Où est donc le ministère de l’Environnement?

«Devant ce qui nous attend, nous avons besoin d’un ministère de l’Environnement fort, avec d’importants moyens, influent et capable de passer à l’action», estime l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Devant ce qui nous attend, nous avons besoin d’un ministère de l’Environnement fort, avec d’importants moyens, influent et capable de passer à l’action», estime l'auteur. 

Le ministère de l’Environnement du Québec, que l’on appelle désormais pompeusement le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), est-il encore en vie ? On peut se poser la question, étant donné l’absence totale de ce ministère sur la place publique depuis plusieurs mois, et même depuis quelques années, surtout à la suite de la question des changements climatiques, qui a grandement affecté le Québec et le monde cet été. Il faut bien se le dire : on a effectivement un ministère de l’Environnement au Québec, mais il est légitime de se demander quel rôle il joue de nos jours.

Le gouvernement libéral actuel a fortement contribué à la réduction de l’influence du ministère de l’Environnement dans la société québécoise. Les libéraux, préoccupés d’abord par la croissance économique, n’ont jamais été de grands partisans de la protection de l’environnement. Sous le ministre David Heurtel, le ministère de l’Environnement s’est vu déposséder de son personnel et de moyens pour combattre les pollueurs. M. Heurtel a appliqué à la lettre les fameuses coupes du gouvernement Couillard. Déjà que ce ministère ne possédait pas un gros budget, il n’en fallait pas plus pour affaiblir davantage un ministère que le Parti libéral considère de toute manière comme peu important… et surtout nuisible aux « intérêts économiques ».

Car c’est bien là que se situe le problème. Alors que le ministère de l’Environnement devrait être un acteur essentiel dans les décisions de l’État et dans l’ensemble de la société québécoise, il est plutôt devenu au cours des années un ministère de second ordre. L’environnement devrait être au coeur de toutes nos décisions économiques, politiques et sociales. On l’a constaté cet été : les changements climatiques sont à nos portes, et nous vivons dans un monde en profond bouleversement sur le plan environnemental. Le ministère de l’Environnement constitue un formidable outil pour intervenir, sensibiliser et agir ! C’est le contraire qui se produit : il a fallu l’intervention du gouvernement fédéral en 2016 afin de protéger la rainette faux-grillon contre un promoteur et une municipalité. Et ce n’est qu’un exemple parmi bien d’autres de l’incapacité du ministère de l’Environnement du Québec à jouer véritablement son rôle. Il est plutôt contraint à satisfaire les besoins et les intérêts des entreprises, des promoteurs immobiliers et des municipalités qui désirent mettre au jour plus de projets, mais surtout pas faire du développement durable !

Pourtant, pour sauver notre planète, il est nécessaire d’aller plus loin que nos simples intérêts égoïstes et que le profit vite réalisé. Il y a un énorme travail de sensibilisation à effectuer auprès des Québécois, qui semblent attirés par les grosses voitures énergivores (et j’entends, de plus en plus, des véhicules qui pétaradent…), la consommation effrénée et un mode de vie qui exerce une forte pression sur l’environnement (par exemple, combien de fois ai-je vu des automobilistes jeter leurs ordures par-dessus bord sur les autoroutes et même ici dans mon quartier !). Les changements climatiques sont une conséquence de nos gestes quotidiens, de la pollution de l’air, de l’érosion de la biodiversité et de la disparition des forêts.

Nous pensons que nous pouvons continuer à ce rythme et que la nature va s’en remettre ? C’est une pensée magique. Il est trop tard et la tendance est irréversible. Des espèces végétales et animales ont déjà commencé à disparaître. Ce n’est que la pointe de l’iceberg. Cet été, nous avons connu un réchauffement moyen de 1 degré Celsius dans le monde et nous avons été témoins d’incroyables catastrophes. Imaginez, dans l’avenir, on prévoit un réchauffement moyen de 3 degrés Celsius. Qu’est-ce que ce sera alors ?

Devant ce qui nous attend, nous avons besoin d’un ministère de l’Environnement fort, avec d’importants moyens, influent et capable de passer à l’action. Et surtout de proposer un autre modèle de développement respectueux de l’environnement. Il ne faut plus de paroles creuses, nous avons le devoir de changer de direction et d’aller de l’avant avec de nouvelles approches économiques, politiques et sociales. C’est notre avenir et celui de la planète qui en dépendent.

7 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 5 septembre 2018 02 h 08

    Soyons cohérents

    Ce que j'ai le plus de difficulté à comprendre, c'est qu'aucune personne qui revendique une amélioration des politiques environnementales ne souligne qu'un seul parti a un programme qui va dans ce sens. Et, je n'ai même pas besoin de le nommer.

    • François Beaulé - Abonné 5 septembre 2018 08 h 44

      Le Parti vert. Mais ce parti, tout comme QS, n'a aucune chance de former le prochain gouvernement. Alors que les problèmes environnementaux s'aggravent et dépassent les frontières.

    • Richard Legault - Abonné 6 septembre 2018 06 h 59

      M. Beaulé,
      Peut-être qu'une autre façon de voter s'impose: en votant pour ceux et celles qui ont vraiment à coeur l'environnement, peut-être que le message serait mieux entendu. En ne votant qu'en fonction de gagner ou non une élection, votre préoccupation environnementale n'est aucunement soulignée car vous votez pour un parti qui a prouvé depuis des années que la priorité est la croissance économique. Voilà le message que vous encouragez... En votant Québec Solidaire, il existe une possibilité jamais évoquée que cette élection pourrait porter au pouvoir un gouvernement minoritaire. Ce qui pourrait être une occasion extraordinaire de faire les choses autrement. Et de voir et entendre un message environnemental et humaniste pour quelque temps du moins.

  • Claude Bariteau - Abonné 5 septembre 2018 03 h 18

    Ministère ?

    Ce n'est pas un ministère de l'environnement qu'il faut, mais un gouvernement de l'environnement dont la première priorité sera de gouverner en fonction de l'environnement et que toutes ses interventions soient concues en conséquence.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 septembre 2018 16 h 13

      J'ai hate d'entendre Philipe Couilard nous raconter tout ce qu'il a fait dans ce domaine et nous dire que ce n'est qu'un début,les investissements seront énormes avec ses habituelles phrases creuses .Cet homme ment
      comme il respire .

  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 5 septembre 2018 07 h 01

    Je suis totalement d'accord avec vous, le ministère de l'environnement devrait être le plus important et tout devrait partir de là.
    Par contre , je remarque que très peu d'environnementaliste parle des voyages qui sont une grande source de pollution. Tous ces gens qui partent à Cuba, République Dominicaine en avion sont parmi les plus grands pollueurs et on perd notre temps à faire le tri de nos 3 poubelles qui finissent pour la plupart à la même place. Vivement un gouvernement qui fera du transport collectif une priorité ,qu'on puisse vendre notre voiture et grosse taxe sur le transport en avion.

  • François Beaulé - Abonné 5 septembre 2018 08 h 37

    Intervenir sur le mode de vie

    Le Québec, même s'il n'est pas souverain, dispose d'importants pouvoirs pour orienter notre mode de vie, notamment sur l'aménagement du territoire. Mais, il ne se sert pas de ses pouvoirs dans une perspective environnementale. L'habitat du Québec, comme celui du Canada, s'est développé de la même façon que celui des États-Unis au cours des 70 dernières années.

    L'habitat détermine en grande partie les transports alors que l'habitat et les transports constituent notre principale relation à l'environnement. Les autres déterminants de notre relation à l'environnement sont la production et la consommation de produits manufacturés et l'alimentation.

    Certaines personnes sont végétariennes et se déplacent à vélo, à pied ou en métro. Alors que d'autres personnes habitent de lointaines banlieues dans d'immenses maisons, se déplacent en gros VUS, sont de gros mangeurs de viande, gaspillent la nourriture et jettent beaucoup d'électroménagers et d'appareils électroniques.

    C'est dire que les efforts faits par certains pour limiter leur consommation et leurs rejets sont complètement annihilés par la masse de leurs concitoyens québécois et canadiens ou par leurs gloutons voisins américains. Pendant que les publicitaires utilisent toutes les ruses à leur disposition pour inciter les gens à surconsommer.

    Attendre après la bonne volonté de chacun des individus alors que le système économique cherche constamment à augmenter la production et la consommation des biens ne mènera jamais au développement d'un mode de vie responsable et pérenne.

    Il faut donc un changement radical vis-à-vis des questions environnementales. Il faut que les gouvernements interviennent directement dans la définition du mode vie et notamment de l'habitat.