Un article de l’AEUMC brime la souveraineté du Canada

L’AEUMC imposera au Canada de divulguer aux États-Unis le texte complet d’un accord de libre-échange avec la Chine, souligne l'auteur.
Photo: Chinatopix via Associated Press L’AEUMC imposera au Canada de divulguer aux États-Unis le texte complet d’un accord de libre-échange avec la Chine, souligne l'auteur.

Le 1er octobre, deux tristes nouvelles nous parvenaient. La première suscitait beaucoup d’émoi : disparition du très grand Charles Aznavour, ambassadeur de la langue française et un des plus grands défenseurs de la démocratie à travers son combat pour la reconnaissance du génocide arménien. La deuxième a surgi de Washington D.C. : annonce d’un nouvel accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, appelé AEUMC.

Alors que le premier ministre Trudeau s’en réjouit en disant que « c’est un bon jour pour le Canada » et que la question du lait, qui touche le coeur des Canadiens et de nos fermiers, est débattue avec véhémence, une autre imposition du gouvernement américain vient brimer la souveraineté du Canada. En effet, l’article 32.10 de l’AEUMC vient donner un droit de veto au gouvernement américain quant à toute discussion d’un traité de libre-échange entre le Canada et tout pays qui n’est pas une économie de marché, en exposant que les États-Unis pourraient terminer l’AEUMC sans raison avec six mois de préavis.

Précisons que les États-Unis peuvent unilatéralement définir quel pays ne bénéficie pas du statut d’économie de marché sans se soucier de l’interprétation du Canada sur le sujet. Les États-Unis et l’Union européenne refusent toujours d’octroyer ce statut à la Chine, 17 ans après son adhésion à l’OMC, ce que la Chine conteste devant l’OMC. La non-reconnaissance du statut d’économie de marché de la Chine leur permet de maintenir des barrières douanières élevées sur certains produits chinois.

Malgré cette opposition de l’Europe, l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada n’impose aucunement une telle restriction au Canada. Le troisième paragraphe de l’article 32.10 de l’AEUMC impose aussi au Canada de divulguer aux États-Unis le texte complet d’un accord de libre-échange avec la Chine. Les négociateurs chinois seront bien mal à l’aise de négocier un traité de libre-échange pendant des années pour être pris en otage au fil d’arrivée par les États-Unis qui pourraient demander des concessions à la Chine en échange d’une non-imposition de leur « veto ». La position du Canada, si les négociations reprennent avec la Chine, s’en trouvera malheureusement affaiblie ! Nul n’a besoin d’être devin pour savoir que le président Trump, qui pourrait être réélu dans une vision apocalyptique, utilisera toutes les fourberies dans son arsenal afin que la Chine se plie à ses demandes irrationnelles, et cela, aux frais du Québec et du reste du Canada.

Un article de Martin Wolf publié dans le Financial Times du 2 octobre soulève que la problématique nord-américaine dans le déficit commercial avec la Chine est non pas liée aux importations chinoises, mais bel et bien à nos exportations, qui ne sont pas assez élevées. Il est certes plus laborieux de vendre nos produits en Chine, mais de nombreux entrepreneurs québécois, incluant l’auteur lui-même, ont démontré la viabilité du marché chinois.

Malgré les négociations difficiles entre le Canada et la Chine pour conclure un accord de libre-échange, celui-ci permettra de doubler les échanges commerciaux entre les deux pays. Selon le rapport « What Might Canada’s Future Exports Look Like ? » du Conference Board du Canada, les exportations du Canada vers la Chine augmenteront de 4 à 7 % du total des exportations du Canada en Chine d’ici 2025, créant d’énormes occasions d’affaires pour les entreprises québécoises. La guerre commerciale que mène l’administration Trump à l’égard de la Chine va augmenter les occasions commerciales pour nos industries, faire pression sur la Chine pour accroître ses achats de produits canadiens et poursuivre la libéralisation de son marché. Nous avons peut-être perdu une partie de notre souveraineté, mais nous sommes maîtres de notre destin !

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2 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 4 octobre 2018 08 h 12

    Avec Justinnnn

    qui s'étonnera de la chose... Et au fond, ce n'est pas se soumettre à Trump - c'est limité dans le temps. C'est ancrer encore plus le statut de vassal du Canada envers les USA...

  • Pierre Robineault - Abonné 4 octobre 2018 12 h 07

    Amateurisme

    Voilà pourquoi on ne devrait jamais voter pour des amateurs. Lorsque l'on en sait rien, on s'informe, sinon on s'abstient. Il ne faut surtout pas voter, pour un premier ministre par exemple, pour des raisons cosmétiques disons.