Il faut parler d’intégration

Une bonification de l’offre de services en francisation serait la pierre angulaire d'une intégration réussie, insiste l'auteure.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une bonification de l’offre de services en francisation serait la pierre angulaire d'une intégration réussie, insiste l'auteure.

D’après Philippe Couillard, la question des seuils d’immigration sera déterminante pour l’issue de l’élection du 1er octobre. François Legault propose de les diminuer, le premier ministre, de les augmenter. Pourtant, au-delà de la question du nombre, d’autres aspects du processus d’immigration sont importants et ce serait bien que ceux qui tiennent l’avenir de la nation entre leurs mains y réfléchissent.

Pour Philippe Couillard, l’immigration est essentielle pour combler un manque de travailleurs dans certains secteurs économiques névralgiques. Pourtant, nos immigrants ne sont pas sélectionnés en fonction des besoins du marché. Dans le secteur des services, les besoins de main-d’oeuvre se trouvent dans la transformation du poulet, la restauration, l’entretien ménager, l’agroalimentaire, etc. Ce sont des emplois sur lesquels bien des Québécois lèvent le nez. Ces besoins sont présentement comblés par des ingénieurs, des informaticiens et des infirmières qui, le plus souvent, doivent poursuivre ou reprendre leurs études ici, ou occuper un emploi bien en deçà de leurs capacités professionnelles. Ils ont été choisis précisément en fonction de leurs professions qu’ils peuvent rarement exercer une fois chez nous. Leur réseau est minimal, leurs universités ne sont pas reconnues, ils n’ont pas la sacro-sainte « expérience québécoise » qu’exigent des tonnes d’employeurs qui balaient du revers de la main des dizaines d’années d’expérience pourtant significatives parce qu’acquises au Venezuela, au Cameroun ou au Brésil.

Un mirage

C’est un mirage : on promet mer et monde aux nouveaux arrivants, qui déchantent vite une fois installés ici. On parle du nombre, mais jamais de la manière d’intégrer adéquatement ces gens de partout qui décident de prendre racine chez nous. Comment sensibiliser les employeurs à l’expérience étrangère ? Comment organiser davantage de séances de réseautage pour les nouveaux arrivants ? Pourquoi ne pas créer des stages d’intégration en milieu de travail à leur intention, au lieu de leur suggérer de refaire leur formation ? Parmi mes étudiants, un urologue a été forcé de refaire sa médecine générale, un ingénieur civil et une architecte ont dû faire un DEP en dessin de bâtiment, une infirmière s’est retrouvée préposée aux bénéficiaires… et ce ne sont que quelques exemples parmi des centaines que j’ai pu observer. C’est l’espoir d’une vie meilleure, presque systématiquement déçu. Chers politiciens, plutôt que de modifier encore une fois les seuils, pourquoi ne pas vous engager auprès des milliers de personnes qui sont déjà ici, qui ne demandent qu’à intégrer le marché du travail et à obtenir un emploi à la mesure de leurs compétences pour participer davantage à la société québécoise ?

Il faut réfléchir au seuil, mais aussi aux solutions qui feront en sorte que nos immigrants soient mieux outillés pour intégrer notre société. La pierre angulaire de leur intégration est la bonification de l’offre de services en francisation : des cours plus efficaces ; une diminution des ratios d’adultes immigrants par classe ; la mise sur pied des points de services en région qui ne combinent pas plusieurs niveaux linguistiques par classe ; des cours axés sur des objectifs spécifiques, par domaine professionnel ; un financement accru de la francisation pour inciter les gens à s’inscrire ; l’universalisation des programmes pour que les demandeurs d’asile aient aussi accès à l’allocation ; des places de garderie dans les centres pour que les mamans immigrantes ou réfugiées puissent se franciser dès que possible, sans avoir à choisir entre l’apprentissage de la langue et le bien-être de leurs enfants. La question des seuils a son importance, mais la plus grande préoccupation devrait être de viser une meilleure intégration des immigrants au Québec et, pour y arriver, la qualité devra toujours primer la quantité.

9 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 14 septembre 2018 07 h 57

    COUPURES DANS LES COURS D'INTÉGRATION PAR LE MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION

    Dans les programmes en Employabilité du ministère de l'éducation, rejoignant majoritairement des immigrantEs, les cours d'interactions (et par ricochet, intégration sociale et professionnelle) ont été coupés. Ces cours étaient considérés comme inutiles par les employeurEs... et par le ministère, j'imagine.
    À méditer.

    • Nadia Alexan - Abonnée 14 septembre 2018 11 h 00

      Vous avez raison, madame Longpré. Les immigrants et les réfugiés sont des êtres humains en quête d'une meilleure vie. Il faut leur offrir toutes les opportunités et les accompagner avec des cours de citoyenneté et de francisation pour qu'ils puissent s'intégrer et s'épanouir le plus vite possible.

  • Christiane Gervais - Abonnée 14 septembre 2018 08 h 03

    Des humains et des chiffres

    Vous touchez là, Madame Longpré, le noeud du problème, l'immigration n'est pas une statistique: ce sont des humains qui quittent pour un ailleurs meilleur, qui ont le devoir de s'intégrer et nous de les aider à le faire avec le moins de heurts et délais possibles.

    Peut-être serait-il temps que l'on se serve de l'expertise de ceux qui s'occupent de l'accueil des immigrants et des enseignants en francisation pour établir des mesures d'accueil à leur intention, plutôt que de ne laisser que les économistes, employeurs à bas salaires et gestionnaires de carrière le faire. Il y va du bien-être de tous les Québécois, anciens et nouveaux.

  • Chantal Lalancette - Inscrite 14 septembre 2018 08 h 25

    200% d'accords

    Cela fait longtemps que ca aurait du être fait .
    Il me semble que ces le gros bon sens de facilité l'intégration des professionnels venue dailleur dans leur dommaines et de sélectionné celon nos besoins .

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 14 septembre 2018 09 h 57

    Francisation, suivie de déception

    Parlant d’immigrants et de leur francisation en vue de pouvoir dénicher un emploi surtout dans un environnement qui ressemble un tant soit peu à leur formation, je vous réfère à un texte publié dans Le Devoir par Mehrdad Ishanain le 18 juillet 2016 (Récit d’une déception) et que je n’ai jamais oublié parce que très évocateur de la situation qui prévaut au Québec dans le cadre de recherche d’emploi.

    La bonification de la francisation que vous suggérez est certainement une bonne idée, mais je me demande toutefois en quoi est-ce que cela pourrait changer les choses dans la vraie vie de plusieurs de ces personnes francisées. Et je suis certaine que M. Ishanain n’est pas le seul à avoir vécu une amère déception.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 14 septembre 2018 18 h 29

    Le PLQ et l'immigration

    Que Couillard soit indifférent au sort du français au Québec, ça lui sort par chaque pore de sa peau. Mais lui qui insiste tant pour accueillir le plus d'immigrants possible pour maintenir la sacro-sainte croissance de l'économie, paradoxalement, est également insouciant de leur intégration économique. Faut croire que tout ce qui l'intéresse, c'est de fournir de la main-d'oeuvre à bon marché pour ses amis les entrepreneurs! Où est la surprise? C'est exactement ÇA, les "valeurs libérales".