Environnement: il est temps d’être «radical»

«Notre système économique actuel est insoutenable et lui permettre de durer suppose un coût social, écologique et humain que nous n’accepterions pas de payer si nous en mesurions vraiment l’ampleur», selon l'auteure.
Photo: Orlando Sierra Agence France-Presse «Notre système économique actuel est insoutenable et lui permettre de durer suppose un coût social, écologique et humain que nous n’accepterions pas de payer si nous en mesurions vraiment l’ampleur», selon l'auteure.

Nous apprenions le 28 août dernier que Jean-François Lisée jugeait « radicale » la proposition de Québec solidaire d’interdire la vente de véhicules à essence à compter de 2030 et d’imposer une pénalité à l’achat d’un véhicule à essence dès un prochain mandat. Si M. Lisée détourne le langage en qualifiant cette proposition de « radicale » — être radical, c’est être extrême —, il a cependant le mérite de nommer clairement, malgré lui, le courage de Québec solidaire qui, contrairement aux autres partis, est le seul qui attaque les problèmes à la  « racine », respectant ainsi le véritable sens du mot « radical ».

Nos politiciens ne semblent pas avoir pris réellement la mesure de la crise écologique qui se déroule sous nos yeux. Si les temps sont encore relativement agréables sous nos cieux, ce n’est déjà plus le cas pour nombre de pays de l’hémisphère sud. […]

Pendant que le niveau des mers augmente, menaçant les côtes où habite la vaste majorité de la population humaine (pensons à Bangkok qui pourrait être submergée d’ici 2030), que les températures deviennent de plus en plus intolérables, que le stress hydrique se fait de plus en plus important, que le nombre de réfugiés climatiques augmente sans cesse, que la calotte glaciaire diminue à un rythme effréné, que les sécheresses et phénomènes climatiques extrêmes se multiplient, nos politiciens, qui au moins ne sont pas suffisamment bêtes pour nier l’existence des changements climatiques, crient à l’extrémisme lorsque des propositions « radicales », c’est-à-dire qui s’attaquent à la racine des problèmes, sont énoncées.

Crier à l’extrémisme comporte de nombreuses vertus : cela permet de discréditer l’adversaire et d’empêcher une réflexion profonde sur la crise écologique actuelle. La CAQ et le PLQ semblent considérer que la question écologique est une question de marketing. Le PLQ a ouvert la porte aux forages dans les cours d’eau du Québec. La CAQ, quant à elle, a effacé les termes « pétrole » et « gaz de schiste » de son programme après que le parti a été nommé « propétrole ».

Un peu de greenwashing — ou écoblanchissement — suffit dans la campagne électorale. Pourtant, la survie même de l’espèce humaine est en jeu. La sixième extinction de masse est déjà commencée. Si cela ne suffit pas à nous alerter, il devrait simplement suffire de rappeler que la Terre survivra sans nous, mais que nous ne survivrons pas sans elle. Cette assertion logique semble malheureusement incompréhensible pour nombre de nos politiciennes et politiciens (et de nos concitoyennes et concitoyens).

Urgence d’agir

Le temps nous est compté si nous voulons limiter le réchauffement planétaire à 2 °C comme le suggère l’ensemble de la communauté scientifique. L’an dernier, les Nations unies annonçaient dans un rapport que, « si l’écart [entre les réductions d’émissions nécessaires et les engagements des pays par rapport à l’Accord de Paris] n’est pas comblé d’ici à 2030, il est extrêmement improbable que l’objectif de maintenir le réchauffementglobal bien en dessous de 2 °C puisse encore être atteint ».

Autrement dit, si nous n’attaquons pas le problème à la racine, nous n’y parviendrons jamais et la Terre telle que nous l’avons connue disparaîtra. Ce sont les propositions écologiques « radicales », comme celles de Québec solidaire, qui nous permettront d’y arriver.

Notre système économique actuel est insoutenable et lui permettre de durer suppose un coût social, écologique et humain que nous n’accepterions pas de payer si nous en mesurions vraiment l’ampleur. Ce système repose sur notre ignorance de la plupart de ses mécanismes, terme euphémique pour parler de la violence classiste, sexiste et raciste sur lequel il repose.

Qu’il fait bon d’acheter des produits pas chers ! Nous n’avons pas à porter individuellement le poids de la transition écologique et de la transformation de notre mode de vie comme de trop nombreuses campagnes publicitaires tentent de nous le faire croire (acheter, c’est voter !), mais nous devons et nous aurons à porter collectivement le projet d’avenir qui donnera naissance à un monde où les réflexions sur la « vie bonne » seront plus importantes que la crainte de voir partir des multinationales qui pillent et massacrent nos ressources sans payer.

La solution ne peut être que collective et ambitieuse, car nous subirons tous, sans exception, les conséquences des changements climatiques. Malheureusement, en attendant que la catastrophe se rende clairement jusqu’à nous, nous continuons à parler de croissance et de développement durable dans un monde aux ressources limitées. Le greenwashing fait peut-être gagner des votes, mais si le PQ et M. Lisée souhaitent vraiment laisser aux futurs Québécoises et Québécois une « Terre toujours aussi prometteuse », encore doivent-ils entamer plus « sérieusement » la réflexion sur la profondeur de la crise écologique. La CAQ et le PLQ, n’en parlons même pas.

À l’heure actuelle, la seule proposition véritablement « radicale », c’est-à-dire extrême, pour reprendre le sens du mot employé par M. Lisée, c’est de ne rien faire.

21 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 septembre 2018 04 h 39

    Nuire en croyant bien faire

    Il faut distinguer l’électrification des transports collectifs de l’électrification des transports individuels.

    L’intention de QS d’interdire les voitures à essence dès 2030 correspond à une ‘batterification’ des transports.

    Il existe actuellement 8,4 millions de véhicules au Québec (autos, camions, autobus, etc.). Si cette mesure de QS était déjà en application, il faudrait prévoir les moyens de se débarrasser de 8,4 millions de piles non-recyclables qui s’accumuleraient dans l’environnement à la fin de leur cycle de vie (à tous les cinq à dix ans).

    Il est certain qu’un jour, on inventera des piles éternelles, recyclables indéfiniment. Mais nous n’en sommes pas là.

    Dans le texte ‘Le transport en commun finlandais : le matériel roulant’, j’ai présenté le cas de la Finlande. Ce pays de 5,4 millions d’habitants a investi des sommes considérables dans l’électrification des transports collectifs.

    L’efficacité de leur réseau est telle que le nombre de véhicules en Finlande est de 4,95 millions d’unités (dont 2,85 millions de voitures), alors qu’au Québec, il est de 8,49 millions d’unités (dont 5,59 millions de voitures).

    C’est 627 véhicules en Finlande par mille personnes, comparativement à 1,000 véhicules par mille personnes au Québec (soit un véhicule par personne).

    Pour l’île de Montréal, cette différence équivaut à faire disparaître 694 000 véhicules qui encombrent les voies de circulation sur l’ile de Montréal.

    On voit donc que sauver la planète pleut se faire autrement que par des mesures punitives.

    Pour terminer, je tiens à vous féliciter pour votre intérêt pour la politique. Toutefois, je vous invite à approfondir votre réflexion au sujet de l’environnement, notamment en prenant connaissance du programme électoral du Parti Québécois, beaucoup plus riche et complexe que vous semblez l’imaginer, et loin des solutions simplistes de certains autres partis politiques.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 septembre 2018 11 h 36

      N’essayez pas M. Martel, de convaincre ceux qui ont un besoin inné de croire dans leurs dogmes politiques. Peine perdue. Ils ne comprennent pas que fabriquer une auto électrique pollue autant qu’une traditionnelle. Et que dire des déchets toxiques créer par des accumulateurs immenses qui iront tout droit au dépotoir. La science et la technologie ne sont pas leur violon d’Ingres.

      « Ayoye ». Le courage de Québec solidaire. Oui, quel courage quand on peut dire n’importe quoi et promettre la lune quand on sait qu’on n'aura jamais le pouvoir. Dire des bêtises pour essayer de garnir des votes afin d’avoir plus d’argent des citoyens selon la formule électorale. C’est cela le véritable but.

      Cela dit, la Chine, les États-Unis et l’Inde comptent pour plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre. Même si on punirait tous les Québécois, surtout ceux en région, cela ne ferait aucune différence sur l’échiquier mondial des changements climatiques. De toute façon, ce ne sont pas seulement les voitures qui sont le problème, mais notre façon de vivre et de consommer. La dernière fois qu’on a regardé, QS se déplaçait pas avec une caravane à diesel et non pas à bicyclette.

      On imagine aussi, vu que QS n’est qu’un parti de Montréal des quartiers défavorisés qui ne dépasse pas le métro, c’est très facile de dire qu’on va créer plusieurs stations de métro à coup de milliards, le tout, évidemment subventionné par ceux qui vivent en régions et qui n’auront pas l’opportunité d’en profiter. Nous ne sommes pas en Europe et notre territoire est immense. Nous n’avons pas le luxe de jouer aux grands chevaliers blancs de la très Sainte rectitude politique et écologique des bien-pensants et donneurs de leçons. Nous vivons dans un pays de neige. C’est comme dire que la réalité nous rattrape toujours.

    • Jean Richard - Abonné 8 septembre 2018 11 h 58

      La batterification inquiétante des transports, c'est un fait. Mais, chez les partis pouvant remporter des sièges, cette inquiétude ne fait pas partie du discours de campagne électorale. La CAQ, le PLQ, le PQ et QS tiennent un discours environnemental digne du XXe siècle et sa mise a jour a fait grandement défaut.

      Quand on construit un logement, on y aménage une cuisine et, bien sûr, une salle de bain. L'être humain se nourrit et il produit des déchets qui, faisant partie d'un cycle déterminé, doivent être disposés en conséquence. Or, si les lobbies de l'industrie automobile réussissent à convaincre les politiciens gouvernants de stimuler la vente de voitures à batteries, il ne semble pas y avoir de lobbies de l'industrie du recyclage pour s'occuper des déchets de l'automobile. On est en train de construire un logement sans salle de bain. En d'autres mots, on déploie à grands frais d'imposantes infrastructures d'alimentation en électricité (les trottoirs des villes se transforment en forêts de bornes de recharge – à 15 k$ l'unité, 75 k$ pour les bornes rapides), mais on ne prévoit rien pour le jour pas si lointain où les grosses batteries au lithium arriveront massivement en fin de vie utile. Comme on peut deviner qu'une batterie neuve importée de Chine (le plus gros producteur) coûtera beaucoup moins cher qu'une batterie entièrement recyclée au Québec, le pire est à craindre, surtout qu'on est en train de démontrer notre incapacité à recycler le verre, les plastiques et de plus en plus le papier.

      Une batterie permettant une autonomie moyenne de 250 à 300 km, c'est 8000 batteries de petit téléphone mobile. La vie utile d'une telle batterie est de 6 à 8 ans (et il n'est pas rare d'observer une perte de capacité avant ces 6 à 8 ans). Les vendeurs vous diront que les batteries sont éternelles ? Les vendeurs sont des vendeurs.

      Qui va nous promettre qu'aucune voiture à batteries ne soit vendue en 2030 sans une garantie de recyclage total obligatoire ?

    • Jean Richard - Abonné 8 septembre 2018 12 h 25

      Électrification ou batterifcation ?

      « En annonçant l'achat de 40 autobus électriques Xcelsior CHARGE auprès du constructeur New Flyer de Winnipeg, les sociétés de transport de Laval et de Montréal ont non seulement procédé à la plus importante commande du genre au pays »

      Cet extrait d'un quotidien montréalais montre bien la différence entre l'électrification des transports et sa batterification – et la mauvaise perception qu'on peut s'en faire.

      Ce n'est pas exact d'affirmer que la STM et la STL viennent de placer la plus importante commande d'autobus électriques au pays (le Canada puisque ça vient d'un quotidien fédéraliste). Vancouver, qui fait encore partie du même pays que Montréal et Laval, exploite plus de 260 autobus entièrement électriques récents (le plus ancien datant de 2005), tous commandés et livrés par le constructeur manitobain. Ce même constructeur a aussi construit et livré quelques centaines d'autobus entièrement électriques au sud de la frontière, pour les villes de Seatle et San Francisco. Mais ces quelques centaines d'autobus entièrement électriques, ils ne transportent pas d'immenses batteries bourrées de lithium, de graphite, de cobalt et de terres rares), sinon de plus petites pour les urgences. Ils sont plutôt alimentés directement par le réseau électrique, au moyen de deux petits fils soliidement suspendus au-dessus de la chaussée, sans encombrer les trottoirs. Cette alimentation directe les rend à la fois plus légers et nettement plus efficaces (la charge et décharge des batteries ne se fait pas sans pertes).

      Le trolleybus ne doit pas remplacer le rail (tramway), mais il peut très bien par contre remplacer l'autobus diesel (hybride ou non). Pourquoi a-t-on écarté cette technologie éprouvée, retenue par nos voisins de la côte ouest ? C'est peut-être parce que ce n'est pas l'électrification qui compte, mais bien la batterification. Le doute est légitime...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 septembre 2018 18 h 18

      M. Dionne,

      Cela prenait une parti de gauche pour décider que le réseau routier québécois — payé depuis des décennies par les taxes payées par le pauvre monde — serait utilisé à partir de 2030 que par des riches à bord de leurs voitures électriques de 150,000$.

    • Benoît Landry - Abonné 9 septembre 2018 08 h 04

      Pour comprendre il faut lire l'ensemble d'un programme. Qs le dit et le répète depuis des années, la solution réside dans l'utilisation plus massive dans les transports collectifs, mais comme tous les besoins des gens ne sont pas remplis par ce moyen de transport, les gens devront aussi acquérir une automobile. Mais la nécessité d'avoir une deuxième et troisième auto par famille ne devrait pas se manifester autant qu'actuellement.


      J'imagine que vous ne voulez pas qu'un gouvernement quelconque vous interdise d'avoir une auto, Qs non plus, vous avez 12 ans pour magasiner votre prochain achat...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 septembre 2018 13 h 49

      M. Landry,

      Protégée par des brevets pendant encore des décennies, la voiture électrique sera plus dispendieuse que la voiture à essence pendant encore longtemps.

      À moins d’avoir la certitude qu’en 2030, même les assistés sociaux pourront se payer une ‘minoune’ électrique, seul un parti de gauche mal avisé pouvait décider d’embourgeoiser notre réseau routier, c’est-à-dire le réserver à l’usage exclusif de gens plus fortunés.

      Le travailleur qui s’achète une voiture d’occasion prolonge la durée de vie de ce véhicule. À sa manière, il recycle des tonnes de métal et de plastique en les utilisant.

      Tout ce qui retarde la mise au rébus de biens durables est une autre manière de protéger l’environnement. Au contraire, accélérer brutalement l’obsolescence de millions de voitures à essence en les interdisant au profit de voitures qui polluent différemment, cela n’est pas la meilleure façon de procéder.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 8 septembre 2018 09 h 18

    Bravo mais...

    Bravo pour votre libre opinion. Vous avez raison il faut s'attaquer à la racine de cette catastrophe annoncée mettant en péril l'avenir de l'humanité. Quand je lis un Marc Durand, géologue émérite, ayant dénoncé la mystification pétrolière de l'île d'Anticosti écrire que son " vote ira à ceux qui se présenteront comme autre chose qu’un brontosaure ou un tyrannosaure", je ne peux qu'être d'accord avec lui, mais...

    Je doute fort que l’agora politique d’une capitale de province, condamnée à l’être encore pour au moins plusieurs années sinon pour toujours, puisse constituer la scène d’où pourra s’amorcer le virage requis. Les politiciens mêmes les plus déterminés deviennent vite pusillanimes quand faisant face à la grogne des électeurs, ils osent tenter des remises en question pourtant possiblement salutaires. Songez: cela fait plus d'un demi-siècle que la question nationale est au coeur du débat politique avec peu de conséquences pour la vie quotidienne des gens, sinon d'avoir inscrit un X lors d'un référendum, alors imaginez l'effort demandé pour changer de récit commun, changer de mode de vie!

    Pour cette très grande majorité née alors que ce mode de vie issue de la deuxième Grande Guerre devenait un nouveau récit, pensé et promu par les GM et les Exxon de ce monde, « The American way of life is not up for negotiations. Period.», comme l’a clamé si haut et si fort George Bush en 1992. Aussi, il faut être prêt à qu’ils en défendent bec et ongles le maintien jusqu’à la dernière extrémité... comme dans Matrix!

    Alors, il faut s'attendre à ce qu’ils se tournent vers ceux qui leur promettent de défendre ce conte duquel ils sont devenus accros. Des politiciens qui, contre toute vision à long terme, leur promettront son maintien coûte que coûte. Faudra-t-il pour cela détruire entièrement les autres acquis, sacrifier l’intérêt collectif au profit de l’intérêt privé, bazarder le climat et l’environnement pour extraire jusqu’à la dernière goutte de pétrole?

  • François Beaulé - Abonné 8 septembre 2018 09 h 23

    Un socialisme à réinventer

    « La CAQ et le PLQ, n’en parlons même pas », écrit Camille Cornellier. Puisqu'elle défend la proposition de Québec solidaire contre les attaques du chef du PQ. Le problème est que les deux partis, CAQ et PLQ, obtiennent ensemble, dans les sondages et tout probablement à l'élection, une écrasante majorité de votes.

    Québec solidaire est donc très loin de prendre le pouvoir. Comme le PQ, du reste. Puisque la majorité des Québécois n'est ni socialiste ni indépendantiste. Il y a aussi le Parti vert et le NPD-Québec qui ne sont pas séparatistes mais très ouverts à des changements radicaux pour défendre la biosphère. Alors il faut déjà penser à la nécessité d'une alliance entre les partis progressistes. Ce qui n'est pas une mince tâche.

    Devant l'ampleur et la gravité des problèmes environnementaux, qui dépassent les frontières, les indépendantistes devront mettre leur projet de côté pour longtemps. L'idée que les gestes individuels ne suffisent pas pour régler les problèmes environnementaux et qu'il faut un projet social, tel que l'affirme l'auteure, est juste. Mais alors, il faut préciser ce projet pour le rendre cohérent et convaincant.

    Il faut aussi établir comment changer les mentalités sans attendre que les catastrophes environnementales et climatiques se multiplient. Le défi est donc de créer un nouveau socialisme dans ses dimensions politique et spirituelle. Souhaitons-nous bonne chance !

  • Jean Richard - Abonné 8 septembre 2018 10 h 22

    M. Lisée a raté une belle occasion

    En déclarant vouloir interdire la vente de véhicules à essence et en contre partie, en promettant d'augementer la déjà très généreuse subvention à l'achat de voitures individuelles à batteries, QS a, par électoralisme, raté une belle occasion de devancer ses adversaires et M. Lisée a raté une belle occasion de marquer un point. Car malheureusement, QS a fait sien un vieux discours usé farci de solutions inefficaces et surtout régressives.
    Les scientifiques du XXIe siècle le disent de plus en plus : remplacer un problème par un problème ne nous mène pas à la solution. Remplacer un réservoir d'essence par une grosse batterie n'est nullement une solution à la pollution par la voiture. En réalité, il s'agit de pollution délocalisée, les voitures étant construites ailleurs. Et il y a plus : relier la pollution de la voiture à la quantité de dioxyde de carbone rejetée dans l'atmosphère lors de son utilisation (et uniquement lors de son utilisation), c'est cacher 90 % ou plus du problème. Ce problème, c'est qu'on a créé en peu de temps (moins d'un siècle) une énorme dépendance à ce moyen de transport, ce qui a dopé de façon débridée la production de voitures. On en construit 100 millions par année et ce nombre ne cesse d'augmenter, croissance oblige.
    On aurait espéré de QS un engagement ferme à mettre en place des politiques visant à réduire la dépendance à la voiture individuelle (économiquement désastreuse pour le Québec), et non pas renforcir un programme d'origine péquiste de subventions individuelles – qui revient à subventionner l'industrie automobile, absente au Québec.
    Et le bonus-malus ? Il est très facile de prévoir que le bonus profitera aux mieux nantis et que le malus ira aux moins nantis. Quand tu travailles au salaire minimum, que tu habites loin des transports collectifs, prix des loyers oblige, tu n'as pas les moyens de te payer ce bonus luxueux du messianique M. Musk, mais uniquement une vieille Hyunday d'occasion qui te rendra malus. Bravo QS !

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 8 septembre 2018 12 h 00

      @M. Richard Vous avez raison sur toute la ligne. Aussi, je place un espoir aussi mince, soit-il, dans cette disruption annoncée par un Tony Seba, prospectiviste de l'université Stanford (voir https://youtu.be/2b3ttqYDwF0 ) comme quoi la voiture individuelle deviendra aussi obsolète d'ici 2030 que les calèches le devinrent au début du XXe siècle. Selon Seba, cette rupture fera alors passer rien qu'aux USA la flotte de voitures de 230M à 28M. Bref que la combinaison de plusieurs facteurs tant technologiques qu'énergétiques nous mènerons vers des modes de déplacement partagés. Évidemment, il faut néanmoins tabler également sur les modes de transport actif et collectif minimalement en complémentarité à cette transformation qu'il annonce.

    • Mario Jodoin - Abonné 8 septembre 2018 12 h 36

      Le plan de transport collectif dévoilé avant-hier vise justement à réduire la dépendance à la voiture individuelle. Sur ce plan (dont la partie interurbaine n'est pas encore dévoilée), Le Devoir a préféré ne parler que de l'achat du REM dans un articulet d'un seul paragraphe, choisissant de consacrer de longs paragraphes à la présence de deux membres d'Occupation double dans la caravane de QS que les journalistes ont décidé de quitter. Ce sont des choix, mais ils n'aident pas à la compréhension des liens entre les mesures du plan de transition économique de QS.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 8 septembre 2018 12 h 59

    Comparaison des platgeformes électorales du PQ et de QS

    Plateforme du PQ 2018 à la page 47 (voir https://fichiers.pq.org/election2018/plateforme/PQ-Plateforme-2018-final-web.pdf ):
    Un État fort pour donner un élan aux transports électriques
    • Électrifier 100 % des autobus scolaires d’ici 2030;
    • Installer 2000 bornes de recharge rapide d’ici 2020;
    • 50 % des véhicules légers vendus au Québec en 2030
    devront être rechargeables (PHEV ou EV);
    • 100 % des véhicules légers vendus au Québec en 2035
    devront être rechargeables (PHEV ou EV).

    Par contre, on ne trouve nulle mention de l'intention d'interdire les véhicules à essence dès 2030 dans la Plateforme de QS (https://cdn.quebecsolidaire.net/QS-Plateforme-E%CC%81lectorale.pdf ). J'ai beau avoir cherché, nenni pas un mot dans ce document officiel de QS. Donc d'où sort cet engagement? Serait-ce de la surenchère faite à partir d'une lecture du programme du PQ?

    Alors avant de tirer sur Lisée, il faudrait sans doute que Mme Corneiller trouve une réponse à cette question.

    Mais quoi qu'il en soit, j'abonde dans le même sens que Jean RIchard ou Jean-Pierre Martel. Le problème ne réside pas seulement dans le mode énergétique, mais surtout dans le mode de déplacement, c.-à-d. l'auto solo qui domine outrageusement.

    • Mario Jodoin - Abonné 8 septembre 2018 18 h 02

      Le Plan de transition économique a été élaboré à partir des principes du programme de QS, mais n'est pas inclus comme tel dans la plateforme (quoique certains éléments, objectifs et principes s'y trouvent). Il est en élaboration depuis 2014 (en fait, même avant, car il est une amélioration du Plan de sortie du pétrole diffusé lors de la campagne de 2014) et a fait l'objet de très nombreuses consultations auprès des instances de QS. Il n'a aucun lien avec le programme du PQ.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 septembre 2018 21 h 15

      "On ne trouve nulle mention de l'intention d'interdire les véhicules à essence dès 2030 dans la Plateforme de QS." C'est vrai.

      Par contre, il y a cet article du Devoir (29 août 2018): https://www.ledevoir.com/politique/quebec/535487/qs

      Extrait: "Québec solidaire a confirmé mardi qu’il entend interdire les véhicules à essence dès 2030 s’il est porté au pouvoir"
      Détails dans l'article.

      Cet engagement est probablement sorti après la publication (au sens large) de la plateforme.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 septembre 2018 21 h 18

      Autre extrait de l'article - QS ne fait pas QUE proposer la voiture électrique:

      "QS, qui présentait mardi son plan de transition économique, a également réitéré son engagement de favoriser l’utilisation du transport collectif en réduisant de 50 % les tarifs du transport en commun partout dans la province. Une mesure qui coûtera environ 426 millions par année, estime la formation politique.

      Par ailleurs, QS veut investir 7,6 milliards supplémentaires dans les infrastructures."