La fin des partis politiques?

Selon l'auteur du texte, le mouvement caquiste est fortement associé à la personnalité du chef, François Legault, qui donne l’impression de miser sur son pragmatisme d’homme d’affaires plutôt que sur une orthodoxie idéologique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon l'auteur du texte, le mouvement caquiste est fortement associé à la personnalité du chef, François Legault, qui donne l’impression de miser sur son pragmatisme d’homme d’affaires plutôt que sur une orthodoxie idéologique.

Bien qu’il soit difficile de connaître précisément le nombre de membres de chacun des partis, on sait qu’il ne cesse de diminuer. Même s’ils n’ont plus l’effectif qu’ils pouvaient avoir dans les années 1970 et 1980, et bien qu’ils n’aient jamais été de véritables partis de masse, le Parti québécois et le Parti libéral du Québec sont les partis avec le plus de membres. Le Parti québécois en a sans doute beaucoup plus, lui qui a connu deux courses à la chefferie au cours des dernières années. La Coalition avenir Québec et Québec solidaire quant à eux, beaucoup plus récents, ont beaucoup moins de membres. Les résultats des dernières élections montrent qu’avoir un nombre important de membres, et l’organisation électorale qui vient avec, n’est plus garant d’un succès aux élections.

Il y a déjà un moment que les partis sont de moins en moins tournés vers leurs membres, mais plutôt vers l’ensemble des électeurs. Ils cherchent à progresser électoralement en séduisant ce que l’on appelle l’électorat flottant, qui n’est pas fidélisé par tel ou tel parti, mais qui peut voter pour des partis politiques différents d’une élection à l’autre.

La structure de la société s’est fragilisée. Il n’y a plus comme autrefois de groupes sociaux qui permettaient à des organisations de se bâtir dans la durée. Désormais, les citoyens sont socialement sans attache. Ils ne se reconnaissent plus dans les partis politiques et réagissent en fonction de leur humeur du moment en se basant sur leurs sentiments ou même leurs ressentiments.

En France, on a vraiment l’impression que les partis politiques — du moins tels qu’ils existaient — ont disparu. La dernière élection présidentielle de 2017 a démontré l’effondrement du Parti socialiste à gauche et des Républicains à droite. Ils ont été remplacés par la République en marche, la France insoumise et le Rassemblement bleu Marine, qui se distinguent des partis traditionnels en se présentant comme des mouvements. C’est un nouveau type d’organisation qui cherche à se définir autrement que par le clivage politique gauche-droite.

Le mouvement politique cherche à dégager une image globale positive, souvent proche de la personnalité du leader, plutôt qu’une orthodoxie idéologique comme le faisaient autrefois les partis. C’est ce qu’on voit en France avec la France insoumise, formée autour de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, le Rassemblement bleu Marine, qui emprunte le prénom de Marine Le Pen, et En Marche, qui emprunte les initiales de son fondateur, Emmanuel Macron. Ces partis adoptent une posture plus pragmatique qu’idéologique et cherchent à rassembler le plus grand nombre d’électeurs.

Au Canada, le Parti libéral du Canada semble avoir pris acte de ce changement. Il ne parle plus de ses membres, mais de ses sympathisants. L’élection à la course à la chefferie ne s’est pas faite avec des membres en règle qui devaient payer les 10 $ exigés, mais avec des sympathisants qui sont arrivés massivement à la suite de la candidature de Justin Trudeau. Le parti a su se positionner sur l’échiquier politique autour de la personnalité de son chef plutôt que dans le cadre du clivage gauche-droite.

La Coalition avenir Québec est sans doute au Québec ce qui est le plus près d’un mouvement. Le parti cherche à se positionner au-delà de l’alignement traditionnel en se disant « ni souverainiste ni fédéraliste » et, du moins à ses débuts, « ni de gauche ni de droite ». Il est fortement associé à la personnalité de son chef, François Legault, qui donne l’impression de miser sur son pragmatisme d’homme d’affaires plutôt que sur une orthodoxie idéologique.

Il y a quand même lieu de s’inquiéter de cette transformation des partis politiques. Car, en permettant de jouer un rôle de corps intermédiaire entre les gouvernants et gouvernés, non seulement ils jouent un rôle démocratique important, mais ils peuvent servir de rempart au populisme. Qui plus est, en s’inscrivant dans la durée avec des identités politiques fortes, les partis permettent d’éviter le brouillage idéologique qui, en Europe, est en train de faire le lit des mouvements populistes.

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Abonné 9 octobre 2018 09 h 57

    Des partis

    à temps partiel quoi!