniques contre les forces françaises qui tiraient avantage des alliances avec les Autochtones, que les Américains estimaient une entrave à leur expansion à l’ouest. En cela, l’affaire Jumonville fut un déclencheur et le massacre des hommes de Braddock le motif d’un soulèvement pour chasser les Français de la Nouvelle-France en commençant par l’Acadie.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 15 h 08

      "L’appropriation est plutôt britannique et canadienne." Oui, c'est ce que je voulais dire - appropriation de la terminologie utilisée en France pour désigner le territoire puis, finalement, l'État-nation qui en a découlé. Le mot "Canada", son hymne national, et même le symbole de la feuille d'érable (représentation canadienne-française au XIXème siècle) sont issus de la France ou des descendants des colons français au Canada. Il est difficile de ne pas y voir une certaine ironie... involontaire.

  • Michel Héroux - Abonné 15 octobre 2018 09 h 53

    Hypothèse... un peu courte

    Ce texte est fort intéressant, surtout par ce qu'il ne nous dit pas (le livre est probablement plus éloquent en ce sens). Il y manque un peu de géopolitique, et il ne fait aucune mention de l'agitation déjà présente dans les 13 colonies américaines. Cela dit, c'est un exercice qui peut faire effectivement rêver à ce qui aurait pu être...

    • Claude Bariteau - Abonné 15 octobre 2018 13 h 55

      Vous avez raison. Cette guerre est européenne et a des incidences en Amérique et en Afrique.

      L'agitation présente dans les 13 colonies concerne l'accès aux territoires à l'ouest des 13 colonies. Après le Traité de Paris (1763), cet accès devint un enjeu auquel s'ajoutent les taxes aux colonies britanniques pour le remboursement des dettes de guerre britanniques.

      Se trouve là l’explication des revendications des colonies et les suites après l’Acte de Québec (1774) décrié par les Américains parce que la Grande-Bretagne reconnaît des pratiques qui leur sont inacceptables au nord et fait des territoires britanniques ceux où les Autochtones peuvent poursuivre leurs activités.

      Ils cherchent alors à s’allier aux ressortissants français hors des villes de la Province of Quebec pour contrer l’approche britannique. En découle la déclaration d’indépendance et une guerre qui se termine à Yorktown en 1781.

      Lors de cette guerre, Lafayette rejoint les hommes de Washington et incite la France à supporter les Américains. Elle s’implique officiellement après la bataille de Bernis Heights avec la participation de Canayens des régiments venus chasser les Britanniques du Québec de retour après l’échec de Montgomery pour contrôler la citadelle et la charge de Carleton.

      L’implication de la France se fait avec la venue Rochembeau après qu’elle eut financé la construction d’un chemin menant à la Province of Québec pour forcer les Britanniques à demeurer sur place, le but étant de permettre aux Américains de charger les Britanniques et aux Français de se préparer à envahir la Grande-Bretagne, ce qu’ils ne firent pas faute de ressources.

      En 1781, Rochambeau et de Grasse venant des Antilles contribuent à la victoire américaine et la France, qui a un allié avec les Américains, préfère renoncer à reprendre la colonie du Canada pour des fins de stratégie militaire.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 15 h 14

      On raisonne en termes de ressources, de positionnement militaire et non en termes d'attachement aux colons pour prendre les décisions.

      Et toutes les puissances impériales pensaient comme ça - pas seulement la France. Et c'est même de cet esprit impérialiste centré sur la métropole qu'est né le projet de colonisation, entre autres de la Nouvelle-France, mais aussi des colonies anglaises, dont l'indépendance a été combattue par le Royaume-Uni. Ça, c'est nous.

      Tout humain, partout, est issu de circonstances historiques qui le précèdent - on est (naît) ici ou là et on se fait socialiser par le groupe où on s'adonne être. D'une certaine façon, tout le monde est un accident historique.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 octobre 2018 17 h 30

      M. Labelle, les habitants des colonies de la Nouvelle-Angleterre ont raisonné en habitants et non en puissances impériales. Les habitants de la Province of Quebec ont raisonné en habitants et se sont alliés aux Américains. Ce ne fut pas le cas des seigneurs, du clergé et des clercs de Québec à l'emploi de la Grande-Bretagne. Il ne faut pas oublier ce point, majeur, car la suite de l'histoire du Québec en fut marquée et l'empire britannique y a régné en maître avant de passer le relais au Canada.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 20 h 04

      "M. Labelle, les habitants des colonies de la Nouvelle-Angleterre ont raisonné en habitants et non en puissances impérial" CB
      Euh..oui.. je n'avais jamais cru avoir dit autre chose.

      "On raisonne en termes de ressources, de positionnement militaire et non en termes d'attachement aux colons pour prendre les décisions."

      Par "On", je voulais dire les puissances impériales comme la France et l'Angleterre, ces États, et non pas les colons de la Nouvelle-Angleterre et de la Nouvelle-France. Je croyais que le contexte le suggérait fortement puisque je réagissais à votre intervention où vous expliquiez les motivations impériales de l'État français.

      Vous pouvez répondre, je vous laisse le plaisir du dernier mot.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2018 08 h 35

      Je ne réponds pas par plaisir. Tout ce qui m'intéresse est de mettre les choses en perspective.

      Dans votre réponse à 20 h 04, vous précisez le sens du « on » ne compremait les colons (habitants). Par contre, vous ne dites rien sur les actions menées par les colons (habitants) contre la Grande-Bretagne, ni sur ce qui s'est passé dans la Province of Quebec alors que les Américains entendaient chasser les Britanniques des 13 États de la Nouvelle-France mais aussi de la colonie de Québec et de celle de la Nouvelle-Écosse.

      En complément à M. Rioux, je précise (13 h 55) que des colons de la Province of Quebec, membres des deux régiments qui ont cherché à chasser les Britanniques, ont oeuvré à construire un chemin menant à St-Jean sur le Richelieu. Ils l'ont fait sur ordre de Washington qui envisageait une deuxième charge. Il arrêta tout à la demande de la France parce qu'elle voulait seulement faire pression sur le Royaume-Uni. Plusieurs engagés se sont insurgée et Washington les rejetta alors que les autres poursuivirent dans l'espoir d'un retour après que les troupes britanniques se soient rendues.

      Après Yorktown, toute idée d'évacuation des troupes britanniques de la Province of Quebec fut abandonnée par la France de sorte que Washington, dans sa négocitation pour mettre fin à la guerre, chercha seulement à prendre le contrôle des territoires à l'ouest et à délimter les frontières entre la Province of Quebec et les États-Unis. Conséquemment les Autochtones, protégés par la Grande-Bretagne, furent aux prises avec les Américains en expansion sur les territoires qu'ils habitaient à l'ouest et la Grande-Bretagne.

      Voilà comment la France a traité les ressortissants français de l'ex-colonie du Canada. Il est important de le signaler parce qu'en découlent les grands moments de leur histoire au Québec.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 octobre 2018 09 h 35

      Vos considérations historiques sont très instructives M. Bariteau et je les lis avec intérêt. En fait, elles confirment avec plus de connaissances que je n'en avais mon intuition première: les actions de l'Angleterre et la de France, les États, pas les colons, sont de l'ordre de l'intérêt impérial et pas nécessairement basées sur l'amour des colons. Et vos considérations confirment dans le détail cette impression générale que j'avais.

  • Bernard Dupuis - Abonné 15 octobre 2018 11 h 08

    Encore les "maudits Français"!

    Quel est le sens de ces enquêtes journalistiques qui nous arrivent ces dernières années au sujet de la guerre de Sept Ans? Ces enquêtes en arrivent toutes à la même conclusion. Nous ne serions pas victimes d’une conquête britannique, mais plutôt d’un abandon de la France. Autrement dit, il n’y aurait pas eu de conquête, mais une trahison de la part des Français. De là le ressentiment de nos ancêtres « canayens » et de leurs successeurs canadianistes envers les « maudits Français ».

    Inutile de dire que je ne partage pas ce sentiment anti-français. Si les Français ont perdu la guerre, c’est que les Britanniques l’ont gagnée. Si les Britanniques ont fait incendier toutes les maisons et les bâtiments de fermes de Gaspé jusqu’à Lévis avant de se rendre à l’anse au Foulon, c’est bien dans un esprit de conquête et non de bienveillance envers ces bons « Habitans canayens ». En montrant les erreurs stratégiques des Français, on essaie de prouver que ceux-ci sont les vrais responsables du sort tragique du Canada en 1760. C’est bien commode pour propager un sentiment anti-français et faire des Britanniques les bons amis qui ne nous voulaient que du bien.

    Cette stratégie pour discréditer la France n’a toutefois pas fonctionné. Les descendants des « Canayens » continuent de s’intéresser à leur généalogie et visiter le pays de leurs ancêtres. Les festivités relatives aux cinquante ans de la visite du général De Gaule ont montré que le sentiment anti-français est loin d’être si largement répandu que le souhaitent encore les canadianistes. Le mépris des Français manifesté par les Trudeau, Chrétien, Lalonde, etc., n’a pas eu beaucoup de suite.

    Pourtant, des enquêtes journalistiques tentent encore de montrer que la conquête britannique n’en fut pas une.

    Bernard Dupuis, 15/10/2018

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2018 14 h 58

      Même dans l’hypothèse où la France aurait pu ne pas céder le Canada et l’aurait fait quand même – je dis bien l’hypothèse – différents intervenants ont différents avis et apportent certaines nuances à ce sujet (information disponible à l'époque, rapports de force, ressources comparatives, etc.), et on pourrait peut-être compléter les recherches, mais même si la pire hypothèse était avérée, cela ne justifierait pas quelque « francophobie » que ce soit et ce, pour les raisons suivantes :

      - Ce genre de décision (quoi négocier au Traité de Paris) est prise par une infime minorité de la population – on se trouve dans une monarchie absolue à l’époque. Il serait complètement injuste de stigmatiser toute une population pour une décision qu’elle n’a pas prise collectivement. Et à plus forte raison les descendants de cette population qui, encore plus, n’en ont aucune responsabilité.

      - Et même si cette décision avait fait l’objet d’un référendum démocratique à l’époque (et on sait que ça n’a pas été le cas, bien entendu), il serait injuste d’en faire porter la responsabilité aux descendants qui n’auraient rien eu à voir avec celle-ci.