Pédaler parmi les disparus

«Les cyclistes, comme tous les au­tres citoyens, comprennent bien le côté sacré d’un cimetière», affirme l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Les cyclistes, comme tous les au­tres citoyens, comprennent bien le côté sacré d’un cimetière», affirme l'auteur.

Je m’entraîne avec des amis depuis des années, le soir, en parcourant les différentes pentes présentes de tous les côtés du mont Royal. L’endroit le plus agréable pour cette activité est le cimetière du Mont-Royal, à cause de l’absence de circulation automobile et des défis nombreux et variés qui s’y trouvent (belles et nombreuses côtes). Nous y faisons chaque fois une partie de notre entraînement.

Il est d’ailleurs fort intéressant et curieux qu’en cet endroit où reposent les disparus de notre ville, des gens s’entraînent (coureurs et cyclistes) afin d’améliorer leur santé physique et mentale, et d’ainsi éloigner la mort. Quel beau paradoxe !

Cet espace immense et privilégié qu’est le cimetière Mont-Royal a été octroyé en 1847 par le gouvernement de l’époque à l’organisme qui le gère depuis et jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, ces lieux n’ont pas été pensés à l’origine pour des cyclistes. Ce besoin n’existait pas à l’époque. Mais la société a beaucoup évolué depuis 1847.

Si aujourd’hui, on construisait une ville toute neuve sur l’île de Montréal, à partir de ce qui existait en 1642, cet endroit formidable qu’est la montagne serait chaudement disputé entre les différents usages requis par une société moderne et bien pensée. Est-ce que le cimetière y serait, alors qu’un tel type de lieu est beaucoup plus accessible en terrain plat ? Je ne sais pas. Il y a toutefois fort à parier qu’une très vaste partie de la montagne serait attribuée à des espaces publics, accessibles à tous les citoyens et voués à des usages récréatifs : parcs nature, aires de repos et nombreux sites d’entraînement afin de tirer profit de l’immense avantage que procure une montagne pour ce type d’activité. Imaginez un site d’entraînement idéal situé en plein centre de la ville ! Ce rêve n’est plus à notre portée, mais des solutions existent : le partage des espaces existants.

La pratique du vélo s’est popularisée grandement ces 20 dernières années, et ses bénéfices sont immenses. Malheureusement, aujourd’hui, la voiture occupe tout l’espace public, et la réticence de certains conducteurs à partager amicalement les rues est notable. Lors de collisions, les cyclistes sont toujours les plus à risque. Ils sont parfois hypothéqués à vie… ou pire.

Partout sur la planète, les cités grandissent et se densifient. Le manque d’espace pour les différents usages publics est criant. La solution passe par les usages multiples d’un même lieu, ce qui permet d’en maximiser l’usage et d’en offrir les avantages au plus grand nombre.

Dans ce même esprit, partager les espaces et accommoder les besoins d’une population en droit d’utiliser des endroits sécuritaires pour la pratique du vélo doit devenir la norme dans une société dite moderne.

Les cyclistes, comme tous les autres citoyens, comprennent bien le côté sacré d’un cimetière. Il est regrettable que le comportement irrespectueux de quelques-uns ait pu importuner des gens venus visiter un défunt. Toutefois, la solution radicale d’interdire les vélos que le conseil d’administration du cimetière a adoptée n’est pas la bonne.

Le cimetière étant très peu visité en fin de journée, les vélos pourraient y être autorisés entre 16 h et 21 h, et ce, sans impact pour les visiteurs. Pour ce qui est des règlements qui doivent être observés (vitesse réduite, respect des visiteurs, nombre de cyclistes par groupe, etc.), la Ville de Montréal doit s’impliquer financièrement afin d’éponger une partie des coûts de surveillance des lieux. Quelques contraventions judicieusement distribuées devraient suffire à rétablir la quiétude primordiale en ces lieux si précieux.

Membres du CA du cimetière Mont-Royal, mairesse de Montréal et p.-d.g. de Vélo Québec, assoyez-vous ensemble afin d’en arriver à une entente rapidement. La situation ne doit pas demeurer en l’état.

11 commentaires
  • Julien Thériault - Abonné 6 août 2018 07 h 58

    Naïveté

    « Il y a toutefois fort à parier qu’une très vaste partie de la montagne serait attribuée à des espaces publics, accessibles à tous les citoyens et voués à des usages récréatifs».

    Vraiment ? Je pense plutôt que ce serait « au plus fort la poche » et que la montagne au complet serait comme Westmount, l'apanage des plus fortunés, de ceux qui pourraient y mettre le prix.

  • Gilles Delisle - Abonné 6 août 2018 09 h 15

    Des cyclistes dans le cimetière Côte des Neiges

    Etant cycliste moi-même depuis plus de 50 ans, j'ai été surpris et choqué d'apprendre que des cyclistes se servent de cet endroit pour pratiquer ce sport. Imaginons des cyclistes au Père Lachaise à Paris! Comment a-t-on pu permettre cette incursion malheureuse dans cet endroit de recueillement pour des milliers de famille? C'est un manque de respect innommable envers un endroit pareil. A l'époque, on a choisi cet endroit pour inhumer les morts parce que les ceux-ci étaient enterrés dans un parc du centre-ville , qui à l'époque, menacait l'hygiène publique à Montréal. Que le choix de la montagne fusse un mauvais choix, peut-être, mais aujourd'hui, on doit vivre avec, et dans le respect de cet endroit. Il y a bien d'autres endroits pour les cyclistes, comme l'Ile Ste-Hélène qu'on a préféré bétonner ( 75 000 pieds carrés) pour quelques spectacles par été, dont les décibels viennent déranger les résidents de villes de la Rive-Sud. Une bêtise signée Denis Coderre.

    • Solange Bolduc - Inscrite 6 août 2018 17 h 23

      Cher M. Delisle, les morts n'en ont rien à foutre des cyclistes: le cimetière est un lieu pour se rappeler des souvenirs du défunt devant la pierre tombale, pour y déposer des fleurs, symbole du renouveau, de la vie, qui naît et meurt comme l'humain; d'autres, en priant devant la tombe,croiront qu'ils aideront l'âme du défunt à obtenir son passeport pour le ciel, que ce dernier ou quelqu'un là-haut entend leurs prières.... Une question de croyance, c'est tout !

      Je n'ai aucune objection que des cyclistes aillent se balade dans cet endroit champêtre, pendant que les restes du défunt se font manger par les asticots! Tout retourne à la terre, et la beauté c'est pour le regard et la paix des hommes et des femmes qui l'apprécieront de leur vivant, après il sera trop tard. Cycle de l'éternel retour..

      Il ne faut donc pas attendre d'être mort pour en profiter, quand on est mort on est si peu: il ne reste pour les vivants que les souvenirs du défunt, et c'est beaucoup!
      Quand j'étais étudiante à l'Université de Montréal, habitant tout près du Cimetière protestant, j'allais souvent m'asseoir près du ruisseau, autour duquel il y avait plein de beaux arbres en fleurs et des odeurs paradisiaques....je lisais sur les Étrusques....Je ne dérangeais ni les morts ni les visiteurs...et je peux très bien comprendre que les cyclistes apprécient cet endroit moins dangereux que les voitures dans les rues de Montréal. Je rencontrais souvent un peintre qui y allait pour dessiner les lièvres, le matin tôt....et nous jasions d'art sans déranger personne, dans le respect des vivants et des morts!

      Votre réaction négative m'étonne, même si vous y avez droit....Je la respecte, Monsieur Delisle.

  • Solange Bolduc - Inscrite 6 août 2018 10 h 02

    N'attendez pas après la mairesse de Montréal...

    pour s'asseoir avec d'autres responsables, et trouver des solutions équitables : elle a été élue pour faire plaisir à ses «paroissiens et paroissiences», dont elle est la plus brillante «vicairesse »!

    Elle n'écoute qu'elle-même, et seulement ce qui la mettrait en valeur ! Aussi vaniteuse que Coderre!

  • Du Nord De Montréal A C E F - Inscrit 6 août 2018 15 h 20

    Pauvre Monsieur Cantin...

    ...privé de votre lieu d'entraînement alors que ce n'en est pas un. Pas facile, la vie de marathonien.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 6 août 2018 15 h 41

    Décidément...

    Il y en a qui ne pensent qu'à leur petite affaire sur deux roues et qui se foutent complètement du reste.