Pour une régionalisation de la gouvernance québécoise

«Le système hypercentralisé qu’est devenue la gouvernance de l’État québécois doit être inversé», affirme l'auteur.
Photo: Tony Tremblay Getty Images «Le système hypercentralisé qu’est devenue la gouvernance de l’État québécois doit être inversé», affirme l'auteur.

Pour élargir et approfondir le débat électoral, je voudrais rappeler l’urgente nécessité d’une réelle décentralisation de la gouvernance québécoise dans le but d’induire plus de cohérence, de cohésion et d’efficience à l’action gouvernementale et au développement régional.

Le système hypercentralisé qu’est devenue la gouvernance de l’État québécois doit être inversé. Il faut mettre en oeuvre un grand chantier de décentralisation en créant une instance démocratique de gouvernance dans chacune des 17 régions administratives du Québec. Une chambre régionale, composée d’élus québécois et municipaux, qui regrouperait, par l’entremise de diverses commissions sectorielles, des représentants des directions régionales de ministères et de secteurs de la société civile.

Depuis les années 80, tous les gouvernements ont graduellement et de plus en plus centralisé la gestion des services au détriment des régions administratives et des communautés locales. En même temps, sous prétexte de rationalisation, misant sur l’informatisation de la gestion, ils ont réduit constamment la présence des ministères sur le territoire par des compressions budgétaires et de sévères coupes de personnel, notamment parmi les professionnels et les cadres. Au bout du compte, la centralisation a provoqué une diminution inquiétante de la quantité et de la qualité des services à la population.

Désengagement étatique

Combiné à une décroissance de l’emploi dans la grande entreprise, le désengagement étatique s’est sournoisement dissimulé derrière un discours vertueux de concertation, de prise en charge locale et municipale, d’aide à la recherche, de diversification économique, d’octroi de subventions ponctuelles, de programmes normés et centralisés. Le niveau local (municipal), avec son extension la MRC, est devenu l’étalon de mesure de l’action du gouvernement toujours investi du pouvoir central. Même le Parti québécois, le plus enraciné dans les régions, a succombé à cette mystification, en se dédouanant par une promesse de décentralisation des pouvoirs au lendemain du grand soir de l’indépendance.

Conséquemment, le rôle du député s’est inexorablement effrité. Hors de la fébrilité de l’Assemblée nationale, qu’il soit au pouvoir, ministre régional ou dans l’opposition, le député voit son travail la plupart du temps réduit au trafic d’influence de l’action politique partisane du gouvernement ou de l’opposition, officielle ou non.

Les régions administratives composent la riche diversité du Québec réel. Elles témoignent de l’aspiration et portent la capacité des populations régionales à se gouverner et à administrer les ressources, y compris budgétaires, que le gouvernement québécois doit mettre à leur disposition. L’instance régionale serait associée à la mise en oeuvre dans les 17 régions administratives d’un grand chantier de décentralisation des ministères, politiques et interventions gouvernementales avec les budgets et les ressources professionnelles destinés aux directions régionales ministérielles et, le cas échéant, aux sociétés d’État.

Nouvelle instance régionale

La chambre régionale arrimerait donc les deux niveaux de pouvoir démocratique, celui des élus locaux (municipalités, MRC) et celui des élus québécois (députés). Le gouvernement québécois a la pleine capacité législative de créer cette instance institutionnelle régionale, de lui accorder les pouvoirs et les ressources nécessaires selon un modèle de gouvernance responsable.

Le projet implique une réforme de la démocratie parlementaire de l’Assemblée nationale et une modification des lois encadrant les pouvoirs législatif et exécutif. Les députés bénéficieraient d’une pleine participation à la gouvernance de leur région administrative, comme élus redevables de l’intervention de l’État sur le territoire et comme représentants des intérêts de cette région au Parlement québécois. Les élus municipaux participeraient à l’élaboration des priorités dans une vision régionale intégrée, et pourraient mener une relation productive avec les intervenants régionaux (élus québécois et société civile) et les composantes régionales ministérielles. Chacun participant à la détermination des besoins, au choix des priorités, à l’élaboration des stratégies et à l’attribution des ressources comme partenaires de la gouvernance sur le territoire régional.

Cette réforme devrait être incorporée à cette trop hypothétique constitution québécoise, dont on se demande si elle finira par voir le jour. Justement comme thème mobilisateur, la décentralisation est un projet démocratique concret qui interpelle les populations des régions québécoises, y compris celles de Montréal et Québec. Le projet commande une mobilisation politique régionale. S’il le faut, un parti politique qui fédérerait les régions du Québec ? Lançons l’idée !

4 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 21 août 2018 05 h 24

    « POUR » LA PROXIMITÉ

    Merci monsieur Gagnon c'est clair.

    Il est fondamentale que le pouvoir soit où il devrait être, c'est-à-dire dans les mains des citoyennEs, avec des représentantions de proximité, imputables... évidemment.

  • Iolande Cadrin-Rossignol - Abonnée 21 août 2018 09 h 52

    Oui, il faut redonner du pouvoir aux régions !

    La source vive de tous les élans politiques se trouve dans les régions, qui fournissent éventuellement aux grands ensemble des leaders et les idées nouvelles. Beaucoup de choses intéressantes se passent en région mais sont ignorées et non regroupées. Au total, la variété des ressources et des besoins régionaux fournit des clés pour l'avenir : il n'y a qu' à voir l'immense apport des Universités du Québec.

  • Guillaume Bazire - Abonné 21 août 2018 13 h 37

    Décentraliser le pouvoir pour le rapprocher plus des citoyennEs

    Tout à fait d'accord avec vous et merci du partage de ce projet concret d'amélioration de la démocratie. Je suis de Montréal et je me demande si dans l'application de décentralisation, les grandes régions métropoles garderont-ils une trop grande influence par rapport aux régions plus éloignées et moins peuplées ? Ou le découpage se fera en conséquence ?

  • Réjean Martin - Abonné 21 août 2018 15 h 06

    semblable aux CRÉ ?

    il me semble que tout ça est semblable aux Conférences régionales des élus (CRÉ) qu'on vient d'abolir...