Écoles publiques et privées, deux réseaux complémentaires

Une école offre plus que des services éducatifs, par exemple l’entretien des bâtiments et des équipements, divers services de soutien aux élèves, le transport.
Photo: Pavliha Getty Images Une école offre plus que des services éducatifs, par exemple l’entretien des bâtiments et des équipements, divers services de soutien aux élèves, le transport.

En lisant les journaux, je suis souvent surpris de constater comment certains dénoncent les subventions aux écoles privées sans connaître vraiment le sujet.

On compare souvent avec l’Ontario, qui ne subventionne pas les écoles privées. Mais on ne dit pas qu’en Ontario, à côté du système public, il existe un réseau complet d’écoles séparées (Roman Catholic Schools), l’équivalent de beaucoup de nos écoles privées, subventionnées à 100 % et accessibles uniquement aux familles catholiques. Plusieurs autres provinces canadiennes (Manitoba, Saskatchewan, Alberta et Colombie-Britannique) subventionnent le privé autant, sinon plus, que le Québec. Dans les autres pays, la situation est variée : les subventions sont de 100 % dans les Pays-Bas, en Belgique flamande, au Royaume-Uni et en Suède ; et entre 80-85 % au Danemark. En France, elles sont de 90 %. Le raisonnement officiel est le suivant : au moins 90 % des cours qui se donnent à l’école privée sont de même nature que ceux de l’école publique ; il est normal que l’État subventionne en conséquence.

On répète constamment que les subventions du gouvernement sont de 60 %. En réalité, les subventions correspondent à 60 % du coût des « services éducatifs d’un élève comparable » du secteur public. Mais une école offre plus que des « services éducatifs », par exemple l’entretien des bâtiments et des équipements, divers services de soutien aux élèves, le transport. De sorte que l’État ne subventionne le privé que pour 42 % des dépenses globales par élève, selon les chiffres mêmes du ministère. Les parents paient donc 58 % des coûts, sans compter les taxes scolaires, qu’ils acquittent comme tous les autres citoyens.

Si l’État supprimait ou diminuait ses subventions, selon plusieurs enquêtes, plusieurs parents ne pourraient plus envoyer leur enfant au privé, ce qui permettrait au gouvernement de redonner ces économies au réseau public, mais les dépenses du gouvernement pour ces élèves (100 % des coûts) augmenteraient beaucoup plus que les économies réalisées (42 %).

On parle souvent des examens de sélection obligatoires à l’entrée, alors que la très grande majorité des écoles privées n’ont pas d’examen de sélection, mais des tests de classement qui permettent de s’assurer que chaque enfant aura l’accompagnement dont il a besoin. (Certaines écoles constituent des groupes d’élèves en difficulté qui font les deux premières années du secondaire en trois ans, avec un succès remarquable, sans subventions spéciales.)

Les écoles privées accueillent beaucoup moins d’élèves en difficulté que le réseau public, c’est un fait, mais elles ne reçoivent pas les subventions spécifiques que reçoivent les écoles publiques pour ce type d’élèves.

La plupart des écoles privées acceptent des élèves trop pauvres pour payer grâce aux bourses d’études offertes par leur fondation. Cette aide financière favorise plus de 7000 jeunes. En 2009-2010, elle totalisait 3,4 millions de dollars.

Solutions

Dans un autre ordre d’idée, il me semble que plusieurs des difficultés du réseau public ne viennent pas des subventions gouvernementales au privé. Parmi les solutions au secteur public : maternelles quatre ans pour les milieux défavorisés ; refus d’une intégration systématique des élèves en difficulté dans les classes ordinaires (plutôt que dans des classes spéciales qui répondent mieux aux besoins de ces jeunes tout en permettant une intégration sociale harmonieuse) ; présence de plus de spécialistes (orthopédagogues et psychopédagogues) ; création de groupes stables qui favorisent un sentiment d’appartenance ; meilleur encadrement des élèves ; règlements vestimentaires ; augmentation de l’autonomie de l’école ; soutien aux enseignants ; attention à ce que les jeunes enseignants ne se retrouvent pas dans les classes les plus difficiles en raison de la politique d’ancienneté des enseignants ; création d’un ordre professionnel pour valoriser la profession.

Bref, on pourrait avoir une vision moins univoque et abstraite du système d’éducation. Et au lieu d’opposer écoles publiques et écoles privées, accepter un système à deux réseaux complémentaires.

*Post-scriptum : mes trois enfants sont allés à l’école primaire publique. Pour le secondaire, deux ont fréquenté une école publique, alors que le troisième est allé au privé.

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17 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 25 septembre 2018 08 h 09

    Ignares, nous sommes.

    Ou est-ce le fait que le sujet énoncé en est un remplis de sophisme : 90% subvention = 90% même enseignement (pour en prendre seulement que celui-ci).

    Le principe est simple : le privé prétend être guidé par la «main invisible». Le privé c'est la concurrence qui rend possible le meilleur prix au meilleur cout. Le privé c'est le discourt : «sans gouvernement», «sans contrôle de l'État», ils peuvent s'auto réglementer! (c'est proche du principe des anarchistes, tout cela?!)

    Or, si le privé n'a pas besoin de l'État, pourquoi accepter les subventions? Nous devons avoir recours à des biais cognitifs pour rétablir un certain équilibre mental.

    C'est ça le privé, ici, en Amérique du Nord, au Canada, dans le Québec. C'est l'écho du néolibéralisme.

    Toute autre comparaison est futile est devient une méthode sophistique pour détourné l'attention sur la réalité d'ici (pas celle de là-bas).

    Mais, c'est vrai, dans le public, il n'y a pas d'entretien ni de soutien aux élèves en difficultés! Les faits ne le démentent pas : écoles insalubres, manque de ressource pour les élèves en difficultés. Ceci fait la une des journaux.

    Or, le principe est simple : privé -> pas de gouvernement -> pas de subvention. Laissons la «main invisible» jouer pleinement son rôle.

    Il y a aussi la notion de «bien commun» qui devrait intervenir, quelque part, là-dedans! Ha! Oui! La transmission du savoir! Est-ce que le savoir est une marchandise?

    Ha, mais combien ignare nous sommes de tout cela!

    • Nadia Alexan - Abonnée 25 septembre 2018 10 h 59

      Vous avez tort, monsieur Durand. Une éducation à deux vitesses n'est pas propice à l'épanouissement de tous les enfants, riches comme pauvres. Les opposants d'un système public universel sont les mêmes qui se sont opposés à un système de santé publique pour tout le monde. Il y'a toujours des gens qui veulent des privilèges personnels, sans se soucier du bien commun.
      L'exemple de la Finlande qui a réussi une éducation de qualité pour tous ses enfants en transformant toutes ses écoles privées en établissements publics est pertinent. Maintenant, la Finlande est la championne occidentale de la réussite scolaire des enfants.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 25 septembre 2018 08 h 44

    PARENTS AVEC TROP $...

    Si des parents peuvent contribuer davantage à l'Éducation, ils peuvent l'offrir aux école publiques.
    Celles-ci pourront répondrent avec plus de moyens à l'apprentissage chez nos enfants.

  • Gilles Delisle - Abonné 25 septembre 2018 09 h 21

    Congé de taxes scolaires?

    Monsieur Durand,

    Est-ce qu'un groupe de citoyens qui refuseraient ou qui n'utiliseraient pas un service public, devrait avoir un congé de taxes ou d'impôts? Je ne pense pas, sinon , ce serait l'anarchie. Quand on vit dans une société, on a des services et on paie des impôts et taxes. Choisir de ne pas recevoir un service dispensé par l'Etat, c'est un choix personnel et qui n'engage que le citoyen, sans pour autant avoir droit à un congé ou un remboursement d'impôt ou de taxe. Par exemple, ne pas se servir de transport en commun ou de ne pas utiliser les routes parce qu'on n'a pas de véhicule n'entraîne pas un congé d'impôt pour autant.

    • Bernard Dupuis - Abonné 26 septembre 2018 11 h 28

      À André Labelle

      Contrairement aux idées vagues de M. Durand, je trouve que la vôtre est claire. En fait la véritable raison de l’existence de l’école privée est fondée sur le préjugé que l’école publique est nécessairement de qualité inférieure. Voilà pourquoi de nombreux parents comme vous choisissent l’école privée. Il s'agit fondamentalement d'une raison élitiste.

      Selon ce que l’on peut comprendre du texte de M. Durand, la principale raison de l’existence d’un système d’éducation dualiste au Québec serait de permettre une certaine complémentarité des systèmes. Toutefois, il reste vague relativement à cette complémentarité. Si l’école privée n’opère pas de sélection et n’est pas discriminatoire alors à quoi sert-elle selon M. Durand? Si les écoles publiques ont beaucoup de subventions auxquelles les écoles privées n’ont pas accès, alors quels seraient les avantages de l’école privée?
      Si l’école privée est considérée comme meilleure auprès de certains parents, c’est parce qu’elle rejette certains élèves indésirables, mésadaptés et même handicapés. L’école privée apparaît ainsi comme de qualité supérieure.

      De plus, certains parents pensent que les professeurs du privé sont plus compétents que ceux du public. Pourtant, il est prouvé depuis longtemps (même au temps des sœurs et des frères enseignants) que les enseignants du privé seraient incapables d’enseigner aux étudiants moins dociles du secteur public.
      Je crois que c’est clair. Comme vous le dites, l’école privée aurait sa raison d’être parce qu’elle apparaît de bien meilleure qualité. Mais, cela tient du préjugé d'une société encore et toujours élitiste.

      Bernard Dupuis, 26/09/2018

  • Pierre Desautels - Abonné 25 septembre 2018 09 h 49

    Privé?


    On ne parle plus ici de privé, car ces écoles vivent au crochet de l'État. Nuance.

    • André Labelle - Abonné 25 septembre 2018 12 h 22

      Et si en réalité on parlait de ces parents prêts à mettre de côté beaucoup de leurs rêves pour assurer la meilleure éducation de leurs enfants. Mes enfants ont fréquentés les écoles privées. Mais je n'ai toujours pas finis de rembourser mon hypothèque. Nous avons fait des choix sans pleurnicher.

      «Il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé» [Albert Einstein]

    • Bernard Dupuis - Abonné 26 septembre 2018 11 h 31

      À André Lavelle

      Contrairement aux idées vagues de M. Durand, je trouve que la vôtre est claire. En fait la véritable raison de l’existence de l’école privée est fondée sur le préjugé que l’école publique est nécessairement de qualité inférieure. Voilà pourquoi de nombreux parents comme vous choisissent l’école privée. Il s'agit fondamentalement d'une raison élitiste.

      Selon ce que l’on peut comprendre du texte de M. Durand, la principale raison de l’existence d’un système d’éducation dualiste au Québec serait de permettre une certaine complémentarité des systèmes. Toutefois, il reste vague relativement à cette complémentarité. Si l’école privée n’opère pas de sélection et n’est pas discriminatoire alors à quoi sert-elle selon M. Durand? Si les écoles publiques ont beaucoup de subventions auxquelles les écoles privées n’ont pas accès, alors quels seraient les avantages de l’école privée?

      Si l’école privée est considérée comme meilleure auprès de certains parents, c’est parce qu’elle rejette certains élèves indésirables, mésadaptés et même handicapés. L’école privée apparaît ainsi comme de qualité supérieure.

      De plus, certains parents pensent que les professeurs du privé sont plus compétents que ceux du public. Pourtant, il est prouvé depuis longtemps (même au temps des sœurs et des frères enseignants) que les enseignants du privé seraient incapables d’enseigner aux étudiants moins dociles du secteur public.
      Je crois que c’est clair. Comme vous le dites, l’école privée aurait sa raison d’être parce qu’elle apparaît de bien meilleure qualité. Mais, cela tient du préjugé d'une société encore et toujours élitiste.

      Bernard Dupuis, 26/09/2018

  • Cyril Dionne - Abonné 25 septembre 2018 12 h 31

    On n’aime pas les écoles privées parce qu’on y apprend des choses qu’on ne connaît pas

    « Mais on ne dit pas qu’en Ontario, à côté du système public, il existe un réseau complet d’écoles séparées (Roman Catholic Schools), l’équivalent de beaucoup de nos écoles privées, subventionnées à 100 % et accessibles uniquement aux familles catholiques. »

    Faux. Les écoles séparées catholiques sont accessibles à tout le monde. C’est seulement un prétexte afin de garder vivant, l’idée du catholicisme et la discrimination religieuse. En fait, plusieurs parents anglophones qui sont protestants ou d'autre religions, envoient leurs enfants dans les écoles séparées catholiques françaises parce qu’elles sont réputées comme étant les meilleures en Ontario.

    Mais ce sont toujours les non-dits qui sont tonitruants lorsqu’on parle de comparaison de systèmes d’éducation. L’Ontario a peut-être seulement (en majorité) un système public, mais les écoles ne sont pas égales. Si vous vivez dans des quartiers riches où le prix des maisons dépasse le million, alors vous allez vous retrouver avec une clientèle choyée dont les parents peuvent se permettre des tuteurs privés et une panoplie de services pour aider leurs enfants. Ce sont des écoles de quartiers et donc, il faut y avoir maison pour fréquenter ces écoles. Et personne n’est surpris d’entendre que ces élèves de ces écoles sont parmi les meilleurs en Ontario. Pour les quartiers pauvres, ce n’est pas la même histoire.

    Dans ce Québec où l’excellence est vue comme un vice et non pas une richesse, on aime plutôt à niveler vers le bas. Sans l’apport des écoles privées, les résultats des tests de PISA du Québec auraient été désastreux. Sans la présence d’écoles privées, la santé de l’éducation au Québec pourraient être bien plus pire et le décrochage aussi. On ne récolte seulement ce que l’on y apporte; l’école n’est pas différente.

    • Raymond Labelle - Abonné 26 septembre 2018 16 h 33

      L'Ontario est obligée de tenir un réseau catholique à cause de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (article 93). Pour remplir cette obligation, elle doit en permettre l'accès au même titre qu'à l'école publique. S'inscrire au réseau catholique en Ontario ne coûte pas plus cher pour les parents que l'école publique.