Empêcher le saccage des zones de biodiversité à Montréal

Le futur terrain de la gare du REM de Sainte-Anne-de-Bellevue. «Il faut agir rapidement pour boucler le plus grand écoterritoire non protégé de l’île», estime l'auteur.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le futur terrain de la gare du REM de Sainte-Anne-de-Bellevue. «Il faut agir rapidement pour boucler le plus grand écoterritoire non protégé de l’île», estime l'auteur.

« La beauté et le génie d’une oeuvre d’art peuvent être reproduits si la première expression matérielle est détruite ; une harmonie perdue peut encore inspirer un compositeur ; mais lorsque le dernier représentant d’une espèce vivante rend l’âme, il faudra attendre un autre Paradis et une autre Terre avant de la revoir. »

— C. William Beebe, The Bird : Its Form and Function

La présente administration montréalaise s’est vu remettre un cadeau précieux : le pouvoir de protéger les zones de biodiversité restantes sur l’île de Montréal, une occasion qu’il lui faut saisir. Ses récentes décisions de protéger et d’étendre la falaise Saint-Jacques et le parc de l’Anse-à-l’Orme augurent bien.

Montréal, de même que les autres municipalités de l’île et les arrondissements, sans oublier ses citoyens, devrait profiter de ce moment de grâce pour empêcher le saccage des richesses naturelles encore présentes sur l’île.

Il faut agir rapidement pour boucler le plus grand écoterritoire non protégé de l’île, les 185 hectares de Pierrefonds-Ouest, de même que les 80 hectares riches en biodiversité de Sainte-Anne-de-Bellevue, les milieux humides et habitats des oiseaux migrateurs du Technoparc à Saint-Laurent, le long du problématique REM de la Caisse de dépôt.

Au Technoparc de Saint-Laurent, plus de 180 espèces d’oiseaux migrateurs ont été recensées. Malgré ces données et la présence d’espèces menacées, comme le petit blongios et la grive des bois, tous deux protégés en vertu de la Convention pour la protection des oiseaux migrateurs aux États-Unis et au Canada, l’habitat des oiseaux et les milieux humides sont détruits sans que l’arrondissement ni l’ancienne administration montréalaise en soufflent mot.

La plupart des citoyens et des politiciens ne comprennent sans doute pas que la destruction de zones riches en biodiversité dépasse les affaires locales. Lorsque nous détruisons l’habitat des oiseaux migrateurs en comblant les milieux humides et en rasant les arbres, tout en produisant des quantités massives de gaz à effet de serre, c’est à toute la planète que nous nuisons.

Une étude de Jérôme Dupras et al, The Impacts of Urban Sprawl on Ecological Connectivity in the Montreal Metropolitan Region (Environmental Science and Policy, 58 : 2016), montre qu’en 2010, seulement 6,5 % de l’île de Montréal garantit une connectivité écologique, comparativement à 1966, alors que ce taux était d’environ 45 %. Ceci s’est malheureusement traduit par des pertes importantes de biodiversité végétale et animale, de même que d’espaces humides, de forêts, de terres agricoles et de prairies.

La publication de Printemps silencieux par Rachel Carson en 1962 (la version française est parue en 1963) a donné un bon élan au mouvement environnemental québécois moderne pendant la Révolution tranquille.

Le livre de Rachel Carson, qui se basait sur la recherche environnementale alors réalisée, lançait un cri d’alarme à l’humanité qui détruisait son système vital sur Terre. Comme le dit Rachel Carson : « C’est seulement dans la séquence temporelle du siècle présent qu’une espèce — l’homme — a acquis la puissance considérable d’altérer la nature de ce monde… La rapidité actuelle des changements, la vitesse à laquelle se créent des situations nouvelles correspondent plus au pas de l’homme, impétueux et irréfléchi, qu’à l’allure pondérée de la nature. »

Le 1er décembre 2017, plus de 15 000 scientifiques ont signé le World Scientists’ Warning to Humanity : A Second Notice sur la négligence de la Terre par l’humanité et l’urgence de changer nos habitudes. Le premier avertissement a été lancé il y a environ 25 ans par plus de 1700 scientifiques et disait : « Nous devons changer notre intendance de la Terre et de la vie qu’elle porte si nous voulons éviter de graves dangers pour l’humanité. »

Cette fois-ci, les scientifiques soulignent qu’à part le fait que nous ayons renversé l’amincissement de la couche d’ozone, l’humanité n’a tout simplement pas rempli son rôle de gardien de la Terre. Ils s’inquiètent surtout de la déforestation, de l’augmentation des gaz à effet de serre provenant des énergies fossiles et de la croissance de l’industrie bovine. Ils indiquent les dangers reliés à une extinction massive des espèces causée par l’espèce humaine, la sixième extinction de masse en 540 millions d’années, mais la première causée par l’homme, d’où le nom d’« Anthropocène ».

Comme l’écrivait Rachel Carson : « Nous voici à la croisée des chemins… Celle qui prolonge la voie que nous avons déjà trop longtemps suivie est facile, trompeusement aisée ; c’est une autoroute, où toutes les vitesses sont permises, mais qui mène droit au désastre. L’autre, le chemin moins battu, nous offre notre dernière, notre unique chance d’atteindre une destination qui garantit la préservation de notre terre. »

2 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 8 août 2018 06 h 40

    Anthropocentrisme envahissant.

    Bravo pour ce texte débordant de lucidité. Une autre belle démonstration de notre inaction devant l'évidence. C'est à se demander à quoi sert-il d'être, soi-disant, intelligent?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 août 2018 14 h 19

    100 % d'accord avec Shloime Perel

    Valérie Plante et son parti doivent montrer la voie à suivre. S'ils nous déçoivent sur le plan de la protection de l'environnement, nous ne saurons plus à quel saint nous vouer.