La résonance d’un profond malaise social

«[Le] narratif qui sert à raconter le passé, le présent et le futur ne peut plus être désincarné d’une réciprocité et de la reconnaissance de l’existence de l’autre en tant qu’acteur social», selon Myrlande Pierre.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «[Le] narratif qui sert à raconter le passé, le présent et le futur ne peut plus être désincarné d’une réciprocité et de la reconnaissance de l’existence de l’autre en tant qu’acteur social», selon Myrlande Pierre.

Irrémédiablement, les épisodes SLĀV et Kanata obligent la société québécoise à se regarder et à faire une introspection afin de rendre possible un véritable dialogue. Du moins, c’est ce qui serait collectivement bénéfique et constructif pour comprendre ce profond malaise social. La première lecture qu’il nous est permis de faire est sans équivoque le constat de la sous-représentation et de l’invisibilisation des minorités ethniques et racisées et des Autochtones dans les lieux où s’exerce le contrôle de la production, de la diffusion et de l’utilisation des savoirs. Ce problème est décrié depuis près de deux décennies. Il suffit de faire une revue des revendications traduites dans des mémoires, des avis et plusieurs études pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas là de revendications nouvelles au Québec.

Déjà, en 1999, une analyse de la situation amenait le Conseil des relations interculturelles du Québec à publier des recommandations pour favoriser une meilleure connaissance de la situation des artistes des groupes ethnoculturels et un accès plus équitable aux mécanismes de financement public mis à la disposition des artistes. De plus, le Conseil suggérait d’ores et déjà des moyens pour améliorer la représentativité des membres de ces groupes minoritaires dans les instances consacrées à la culture. Le nombre effarant d’avis et de mémoires ainsi que les revendications issues de la société civile dénonçant des situations d’inégalité structurelle dans le domaine de la culture en disent beaucoup sur un problème longtemps décrié. Le phénomène de la sous-représentation de la diversité — et plus particulièrement des minorités racisées — est malheureusement observable et exacerbé dans plusieurs autres secteurs : politique, économique, de l’emploi, dans les lieux stratégiques de décision et de pouvoir, etc. Le problème est à ce point cristallisé que cela prendrait un sérieux coup de barre et un changement de paradigme pour sortir de l’impasse et en changer la dynamique.

La deuxième lecture qu’il nous est permis de faire de ces épisodes qui secouent une bonne partie de la société québécoise est celle des rapports de domination qui structurent encore aujourd’hui la dynamique sociale. Selon Alain Touraine, trois types d’actions sont attribuables à la classe dominante ou dirigeante : « la gestion de l’accumulation, l’appropriation du mode de connaissance et l’imposition du modèle culturel ». Assistons-nous peu à peu à l’éclatement de ce modèle culturel qui tend à dicter les orientations et la représentation de ce que devrait être l’universel ? La société et la culture ne sont pas des entités statiques. Elles se déploient, évoluent et se transforment au contact des apports culturels divers. Comme les personnes humaines, les cultures n’existent qu’en relation les unes avec les autres (UNESCO 2009b : 9). Cette relation, si on la souhaite équitable et dépourvue de tout rapport de domination, ne peut se construire que par une dialectique de l’altérité où l’un et l’autre se rencontrent et s’enrichissent mutuellement.

Les défis que posent la diversité ethnoculturelle croissante dans la société québécoise et la présence des Premières Nations sont corollaires d’une mouvance intrinsèque, historique, symbolique et identitaire qui nous oblige à mieux (re)penser les enjeux du vivre-ensemble. Ce qu’il nous faut retenir de ces épisodes, c’est que le narratif qui sert à raconter le passé, le présent et le futur ne peut plus être désincarné d’une réciprocité et de la reconnaissance de l’existence de l’autre en tant qu’acteur social. Cette perspective conduit inlassablement à parler de citoyenneté. Or, la citoyenneté ne se restreint pas au principe de la légitimité politique, elle est également la source du lien social qui renforce l’idée d’une vision commune de la société. Une société où hommes et femmes d’origines diverses peuvent participer en toute légitimité et de manière juste et équitable à la définition de ses fondements.

Ultimement, le retour à la conception de citoyenneté pour repenser les relations interculturelles, les inégalités et la lutte contre la discrimination et le racisme serait-il la voie à privilégier pour sortir de l’impasse ? Une citoyenneté qui serait non pas dictée par une conception jacobine, mais par une réelle prise en compte des facteurs qui compromettent le plein exercice de celle-ci.

47 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 juillet 2018 02 h 37

    Un malaise né du racisme anglo-saxon

    En préambule, rappelons-nous de trois faits fondamentaux.

    Premièrement, les réserves indiennes sont le résultat du colonialisme anglo-saxon. Deuxièmement, les pensionnats autochtones étaient des créatures de l’État colonial canadian. Troisièmement, les descendants d’esclaves noirs américains ne forment que deux pour cent de la population canadienne en raison d’une politique migratoire qui ne voulait pas d’eux au pays.

    Maintenant, abordons le vif du sujet.

    La foule venue cracher son mépris à la face des abonnés du TNM (et à travers eux à l’ensemble des francoQuébécois) était majoritairement composée de jeunes Blancs anglophones. Cela dit tout.

    Le malaise social dont Myrlande Pierre fait allusion vient d’une tentative de la majorité angloCanadienne de nous imposer son idéologie raciste sous l’accusation d’appropriation culturelle.

    En imposant toute une série de critères tatillons, le Conseil des Arts du Canada et ses dévots ont pour objectif de décourager la production d’œuvres qui prennent fait et cause pour les victimes du colonialisme anglo-saxon poursuivi par l’État canadien.

    Mordant à l’hameçon, certaines minorités font le jeu de ceux qui, de tout temps, ont cherché à les exterminer ou à les réduire à la servitude.

    Ce dont les Autochtones du Québec ont besoin, ce n’est d’une poignée de rôles de plus, mais de l’abolition des politiques génocidaires du gouvernement canadien.

    Le peuple francoQuébécois a toujours épousé la cause des autres peuples qui, eux aussi, sont victimes du colonialisme anglo-saxon. Et le meilleur exemple que je peux vous trouver, c’est Robert Lepage.

    Quand un des plus grands metteurs en scène au monde offre de mettre son talent immense au service de votre cause, on le laisse faire.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 juillet 2018 09 h 31

      Très bien dit M. Martel.

      On pourrait aussi ajouter que c’est bien beau de faire des œuvres théâtrales à 100% autochtone, mais il faudrait encore que des gens achètent des billets pour aller les voir. Quand les gens paient pour voir une pièce théâtre, ils ne veulent pas seulement entendre le message de l’auteur, ils veulent être divertis. Et voilà l’essence même du génie créateur; faire une symbiose des deux. Sinon le vieil adage me vient à l’esprit : si un arbre tombe dans la forêt et personne n’est là pour l’écouter, est-ce qu’il fait un bruit?

      En passant, un été assit tranquillement dans une terrasse à Montréal, j’entendais des conversions de jeunes qui parlait de la justice sociale et de tous ces beaux concepts. Vient un itinérant autochtone leur demander de l’argent et ils se sont moqués de lui et d’autres l’ont tout simplement ignoré pour reprendre aussitôt leur conversation afin de changer le monde. C’est « ben’ pour dire.

    • Jean-François Trottier - Abonné 30 juillet 2018 10 h 20

      Si vous permettez M. Martel, je souhaite développer vos propos pour lesquels je vous félicite.

      Les deux cas sur la tapis sont un bel exemple de ce en quoi le multiculturalisme est pervers au Québec.
      Là où une forte majorité détient pas mal tous les pouvoirs, i.e. le capital, les médias (officiels et officieux), il y a un devoir appuyé par différentes modes pour "aider" les minorités à s'exprimer. On sait qui est la majorité, le reste est... le restant.

      Au Québec, la majorité, qui détient le capital et les médias (ifficiels et officieux), du moins ceux qui sont repris partout dans le monde pour ensuite nous être retournés avec une force massive, est anglophone.
      D'où, le Québec est réellement une terre de minorités où le multiculturalisme sert à séparer les minorités, dont celle de 7 millions, et donc les faire se combattre de façon plus ou moins larvée.

      Pendant ce temps la majorité anglophone a beau jeu de parler de francophones "frileux".
      Bin quin! Nous mettons en scène LEUR frilosité bien camouflée derrière cette Grandeur d'Âme qui sied bien aux puissants. Il existe encore aujourd'hui un apartheid qui prend une forme moralisante. Ah qu'c'est beau!

      Je m'étonne que l'auteur omette CETTE partie du casse-tête québécois.
      L'interculturalisme, qui tient compte tout autant des individus mais y ajoute la reconnaissance sociale, est mille fois plus idoine pour s'ajuster à la situation québécoise.

      Les Français ont respecté TOUS les traités signés avec des autochtones, depuis Gaspé jusqu'à la Nouvelle-Orléans, dont la Grande Paix qui offrait aux Agniers-Mohawks la paix dans le respect.

      C'est ainsi que les Québécois, peuple métissé tant par la culture que par le sang (j'en suis), honore les autres peuples par l'emprunt et l'échange direct de main à main. C'est respecter cette minorité que de la laisser vibrer au son du coeur des autres.

      Parce que NOUS n'avons pas 300 ans de barbarie et de tueries à nous faire pardonner, nous.

    • Céline Delorme - Abonnée 30 juillet 2018 11 h 42

      Citation de l'article;
      "Ce qu’il nous faut retenir de ces épisodes, c’est que le narratif qui sert à raconter le passé, le présent et le futur ne peut plus être désincarné d’une réciprocité et de la reconnaissance de l’existence de l’autre en tant qu’acteur social."

      Justement, Madame Pierre, les protestaires ont injurié agressivement des créateurs qui mettent de l'avant la "réciprocité et la reconnaissance de l'existence de l'autre".
      Résultat de ces intimidations et censures: Dorénavant chaque créateur devra changer de métier et faire oeuvre de documentaire seulement, il devra abandonner la direction de son oeuvre pour la transmettre à un comité ethnique dûment enregistré, ou bien continuer la création en restant seulement dans le sujet de sa propre ethnie, sous peine d'être boycotté et injurié.
      D'ailleurs le Conseil des Arts du Canada a déjà émis une directive à ce sujet: les "blancs" ne pourront pas être subventionnés s'ils touchent un sujet concernant une autre"race"à moins d'une approbation, ou bénédiction par un comité reconnu de la "race" en question.
      Les autres productions de culture ou divertissement (théatre, chanson, humour...)peuvent continuer à mentionner seulement la réalité "blanche" et ne seront pas inquiétés.
      Comme le disait le grand intellectuel Alberto Manguel, dans ces pages: " En essayant de réduire Robert Lepage au silence, ses critiques donnent des arguments aux idéologues de droite qui désirent que chaque communauté (définies par les hiérarchies au pouvoir) reste dans son propre ghetto."

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 juillet 2018 11 h 46

      Merci monsieur Trottier pour votre commentaire.

      Le racisme anglo-saxon exige que les gens de races différentes vivent séparément. Soit dans quartiers (ghettos) différents, soit dans des dépendances séparés d’un domaine.

      Avant la mode des mariages mixtes des années 1960, les seuls mulâtres américains descendaient d’esclaves violées par leurs maîtres blancs.

      À l’opposé, en Nouvelle France, les coureurs des bois avait besoin d’une épouse Autochtone qui leur serve d’interprète auprès des autres peuples et qui connaisse la survie en forêt.

      De tout temps, des Blancs et des Autochtones se sont aimés. Avec le résultat que les conseils de bande à la solde du colonialisme canadian se sentent régulièrement obligés d’expulser les métis de leurs réserves.

      Comme vous, M. Trottier, un nombre incommensurablement de francoQuébécois sont de ‘sang mêlé’ (comme dirait Harry Potter).

      Pour éviter l’accusation d’appropriation culturelle, doit-on faire des prises de sang pour déterminer l’aptitude d’un francoQuébécois à tenir un rôle de descendant d’Autochtone ? Doit-on le réserver à ceux que le ministère de l’Apartheid canadian (c’est-à-dire le ministère des Affaires indiennes) reconnaît comme tel ?

      Bref, le concept d’appropriation culturelle, parfaitement compatible avec le racisme anglo-saxon et la ségrégation raciale qui en découle, sont, au contraire, incompatibles avec les valeurs québécoises.

      Sous le couvert d’un conflit pseudo racial provoqué par quelques manifestants principalement blancs et anglophones, nous avons affaire à une tentative de soumettre le peuple francoQuébécois aux valeurs racistes anglo-saxonnes.

  • Yves Côté - Abonné 30 juillet 2018 03 h 29

    En monarchie...

    Pour comprendre les choses et donc agir sur elles pour une société, il n'y a pas trente-six solutions.
    D'abord, il ne peut y avoir de citoyens sans République. Et très peu souvent de République sans changement de système politique historique.
    L'Histoire, c'est aussi un jour de changer la donne lorsqu'elle devient anachronique...
    En monarchie, même constitutionnelle, il s'agit de "sujets" et pas de citoyens.
    Ne travestissons pas le sens des mots et des choses, tel le Canada excelle comme jamais auparavant à la faire par sa propagande et sa communication depuis vingt ans.

    Pour se réveiller enfin, et avant même d'en avoir envie, il faut d'abord décider chacun-chacune pour soi que nous ne sommes plus le suiveur ou la suiveuse du troupeau.
    Et le faire exige tant de volonté, que c'en est douloureux...

    Vive la République du Québec et ses citoyens enfin libres et émancipés politiquement !

  • Nadia Alexan - Abonnée 30 juillet 2018 04 h 41

    La citoyenneté exige une vision commune pas un morcellement ethnique.

    Vous dites: «Or, la citoyenneté ne se restreint pas au principe de la légitimité politique, elle est également la source du lien social qui renforce l’idée d’une vision commune de la société. Une société où hommes et femmes d’origines diverses peuvent participer en toute légitimité et de manière juste et équitable à la définition de ses fondements.»
    Ce que vous dites est contradictoire. On ne peut pas avoir une cohésion sociale avec une vision citoyenne commune en morcelant la société sur une base raciale, ethnique ou religieuse. Toutes personnes vivant dans une société devront chérir et être fière de leur citoyenneté, pas de leurs origines raciales, ethniques ou religieuses. Sinon, on tombe alors dans la division du communautarisme et de la ghettoïsation.

  • Gilles Tremblay - Inscrit 30 juillet 2018 04 h 48

    Sainte-Myrlande priez pour nous. Amen.

    À lire votre opinion, j'ai la triste impression d'entendre le curé, grimpé dans son jubé, laver le cerveau de ses ouailles à coup de belles paroles qui ne mènent nulle part, hormis pour le pécule dans sa poche et la dîme pour le Saint-Siège. Le problème Madame Pierre avec votre sociologie divine ancrée dans votre bible ethnique à sens unique est que votre science souffre de déni suite à une carence manifeste d'éthologie. Vous êtes vous-même en proie au déni de la vérité en ce qui concerne l'humain, un animal comme les autres. Il est là votre profond malaise social. La pulsion sociale est indissociable de l'instinct de survie. Le rapport de domination est un outil qui peut servir au maintien de la cohésion du groupe ou comme une arme de destruction sociale. Vous vous devez de dominer votre chien, Madame Pierre, sans obligatoirement lui mettre votre pied au cul. Faute de domination adéquate, un jour ou l'autre, il mordra le pied qui pense pour lui.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 juillet 2018 16 h 52

      Trop drôle votre phrase M. Tremblay : "Sainte-Myrlande priez pour nous. Amen".

      Ah! Les faux prêtres de la très Sainte rectitude politique aux accents inquisitoires de l'appropriation culturelle priez pour nous.

  • Claude Bariteau - Abonné 30 juillet 2018 05 h 45

    Raisonner la résonance

    Vous soulevez de bons points après un rappel d’études révélant des problèmes de représentation de groupes ethnoculturels dans la construction du « vivre-ensemble ». Vous référez même à Touraine pour renforcer l’idée d’un directoire de dirigeants.

    Puis, vous concluez en avançant qu’un retour à la citoyenneté serait peut-être la voie pour sortir de l’impasse si elle n’est pas conçue à la jacobine (l’obsession des communautaristes) mais avec « une réelle prise en compte des facteurs qui compromettent le plein exercice de celle-ci ».

    Il y a par contre des absences dans votre analyse. Vous faites écho à la société québécoise sans parler de province, le Québec en étant une dans le pays qu’est le Canada.

    Aborder la citoyenneté au Québec avec ces absences, c’est aborder la citoyenneté canadienne. Proposer de résoudre l’impasse notée, c’est alors le faire selon l’approche canadienne.

    Sa particularité est de valoriser le communautarisme et une citoyenneté sur la base de droits à la différence comme fondement du commun et non sur celle des liens sociaux pour élaborer et renforcer une vision commune.

    Or, il s’avère que l’approche canadienne de la citoyenneté n’est pas indépendance de l’impasse. Y recourir conduira à faire du Québec un petit Canada.

    Pour résoudre l’impasse au Québec en ciblant les liens sociaux, idée que je partage, il faut aborder l’état des liens sociaux entre les habitants du Québec plutôt que les écarts de reconnaissance d’individus et de groupes.

    En clair, cela exige une approche axée sur les liens sociaux. Qui dit liens sociaux dit aussi ouverture à les établir pour les solidifier, ce qui m’apparaît une base incontournable pour chercher une solution à l’impasse.

    En ayant comme cible cette base, il en ressortira une conception d’une citoyenneté originale à propulser sur la scène politique. C’est ce qui manque pour sortir de l’impasse. Pourtant, c’est ce qui est présent au quotidien mais qu’on ne voit pas.

    • Jean-François Trottier - Abonné 30 juillet 2018 18 h 12

      M. Bariteau,

      Il y a erreur à la base dans votre intervention.

      "Sa particularité est de valoriser le communautarisme" est justement et précisément contraire à l'approche multiculturalisme.

      La Charte Canadienne, qui a été son aboutissement et définit le multiculturalisme, ne réfère nulle part à une quelconque reconnaissance d'un groupe social! Je vous rappelle que l'intention de PE Trudeau était de noyer la minorité francophone parmi toutes les autres minorités, et il a conçu des principes qui allaient carrément à l'encontre du biculturalisme promu par la Commission Laurendeau-Dunton.

      Le multiculturalisme ne reconnait que des droits individuels, ce qui en gros laisse comme seule organisation structurée... le gouvernement du Canada face à chacun des 34 millions d'individus.
      Il les traite également dans un bel esprit bien anglo-saxon, respectant les différences mais les refusant dès qu'elles dépassent l'individu.

      Or, l'humain est un animal grégaire qui en général se reconnait à travers ses attachements sociaux. Ne PAS reconnaître la dimension sociale de l'individu est le grand dessein du multiculturalisme : il rend les attaches sociales en lesquelles l'individu se reconnait de peu d'importance, et tout ce qui s'y rattache comme légèrement dérisoire, un peu plus à chaque génération. En général l'individu ne sort plus ses particularitées culturelles qu'une fois l'an, comme les Irlandais en mars ou les français en juillet.
      Du folklore, au proft d'uen seule majorité. Voilà le multiculturalisme.

      Il y existe certaines résistances. Au Québec, l'éternel débat durera tant que nous serons coincés dans ce piège à cons.

      Plusieurs religionnaires réagissent aussi, et certains trouvent tellement essentiel d'être reconnus en tant que membre d'une communauté qu'ils peuvent devenir violents. Rares, mais violents.

      Ottawa a alors l'occasion de passer pour pacifiste!! La farce!

    • Claude Bernard - Abonné 30 juillet 2018 21 h 01

      Parmi les facteurs qui compromettent le plein exercice de la citoyenneté il y a, à mon avis, la discrimination.
      On ne peut nier cet obstacle bien réel qui est ce qui fait problème et ne revient pas du multiculturalisme.
      Reconnaître qu'il y a un rattrapage à faire et que le temps est passé de la simple consultation n'est pas accepter la censure.
      La création d'un spectacle de cette envergure nécessite de millions et des années et il était trop tard pour empêcher la fronde qui a eu raison de deux spectacles de Robert Lepage et nous en a privé pour cette raison même.
      Le temps me semble venu d'inclure à l'avenir une participation rémunérée d'une ou plusieurs personnalités membres de cette communauté dans le processus de la création que ce soit une cinéaste de renom, un architecte de réputation internationale, un écrivain membre de l'Académie française etc...

    • Claude Bariteau - Abonné 31 juillet 2018 08 h 22

      M. Trottier, je dis valoriser le communautarisme sur base d'ayants droits à la différence.

      Le multicultiuralisme résonne dans ma tête comme une pluralité de cultures, ce qui s'approche du communautarisme. Par contre, les ayants droits sont des individus qui font valoir des particularismes qui renvoient à des droits reconnus. Dès qu'ils sont reconnus par la Cour suprême, ces droits s'associent en droit aux éléments des cultures auxquels des ayants droits font écho.

      En cela, une nouvelle couche intermédiaire se crée que reconnaît le Canada, ce qui a pour conséquence de contraindre les provinces à en tenir compte.

      Le multiculturalisme comme patrimoine canadien n'est pas uniquement une affaire d'ayants roits. C'est aussi une restructuration des rapports entre le Canada et ses citoyens.

      Vous dites qu'il y a une erreur dans mon analyse. C'est votre point de vue.

      Vous errz par contre à mes yeux en avançant que Pierre-Elliott Trudeau voulait ainsi minoriser les Québécois d'origine française.

      Sa visée était autre.

      Il s'opposait à la thèse des deux Nations fondatrices, car elle était une construction imaginaire (sans fondement) développé par une élite clérico-politique en mal de reconnaissance au Canada et du maintine de son ascendance sur les « Canadiens-français » catholiques en grande majorité.

      En s'y opposant comme il le fit, il obligeait une révision des vues des Québécois et des Québécoises. Le problème n'est pas là. Il est dans le maintien de ce mythe pour hausser les pouvoirs du Québec dans le Canada et de le reprendre pour penser l'indépendance par une démarche démocratique aux antipodes des vues des créateurs du mythe.

    • Jean-François Trottier - Abonné 31 juillet 2018 10 h 23

      M. Bariteau, ou bien vous êtes très jeune, ou bien vous faites de l'aveuglement volontaire.

      Le dada de Trudeau était de démontrer que l'Angleterre avait civilisé le Canada et ces sauvages français mal dégrossis.
      Il a dit mille fois que le Français avait survécu grâce à l'Angleterre, parlant du pacte avec Rome qui, mais il ne le disait jamais, faisait des Canadiens des demi-esclaves.

      Trudeau affichait publiquement son mépris pour les Québécois et considérait toute tentative de leur rendre quelques leviers de pouvoir comme du crypto-séparatisme. Il l'a dit des centaines de fois en public!

      Trudeau ne s'est dit Québécois qu'en campagne référendaire ou électorale et chaque fois en nommant au moins deux autres provinces pour bien montrer que nous sommes EXACTEMENT pareils à quiconque.

      "Il s'opposait à la thèse des deux Nations fondatrices, car elle était une construction imaginaire (sans fondement) développé par une élite clérico-politique en mal de reconnaissance au Canada et du maintine de son ascendance sur les « Canadiens-français » catholiques en grande majorité."

      Quelle thèse indéfendable!
      Cette idée venait de Laurendeau et Dunton, qu'on ne peut en aucun cas taxer de rêveurs, et qui n'étaient à la solde d'aucune religion.
      Cette commission a débuté en 1963 dans la lancée de la Révolution Tranquille parce qu'il n'y avait plus moyen de "faire taire" les Canadiens-français.
      Le Québec au même moment dépouillait l'Église de tous ses pouvoirs les uns après les autres.
      Le clergé était CONTRE parce qu'il espérait sauver le peu de pouvoir qui lui restait.
      On ne peut pas être plus dans le champs.

      Le portrait-type du pauvre au Québec est : français, unilingue et analphabète fonctionnel. C'est comme ça depuis 250 ans et ça reste vrai à 100%. La VRAIE pauvreté au Canada est culturelle, langagière et raciste. Trudeauesque en fait.

      Alors votre multiculturalisme et vos mensonges historiques sont de bien beaux drapeaux... de crapules.

    • Jean-François Trottier - Abonné 31 juillet 2018 10 h 42

      Je manquais d'espace. Je continue.

      Si je vous suis bien, M. Bariteau, c'est votre communautarisme qui est une construction imaginaire.

      Elle ressemble étonamment à ce que défendait En Lutte, parti communiste et très, très rêveur des années '60. La Commune, Paris, 1871, ça vous dit ?
      En effet En lutte refusait l'indépendance parce qu'elle pouvait mener à un gouvernement de "petits-bourgeois". Quelle horreur!

      Au passage, les cocos avec qui je discutais régulièrement me traitaient de social-traître, comme ils disaient des sociaux-démocrates à l'époque.

      Qu'il puisse exister des différences entre les gens, basées sur la culture, leur était intolérable.
      Le fait que le peuple Québécois soit plus pauvre, sans pouvoir, sans capital, sans média à résonnance extérieure, ne pouvait en aucun cas venir de raisons culturelles.
      Et vous faites pareil.

      Je vous félicite pour votre belle invention qui met tout le monde dans le même paquet, tout pareil, tout "communautaire", mais cette thèse sent le colonisé à plein nez.
      Les regroupement entre personne DOIVENT se débuter sans le moindre apport de l'État. Le rôle de celui-ci9 reste de les reconnaître (alors que le multiculturalisme se contente de les nommer), quand ils prennent d'eux-mêmes de l'importance dans la société, et parfois de discuter avec, pour le mieux-être de chacun. Ou encore, de subventionner quand les besoins sont évidents et humains.

      Sinon on tombe dans un dirigisme...que je vous soupçonne de chérir.
      Sinon, c'est QUOI ce communautarisme? Des popotes de quartier? La transformation de toutes les compagnies en coops?

      La société est grouillante et grenouillante. Toute thèse qui n'en tient pas compte est misanthrope et donc faussée.

      Le mouvement indépendantiste québécois des années '70 et '80 était admirablement démocratique et ouvert. JAMAIS il n'a forcé vers une idéologie quelconque parce que les Québécois doivent décider d'eux-mêmes.

      Le reste, communautaire ou pas, est de la bouillie pour les