De la supposée dépolitisation des jeunes

Les jeunes sont moins présents dans les partis politiques, mais ils ne sont pas pour autant dépolitisés, insiste l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les jeunes sont moins présents dans les partis politiques, mais ils ne sont pas pour autant dépolitisés, insiste l'auteur.

J’aimerais réagir au texte de Samuel Vanasse, président du Conseil jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste, publié le 23 juillet, concernant ma génération, ou notre génération, si vous préférez. Voyez-vous, je ne préfère pas que l’on dise ici « notre génération », mais je parle de la perception de « notre génération » que vous avez. Je tenterai ici de vous expliquer le pourquoi de la chose. Mais, d’entrée de jeu, je vous dirai ceci : « bullshit ».

Même si j’étais d’accord avec vous sur certains points en début de texte, tout a dégringolé assez rapidement.

Le fétichisme de la jeunesse, oui (...). Si c’est jeune, c’est bon, c’est frais et c’est payant même si, parallèlement, c’est désinvolte, naïf et inexpérimenté. À quoi bon, la critique du système établi est souvent payante pour le public. Que des stéréotypes et des représentations, convenons-en.

Et puis, c’est parti. Encore une fois, on parle de dépolitisation des jeunes. Ce qui entraîne mon premier « bullshit ». Les jeunes sont connectés et intéressés à ce qu’on leur propose. Oui, ils sont moins dans les partis et s’expriment plus par des actions individuelles et collectives, mais peut-on dire qu’ils sont dépolitisés pour autant ? Ah ça, non ! La majorité de nos partis politiques, vous le notez bien, sont désuets et n’ont rien à offrir, mis à part un certain pédantisme ou une certaine sécurité racoleuse à laquelle certains aiment bien se rattacher. Certains de ma génération croient encore à ces partis. Tant mieux pour eux. Je ne partage pas cet enthousiasme ou cet intérêt, mais bon. C’est leur droit et ils font avancer certains débats ici et là. Rien de mal là, c’est plutôt bénéfique même. Seulement, ce n’est pas le cas de « notre génération », qui préfère débattre hors des sentiers battus.

Faisons le bilan de la jeunesse, voulez-vous ? De toute façon, vous l’avez déjà fait à votre manière. Permettez-moi de reprendre certains extraits de votre argumentaire ici.

« Ils sont en grande partie centrés sur eux-mêmes et engourdis par la société de consommation. » Ici, je ne vois qu’une affirmation sortie de je ne sais où. Peut-être de là, d’ici ou de là-bas. Qu’en sais-je ? Voyez-vous, lorsque l’on s’intéresse aux études concernant la politisation de nos jeunes, on remarque une désaffectation des partis politiques (...). Penser que vos confrères et consoeurs sont engourdis témoigne d’un fort engourdissement de votre pensée. Mais bon, encore une fois, qu’est-ce que j’en sais ? Ah oui, là encore m’est venu en tête le mot « bullshit ».

« En attendant l’indépendance du Québec, nous vivons dans les Résidences Soleil de l’histoire. »

Ah. Pourquoi ? Voyez-vous, M. Vanasse, je ne suis pas le plus fervent indépendantiste qui soit. Je crois qu’économiquement on y gagnerait, mais je préfère me battre contre les inégalités sociales auxquelles nous faisons face chaque jour en tant que population, et non en tant que Québécoises et Québécois. Vous estimez que l’indépendance serait notre plus grand baume. D’accord, vous avez droit à votre opinion, mais de là à affirmer que nous sommes passifs parce que nous ne vous rejoignons pas sur ce point, cela témoigne encore une fois d’un certain engourdissement ou d’un certain laisser-aller de votre esprit critique.

« Ces jeunes deviennent souvent immatures émotionnellement, intriqués dans des perceptions et des illusions de cette société de consommation, englués dans un nihilisme, colonisés par des complexes sociaux qui dépassent souvent leur entendement. »

Désolé, mais cela ne veut absolument rien dire. Il serait peut-être plus intéressant de parler des dernières politiques qui sont venues mettre à mal notre système d’éducation public. À ce sujet, laissez-moi vous rappeler que plusieurs mouvements populaires — dont font partie bon nombre de jeunes et de jeunes adultes — contestent les politiques d’austérité des dernières décennies, qui ont malmené notre système d’éducation. J’aimerais donc encore une fois dire « bullshit ».

« On en conviendra, il est difficile d’attendre d’eux une participation saine à la vie collective. »

Faux. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une « saine participation » pour vous ? Celle qui rejoint votre pensée, peut-être ? Je ne sais trop. Encore une fois.

Pour ce qui est du reste du texte, j’ai décidé de ne pas le commenter, du fait que nos valeurs et nos idéaux sont très différents, ce qui est selon moi sain et normal. Mais sachez (...) que votre représentation de « notre génération » ne doit pas être interprétée comme vous l’avez fait (...) La majorité d’entre nous, je crois, cherchent à se battre contre les inégalités et demandent des politiques environnementales ainsi que sociales. Et nous agissons en ce sens par nos choix individuels, mais aussi collectifs et associatifs. Continuer à croire à la dépolitisation de la jeunesse sans prendre en compte une politisation autre que celle qui passe par les partis politiques, c’est ce que j’appelle du conservatisme. Vous ne manquez pas de culot en affirmant que nous ne sommes que des acteurs passifs et déconnectés.

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