Promesses électorales en santé: savoir penser à la prochaine génération

La réalité est implacable: le poids des dépenses en santé d’une population vieillissante ira en augmentant, signale l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La réalité est implacable: le poids des dépenses en santé d’une population vieillissante ira en augmentant, signale l'auteur.

Les partis politiques ont déjà promis beaucoup en santé depuis le déclenchement des élections. Or, dans ce concert d’engagements visant à répondre aux besoins immédiats de la population, qui se préoccupe du système de santé dont seront responsables les prochaines générations ? Malheureusement, le menu électoral à cet égard est plutôt mince. Et pourtant, les chiffres sont connus de tous.

Au cours des trente prochaines années, la population âgée de 85 ans et plus va au moins tripler. En même temps, le ratio de travailleurs par retraité, qui était de 8,5 en 1978 et qui est actuellement de 3,4, atteindra le seuil de 2 travailleurs par retraité en 2058. Sachant que les dépenses de fin de vie absorbent approximativement 20 % du total des dépenses publiques de santé et que le ratio de personnes en fin de vie par travailleur augmentera significativement, comment maintenir un financement du système de santé viable à long terme ? Pendant combien d’années pourrons-nous soutenir un niveau de croissance des dépenses en santé qui excède la croissance du PIB ? Alors que les budgets de la santé représentaient 30 % des dépenses de programme en 1980-1981 et que cette proportion est désormais de plus de 50 %, jusqu’où irons-nous dans l’acceptation du fait que la santé accaparera toujours une part croissante des budgets de l’État québécois ? Sommes-nous prêts à nous rendre jusqu’à près de 70 % en 2030 comme le suggèrent certaines études ? Comment paierons-nous la facture à ce moment-là ?

Le problème de l’avenir du financement de l’assurance maladie est simple et bien connu. L’assurance maladie est un programme de solidarité sociale dont les dépenses sont hautement liées aux fluctuations démographiques, mais pour lequel aucune somme n’a été mise de côté pour faire face au phénomène d’augmentation du profil de risque d’une population vieillissante. Face à ce phénomène, le maintien du financement de l’assurance maladie à même les revenus annuels de l’État se soldera par le transfert d’un passif intergénérationnel considérable en santé.

Accepterions-nous, dans le contexte démographique que nous connaissons, que les retraites d’une population vieillissante soient financées par un nombre insuffisant de travailleurs ? La réponse est évidemment non. C’est d’ailleurs pourquoi la Régie des rentes est capitalisée de façon à assurer les retraites de la génération actuelle et de celles qui suivront. Alors, pourquoi acceptons-nous d’avoir une assurance maladie collective qui n’est nullement capitalisée ? Voilà le genre de questions auxquelles devraient s’empresser de répondre les politiciens qui se soucient réellement des générations futures.

Certes, il faut optimiser l’allocation des ressources, améliorer le maintien à domicile, faire davantage de prévention, éviter le surdiagnostic et j’en passe. Mais toutes ces actions, bien que nécessaires pour contrôler la croissance des dépenses, n’arriveront sûrement pas à renverser une réalité implacable : le poids des dépenses en santé d’une population vieillissante ira en augmentant. Alors, il faut ajouter à la nécessaire solidarité sociale de l’assurance maladie une solidarité intergénérationnelle dans son financement. Le politicien qui saura imaginer un financement de l’assurance maladie qui saura mieux répartir la charge du système entre les générations sera celui qui se préoccupe réellement des prochaines générations et non seulement de la prochaine élection.

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