L’opposition médiatique aux communautés trans

Les enjeux trans sont fréquemment discutés dans les médias et, au Québec, les opinions formulées sur le sujet semblent fortement favoriser le négatif», écrit l'auteure.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les enjeux trans sont fréquemment discutés dans les médias et, au Québec, les opinions formulées sur le sujet semblent fortement favoriser le négatif», écrit l'auteure.

Dans sa chronique du 29 août, « Le règne du queer », Francine Pelletier aborde avec hésitation la question des débats publics sur les enjeux trans. Sa thèse semble être que, dans l’ensemble, les avancées des communautés trans au cours des dernières années ont été faites à l’insu du public, sans trop de débats. Si cette thèse se retrouve souvent dans les journaux, elle fait fi de la réalité, démontrant une rupture entre la perception des commentatrices et commentateurs et le portrait médiatique des enjeux trans de ces dernières années.

Francine Pelletier donne quelques exemples de changements n’ayant guère été discutés : la possibilité d’un marqueur de genre « Autre » dans le passeport, l’évitement de termes genrés à Service Canada et l’élection de Gabrielle Bouchard à la présidence de la Fédération des femmes du Québec.

Cette liste a de quoi faire sourciller. Au Québec seulement, on recèle un nombre considérable d’articles de grands journaux sur chacun de ces changements. L’opposition à la présidence de Gabrielle Bouchard, exprimée à répétition dans Le Journal de Montréal entre autres, frôle l’obsession.

On est loin du portrait peint par Mme Pelletier. Les enjeux trans sont fréquemment discutés dans les médias et, au Québec, les opinions formulées sur le sujet semblent fortement favoriser le négatif. Je suis une des rares personnes trans qui ont pu voir leurs opinions publiées par les médias québécois. Pour chaque réponse à un article s’opposant aux personnes trans publié, une poignée d’articles restent sans réponse. Ce déséquilibre ne semble pas s’améliorer avec le temps.

En ce sens, il est vrai qu’aucun débat public n’a été ouvert sur ces questions. Pour y avoir débat, il faut que les deux points de vue soient représentés. Or, trop souvent, la perspective des communautés trans n’est pas représentée dans les journaux. Les raisons en sont multiples et en grande partie institutionnelles. Les opinions en la matière sont principalement véhiculées à travers des éditoriaux et des chroniques, et donc à travers des plateformes préétablies. Puisque peu de personnes trans ont un accès solide aux plateformes médiatiques, les perspectives des communautés trans sont publiées à la discrétion des éditrices et éditeurs. La grande majorité du temps, les textes sont refusés.

En somme, au Québec, les opinions sur les enjeux trans ne sont pas étrangères aux grands médias. L’opposition aux avancées politiques et institutionnelles se fait amplement entendre — contrairement aux perspectives des personnes concernées.

Outre cette représentation trompeuse des enjeux trans dans les médias au Québec, je voudrais aussi soulever un point plus substantif (substantiel?) qui est soutenu dans la chronique de Francine Pelletier. Remettant en question l’expansion du mandat du futur ministère de la Condition féminine, qui inclurait le racisme et l’homophobie, la chronique laisse entendre que, contrairement au combat contre le sexisme, le combat des personnes trans est éminemment personnel.

Qualifier le combat des personnes trans d’éminemment personnel revient à ignorer dans son entièreté l’histoire des mouvements revendicateurs trans. S’il est vrai que certains sous-groupes plutôt libéraux adoptent une approche individualiste, on ne saurait dire que celle-ci est la seule approche, ni même l’approche dominante.

Par exemple, mes travaux en tant qu’universitaire trans m’ont amenée à critiquer les limites des droits de la personne comme gage d’égalité, proposant au contraire une analyse basée sur la division cishétérosexuelle de notre société et menant à des suggestions diamétralement opposées à la seule égalité formelle. Comme cela a été amplement démontré en études féministes, le genre est intimement lié au maintien du capitalisme, notamment à cause de son rôle dans la reproduction de la force de travail et de la division du labeur. Loin d’être purement personnel, l’activisme trans se décline dans son rapport à nos luttes collectives contre le sexisme, le racisme et le capitalisme. Il y a autant d’activismes trans que de personnes trans, mais pour beaucoup de nous cette lutte est collective.

Il y a bien sûr une composante personnelle aux enjeux trans, tout comme dans la lutte contre le sexisme. Certaines luttes demandent à l’autre d’arrêter de faire obstacle alors que d’autres requièrent des changements à grande échelle. La lutte pour l’accès aux contraceptifs n’est pas la même que celle contre l’écart salarial. C’est tout aussi vrai chez les personnes trans.

Et tout comme la lutte contre le sexisme, notre lutte peut être plus ou moins contraire à la distribution actuelle du pouvoir en société. L’avancement des personnes trans n’est pas exceptionnel. Comme tout autre programme émancipatoire, il est parfois réformiste, parfois radical. Parfois structurel, parfois personnel.

Entre brutalité policière, violences carcérales, crise du VIH/sida, discrimination, harcèlement et effacement administratif, il y a beaucoup à dire sur l’aspect structurel et institutionnel de nos luttes. J’invite Francine Pelletier et ses lecteurs à se familiariser avec l’histoire de l’activisme trans au Québec et au Canada, activisme qui date de maintenant plus de quarante ans. Les travaux de Viviane Namaste, universitaire chevronnée et professeure à l’Université Concordia, en font foi.

Réponse de Francine Pelletier

On s’entend sur une chose : malgré tout le travail universitaire fait sur la question transgenre, il n’y a jamais eu de véritable débat public sur le sujet. Je pense que la communauté LBGTQ fait erreur en ne jouant pas davantage franc jeu sur une question aussi cruciale que l’identité sexuelle.

La question à laquelle la communauté transgenre devrait commencer par répondre, à mon avis, est la suivante : pourquoi n’est-ce plus suffisant d’être accepté comme un homme féminisé ou une femme masculinisée, ce que des décennies de combat pour les droits homosexuels ont réussi à obtenir de haute lutte ? Pourquoi faudrait-il aujourd’hui qu’une petite minorité d’homosexuels deviennent des hétérosexuels en devenant une « vraie » femme ou un « vrai » homme ? Ce besoin de rentrer dans le rang, de se conformer aux normes binaires de la sexualité, n’est-il pas contraire à ce qu’ont toujours cherché tant les luttes féministes que les luttes gaies ? Après tout, les unes comme les autres ont longtemps cherché à tourner le dos au statu quo et à tracer une autre façon de faire. Loin d’être une « opposition médiatique », ces questions sont cruciales pour tenter de percer le mystère qui englobe la question trans encore aujourd’hui.
Francine Pelletier

21 commentaires
  • Diane Guilbault - Abonnée 1 septembre 2018 07 h 50

    Des lois adoptées en catimini

    Quand le Code civil a été modifié pour permettre la modification de la mention du sexe de naissance, cela s’est fait dans la plus grande discrétion. Aucun journaliste n’a rapporté ce changement fondamental. Il faut dire que le nom du projet de loi était des plus sibyllins : le projet de loi n° 35 -Loi modifiant le Code civil en matière d'état civil, de successions et de publicité des droits . Et qui a été entendu lors de la commission parlementaire ? La Fondation des sourds du Québec, le Bureau du Directeur de l'état civil , M. François Brochu , le Comité Trans du Conseil québécois LGBT, Mme Françoise Susset. Aucun groupe qui défend les femmes n’a été invité à se faire entendre sur ce changement qui a des impacts majeurs sur les droits des femmes, basés sur le sexe. Il suffit d’aller voir sur le site de l’Assemblée nationale pour voir comment le sujet a été abordé de façon superficielle et complaisante et sans aucune analyse rigoureuse. Alors merci Mme Pelletier de le rappeler.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 1 septembre 2018 09 h 34

      Et merci à Mme Pelletier de poser les questions «Pourquoi faudrait-il aujourd’hui qu’une petite minorité d’homosexuels deviennent des hétérosexuels en devenant une « vraie » femme ou un « vrai » homme ? Ce besoin de rentrer dans le rang, de se conformer aux normes binaires de la sexualité, n’est-il pas contraire à ce qu’ont toujours cherché tant les luttes féministes que les luttes gaies ? Après tout, les unes comme les autres ont longtemps cherché à tourner le dos au statu quo et à tracer une autre façon de faire.» D'autant plus que des personnes qui se réclament d'une autre identité accentuent, paradoxalement, les stéréotypes!

      Le groupe féministe Pour les droits des femmes Québec alertait la population en avril 2015 dans son mémoire: «La mention de sexe :
      toute la société est concernée » dans lequel, il concluait:

      Considérant les nombreux impacts appréhendés pour les femmes;
      - Considérant l’absence d’analyse différenciée selon les sexes (ADS) ;
      - Considérant l’absence de consensus sur la notion de genre ;
      - Considérant l’absence d’analyse éthique ;
      - Considérant l’absence d’analyse de solution alternative ;
      - Considérant l’absence de données et de recul sur les expériences menées dans d’autres juridictions ;
      PDF Québec recommand(ait) d’abandonner ce projet de règlement basé sur les apparences, et demand(ait) au gouvernement de faire un suivi des expériences en cours, notamment en Ontario et au Royaume-Uni.»

      Tous les partis ont passé outre ces recommandations. Désolant, car de plus en plus, on peut constater que les femmes sont perdantes face à cette idéologie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2018 10 h 03

      « qui a des impacts majeurs sur les droits des femmes, basés sur le sexe. »

      À vous de voir, mais il serait intéressant d'élaborer ou d'indiquer à quel endroit vous l'auriez fait.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 1 septembre 2018 12 h 07

      En faisant une toute petite recherche M.Maltais Desjardins vous auriez très facilement trouvé des informations sur les impacts de l'identité de genre sur les femmes et leurs droits. Mais je vais vous faciliter la tâche, vous trouverez ici tout un dossier sur le sujet, recherches effectuées par le groupe féministe Pour le droit des femmes Québec. Un groupe qui s'est détaché de la FFQ qui, à notre avis, ne défend plus les droits des femmes: http://www.pdfquebec.org/index_dossiers.php#Dossie

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2018 17 h 30

      Vous m'obligeriez beaucoup, madame St-Amour, de ne pas présumer que j'aie voulu m'épargner de chercher alors que je me donne la peine de... le faire. On ne se refait pas, on dirait. J'ajoute le lien que madame Guilbault m'a aimablement fourni

      http://sisyphe.org/spip.php?article5425

    • Johanne St-Amour - Abonnée 1 septembre 2018 19 h 56

      Malheureusement, les commentaires ne sont pas publiés en temps réels. Alors pour votre recherche, mieux vaut tard que jamais!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2018 07 h 41

      Une autre remarque insidieuse à laquelle je me permets de répondre en soulignant en caractères bien nets que ma question à madame Guilbault était une simple et honnête invitation à enrichir la discussion, ce dont votre inimitié semble devoir vous distraire un peu.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 2 septembre 2018 07 h 50

      Des féministes qui défendaient les transactivistes sont en train de réaliser l'ampleur du problème notamment pour les femmes. Dans un article intitulé «Sexe et genre : Le coucou dans le nid» (facile à trouve M. Maltais Desjardins sur l'Internet), écrit par Astroterf et Christine Delpphy, on dénonce, en premier lieu, l'insistance, pour être polie, de trans qui se déclarent lesbiennes et qui veulent imposer leurs organes génitaux à celles-ci! Elles déclarent:
      «Il y a seulement quelques années, j’ignorais totalement ces enjeux et je n’avais aucune idée que la société fonçait tout droit vers un sombre et profond terrier, le « GENRE ». Maintenant, je suis tout à fait consciente du débat et de plus en plus inquiète de la façon dont les femmes (la classe des personnes ayant des organes reproducteurs féminins) sont en pratique effacées. Si, comme le gouvernement britannique a l’intention de le faire avec son projet d’autodéclaration de l’identité de genre, tout homme peut être une femme en s’identifiant simplement comme tel (mais il faut dire le mot magique !), alors le mot « femme » perd toute signification. Et si nous n’avons plus de mot pour désigner notre sexe biologique, alors nous perdons toute possibilité de contester l’oppression et la discrimination qui y sont inhérentes.

      Les femmes sont effacées, subsumées, renversées… et généralement englouties par ce lobby trans qui est très bien financé et très puissant. Les femmes doivent se taire, se ranger, abdiquer leurs espaces, leurs droits, leurs possibilités, et même le langage dont elles ont besoin pour discuter de leurs vies et expériences… et si elles protestent, elles se voient bâillonnées et qualifiées à hauts cris de « TERF » (Trans Exclusive Radical Feminist) et d’« intolérante ».»

  • Danielle Boutet - Abonnée 1 septembre 2018 08 h 35

    La question de madamde Pelletier à laquelle la communauté transgenre

    En réponse à ce billet (lui-même en réponse à son billet), Francine Pelletier pose très simplement LA question qui me semble cruciale dans le débat. Je ne l'ai jamais vue posée de façon si claire et je salue madame Pelletier pour sa vision aiguisée. Il y a un axe réactionnaire dans les revendications trans - est-ce un effet secondaire inévitable ou un aspect central, on ne sait pas, mais il apparait à beaucoup d'entre nous, féministes, gays et lesbiennes, comme un renforcement de la norme hétérosexuelle.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 1 septembre 2018 10 h 05

      Qu'en pensez-vous vous même ? Vous semblez incliner à penser que les revendications trans seraient réactionnaires par nature. Pourquoi?

    • Céline Delorme - Abonnée 1 septembre 2018 14 h 02

      En effet, la réclamation par les trans d'être considérés comme des hétéroxexuels peut servir à renforcer la norme hétérosexuelle.
      Selon le discours trans, aucune question à ce sujet n'est acceptable, aucune délibération n'est admise!
      Pourtant, ce rejet de la discussion peut renforcer l'homophobie, et parfois avoir des conséquences graves sur la vie de cetains enfants.
      Prenons un cas concret: Un petit garçon de 8 ans aime jouer avec des jouets de fille: Il prend plaisir à habiller des poupées et n'est pas intéressé aux camions ni aux fusils. (Voir les excellentes pièces de Michel Tremblay qui décrivent son enfance et son plaisir à habiller des poupées de carton, au grand dam de sa mère).
      Si ce petit garçon nait dans une famille moderne et ouverte à la différence, les parents l'élèveront de leur mieux en acceptant ses préférences, et peut-être que le garçon découvrira son homosexualité un jour, ou peut-être qu'il sera finalement hétéro ou Bi ou trans...peu importe.
      Par contre, de nombreuses familles, de différentes origines, sont homophobes, parfois pour raisons religieuses, ou par tradition, ou sans raison particulière.
      Dans ces familles, l'homosexualité est une honte et un déshonneur, totalement inaceptable, mais le transgenre sera plus accepté, car moins condamné par la religion. On l'explique par "une erreur de la nature" ou "une erreur d'inattention de Dieu"...
      On acceptera de dire: mon enfant est une fille, mais elle a un corps de garçon par erreur et on demande un traitement médical.
      Ainsi, sans certains pays du Moyen Orient, le traitement habituel de l'homosexualité est le changement de sexe médical, selon plusieurs sources... Pourtant on entend très peu parler de ce phénomène.
      Si on laisse faire la nature, l'enfant différent se développera de son mieux, avec ou sans l'aide de sa famille.
      Mais le milieu médical intervient maintenant très tôt, on bloque les hormones à un jeune âge, et on fait même des chirurgies d,amputation des organes génitaux a

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 septembre 2018 15 h 32

      « Vous semblez incliner à penser que les revendications trans seraient réactionnaires par nature. Pourquoi? » (Richard Maltais Desjardins)

      Pourquoi ?

      Parce qu’elles se faufileraient entre plusieurs « natures » susceptibles d’anonymat ou …

      … d’aucune nature ? - 1 sept 2018 -

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2018 08 h 03

      Madame Delorme, vous dites d'entrée de jeu

      « peut servir à renforcer la norme » en évoquant ensuite un interdit dont le « discours trans » serait porteur. Dans quelle mesure le discours trans est-il homogène ? Dans quelle mesure a-t-il pour propos d'instaurer une contre norme aussi normative que la cisnormativité ? Dans quelle mesure cette contre norme qui baliserait le transgenrisme serait-elle le fait des transgenre ou même seulement une conséquence de leur existence ? Je ne sais pas. Merci déjà de fournir des éléments de réflexion. Ce que j'en retiens surtout (mais pas seulement), c'est que nous ne sommes pas vraiment capables (et le doit-on d'ailleurs?), de poser les partages en matières de genres en dehors d'un discours normatif, qui permettrait par exemple de justifier l'assignation de genre féminin pour les transsexuel-les (chirurgies) alors qu'elle serait inacceptable pour les transgenre, bien qu'il ne soit pas évident que les modifications physiologiques rendent moins problématiques la présence des premières dans un gymnase ou une maison de femmes violentées. A la suite du texte de madame Pelletier, j'évoquais cette difficulté à propos de la notion de non-binarité... qui est une façon bien binaire de cadrer la question. Mais peut-on faire autrement ? Mon avis, qui n'est pas d'un trans, c'est que les partages de genres sont exemplaires de cette tournure d'esprit (je ne juge pas puisque j'en suis «affecté» comme un autre) qui nous oblige tout le temps à nous définir par opposition à ce que nous ne sommes pas ou ne voulons pas être... alors qu'en toute franchise, sans vouloir gommer les signes du sexe social dont parlait Simone, plutôt en mal d'ailleurs, je crois qu'on n'est aussi peu essentiellement homme ou femme que noir ou blanc, québécois ou canadien, et pour finir, évidemment : bons ou méchants.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 2 septembre 2018 08 h 48

      M. Maltais Desjardins, vous dites: «alors qu'en toute franchise, sans vouloir gommer les signes du sexe social dont parlait Simone, plutôt en mal d'ailleurs, je crois qu'on n'est aussi peu essentiellement homme ou femme que noir ou blanc, québécois ou canadien, et pour finir, évidemment : bons ou méchants.» Quid du sexe biologique donc (Outre les intersexuels bien sûr!)? Que vous semblez confondre avec un ressenti?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 2 septembre 2018 10 h 39

      Merci, madame St-Amour. Je réponds sous ce commentaire en reprenant ceci :

      « notre sexe biologique, alors nous perdons toute possibilité de contester l’oppression et la discrimination qui y sont inhérentes. »

      Je crois comprendre ce dont vous parlez. Je m'essaie en disant que la revendication d'autodétermination de genre peut fort bien servir à redoubler l'occultation discriminatoire dont les femmes ont été l'objet historiquement. Infériorisées en raison de leur sexe biologique, voilà que revendiqué par les femmes comme passage obligé de toute reconnaissance sociale de leur dignité et non comme une sorte de tare native dont elles pourraient s'émanciper (pas si pire pour une femme, pour le dire crûment), le sexe biologique serait occulté parce qu'il ne sert plus à les inférioriser... et avec pour résultat voire pour objectif de compromettre le plein exercice des droits des femmes, impossible sans un traitement différencié, comme dans les sports pour prendre un exemple très simple évoqué par madame Guilbault. (Merci de votre indulgence : le souci de concision vient avec un peu de lourdeur).

      La nuance, donc, par rapport à votre propos : à dire que cette discrimination est « inhérente » au sexe, il y a un risque de reconduire les essentialisations qui prétendaient justement les fonder. C'est ce qui tracasse dans l'insistance à distinguer le sexe et le genre. Pour reprendre l'exemple d'Andraya Yearwood , évoqué par madame Guilbault, qu'il est elle soit d'un sexe biologique ou l'autre devrait être indifférent dans l'exercice du sport, d'autres critères de classification bien plus pertinents (y compris le taux de testostérone, assez variable chez les individus de même sexe biologique), le poids, la taille, etc. qui permettent un traitement différencié mais non discriminatoire. Je me demande si ce n'est pas l'avenir pour le féminisme aussi. Cesser de «devenir femme», parce que c'est piégé.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 septembre 2018 14 h 43

    … hésiter … ?!?

    « Dans sa chronique du 29 août, « Le règne du queer », Francine Pelletier aborde avec hésitation la question des débats publics sur les enjeux trans. Sa thèse semble être » (Florence Ashley, U McGill) ; « Je pense que la communauté LBGTQ fait erreur en ne jouant pas davantage franc jeu sur une question aussi cruciale que l’identité sexuelle. » (Francine Pelletier, Le Devoir)

    De ces citations, une douceur :

    Lorsque des personnes désirent transiter d’une situation « sexuelle » à d’autre (s), il est comme difficile de situer leur identité psycho-sexuelle : très difficile et ?!?

    De plus, le texte cité de Mme Pelletier n’offre aucune « hésitation » mais plutôt une observation simple sur quelque chose qui donne à …

    … hésiter … ?!? - 1 sept 2018 –

    Question : Que veut dire cette expression « division cishétérosexuelle » ?

  • Irène Durand - Abonnée 1 septembre 2018 19 h 15

    cishétérosexuelle

    Monsieur Marcel Blais, le mot signifie qu'il y a conformité entre le sexe et l'identification de genre. Par exemple, je pourrais me définir comme cishétérosexuelle, c'est à dire que je suis du genre féminin et du sexe féminin et que je suis hétérosexuelle. Je comprends votre question, parce que je me la suis posée. À partir de ces définitions, il y a de nombreuses variables.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 2 septembre 2018 08 h 13

      Dans cet article «Sexe et genre : Le coucou dans le nid» dont je parle plus haut, on souligne le changement de vocabulaire pour répondre aux revendications parfois très agressives de certains transactivistes:
      «Ils manipulent également le langage en fonction de leur programme politique, dictant aux femmes que nous ne devons pas faire référence à notre biologie comme spécifiquement féminine. Nous ne serions plus des femmes, mais devrions maintenant nous désigner comme des « porteuses d’utérus » ou des « menstruatrices ». Nous ne devrions plus parler de « femmes enceintes » ou d’« allaitement au sein », mais bien de « personnes enceintes » et « d’allaitement de poitrine ». Les femmes devraient prétendre que les règles, la grossesse, l’avortement, la fausse couche, l’accouchement, l’allaitement, la ménopause, etc. ne sont pas des expériences spécifiquement féminines.»

      Jocelyne Robert, sexologue, s'est insurgée (pour ne pas dire fâchée) cette semaine alors que dans un guide sexuel, une compagnie a parlé de «trou avant» pour qualifier le vagin! Voici ce qu'elle en dit:
      « Cela fait des décennies qu’on se bat pour ne plus que soient utilisés de mots réducteurs et dévalorisants pour nommer les organes sexuels féminins, on ne va pas nous ramener le trou, .... (ce mot est censuré)!
      D’autant plus que le vagin n’est pas un trou! C’est un espace virtuel qui peut accueillir lorsque lubrifié mais dont les parois s’accolent l’une à l’autre lorsqu’il est au repos. Sans compter que le « trou avant » n’est pas un organe anatomique. Le mot juste, anatomique, scientifique, est vagin.
      C’est-tu clair?
      Je me demande ce que pense la Fédération des femmes du Québec de cette grotesque appellation ?»

      Je ne miserais aucunement sur une réponse satisfaisante de la part de la FFQ à ce sujet, comme plusieurs autres sujets d'ailleurs: la FFQ participe, à mon avis, à cette disparition et des femmes et de leurs droits! Mme Casgrain, qui a fondé la FFQ, n'en finit plus de se virer dans sa to

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 septembre 2018 08 h 45

      « Monsieur Marcel Blais, le mot signifie qu'il y a conformité entre le sexe et l'identification de genre. Par exemple » (Irène Durand)

      Grands mercis, Mme Durand, pour votre réponse !

      De cette réponse, une douceur :

      Si, d’exemple, Serge devenait Sylvie (ou : Sylvie vers Serge), et pendant la transition, le phénomène du « trans-genre » s’origine-t-il et s’implique-t-il d’une « démarche cishétérosexuelle » ou d’une …

      … « démarche cishomosexuelle » ?!? - 2 sept 2018 -

  • Jérôme Faivre - Inscrit 2 septembre 2018 19 h 52

    Complexe

    Pour les membres du lectorat lambda, ce dialogue entre une poignée d'universitaires « en lutte» en laisse probablement beaucoup plutôt... cois et coites.

    Au moins, on s'instruit en lisant:
    1/ J'ai été vérifier l'origine de l'expression «discuter du sexe des anges». Et bien oui, le sujet est très théologique, et on est bien en pleine querelle byzantine. Et en plus, depuis des décennies, cette Histoire complexe serait maltraitée faute «d'accès solide aux plateformes médiatiques» [sic].

    2/ De nouveaux mots très savants . Mais je me suis égarée en route: l'ordre cistercien, c'est autre chose. J'ai toutefois appris qu'il y avait non seulemet des trappistes, mais aussi des trappistines.

    En effet, il y a du boulot avant que le sujet ne soit mieux compris et considéré comme «point substantif» [sic] . Peut-être trouver un langage en français qui ne soit pas trop dérivé d'études américaines trop complexes à traduire ?

    Des années de colloques thématiques en perspective.

    Mais chut !.. on ne voudrait pas déranger, les initiés sont en concile.
    Je m'en retourne au scriptorium en silence.