Comment préserver l’identité culturelle?

La société québécoise est de plus en plus multiculturelle, souligne l'auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La société québécoise est de plus en plus multiculturelle, souligne l'auteur.

Ce serait une erreur politique et intellectuelle que d’interpréter le désir de conservation de l’identité d’un peuple comme relevant du racisme ou de la xénophobie. Si certains de nos concitoyens issus de la majorité historique francophone éprouvent un sentiment de péril identitaire face à l’immigration massive, nous devons les comprendre et entendre le sens de leur revendication ; surtout si nous voulons politiquement et intellectuellement prévenir et contrer les manifestations politiques extrêmes et le conservatisme identitaire dans lesquels se traduit le désir de conservation de l’identité.

Pourquoi entendre nos concitoyens ? Tout d’abord, le désir de conserver l’identité a quelque chose de naturel. Je ne crois pas qu’il y ait eu dans l’histoire humaine un peuple qui a voulu transiger avec son identité. Les différents peuples ont toujours lutté pour préserver l’intégrité de leurs pays et la survivance de leurs cultures. N’est-ce pas d’ailleurs une telle lutte que mènent certains immigrants lorsqu’ils obligent leurs enfants à maîtriser les langues et les cultures de leurs pays d’origine ? Lorsque certains inscrivent leurs enfants dans des écoles confessionnelles pour qu’à travers ceux-ci survive l’identité dans ses dimensions culturelles et cultuelles ? Le désir de survivance de l’identité n’est pas l’apanage d’un peuple.

Mais c’est justement parce que ce désir est naturel qu’il nourrit chez les hommes une certaine fierté à l’égard de leurs identités, et par conséquent une réelle volonté d’affirmation de soi sans laquelle le désir de survivance ne peut concrètement se manifester. Cette fierté peut être mise à l’épreuve lorsqu’on a le sentiment que les cultures différentes qui viennent s’installer chez nous exercent une action dissolvante sur notre culture. Cette mise à l’épreuve de soi peut aller jusqu’à nourrir une insécurité culturelle si la communauté historique majoritaire constate, au niveau démographique, qu’elle risque d’être minoritaire. C’est ce double sentiment qui peut donner au désir naturel de conservation de soi son caractère irrépressible et extrême. Mais il reste que nous devons le comprendre dans la mesure où il exprime ce qui est de plus naturel en l’homme et chez les peuples. La question demeure cependant de savoir comment traduire intellectuellement et politiquement le désir de conservation de la majorité historique francophone.

Sur le plan intellectuel, nous devons partir de la composition sociologique actuelle du Québec et de l’impact de la mondialisation de l’économie sur l’organisation du travail pour penser les conditions de possibilité des agents de conservation de l’identité culturelle. C’est un fait que la société québécoise est de plus en plus multiculturelle. Faisons aussi remarquer à la suite d’Alain Touraine que, à l’âge de la globalisation, la culture nationale ne détermine pas entièrement l’organisation politique et économique des nations.

Si on ajoute à ces deux considérations une troisième, à savoir la contrainte imposée par le déficit démographique, on voit mal comment l’identité québécoise pourrait se conserver au moyen des seuls agents dits de souche, les Québécois issus de la communauté historique francophone. Ne pourrait-on pas alors compter sur les Québécois issus de l’immigration ? De ceux qui ne sont pas encore venus mais qui viendront, vu les circonstances globales de notre monde ? Poser cette question présuppose sur le plan intellectuel un élargissement de la notion de peuple ; c’est-à-dire ne plus seulement parler du peuple historique, mais aussi du peuple qui fera l’avenir, autrement dit du peuple en train de faire l’histoire et qui constituera certainement la majorité historique dont parleront les générations futures. Mais comment faire des citoyens issus de l’immigration des agents de conservation de l’identité québécoise ? C’est à cette question que la politique devrait travailler à répondre. Et il me semble qu’une des voies possibles demeure de faire de l’école un espace de construction de l’identité nationale, et de mettre à contribution notre imagination politique afin de développer des institutions qui socialisent les individus d’une manière qui préserve et enrichit l’identité nationale ; des institutions de la citoyenneté qui ne protègent pas seulement notre droit à la différence. Dans cette exigeante tâche, je ne vois pas comment la répudiation du multiculturalisme et les politiques de réduction des seuils de l’immigration pourront nous aider.

10 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 12 septembre 2018 03 h 20

    Chats échaudés...

    Malheureusement, chats échaudés craignent l'eau froide...
    Et ce, bien que le danger réel ne vienne pas de l'arrivée de nouveaux citoyens, mais plutôt de l'emprise sur les humains de l'idée coloniale que partout où domine la langue anglaise, le bonheur ne peut que devenir accessible à tous pour peu qu'il y ait chez l'individu la volonté de réussite économique.
    Même là où un peuple historique et minoritaire, voisin de la plus puissante force culturelle à s'exporter et colocataire du plus puissant allié de celle-ci, refuse encore largement cette illusion culturellement suicidaire...

    Tourlou !

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 septembre 2018 04 h 38

    Un cours de citoyenneté à l’école s’impose.

    Il n'y a personne qui est contre l'intégration des immigrants, monsieur Sadjo Barry. On est contre l'intégrisme religieux et le communautarisme.
    Vous avez raison, que seul un cours de citoyenneté offerte à l'école pourrait cimenter les valeurs universelles du bien vivre ensemble et la compréhension des devoirs et des obligations de tous les citoyens/citoyennes envers la société d’accueil.

  • Claude Bariteau - Abonné 12 septembre 2018 07 h 07

    Identité nationale ?

    Le peuple québécois vote. Le problème n'est pas là. Il est dans le type de gouvernement qu'il élit.

    Le gouvernement du Québec est le gouvernement d'une province. Quelles que soient les définitions que l'on accole à ces habitants, ces derniers votent pour gérer une province et ils sont aujourd,hui des citoyens et des citoyennes canadiennes, pas des citoyens et des citoyennes du Québec.

    Lorsque vous sortez du Québec pour voyager à l'extérieur du Canada, vous n'êtes pas un citoyen du Québec, mais du Canada.

    Quand vous parlez d'identité nationale, je pense à la nation canadienne, une nation post-nationale redéfinie en 1982 en un amalgame d'individus ayants des droits et un pays qui fait la promotion de son patrimoine multiculturel dont seules les nations reconnues sont celles des Autochtones.

    Alors faire de l'école le socle de l'identité nationale du Québec est une fausse piste.

    Parler d'identité au Québec impose de parler d'identité québécoise.

    Le faire nécessite de dire clairement ce qu'elle est et ce qu'implique d'en faire une identité nationale, soit de créer le pays du Québec, que vous rejetez dans le monde actuel, et d'instituer la citoyenneté québécoise.

    Or, faire un pays du Québec ne peut se réaliser qu'en sortant le Canada et seul/e/s les futur/es/ citoyen/ne/s du Québec peuvent y arriver. De ça, vous ne dites pas un mot parce que vous avez une lecture canadienne du Québec.

    L'école devrait enseigner ce qu'est l'identité québécoise actuelle et ce qu'elle peut devenir, car ça fait partie de la formation.

    Si ça ne se fait pas, on ne forme pas, on déforme et, à la limite, on forme à la citoyenneté canadienne. Votre proposition s'inscrit dans cette logique.

    • Jacques de Guise - Abonné 12 septembre 2018 11 h 29

      À M. C. Bariteau

      Avant d'enseigner ce qu'est l'identité québécoise, il faudrait que notre école enseigne ce qu'est l'identité personnelle.

      Construire un sentiment d'identité, subjectiver sa présence au monde, apprendre à exister requiert une capacité de mise en forme de soi-même. Voilà l'enjeu fondamental de l'éducation, or l'éparpillement disciplinaire qui caractérise notre école québécoise NUIT au développement de cette capacité cruciale ou l'inhibe carrément. Cette visée émancipatrice se perd rapidement dans la dispersion curriculaire. C'est cette capacité qui permet à chacun d'interpréter et de socialiser ses expériences, de s'envisager dans la continuité d'une histoire d'abord personnelle puis culturelle et de s'ouvrir vers un avenir que l'on peut projeter. Les être humains inscrivent leurs actions et leurs pensées dans des histoires, qui organisent et construisent les formes et les significations de leurs expériences.

      Fondamentalement, ontologiquement, il importe donc à la base de toute éducation de faire saisir ces processus de la constitution individuelle. Ce savoir ne se trouve pas dans les disciplines traditionnelles qui congestionnent le curriculum québécois. Je pense que cela aide à comprendre pourquoi l'identité québécoise est si malmenée.

    • Claude Bariteau - Abonné 12 septembre 2018 14 h 29

      Je ne puis qu'être d'accord, car ce que j'ai avancé le présuppose. Merci de l'avoir précisé.

  • Pierre Desautels - Abonné 12 septembre 2018 08 h 31

    Notre identité culturelle, dans un pays multiculturel.


    Merci, pour votre contribution, Monsieur Barry. Vous avez bien cerné la question. Dans ce débat, ce qu'il faut déplorer, c'est que des politiciens (Legault et Lisée) ne parlent d'immigration qu'en termes négatifs, alors que c'est une immense richesse pour tous les Québécois. La lecture du texte d'Hugo Latulippe est très éclairant à ce sujet.

    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/536425/je-suis-un-montrealais-du-bas-du-fleuve

  • Raynald Goudreau - Abonné 12 septembre 2018 08 h 40

    Comment preserver l'identite culturelle ?

    Vous ne parlez pas de pays a creer dans votre texte , ce qui serait un message fort des neo Quebecois envers envers les Quebecois de souche . Bien qu'une grande partie de votre texte semble etre un discours sense lorsque vous declinez sur l'identite , comment interpreter la derniere phrase lorsque vous faites reference au multiculturalisme , qui est a la base meme de notre fragilite .