Message aux politiciens et politiciennes: allo, ici la Terre!

«Les conséquences du changement climatique, alors que l’hémisphère étouffe sous une interminable canicule, ne semblent pas vous inquiéter outre mesure», affirme l'auteur.
Photo: Patrick Stollarz Agence France-Presse «Les conséquences du changement climatique, alors que l’hémisphère étouffe sous une interminable canicule, ne semblent pas vous inquiéter outre mesure», affirme l'auteur.

Politiciens et politiciennes qui fourbissez vos armes électorales sous l’intense rayonnement de Galarneau, je me permets de vous interpeller. Terrienne ordinaire qui a encore quelques années de vie statistique devant elle, j’espère que ces années-là, de même que les années promises par ces mêmes statistiques à mes enfants et petits-enfants, ne se transformeront pas en cauchemar. Le même espoir vaut bien sûr pour vous et le reste de l’humanité.

Les conséquences du changement climatique, alors que l’hémisphère étouffe sous une interminable canicule, ne semblent pas vous inquiéter outre mesure. Quelles qu’en soient les causes, l’évolution est maintenant bien visible. On sait depuis des décennies qu’elle est irréversible et ira même en s’accélérant, accompagnée d’événements météorologiques extrêmes. Les températures estivales, sous nos latitudes, pourraient bientôt dépasser les 50 °C. On ne peut pas revenir en arrière, pas même modérer la spirale du réchauffement — à moins de recourir à une ingénierie fort dangereuse. Mais des mesures pour y survivre dans de meilleures conditions devraient être en place depuis longtemps. Or que fait-on ?

Aveuglés par le mythe d’une croissance économique sans fin et la perspective de trois nouveaux emplois (lire trois votes), on achète des pipelines douteux, on autorise les forages dans les zones écologiquement fragiles, on déroule le tapis rouge à des entreprises qui nous laisseront ensuite nous débrouiller avec leurs déchets toxiques, on subventionne les pollueurs, on allonge les autoroutes, on rase des arbres pour les remplacer par des aires bétonnées et/ou des condos (et je n’ose imaginer quelles concessions sur le statut de l’eau pourraient accompagner la renégociation de l’ALENA). Puis on attend.

Conséquences coûteuses

Que faut-il de plus comme signaux ? Personne n’ignore aujourd’hui à quel point ces conséquences seront coûteuses : vies humaines, mais cela ne compte guère, explosion des coûts de santé, dommages à réparer, récoltes perdues, disparition d’espèces utiles et prolifération des nuisibles (pour n’en citer que la plus banale, avez-vous aperçu, à travers la fumée des barbecues, les triomphales avancées de l’herbe à poux ?), érosion, infrastructures en péril, incendies, accueil à prévoir de réfugiés climatiques qui ne passeront pas tous par la douane, etc. Nous écrivons une version du naufrage du Titanic dans laquelle les passagers se dépêchent de se resservir au buffet au lieu de se précipiter vers les canots de sauvetage.

Intéressant paradoxe pour des dirigeants obnubilés par « les vraies affaires », l’inaction s’avère à la longue la plus coûteuse des solutions. Même la Chine a compris tout le potentiel économique des technologies propres. Elle aura accaparé ce marché quand nous nous réveillerons. Voilà donc le grand mot lâché : à la longue. Tous partis confondus, les décisions se prennent en fonction de cotes de popularité, d’intérêts locaux et de rentabilité à court terme. Candidats, vous jurez, la main sur le coeur, tout ce qu’on veut. Élus, trop d’entre vous — et pas des moindres — vendraient père et mère pour remporter la prochaine élection, voyant rarement au-delà. Cela explique peut-être le succès des dictateurs.

Attentisme

Le vieillissement démographique, prévisible dès la fin des années 1940, représente un autre exemple d’attentisme. Mon Dieu, que va-t-on faire de tous ces vieux qui soudain coûtent si cher ? Enfermons-les. Malheureusement, on ne peut pas enfermer le réchauffement.

Je sais que cet appel se perdra dans les préparatifs traditionnels des veilles d’élection, comme la cuisson des hot dogs ou les apparitions du style grand-papa Bi à la télévision. Que les politiciens les mieux intentionnés se font souvent mettre au pas. Que, de toute façon, le véritable pouvoir est entre les mains de firmes dont le monopole planétaire se consolide de jour en jour. Je me demande même si leurs dirigeants ne souhaitent pas une fonte rapide des glaces sous lesquelles il y a tant de pétrole et qui gênent la navigation. Vous, politiciens, ne représentez plus guère que leur exécutif. Mais ce n’est pas une raison pour accepter l’inacceptable sans rien dire.

Quant aux citoyens lambda, dont la plupart ne sont pas dupes de ce théâtre d’ombres, j’ai aussi un mot à leur dire. Chers citoyens lambda, vous avez un réel pouvoir. De grâce, servez-vous-en. Le vote n’est qu’une option. Dans un système électoral comme le nôtre, il ne reflète pas nécessairement les convictions de la majorité. Mais vous décidez d’acheter ou non, vous pourriez être représentés dans les conseils d’administration. Informez-vous. Réagissez. Nous aurons, au bout du compte, ce que nous méritons.

Non, je n’ai pas mentionné les causes sociales. Ces causes figurent généralement déjà dans les programmes électoraux, et la préoccupation environnementale ne les concurrence pas. C’est seulement que nous serons tous grillés avant de devenir aussi beaux, gentils et pareils que l’exige la rectitude morale du moment. Il faut en prendre conscience, ça presse.

11 commentaires
  • Ghyslain Bolduc - Abonné 10 août 2018 01 h 40

    Allégorie du Titanic à compléter

    Cette vive image gagne à être reprise dans les discours qui veulent communiquer par les meilleurs moyens l'urgence à laquelle nous faisons face. Je suggère de la compléter ainsi: "Nous écrivons une version du naufrage du Titanic dans laquelle les passagers se dépêchent de se resservir au buffet au lieu de se précipiter vers les canots de sauvetage, minimisent, dans un aveuglément volontaire, l'impact qu'aura le naufrage sur leur croisière et refusent, bien qu'il soit possible de le faire par leurs efforts collectifs, d'empêcher leur naufrage".

    Qui dit mieux?

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2018 10 h 42

      Ce n’est pas la croissance économique qui est ultimement responsable des gaz à effets de serre, rectitude écologique oblige. Le Titanic, c’est la surpopulation. Je sais que ce n’est pas très populaire de dire cela.

      Ceux qui sont incapables de faire le parallèle entre l’augmentation de la population qui est exponentiellement proportionnelle aux augmentations de CO2 dans le monde, ne vivent pas sur la même planète que nous. En 1900, nous produisions 2 milliards de tonnes de CO2 avec une population mondiale de 1,6 milliards. Dans les années 60, la population mondiale se chiffrait dans les 3 milliards et notre empreinte écologique était de 9,4 milliards de tonnes. Aujourd’hui, en 2018, avec une population mondiale qui se compte dans les 7,5 milliards, nous produisons plus de 38 milliards de tonnes de CO2.

      En résumant tout simplement, 1,25 tonnes de CO2 par individu en 1900, 3,33 en 1960 et maintenant, en 2018, c’est de l’ordre de 5 tonnes de CO2. Le réveil industriel des pays en voie de développement sonne la catastrophe écologique tant redoutée aujourd’hui. Ce n’est pas que les passagers se servent une deuxième portion sur le Titanic terrestre, mais bien qu’il y a trop de monde qui sont invités au buffet. La Chine et l’Inde compte presque la moitié des émissions de CO2 dans le monde.

      Qui l’aurait cru que faire des enfants en 2018, tue. Si on veut combattre le phénomène de la surpopulation, nous allons devoir travailler en amont dans les pays en voie de développement afin d’améliorer la condition des femmes, des enfants, de miser sur l’éducation et surtout sur le planning familial et les moyens de contraception.

      Et on parle du CO2 en occultant la disparition toujours grandissante des écosystèmes biologiques des plantes et des animaux. On espère que les gens ont des connaissances sur le concept de la chaîne alimentaire et de son importance pour nous. Enfin, l’homosexualité n’est pas si terrible socialement en vue des défis mondiaux qui nous guettent.

    • Marc Brullemans - Abonné 11 août 2018 00 h 37

      Monsieur Dionne, si, depuis un siècle, la population humaine a été multipliée par 4, l'énergie dépensée par individu a également été multipliée par 4 pendant cette période. Pas étonnant donc que nos émissions de GES ont fait un sérieux bond et que nous ayons placé notre planète dans une nouvelle orbite climatique mais ce que monsieur Dionne oublie de dire c'est que certains sont plus égaux que d'autres, qu'il s'agisse des multinationales les plus polluantes ou des habitués de l'avion ou du superyacht, qu'importe le lieu où elles et ils reçoivent leur correspondance. Si nous ramenions ces personnes, morales ou non, à de bons sentiments et à consommer comme les autres, nous n'aurions pas tant de difficultés à respecter un budget carbone compatible avec un réchauffement de moins de 3 degrés. Je sais, ce ne serait pas de la tarte de les y contraindre mais le point que je veux apporter ici, c'est que je n'ai pas invoqué la surpopulation. D'ailleurs, tout porte à croire que la population humaine décroîtra avant un siècle; comme quoi le problème est ailleurs...

  • Jean Thibaudeau - Abonné 10 août 2018 06 h 30

    Politiciens? Des citoyens parfaitement représentatifs!

    Il y a certainement matière à blâmer les politiciens, mais il faut être quand même lucide. Les électeurs ne sont absolument pas prêts à envisager une remise en question le moindrement sérieuse de leur présent mode de vie pour sauver les générations futures... quand eux-mêmes n'y seront plus.

    Même les "conscientisés", ceux qui se disent "préoccupés", minimisent de façon ahurissante la gravité de la situation. Ils veulent bien trier leurs déchets, se passer de sacs de platique, faire un peu plus de vélo... mais PAS remettre en question la sacro-sainte croissance économique! Ils ont donc les politiciens qu'ils méritent.

    Le N-Y Times a publié récemment un véritable roman sur la façon dont les É-U ont "découvert" les dangers que l'accumulation de carbone dans l'atmosphère allait faire peser sur l'humanité, et comment, entre 1979 et 1989, alors qu'il était encore temps d'agir, ils ont choisi de ne rien faire. Extrêmement instructif! 30 ans plus tard, rien n'a changé, ici comme partout ailleurs.

    https://www.nytimes.com/interactive/2018/08/01/magazine/climate-change-losing-earth.html

    • Nadia Alexan - Abonnée 10 août 2018 11 h 06

      Merci madame Gevrey, pour votre cri de coeur qui nous réveillent à la réalité de changements climatiques qui vont nous coûtait cher.
      Par contre, je ne suis pas d'accord avec vous, monsieur Thibodeau, que ce sont les citoyens qui ne veulent pas changer leur mode de vie face à la catastrophe environnementale qui nous attend. Au contraire, ce sont les intérêts économiques et financiers qui veulent promouvoir la croissance éternelle et le saccage de la nature pour des ristournes pécuniaires.
      Ce sont nos politiciens qui refusent de réglementer la cupidité vorace des entreprises privées pour lesquelles la maximisation de profits n'est que leur raison d'être, pas l'intérêt public ni le sauvetage de la planète. C'est à nous d'élire un gouvernement qui prend au sérieux sa responsabilité de mettre en avant le bien-être de l'environnement, avant les intérêts économiques.

  • Paul-Émile Lupien - Abonné 10 août 2018 08 h 23

    Réfléchir ensemble ...L

    La coopération versus la compétition , en société , est peut - être à examiner ? Bonne journée !

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 août 2018 17 h 48

    Tout se meurt

    Le sacré s'oppose au contrôle des naissances et encourage la procréation dans des contrées où l'on crève de faim. Le profane favorise une croissance économique qui s'accapare des ressources de la planète au bénéfice d'une fraction de l'humanité. L'ampleur de la diffusion de l'information s'accompagne d'un amenuisement de l'entendement humain.

    Il y a de quoi râler, puisque nous agonisons ; la vie tousse, d'abord faiblement, puis bruyamment, enfin avec violence; certains se révoltent ou se résignent devant cette décrépitude, d'autres s'en contrefichent en croyant que la dégradation est réversible tandis que la majorité tient pour frivole cette réalité qu'elle ne perçoit pas, alors que sombre l'arche de Noé…

  • Chantal Grenier - Abonnée 10 août 2018 19 h 45

    Merci à tous et toutes

    pour vos commentaires, preuve que le sujet ne laisse pas tout le monde indifférent et que l'on peut dialoguer avec profit. Je voudrais seulement faire remarquer que je me suis bien gardée de parler des causes du réchauffement (il y a là un débat fort complexe, qui n'est pas le propos de cet article), pour cibler seulement la nécessité de développer au plus vite des mécanismes de protection pour nous, humains, qui sommes confrontés à une évolution aussi rapide que dramatique. Celle-ci dépasse peut-être nos capacités d'adaptation. Il faut donc maintenant trouver des moyens pour survivre du mieux possible. Inutile de s'inquiéter pour la Terre, qui en a vu d'autres et peut très bien se passer de nous, mais on doit certainement faire le maximum pour ne pas aggraver les choses et se rendre compte qu'il y a d'autres priorités que le sexe des virgules ou la courbe du chiffre d'affaires.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2018 23 h 07

      Juste une petite question madame, comment peut-on cibler des mécanismes de protection quand on fait fi de la cause ou des causes? Et la cause principale est tellement apparente mais la plupart des gens ne la souffle qu’au bout des lèvres de peur de pécher contre la vertu de la très, ô combien sainte, rectitude politique.

      Je m’inquiète pour la Terre comme être humain parce que si l’air n’est plus respirable, l’eau n’est plus potable et que la nourriture n’est plus disponible, comment ferons-nous pour survivre? Toutes les belles parole n’y feront rien parce l'être humain peut survivre à tout, sauf la mort.