Ma génération doit se faire entendre et aller voter

La génération Y possède aujourd’hui un poids électoral considérable, rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La génération Y possède aujourd’hui un poids électoral considérable, rappelle l'auteur.

Au terme d’une première semaine de campagne électorale manquant cruellement d’envergure et des résultats d’un sondage décrétant le PLQ et la CAQ meneurs dans les intentions de vote des 18-34 ans, je ne peux m’empêcher de ressentir un profond désarroi à l’égard du manque de convictions d’une grande partie des électeurs, surtout ceux de ma génération, et de l’ahurissante inertie des principaux partis.

Jusqu’à présent, outre les propositions de Québec solidaire — qu’on s’empresse toujours systématiquement de qualifier d’utopistes —,il m’apparaît qu’aucun parti n’a encore su offrir de réformes véritablement au diapason des grands bouleversements que la société — l’humanité, devrais-je dire — devra surmonter.

Or, mardi, dans un élan de conviction et de courage comme on n’en voit malheureusement pas assez souvent, Nicolas Hulot démissionnait de ses fonctions de ministre de la Transition écologique, invoquant l’inefficacité des politiques environnementales de son pays, la France. Un véritable coup d’éclat destiné à ouvrir les yeux des Français — et de toute la planète — sur les réels dangers de ne pas chercher activement à se défaire de l’écueil étouffant du modèle économique actuel et du désordre climatique qu’il entraîne indubitablement.

Alors qu’on nous annonçait au début du mois que le climat de la Terre s’approche du point de rupture, la présente campagne électorale québécoise devrait normalement représenter une formidable occasion pour tous les citoyens d’exiger un gouvernement lucide et responsable en matière de lutte contre les changements climatiques. Jusqu’à présent, les électeurs n’ont toutefois eu principalement droit qu’à de la politique de cuisine et à des querelles de cours d’école. Dieu merci, nous n’en sommes pas encore à des promesses complètement ineptes comme de la « bière à une piastre » ou, pis encore, le retrait de la taxe sur les émissions de carbone… Une nation progressiste, dites-vous ?

Rappelons également que, pour la toute première fois de son histoire, la génération Y possède aujourd’hui un poids électoral aussi important que la génération X et les baby-boomers. N’est-ce pas là, à nouveau, une formidable occasion d’envoyer un message fort en votant contre les idéologies complètement dépassées que véhiculent les vieux partis ? D’exiger une économie verte ? La fin des inégalités sociales ? La valorisation sans compromis de l’éducation et de la culture, puisqu’elles seules mènent à la conscience sociale ? J’aimerais croire que oui.

Nous ne pouvons être davantage à la croisée des chemins en ce qui a trait à la nature du futur qui se déploiera sous nos yeux et, bien que certains préfèrent se rabattre sur l’immobilisme, convaincus que rien ne pourra être fait à temps, je préfère cent fois mieux voir ce sentiment d’impuissance être canalisé dans des actions concrètes et radicales, ne serait-ce que pour nous permettre de repousser l’inévitable, s’il est réellement tel.

Aussi, j’invite humblement tous les électeurs de ma génération à réfléchir profondément au visage de la société dans laquelle ils désirent vivre. Au quotidien qu’ils voudront léguer à leurs enfants. À ce qu’ils croient noble de défendre, non pas seulement comme individus, mais comme collectivité. Et à se rassembler autour d’un but commun, puisque c’est l’unique moyen de véritablement changer les choses.

J’invite également tous les partis qui ne l’ont pas déjà fait à se positionner sans ambiguïté par rapport à la situation environnementale et de faire de la lutte contre les changements climatiques une priorité. De courageusement chercher à montrer l’exemple et d’ainsi inspirer toutes les nations qui nous entourent à nous emboîter le pas.

Surtout, j’appelle toute ma génération à se faire entendre et à aller voter. Parce que nous sommes plus de deux millions et que notre voix peut avoir un impact. Et si ce n’est pas dans le résultat final du scrutin, ce sera dans l’esprit de ceux qui nous auront entendus et qui devront nous regarder tous les jours dans les yeux même s’ils auront choisi de prendre un autre chemin que celui de l’action.

Peut-être ai-je tort, mais j’ai la ferme conviction que la réelle proposition utopiste ici, c’est de continuer d’avancer en ne regardant que ses pieds, en persistant à croire que tout finira par s’arranger…

9 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 septembre 2018 08 h 52

    La nouvelle religion

    À une époque, le religion définissait le socle de valeurs communes à notre société (pour le meilleur comme pour le pire). Pour la jeune génération, ce sont la culture et l'idéologie propagées par les médias qui forment nos valeurs partagées. Et la source de ces valeurs, ce sont les médias et la culture pop venus des USA, que ce soit en traduction ou directement pour notre jeune génération passablement bilingue. Et cette culure c'est celle, individualiste et narcissique, des USA.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 1 septembre 2018 08 h 57

    Nuances

    Je trouve que votre analyse manque de subtilité. Il faut parfois creuser en profondeur pour sortir des constats superficiels alla twitter.
    De dire que seul QS présente un programme «au diapason des grands bouleversements», me semble manquer de nuances.
    Vous placez le PLQ, la CAQ et le PQ sur le même pied. Je vous invite à un approfondissement de votre recherche. Vous constaterez que ce n'est pas du pareil au même et que le PQ se détache nettement des deux autres. Ne me croyez pas. Vérifiez par vous-même.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 septembre 2018 13 h 11


      À Jean-Pierre Marcoux,

      Le problème du PQ en matière environnementale n'est pas son programme, mais son manque de crédibilité.

      Quand on sait que c'est le PQ qui avait signé le contrat pour l'exploitation du gaz de schiste à Anticosti et qu'il était même en faveur du passage du pipeline d'Enbrige* au Québec.

      Christian Montmarquette

      * Référence :

      "Le PQ et le grand projet canadien, le pétrole" - Le Devoir, 23 février 2013

      "Après avoir signifié son intention de laisser le secteur privé exploiter l’or noir du sous-sol québécois, le gouvernement Marois a clairement manifesté son ouverture à la réalisation de deux projets d’oléoduc qui permettraient de faire couler du pétrole des sables bitumineux vers le Québec.. "- Alexandre Shield

      Source :

      http://www.ledevoir.com/societe/environnement/3716 



  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 1 septembre 2018 09 h 13

    Merci.

    Merci, j'aime bien ce texte. Je vous encourage à chercher les débats où il y en a - ils sont trop rares à mon goût- et y aller pour y poser des questions et ou y faire des commentaires. Moi j'aimerais une loi environnement -santé telle que le propose le réseau environnement santé, la transition écologique en énergie, sans GES et la transition en agriculture vers le bio. J'ai la chance d'avoir un débat dans Boucherville et dans Saint-Bruno, mon comté.Je crois à ce qui s'appelle le " processus constituant" par lequel les citoyen.es peuvent écrire le projet de société qu'ils veulent dans une constitutioni qui leur ressemble. À cet égard, je souhaite que vous participiez au projet Constituons! que vous pouvez voir dans le site de l'Institut du Nouveau Monde. Vous allez pourvoir faire vos propositions - et on va vous écouter- de novembre à février prochain. Dates et endroits seront annoncés. C'est un processus ouvert, non partisan. Exprfimez-y votre volonté et qu'elle soit faite!!

  • Robert Bernier - Abonné 1 septembre 2018 09 h 42

    Les partis vont se commettre

    Merci pour cette lettre qui met de l'avant l'enjeu qui, d'après moi également, devrait dominer la campagne électorale: la protection de l'environnement. Avec tout ce qui nous menace, i.e. les impacts du réchauffement sur la santé publique et sur les infrastructures, les différentes missions de l'État Québécois pâtiront à court terme. Les bonbons que nous promettent Couillard ou Legault, ils devront nous les retirer.

    Vous écrivez: "J’invite également tous les partis qui ne l’ont pas déjà fait à se positionner sans ambiguïté par rapport à la situation environnementale et de faire de la lutte contre les changements climatiques une priorité. "

    Dans le cadre de l'intiative "L'État, le climat et nous", se tiendra le 6 septembre un débat auquel chacun des 4 grands partis enverra un délégué pour présenter la réponse de son parti aux demandes formulées par cette initiative codirigée par le professeur Normand Mousseau, et rassemblant une vingtaine d'universitaires bien au fait, chacun et chacune dans son domaine, des impacts du réchauffement climatique. Demeurons à l'affût.

  • Jean Richard - Abonné 1 septembre 2018 10 h 31

    La taxe carbone

    « ou, pis encore, le retrait de la taxe sur les émissions de carbone… »

    Avant de crier à la catastrophe, il y aurait lieu de bien évaluer la portée de cette taxe carbone. Deux questions doivent être posées :
    - la taxe carbone est-elle vraiment efficace pour réduire les émissions de GES et,
    - qui écope et qui profite de la taxe carbone ?

    À la première question, on en arrive au doute. L'une des plus grandes failles de cette taxe carbone, c'est qu'elle utilise une comptabilité régionalisée. Dit en d'autres mots, elle s'applique à la consommation de combustibles fossiles achetés au Québec. Or, la production de biens et même de services est mondiale et non régionale. L'agriculture par exemple est une industrie qui consomme passablement de combustibles fossiles (non, Tesla ne construit pas de véhicules de ferme à batteries – et oui, il en coûte moins cher de chauffer les serres au gaz naturel qu'à l'électricité). Si la taxe carbone appliquée à la production et au transport de denrées fait augmenter les coûts, les prix à la caisse du marché vont aussi augmenter. Les carottes américaines ou ontariennes coûteront moins cher que les québécoises. Que va choisir le consommateur, toujours friands d'économies fictives ou réelles ? Et il n'y a pas que l'industrie agricole : il y en a bien d'autres. Si la taxe carbone fait monter le prix des billets d'avions, pas de problème : les gens iront prendre l'avion juste au sud de la frontière. Il y a même des automobilistes qui feront un détour pour faire le plein à rabais de l'autre côté de la frontière. La différence de prix du litre d'essence à Montréal et à Hawkesbury est déjà de 0,20 $ le litre...

    Cette taxe est, comme la plupart des taxes, régressive. Ça veut dire en gros que ce sont les moins nantis qui seront les plus pénalisés. Et des moins nantis, il y en a de tous âges, des X ou des Z aux bébéboumeurs...

    Une vertu la taxe carbone ? Pas si sûr !

    • André Labelle - Abonné 2 septembre 2018 12 h 34

      Si suis votre raisonnement, pour aider la Terre, il faudrait donc prendre des mesures pour encourrager la consomation responsable. Il faudrait par exemple surtaxer les importations de produits non écoresponsables. Mais des traités come l'ALENA et des organismes comme l'OMC l'interdisent. Tout ce qui entrave le commerce internationnal est très lourdement sanctionné. Des tomates américaines cultivées dans des serres chauffées au mazout ne peuvent pas être surtaxées par le Canada afin de favoriser la commercialisation des tomates québécoises cultivées dans des serres chauffées à l'électricité beaucoup moins poluante.
      Donc c'est l'idée même de la mondialisation du commerce qui est responsable de l'incapacité des marchés locaux à mettre en oeuvre des solutions écologiques permettant la sauvegarde de la planéte. Le néolibéralisme est la philosophie économique qui soutient cette mondialisation. Et qui soutient le néolibéralisme ? Le fameux 1% des plus riches qui s'accaparent de plus de 80 % de la richesse planétaire.

      « Le soleil a toujours blessé les yeux de ses adorateurs. »
      [Louis Aragon]

    • André Labelle - Abonné 2 septembre 2018 16 h 55

      «Cette taxe est, comme la plupart des taxes, régressive.». écrivez-vous. Voila un argument bien libertarien. Les taxes sont toutes des catastrophes selon vous. Il faut donc, selon votre processus mental, les abolir. Qu'est ce qu'il y a de régressif à taxer à un niveau élevé les objets de luxe. Si une personne a les moyens de payer une automobile plus de 100 000.00 ?, je ne vois rien de régressif à prélever une taxe de vente de 50 %. Idem pour les bijoux de 50, cent, deux cent milles dollars ou plus. Idem pour les maisons de plus de 2 millions de $.
      Faire passer la taxe de vente pour une télé de 500 $ de 15 à 20 %. Oui ça peut être régrssif. Idem pour une chemise à 50 ou 75 $.

      Alors les arguments libertariens pour nous faire croire que les taxes sont régressives, très peu pour moi. Parlez-moi plutôt de l'évasion fiscale, de la fiscalité des affaires qui permet aux multinationales milliardaires de payer moins d'impôt qu'un salarié moyen.
      Écoutez plutôt ce que dit un pris Nobel d'économie ( dumoins sont équivalent) :

      «Le capitalisme ne donne pas ce qu’il a promis et donne ce qu’il n’a pas promis : la pollution, le chômage et – c’est le plus important – la dégradation des valeurs jusqu’au niveau où tout est acceptable et où personne n’est responsable»
      [Joseph E. Stiglitz; Le Prix de l’Inégalité]