«Ces gens nous ont choisis»

«Nous allons appuyer des partis qui favorisent l’intégration du plus grand nombre, comme nous allons dénoncer les partis qui dénigrent l’immigration», lance l'auteur. 
Photo: Charles Krupa Associated Press «Nous allons appuyer des partis qui favorisent l’intégration du plus grand nombre, comme nous allons dénoncer les partis qui dénigrent l’immigration», lance l'auteur. 

« Ces gens nous ont choisis. » J’ai retenu cette expression de Manon Massé lors du premier débat des chefs à Radio-Canada le 13 septembre 2018. Alors, s’ils nous ont choisis, c’est parce que nous offrons un monde plein d’espoir aux rêves des migrants qui veulent se sortir d’un monde qui leur est insupportable. Cela ressemble à une histoire d’amour.

Les Québécois sont généreux et compatissants aux malheurs mondiaux qui affectent des populations touchées par des dirigeants barbares ou par des cataclysmes naturels. Nous avons été émus par la photo du jeune Aylan mort sur une plage de Turquie le 3 septembre 2015. Il était normal que le premier ministre Trudeau, nouvellement élu, déclare en novembre 2015 le Canada ouvert à la compassion envers le peuple syrien et désirant accueillir 25 000 réfugiés en deux mois. Le gouvernement fédéral a fait appel à deux formes de parrainage : public et privé. Bonne intuition en diapason avec la société civile !

En novembre 2015, nous avons mis sur pied un groupe de parrainage dans le quartier et la paroisse Saint-Sauveur de Québec et nous avons accueilli une famille de réfugiés syriens en mars 2017. Une année et demie s’est passée depuis l’accueil et comment vit la famille aujourd’hui ? La maman termine sa formation en français au centre Louis-Jolliet. Le papa travaille dans son métier de coiffeur depuis cinq mois. Les enfants vont au primaire (1re et 3e année) et s’expriment très bien en français. L’employeur du papa l’a engagé sur-le-champ à cause de ses 25 années d’expérience en coiffure. Cet employeur serait prêt à engager un autre réfugié, disant manquer de main-d’oeuvre masculine surtout. Il croit à l’amélioration de l’apprentissage du français par le travail et il paie pour les mises à niveau en coiffure.

Qu’avons-nous appris comme parrains et marraines de cette famille ? Il faut d’abord un groupe, une communauté ou un village pour accueillir une famille de réfugiés. Des compétences diverses sont requises pour cheminer dans la bureaucratie : inscription à l’école et au service de garde, inscription aux cours de francisation, ouverture du compte bancaire, occupation d’un logement convenable, obtention du permis de conduire, examens de santé, recherche de travail et de multiples accompagnements.

Cette famille tient à demeurer à Québec pour diverses raisons. Elle se sent en sécurité ici. Toute la famille se réveille en vie le matin. C’est différent du quartier de Damas contrôlé par Daesh qui a démoli leur maison et leur salon de coiffure et qui contrôlait les allées et venues des orthodoxes. Passer de l’arabe au français constitue toute une course à obstacles, mais les parents tiennent à parler en français, même si l’anglais peut les dépanner quelques fois. S’y trouve de la parenté dans la région : un frère et une cousine. Nous pensons que la présence d’un comité de parrainage local a une grande influence sur l’intégration. Cette famille peut espérer mener une vie digne avec moins de stress, sans luxe bien sûr et moins de précarité.

Durant la présente campagne électorale, le débat tourne autour du nombre d’immigrants que la société québécoise peut être en mesure d’accueillir et de garder, et tourne également autour de la pénurie de main-d’oeuvre. Le Québec n’est pas seulement un bassin d’emplois au salaire minimum. Les Québécois sont plus généreux que cela. Les Québécois organisent des fêtes culturelles dans leurs villages, leurs quartiers, leurs écoles, leurs milieux de travail et dans les sports pour favoriser l’intégration et ajouter des connaissances nouvelles (habitudes, habillement, cuisine, sports…)

Les partis politiques pourraient centrer leurs propositions pour améliorer le vivre-ensemble avec les nouveaux arrivants de diverses façons. D’abord reconnaître que la fermeture et la transformation des Centres d’orientation et de formation des immigrants (COFI) sous le règne de l’équilibre budgétaire de Lucien Bouchard était une erreur. La formation et la francisation désirée durant la présente campagne doivent s’accompagner de mesures budgétaires concrètes. La reconnaissance des acquis par les ordres professionnels doit s’accélérer. À Québec, les chauffeurs de taxi sont Algériens et sont pourtant des diplômés.

Nous allons appuyer des partis qui favorisent l’intégration du plus grand nombre, comme nous allons dénoncer les partis qui dénigrent l’immigration.

Les Québécois sont généreux et ils l’ont démontré à différentes reprises lors des grandes crises qui ont frappé l’humanité. Il s’agit d’une histoire d’amour entre des gens qui se sont choisis.

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8 commentaires
  • Marcel Vachon - Abonné 20 septembre 2018 08 h 43

    Immigration

    Bravo pour cet article. J'aurais aimé l'écrire.

  • Paul Gagnon - Inscrit 20 septembre 2018 09 h 45

    Je ne les ai pas choisis

    Vous peut-être mais pas moi.
    Aussi je continue à parler contre tous les partis immigrationnistes.
    Aussi bien dure tous... finalement.

  • Pierre Robineault - Abonné 20 septembre 2018 10 h 03

    Vous êtes généreux en effet

    Vous avez réussi à me faire pleurer d'admiration. Alors compte tenu de votre expérience d'intégration réussie, je vous invite à venir dans la région de Montréal et à démontrer concrètement aux Québécois qui y habitent que l'expérience vécue dans votre quartier et votre paroisse peut servir de modèle auprès d'une autre famille chosie parmi les quelques milliers de familles de plusieurs origines "qui nous ont chosis", et pas seulement d'origine d'endroit où une guerre a ou a déjà eu lieu, cela dit sans passer outre les personnes qui nous sont venues sans leur famille.
    Sincèrement, vous nous offrez un vraiment beau témoigne de générosité, sauf qu'il vous faut non seulement en être méritoirement fier mais aussi reconnaître l'ampleur du problème de l'immigration que nous a causé un premier ministre fils d'un ancien premier.

  • Raymond Labelle - Abonné 20 septembre 2018 11 h 19

    L'intégration - le but final.

    Il y a l'intégration de celles et ceux qui sont déjà là. Pas nécessairement achevée. Pas nécessairement assez investie.

    Il y a déjà là du travail à faire.

    Et il faut s'assurer que nous ayons les moyens de bien agir et de bien intégrer les nouvelles personnes qui arrivent. Dans un nombre tel que nous puissions suffisamment investir en elles et les accompagner. Question à poser à la vérificatrice générale pour avoir une réponse objective et éviter un climat malsain.

    • Raymond Labelle - Abonné 20 septembre 2018 13 h 10

      Il y a des raisons humanitaires pour accueillir les réfugiés. Les immigrants économiques peuvent être assujettis à des conditions d’entrée. Mais nous devons accompagner tous les immigrants, économiques et réfugiés, dans leur intégration.

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2018 11 h 50

    Quelques calculs

    Votre exemple semble illustrer combien il est important que de nombreuses personnes s’impliquent pendant passablement longtemps pour rendre possible une intégration réussie. Maintenant calculons. Le Québec compte près de huit millions d’habitants, mais on peut imaginer que seuls cinq millions, au max, ont l’âge et les ressources nécessaires pour parrainer un immigrant. Mais même en étant généreux, seulement 10% d’entre eux voudront se lancer dans l’aventure. Alors, est-il possible que 500 000 personnes assurent l’intégration, année après année, de 50 000 immigrants? N’est-ce un trop gros travail?