Pour une mise à jour du projet d’indépendance

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et Véronique Hivon. «La phrase:
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et Véronique Hivon. «La phrase: "J’ai peur des souverainistes" est revenue à plusieurs reprises dans la bouche des personnes [issues de la diversité et] interrogées pour mon livre», affirme l'auteur.

Il faut saluer l’expulsion manu militari de Pierre Marcotte du Parti québécois par son chef, Jean-François Lisée, la semaine dernière. Celui-ci, dès que ses propos ont été mis en lumière par le blogueur Xavier Camus, a immédiatement condamné les propos de son candidat. Toutefois, une question, lancinante, demeure : comment se fait-il qu’un islamophobe aux propos grossiers et violents ait pu penser que sa maison, c’est le Parti québécois ?

Se peut-il que certains souverainistes, dont Jean-François Lisée (rappelons-nous ses propos sur les kalachnikovs cachées sous les burkas et son refus d’utiliser le mot « islamophobe »), aient parfois pu donner à boire et à manger aux personnes qui, comme M. Marcotte, voient dans l’islam le mal absolu ? Je crois malheureusement que oui. Depuis une dizaine d’années, un virus est apparu dans le corps souverainiste. Ce virus focalise toute son attention sur la religion musulmane, jugée responsable du malaise identitaire québécois.

Pour contrer ce virus, des indépendantistes ont appliqué un remède imaginaire, dont les effets secondaires se font encore sentir aujourd’hui : la charte des valeurs. Tout particulièrement la clause visant à interdire le port de signes religieux (lire le voile islamique) dans la fonction publique. Ceux qui pensent qu’il s’agit d’une affaire réglée, que c’est dans le passé, n’en parlons plus, feraient mieux de se raviser. Les secousses sismiques de ce projet mal avisé se font encore sentir.

Pour la rédaction de mon livre La grande déception – Dialogue avec les exclus de l’indépendance, je suis allé à la rencontre de personnes, toutes issues des « communautés culturelles », pour qu’elles me parlent de leur rapport à l’indépendance et aux indépendantistes, dans le contexte post-charte. Leurs propos sont saisissants. Qu’ils soient musulmans ou non, leurs blessures sont profondes. Les personnes que j’ai rencontrées, qu’elles se nomment Bachir, Rosa, Jody, Adis ou Samira, aiment profondément le Québec, mais elles en ont assez d’être prises pour cibles. Elles nous disent : « L’indépendance, pourquoi pas ? Mais lâchez-nous ! Respectez qui nous sommes. »

Comme le prédisait déjà Jacques Parizeau en 2013, nous, indépendantistes, avons créé une machine à fabriquer des fédéralistes. Nous avons renforcé le sentiment, parmi beaucoup de nos compatriotes issus de la diversité, que le Canada était leur véritable patrie. Que l’unifolié saurait les protéger contre les indépendantistes. La phrase : « J’ai peur des souverainistes » est revenue à plusieurs reprises dans la bouche des personnes interrogées pour mon livre. Quel gâchis.

Pour les indépendantistes, la présente élection est une élection perdue. Québec solidaire ne prendra pas le pouvoir et, même si le Parti québécois remportait une majorité de sièges, il s’est engagé à tenir un référendum dans un très hypothétique deuxième mandat. On peut s’en attrister. C’est mon cas.

Toutefois, on peut le voir sous un autre angle. Cette crise peut être l’occasion pour le mouvement (y a-t-il encore véritablement un mouvement ?) de faire son aggiornamento. Autrement dit, de se pencher sur la pente douce sur laquelle les indépendantistes officiels ont entrepris de nous faire descendre. Pente qui, si l’on se fie aux sondages, n’a pas fait augmenter d’un iota l’option souverainiste.

Soyons clairs. Pierre Marcotte n’est pas seul à gangréner le mouvement indépendantiste dont je me fais une très haute idée.

Est-il trop tard pour agir ? Je ne pense pas. Il faudra du temps, évidemment, mais aussi beaucoup de volontarisme. Il ne s’agit pas pour les indépendantistes de se lancer à corps perdu dans le modèle multiculturel à la canadienne. Il serait mortifère pour notre petite nation. Il s’agit plutôt de reconnaître et d’embrasser la diversité et de lui faire une place digne, à la hauteur de ce qu’elle a apporté (la diversité ne date pas d’hier) et de ce qu’elle continue à donner au Québec. Pour le bien de l’idée d’indépendance. Pour le bien du Québec.

52 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 septembre 2018 02 h 59

    Au-delà des clichés

    Inspirée de l’idéologie xénophobe de la CAQ, la charte des valeurs présentée par Mme Marois fut une désastreuse erreur. Avant même le dépôt de cette loi, je suggérais au PQ de faire marche arrière dans le texte ‘La Charte de la laïcité : un mauvais départ’.

    Le PQ de Mme Marois n’est pas le PQ de Jean-François Lisée. Du moins, pas au sujet de la charte, au-sujet de laquelle Lisée avait exprimé, à l’époque, de sérieuses réserves qui en avaient fait un ‘outsider’ au sein de son propre parti.

    De nos jours, la politique migratoire du PQ est un mélange de fermeté (au sujet de la langue) et d’une grande ouverture (quant à l’intégration des immigrants).

    Je trouve donc très dommage que les critiques justifiées de Francis Boucher au sujet d’une page sombre de l’histoire du PQ sortent à ce moment-ci et contribuent au cliché selon lequel ce parti serait xénophobe. Ce nlest pas ke cas.

    Je ne nie pas que la Charte de Mme Marois aie encore de nombreux supporteurs au sein des membres du PQ. Toutefois j’affirme que la politique actuelle du PQ à l’égard des néoQuébécois est une attitude bienveillante qui voit en eux un moyen de résoudre les graves problèmes de pénurie de main-d’oeuvre que connaît l’économie québécoise.

    Contrairement à la CAQ, le PQ ne propose pas une réduction du nombre d’immigrants. Et contrairement au Parti libéral, le PQ s’est doté d’une politique détaillée et ferme visant à la réussite économique et l’intégration des néoQuébécois.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 4 septembre 2018 12 h 03

      La Suède est un exemple d'intégration réussie : le gouvernement les prenait aussitôt, leur faisait étudier la langue et leur donnait un travail, les intégrait. Le visionnaire, JFL, est au dessus de la mêlée; offrir aux migrants des cours de français, avant leur arrivée.

      Pour une intégration réussie, je souhaite l'accueil d'un nombre raisonnable de migrants, dont je laisse le soin à des experts la tâche d'en évaluer notre capacité d'accueil.

      Par contre, sans possibilité de les intégrer, miieux vaut ne pas les accueillir.

    • André Labelle - Inscrit 4 septembre 2018 13 h 43

      Concernant l'accueil des migrants ( le nombre et la méthode), j'ai le sentiment que nous n'avons encore rien vu. Le réchauffement de la planète qui ne semble pas importer pour des pays très importants, provoquera une élévation du niveau des océans qui à son tour entrainera des inondations là où les terres sont les plus basses et ou vivent quelques milliards de personnes.

      Il en résultera des vagues migratoires comme la planète en a peu ou pas connues. Il serait peut-être temps qu'on y réfléchisse un peu. Nous ne serons certainement pas capables de résister bien longtemps à de tels tsunamis humains. Déciderons-nous d'en laisser beaucoup littérallement se noyer ? Allons-nous nous laisser être submerger par ces marées humaines ? Allons-nous les éliminer par des guerres et des massacres préventifs ? Comment la civilisation se comportera-t-elle ?

      Ne serait-il pas sage de réfléchir à cette innéluctable catastrophe humaine annoncée ?

      «Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir.»
      [Henri Laborit]

  • Nadia Alexan - Abonnée 4 septembre 2018 02 h 59

    Faut-il défendre l'obscurantisme et la misogynie au nom de la diversité?

    Je ne suis pas d'accord avec vous du tout, monsieur Boucher. Vous dites «Les secousses sismiques de ce projet mal avisé se font encore sentir.» Vous avez tort. «La Charte de Valeurs, mal nommé, j'en conviens, il fallait l'appelait «la Charte de la laïcité» était nécessaire pour assurer la neutralité de l'état. C'est vrai que ce projet a été mal expliqué, mais l'idée d'ancrer dans la loi la séparation entre l'Église et l'État était bonne.
    Je ne sais pas qui vous avez interviewé, mais je sais que beaucoup de personnes issues de la diversité et même de confession musulmane étaient d'accord avec l'interdiction de signes religieux dans la fonction publique. Je pense à Djamila Bebhabib, Fatima Hoda-Pepin, Nadia El Mabrouk, et beaucoup d'autres. N'oubliez pas qu'une majorité de Québécois incluant les immigrants sont contre le port de signes religieux dans la fonction publique.
    Le voile symbolise l'islam politique. C'est l'étendard par excellence du prosélytisme religieux. La plupart des femmes musulmanes ne portent pas le voile.
    De plus, les ressortissants des pays islamistes sont venus ici précisément pour échapper la misogynie de leurs sociétés d'origines. Ils valorisent la liberté de parole et l'égalité homme/femme qu'ils retrouvent ici. Alors, pourquoi ne pas s'allier avec ces braves réformateurs de l'Islam intégriste? Pourquoi ne pas s'allier avec ces femmes courageuses de l'Iran et de l'Arabie saoudite qui risquent leurs vies en enlevant leurs voiles? Pourquoi défendre la misogynie et l'obscurantisme au nom de la diversité?

    • Jean-François Trottier - Abonné 4 septembre 2018 08 h 02

      Merci, Mme Alexan. Permettez à un "vieux" d'en ajouter un peu.

      Étant jeune (1958. Duplessis vivait encore!) j'ai souvent assisté chez moi aux réunions d'un groupe de réflexion qui préparait ce qui allait devenir le rapport Parent. Des professeurs de toute orientation se réunissaient plusieurs fois par mois pour ciseler un projet viable, projet qui a mené à la Commission sur du solide et du concret. J'y ai entendu parler avant tout le Québec des "écoles de polyvalences" et des "Collèges optionnels" que sont devenus les polyvalentes et Cégeps.
      Parmi les gens de ce groupe créé à la suggestion de Gérin-Lajoie, deux prêtres. Deux curés. Le but avoué de ces réunions était de sortir l'Église des écoles, et ces prêtres étaient parmi les plus véhéments à ce sujet.

      On savait, exemple à l'appui, pourquoi AUCUNE religion ne doit se mêler de l'État. Aucune, JAMAIS.
      Même pas un peu. Même pas en symbole. Même pas "en souvenir de...". Rien de rien dans l'État ne doit référer à une religion.

      Il faut être un parfait ignare en matière d'histoire du Québec, i.e. avoir subi une grave désinformation arasante pour ne pas se préoccuper de la présence d'une religion dans l'appareil d'État.

      Le Québec a tellement bien pris les moyens pour se débarrasser du ce réel "enfer" que l'Église elle-même s'est retirée pour ne pas se brûler entièrement. C'est la raison pour laquelle il n'a pas été nécessaire de légiférer à ce sujet, mais sinon...

      Depuis 1970 aucun politicien n'a pris le risque parler de religion. On savait pourquoi.

      Et voilà que d'autres religions pointent le nez tout doucement, et exigent une certaine forme de reconnaissance sous prétexte de.... quoi ? Liberté???
      Au pays de la Grande Noirceur ???

      Il est inacceptable qu'un serviteur de l'État affiche qu'il considère des Lois Divines comme supérieures au lois humaines. Il peut le penser. tout comme je priorise mes enfants. L'afficher, c'est non.

    • Jean Lapointe - Abonné 4 septembre 2018 08 h 18

      Je suis d'accord avec vous madame Alexan. La laïcité de l'Etat est nécessaire pour assurer sa neutralité. J'en suis personnellement persuadé.

      Mais pourquoi prétendez-vous que la Charte des Valeurs était mal nommée? N'était-il pas question de valeurs ? Pourquoi certaines personnes accordent autant d'importance à la façon dont c'était nommé? Qu'ont-elles donc derrière la tête?

      Et pourquoi prétendez-vous qu'elle aurait été mal expliquée? Qu'aurait-il donc fallu faire d'après vous? N'aurait-elle pas plutôt été mal comprise?

      Si je me souviens bien cette charte a été bien reçue par une bonne partie de la population québécoise. Ce sont nos adversaires qui ont prêté toutes sortes de mauvaises intentions au Parti québécois comme à l'habitude et malheureusment c'est leur façon de voir les choses qui ont prévalu au sein de la population comme cela se produit trop souvent. Mais ils n'avaient pas et ils n'ont toujours pas raison à mon avis.

      Il ne faut quand même pas se fermer les yeux sur certaines réalités sous prétexte que cela pourrait nuire à la cause de l'indépendance du Québec. Ce n'est pas être «islamophobe» comme on dit (terme que je n'aime pas) pour être critique à l'endroit de la religion musulmane, tout comme on peut être critique à l'endroit de la religion catholique et de toutes les autres religions. Nous ne devons pas nous taire parce que ça déplaît à certaines personnes. Au contraire ça révèle que c'est nécessaire de le faire.

      Il faut plutôt associer les personnes qui se disent de confession musulmane mais qui sont favorables à la laîcité de l'Etat et à ce que cela implique.

      Ça nous complique un peu pas mal les choses je le reconnais mais il faut rester aussi lucides que possible. Nous l'avons pas voulu ce problème (la venue dans nos rangs de nombreux musulmans) mais nous sommes pris avec lui et devons en tenir compte et non pas faire comme s'il n'existait pas.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 septembre 2018 08 h 32

      Je ne vois pas bien en quoi on pourrait tirer des propos de monsieur Boucher qu'il « défende la misogynie et l'obscurantisme au nom de la diversité ».

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 septembre 2018 10 h 32

      À mon avis, la charte «mal nommée» n'allait pas assez loin. Je souhaiterais qu'on cesse de subventionner des religions qui refusent aux femmes d'être aux postes de pouvoir dans leur organisation et qui veulent contrôler le corps des femmes. Je souhaiterais qu'on ait une loi comme en France qui interdit tous signes religieux à l'école (car des enfants ne peuvent contrer la volonté de leurs parents d'imposer leur religion, on l'a vu avec les meurtres des filles Shafia, avec le meurtre d'Aqsa Parvez, on l'a vu avec Yohanon Lowen et Clara Wasserstein qui poursuivent le gouvernement pour ne pas avoir reçu l'éducation à laquelle ils ont droit, etc.).

    • André Labelle - Inscrit 4 septembre 2018 11 h 09

      Bravo pour votre réponse.
      «L'intégrisme est une nostalgie du passé qui se prend pour une référence à l'éternel.»
      [Etienne Borne]

    • André Joyal - Abonné 4 septembre 2018 11 h 31

      Je suis 100% d'accord avec vous Mme Alexan. Moi aussi j'aurais pu suggérer à cet auteur d'interviewer des Maghrébins de mes connaissances, Il aurait eu un autre son de cloche.

      Je lui conseille fortement de lire les ouvrages de l'Algérien Boualem Sansal (cf. le dernier no du «Figaro Littéraire»), il perdrait beaucoup de sa naïveté envers l'islam, surtout l'islam politique dont il ne soupçonne même pas l'existence. Bien sûr, tous les QS de ce monde, ne pourront qu'applaudir cet auteur.

    • Christian Roy - Abonné 4 septembre 2018 15 h 37

      Je suis fier de vivre dans un pays qui reconnait à l'individu une irréductible liberté de conscience et de religion. L'employé-e de l'État n'est pas l'État. Le Québec est un état sécularisé, me semble que c'est évident. Je ne ressens aucun problème à transiger avec un employé-e de l'État qui présente son allégeance religieuse de façon "ostentatoire". Ce qui m'importe c'est qu'elle / il démontre de l'intégrité / honnêteté, des compétences dans le domaine desservi et une capacité à parler français - seule langue officielle du Québec . C'est là-dessus seulement que devrait porter notre jugement. Vivre et laisser vivre ! Vive le Québec libre !

      Je questionne les procès d'intention. Évitons la ghetthoïsation et l'ostracisme qui s'avèrent mortels au plan du tissu social.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 4 septembre 2018 17 h 03

      M. Roy êtes-vous aussi fier de vivre dans un pays (et même dans un monde) où les religions refusent aux femmes d'accéder aux postes de pouvoir dans leur organisme?

    • Paul-Marie Bernard - Abonné 4 septembre 2018 17 h 12

      Bravo, Madame Alexan, pour votre réplique!

      «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.»

      La religion, c'est une affaire personnelle avec Dieu. L'État, dans ses services aux citoyens, n'est aucunement le lieu d'étalement des affaires personnelles ou divines, ou de forme quelconque de prosélytisme.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 septembre 2018 06 h 57

      Madame St-Amour Je suis fier de vivre dans un pays où les droits des femmes ont préséance sur les obligations faites par une organisation religieuse, y compris celui d'adhérer à celles-ci ou de de les contester sans avoir à vous rendre compte de leurs motifs pour ce faire.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 5 septembre 2018 07 h 32

      Oui, votre commentaire ne me surprend nullement M. Maltais Richard. Vous êtes fidèle à vous-même..Et je comprends que pour vous le fait que des religions séparent les femmes et les hommes dans leur lieux de culte vous indiffère totalement? Plus, que des politiciens comme Amir Khadir et Justin Trudeau se soumettent à ces «lois» religieuses lorsqu'ils se rendent dans ces lieux vous agréent? Que ces organismes qui prêchent des valeurs humanistes refusent aux femmes d'être à leurs instances de pouvoir, vous permet de croire que vous n'avez pas à questionner leurs motifs? Que des religions se réfèrent à des lois matrimoniales religieuses discriminatoires envers les femmes, qu'en avez-vous à faire?

    • Johanne St-Amour - Abonnée 5 septembre 2018 07 h 35

      En passant M. Maltais. Mme Alexan n'a jamais dit que l'auteur de l'article défendait l«'obscurantisme et la misogynie au nom de la diversité». Je crois qu'elle juge que les religions font de l'obscurantisme et de la misogynie!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 septembre 2018 10 h 33

      Mme St-Amour Johanne, vous ne vous démentez pas non plus. A des arguments, vous opposez toujours des procès d'intention. Ce que vous ne voulez pas entendre, c'est qu'on ne peut donner aux citoyens que les moyens d'exercer leur liberté. Il le faut, même. Mais pas au point de leur imposer les voies que nous choisissons. Bien sûr qu'on peut désapprouver ce qu'on veut, mais une fois le droit défini - il l'est-, ne reste plus d'autre ressort que la persuasion. En démocratie, en tout cas. Pour vous, je sais pas.

  • Jean Lacoursière - Abonné 4 septembre 2018 06 h 53

    Et concrètement ?


    L'auteur écrit: "Il ne s’agit pas pour les indépendantistes de se lancer à corps perdu dans le modèle multiculturel à la canadienne. Il serait mortifère pour notre petite nation. Il s’agit plutôt de reconnaître et d’embrasser la diversité et de lui faire une place digne, à la hauteur de ce qu’elle a apporté (la diversité ne date pas d’hier) et de ce qu’elle continue à donner au Québec."

    Concrètement, sur le terrain, comment se déploierait cette proposition ? Un reproche régulièrement fait aux souverainistes est de pelleter des nuages...

    • Claude Bariteau - Abonné 4 septembre 2018 07 h 49

      Un rappel concret.

      Au soir de 1995, le « nous » lancé en boutade par M. Parizeau, fit écho à la thèse des deux « Nations » et celle de la convergence.

      Auparavant, le PQ a prôné un court temps une approche citoyenne, puis est revenu à celle que vous reproduisez à l’effet que les « Québécois » forment une « Nation ».

      Il s’agit plutôt d’une « pré-nation » née de l’imaginaire d’élites politico-économiques et religieuses « canadiennes-françaises » actives dans le Canada-Uni et le Dominion of Canada pour préserver leurs prérogatives.

      Ces élites et les leaders amérindiens furent invités à gérer, à la britannique, leurs populations sur un territoire conquis, question d’assurer sa colonisation par des Britanniques.

      Indépendant en 1931, le Canada a poursuivi sur cette lancée jusqu’en 1982, année de l'introduction d'une nouvelle définition des Canadiens.

      Les « Nations » autochtones devinrent les seules communautés collectives avec des droits à l’image de l’apartheid, les Canadiens, des détenteurs individuels de droits, et le Canada, le promoteur du patrimoine multiculturel.

      Du coup, la « pré-nation » perdit ses ancrages et l’approche du PQ eut un effet repoussoir sur les gens de l’immigration, que vous l’avez noté.

      Cet effet, présnet en 1980 est réapparu en 1995 même si l’indépendance n’était pas la question parce que celle posée impliquait une hausse des droits des membres de cette « pré-nation » et un gel de ceux des autres habitants.

      Vouloir faire l’indépendance en affirmant l’existence d’une « Nation », fut-elle petite, ne peut avoir qu’un effet repoussoir les mêmes motifs qu’en 1980 et en 1995.

      Cet effet est présent parce que créer un pays en recourant à une approche démocratique implique, au préalable, de reconnaître l’égalité antérieure et future des citoyens et des citoyennes de ce pays.

      Or, le PQ, embourbé par des visées politiques internes, n’est pas transparent sur ce point fondamental. Tant qu’il ne le sera, il n’ira nulle par

  • Jean-Pierre Marcoux - Inscrit 4 septembre 2018 08 h 14

    Indépendance et intégration

    Si le peuple québécois veut survivre, il doit choisir l'indépendance politique. Si les arrivants d'ailleurs veulent se sentir bienvenus en ce pays du Québec, ils doivent s'y intégrer et le gouvernement du Québec doit leur faciliter la tâche avec générosité et compétence.

    Autrement, ce beau projet ne fonctionnera pas.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 septembre 2018 08 h 42

    La différence des points de vue... et les petits salauds

    On a tendance à oublier l'immense différence de points de vue entre le ROC et le Québec au sujet des religions.

    Selon le ROC, les religions ont servi à civiliser le Canada.

    Elles ont justifié les massacres des autochtones et des Métis au nom de l'esprit qui doit dominer la nature. Celle-ci doit être harnachée et utilisée.
    Encore aujourd'hui, quiconque se rebiffe contre les "hautes et magnifiques" notions inculquées par les religions est forcément un barbare. Au pire il faut l'empêcher de nuire.

    Il est de mode de reprocher à certaines personnes leur comportement envers les autochtones.
    Mais aucun reproche dans le ROC au sujet des Métis (Riel. Toujours aucune excuse.), ni des Patriotes (Toujours aucune excuse.), ni des Acadiens (La déportation. Des excuses... mais est-ce qu'on leur a redonné leurs terres?).
    Oui, on accuse certaines personnes, mais PAS les religions!

    Le ROC se voit comme civilisateur, et il a BESOIN des religions pour ce faire. Les USA ont la même vision, en pire : il y est presque impossible de faire carrière politiquement sans pratiquer une religion, de préférence protestante.

    Les Québecois francophones voient, à raison, les religions comme des armes d'asservissement.... Du moins ceux qui connaissent un peu l'histoire.

    Ceux qui ne vont pas en ce sens sont intoxiqués mentalement par le ROC, via réseaux sociaux ou autres.

    Le ROC on se divise en deux, ceux qui sont "tolérants" (la gauche quoi) acceptent toutes les religions, et ceux qui ne le sont pas n'acceptent que les protestantismes. La lutte se fait entre ces deux points, et de là on confond les laïcistes québécois avec les réacs du ROC! Comme raccourci de pensée!

    Cette confusion est entretenue à dessein par le PLQ et QS, et je ne leur pardonnerai jamais la petitesse de leur position. Des colonisés sans colonne.

    Intoxiqués mentalement parce qu'ils se complaisent dans leur propre ignorance et choisi le jugement des puissants.

    • André Labelle - Inscrit 4 septembre 2018 13 h 17

      Il ne faut pas oublier que la majorité des populations anglophones sont imprégnées de la morale protestante. Les principes moraux du protestantisme règlent la majorité de leurs actions publiques. (Ce qui souvent leur cause bien des soucis dans leur vie privée ...) La religion y est omniprésente contrairement au Québec, beaucoup plus influencé par la laïcité française républicaine.
      À Ottawa et dans le ROC, les évangilistes sont très présents et ça oriente la politique canadienne dans tous ses aspects.
      «La Bible n'est-elle pas l'un des premiers almanachs visant à manipuler les masses : elle est bourrée de truismes qui réconfortent les simples d'esprits en mal de directives.»
      [Marc Gendron]