Le REM: un projet pertinent?

Que l’on ait voulu créer un lien pour desservir l’aéroport de Montréal est assurément légitime, mais le nord-ouest de l’île et sa banlieue, eux, qu’y gagneront-ils? s'interroge l'auteure.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Que l’on ait voulu créer un lien pour desservir l’aéroport de Montréal est assurément légitime, mais le nord-ouest de l’île et sa banlieue, eux, qu’y gagneront-ils? s'interroge l'auteure.

Depuis des décennies, nous avons eu le privilège de bénéficier de la ligne de train Montréal–Deux-Montagnes qui reliait au centre-ville aussi bien Mont-Royal et l’arrondissement de Saint-Laurent que Pierrefonds, Laval et Deux-Montagnes. Tandis que Montréal était aux prises avec des entraves de circulation majeures, s’asseoir confortablement dans un train climatisé aux horaires précis s’apparentait à un véritable luxe. Nous ignorions superbement les cônes orange, les tempêtes de neige et le verglas et regardions avec sympathie les malheureux automobilistes coincés dans le trafic.

Le train offrait l’avantage d’être raccordé non seulement à la Gare centrale et à la station de métro Bonaventure, mais également au réseau d’autobus donnant accès à tous les établissements situés sur le mont Royal : Université de Montréal, collège Notre-Dame, hôpitaux, etc.

Six ans

Tout cela s’est écroulé avec le projet de construction du REM, qui ne sera pas parachevée avant 2024… si aucun obstacle ne provoque des retards. Six années interminables !

Il semble qu’il n’existe aucun exemple semblable dans tout le Canada : détruire une ligne performante en faisant miroiter un projet dont on nous dit qu’il nous fera « entrer dans le XXIe siècle ». On ajoute que le train actuel était devenu « vétuste ».

Depuis que la ligne Montréal–Deux-Montagnes a fait l’objet de travaux majeurs dans les années 1990, le nombre d’usagers a bondi et des milliers de personnes ont choisi d’emménager à proximité des gares qui jalonnent son parcours. Et soudain, elles apprennent que la construction du REM va les priver de la ligne actuelle, forçant tout le monde à emprunter des autobus vers les stations de métro de la ligne orange déjà saturée aux heures de pointe. Au cours des six prochaines années, comment se déplaceront les 15 000 usagers quotidiens de la ligne Deux-Montagnes ? Combien d’autobus faudra-t-il pour les conduire au métro ? Des centaines ! Et tous ces autobus viendront gonfler les bouchons de circulation, c’est inévitable. Des usagers ont calculé qu’un trajet de 27 minutes prendra au minimum une heure trente. Aussi bien dire à tout le monde d’aller tout de suite acheter une auto !

Que l’on ait voulu créer un lien pour desservir l’aéroport de Montréal est assurément légitime, mais le nord-ouest de l’île et sa banlieue, eux, qu’y gagneront-ils ? La durée du trajet diminuera de quelques minutes à peine, si l’on veut bien croire les chiffres que l’on trouve sur le site du REM. On nous informe également qu’il y aura 55 % moins de places assises, un non-sens total quand on pense que la majorité des usagers devront supporter la station debout pendant au moins 30 à 35 minutes. Enfin, on apprend que la réduction des GES sera infime.

Un projet pharaonique

Devons-nous subir un tel branle-bas alors que de nouvelles voitures de train et une amélioration des horaires le soir et les fins de semaine auraient satisfait tout le monde sur cette ligne de train ? En un mot, le REM sur la ligne Montréal–Deux-Montagnes était-il nécessaire ? Beaucoup de questions se posent sur la pertinence de ce projet pharaonique qui coûtera 7 milliards, dit-on, pendant que des secteurs entiers sur l’île et en périphérie réclament des transports collectifs dignes du XXIe siècle.

9 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 7 septembre 2018 07 h 06

    DÉLIRANTE DÉCISION

    Oui au train comme transport collectif, nous sommes nombreuses et nombreux à utiliser la train 2-Montagnes.
    Non au délire de faire un déloppement à l'université de Montréal, McGill et Peel qui sont déjà très bien déservis par les stations de métro.

    • Nadia Alexan - Abonnée 7 septembre 2018 23 h 49

      La société civile est contre ce projet qui a été conçu dans le plus grand secret. C'est un projet extrêmement coûteux, à 6 milliards de dollars. Un conflit d'intérêt se présente entre le rôle de la Caisse qui veut maximiser ses profits et le transport en commun, un service public. C’est vraiment un projet qui est conçu d’abord et avant tout pour le rendement, pas pour le service public.
      De plus, l'impact du REM sur les terres agricoles sera dévastateur. Le REM veut installer un terminal au sud de l'autoroute 30, en pleine zone agricole. Le projet du REM va provoquer d'autres transports en voitures et va augmenter l'étalement urbain. Le REM va traverser des zones moins peuplées, ce qui va avoir un impact néfaste sur l'environnement.
      Les groupes écologiques ont notamment dénoncé l’empressement de la Caisse de Dépôt à mettre le projet en marche avant une étude approfondie. La caisse de dépôt n'est pas élue et n'est pas imputable aux contribuables. Le projet ne tient pas compte de la protection de la faune, d’oiseaux, d’amphibiens, et de la protection des espaces verts. Ce projet ne va pas réduire les effets de serre. Les partenariats publics/privés conduisent normalement à la corruption. L'exemple flagrant du fiasco du CHUM témoigne de l'échec de ce modèle. Finalement, le BAP a raison de refuser ce projet farfelu. Le gouvernement Couillard s'entête d'aller en avant avec un projet qui ne fait pas l'unanimité. C'est un scandale. Heureusement que le Parti Québécois a promis de se débarrasser de cet éléphant blanc s'il est élu.

  • Bernard Terreault - Abonné 7 septembre 2018 08 h 17

    La seule raison

    Les seules justifications valables pour le REM sont
    1) profiter du nouveau Pont Champlain pour y installer un mode de transport collectif moderne;
    2) Établir enfin un transport rapide vers l'aéroport (encore qu'une ligne directe par les rails existants au lieu d'un détour par le Nord serait préférable);
    3) Maximiser l'utilisation du tunnel du Mont-Royal.
    Mais aller jusqu'au Dix-30 et loin en banlieue Nord-Ouest ne fait qu'encourager l'étalement urbain. (Mais est jugé PAYANT par la Caisse).

  • Pierre Labbee - Inscrit 7 septembre 2018 10 h 20

    Mme Nepveu stipule "que le nombre d’usagers a bondi et que des milliers de personnes ont choisi emménager à proximité des gares qui jalonnent son parcours. Et soudain, elles apprennent que la construction du REM va les priver de la ligne actuelle. Savez-vous qu'il a forte probabilité qu'il vont (REM) imposer une taxe speciale aux residents qui demeurent dans un radius des stations du REM.

  • Claude Bariteau - Abonné 7 septembre 2018 12 h 51

    Les circuits inutiles

    Il y en a trois : 1) la liaison entre le cnetre-ville et Saint-Anne de Bellevue; 2) la liaison entre Deux-montagnes et le nord de Mon tréal; 3) le raccordement à l'aéroport par le nord.

    Si on enlève les deux premiers liens et on repense le lien avec l'aéroport et les trains actuels avec le REM, on diminue les coûts, protège l'environnement contre l'étalement urbain, neutralise la spéculation foncière.

    Reste à plancher sur la meilleure façon de lier le REM avec l'aéroport. Il me semble que les spécialistes en la matière pourraient imaginer un lien à partir du REM sans devoir passer par le nord.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 8 septembre 2018 13 h 01

      Pour ce volet d'une navette efficace, rapide et non touchée par les conditions climatiques entre l'aéroport de Dorval ( PET ou YUL ) le pense qu'un monorail électrique suspendu roulant à environ 100 Kmh serait une solution intéressante .
      De plus cette technologie mise en route aucentre de la A 20 sans besoin d,expropriation et de négociation avec CN ou CP serait un projet de démonstration futuriste pour d'autres utilisations ailleurs dans le monde où les innovateurs québécois pourraient être reconnus pour leur créativité.
      Selon moi un tel projet mérite au moins une étude de faisabilité et un projet pilote à Varennes dans les alentours de l'IREQ lieu de travail du Dr Pierre Couture l'idéateur de ce mode de transport futuriste presqu'autant que l' Hyperloop d'E Musk .

  • Michel Dumont - Inscrit 7 septembre 2018 14 h 31

    Le REM sur Champlain était-il nécessaire?

    Les autobus en provenance de la Rive-Sud devront débarquer leurs passagers au 10-30. Ces passagers devront quitter le confort d'un autobus voyageur avec une place assise pour une espèce de métro, position debout la plupart du temps et ce transfert impliquera des délais souvent importants. J'ai bien hâte de voir comment seront les files d'attente au centre-ville pour prendre ce joli joujou indien de messieurs Sabia et Couillard!!! Il y avait une très belle voie réservée aux autobus vers le pont Champlain (qui fut construit à grands frais il y a 10 ans peut-être) qui sera démolie et de plus en plus de voies réservées vers le centre-ville à Montréal puisque la rénovation de l'autoroute Bonaventure le prévoyait. Avec le nouveau pont Champlain, les autobus auraient eu une voie réservée totalement dédiée.
    Et que dire du train de l'est qui devra s'arrêter avant la montagne. Combien a coûter cette ligne de train déjà?
    Mais Monsieur Sabia pourra entrer à son bureau du centre-ville en limousine le vendredi matin, sauter dans son REM vers midi et être à Montréal-Trudeau pour son avion à 14h00. Moi, vers 17h, j'attendrai en ligne au centre-ville 40 minutes pour pogner un REM vers la Rive-Sud et je raterai sûrement mon transfert au 10-30, devrais attendre le prochain bus 1/2 heure et ce bus sera pogné dans le trafic de la 30. Je serai chez moi à Sainte-Julie vers 19h30, monsieur Sabia sera sur sa plage des Bahamas à la même heure.