Une décision injustifiable pour les demandeurs d’asile

«Comment peut-on moralement justifier cette seule exclusion, alors qu’absolument toute autre personne résidente du Québec est admissible à ces places à contribution réduite, quelle qu’elle soit?» demande l'auteure.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse «Comment peut-on moralement justifier cette seule exclusion, alors qu’absolument toute autre personne résidente du Québec est admissible à ces places à contribution réduite, quelle qu’elle soit?» demande l'auteure.

Stupéfaction et colère, voilà ce qu’inspire d’emblée la nouvelle directive du ministère de la Famille, qui interdit désormais aux enfants des demandeurs d’asile de fréquenter un service de garde subventionné du Québec.

Comment peut-on moralement justifier cette seule exclusion, alors qu’absolument toute autre personne résidente du Québec est admissible à ces places à contribution réduite, quelle qu’elle soit : citoyenne, résidente permanente, titulaire d’un permis de travail ou d’un visa d’étudiant étranger, lauréate d’une bourse d’études du gouvernement du Québec, reconnue en tant que réfugiée, titulaire d’un certificat de sélection délivré en vertu de la Loi sur l’immigration au Québec, titulaire d’un permis de séjour temporaire en vue de l’octroi éventuel de la résidence permanente, etc.

Le ministre de la Famille justifie sa décision par une question de rôle à jouer entre les gouvernements fédéral et provincial. Pendant ce temps, ce sont des familles, principalement des femmes et des enfants, parmi les plus vulnérables de la société, qui sont exclues, laissées à elles-mêmes. Comment justifier cette exclusion des demandeurs d’asile, alors que les délais pour obtenir une réponse concernant leur statut s’échelonnent trop souvent sur plusieurs années ? Le gouvernement provincial a le devoir d’agir et de rétablir la situation. Il lui appartiendra ensuite de s’assurer que le fédéral assume ses responsabilités.

Par ailleurs, comment expliquer la confusion qui règne en ce qui concerne le droit à l’éducation de ces enfants, alors que leurs parents ont le droit de travailler et donc l’obligation de payer des impôts ? Pourquoi ont-ils le droit de fréquenter l’école, du primaire jusqu’au collégial, mais n’ont-ils pas le droit aux services éducatifs à la petite enfance comme tous les autres enfants du Québec ? Ces enfants ne devraient-ils pas avoir les mêmes droits que tous les autres en vertu des nombreuses conventions internationales dont nous sommes signataires ?

Comment votre gouvernement peut-il justifier telle aberration, alors qu’il affirme que :

— les services de garde éducatifs jouent un rôle crucial dans la réussite éducative ;

— les services de garde sont essentiels à la conciliation familiale et à l’égalité des sexes ;

— la participation des femmes au marché du travail est un facteur clé du développement ;

— les employeurs québécois ont besoin de main-d’oeuvre étrangère pour fonctionner ;

— l’insertion en emploi est le principal moyen d’intégration des personnes immigrantes ;

— la francisation est cruciale pour assurer l’employabilité des personnes immigrantes ;

— le Québec est le « paradis des familles »…

Ce n’est certainement pas faute de moyens qu’on peut justifier cette exclusion insensée : les surplus réalisés depuis trois ans totalisent plus de 11 milliards de dollars, en y incluant la part consacrée au Fonds des générations. Le gouvernement doit revenir sur sa décision. Il en va de l’avenir de plusieurs familles qui bâtiront le Québec de demain.

14 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 24 juillet 2018 00 h 32

    Honte a un gouvernement qui pénalise les personnes les plus vulnérables de la société.

    Vous avez raison, madame Véronique De Sève. La décision de la ministre d'exclure les enfants de demandeurs d'asile n'a aucun sens. Ce gouvernement baigne dans l'illégalité, puisque les parents ont le droit de travailler et payer leur juste part d'impôts, ils doivent avoir accès aux mêmes services. C'est honteux d'exploiter les personnes les plus vulnérables de la société. Honte à ce gouvernement sans ni coeur ni conscience.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2018 08 h 41

      Non madame Alexan, ces immigrants illégaux ne paient pas leur juste part pour services rendus. C'est nous qui assumons à peu près tous les coûts encourus. Nous n'exploitons pas plus ces personnes que nous exploitons les gens des autres pays. Ils ne sont pas des citoyens et encore moins des réfugiés selon le Protocol de Genève de 1967 ou bien de celle d’Immigration Canada.

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 juillet 2018 14 h 04

      À monsieur Cyril Dionne: S'il vous plaît, lisez l'article de madame De Sève comme il faut: «Par ailleurs, comment expliquer la confusion qui règne en ce qui concerne le droit à l’éducation de ces enfants, alors que leurs parents ont le droit de travailler et donc l’obligation de payer des impôts ? Pourquoi ont-ils le droit de fréquenter l’école, du primaire jusqu’au collégial, mais n’ont-ils pas le droit aux services éducatifs à la petite enfance comme tous les autres enfants du Québec ? Ces enfants ne devraient-ils pas avoir les mêmes droits que tous les autres en vertu des nombreuses conventions internationales dont nous sommes signataires ?»

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2018 16 h 21

      Mme Alexan,

      Curieux, personne ne nous a demandé de signer ces conventions internationales. Ceux qui signent, sont toujours ceux qui ne paient absolument rien parce que leurs argent a été placé, il y a longtemps, dans les paradis fiscaux. Vous me faites penser à M. Lacoste. Facile de s'émouvoir lorsque notre portefeuille n'est pas concerné. Ce cher monsieur n'a pas pris la peine de payer son abonnement, ce sont les autres qui le font et maintiennent cet excellent journal en place, mais en même temps, ne se privera pour faire la leçon aux autres. Ils abondent ces bien-pensants et donneurs de leçons dans le firmament de la très Sainte rectitude politique.

      Demandez-vous ce qui arriverait si vous vouliez aller aux États-Unis en passant par le chemin de Roxham? Vous seriez arrêtée par les autorités américaines, traitée comme une criminelle sachant fort bien qui vous avez enfreint leurs lois même si vous demandiez le statut de réfugié. Ensuite, vous seriez retournée au Canada.

      Au risque de me répéter, il y a trois milliards de migrants économiques comme eux qui attendent votre charité. Si tous pouvaient venir avec leur visa américain et traverser à Roxham, ils le feraient. Alors, nous devrions payer pour tous les services parce que quelqu’un a signé une entente internationale à notre insu ou a été invité par notre adolescent en chef, Justin Trudeau? Si la réponse est oui, vous êtes probablement plus riche que vous ne le pensez.

  • Lise Bélanger - Abonnée 24 juillet 2018 08 h 18

    Ces demandeurs d'asile venant des États-Unis ne sont pas des gens démunis économiquement. Ils travaillaient aux États-Unis. Il ont des moyens financiers environ au niveau de la moyenne québécoise.

    Quans ils arrivent au Québec, ils obtiennent autimatiquement de l'aide sociale, ce qui est une mesure exceptionnelle de M. Couillard.

    Ces demandeurs d'asile font un choix de changer de pays, de façon irrégulière selon nos lois, et on les encourage. Trouver l'erreur?

    Cela prendra des mois aux autorités fédérales, mais ils pourront recevoir un permis de travail, durant ce temps, ils ont l'aide sociale et leur argent dort quelque part aux USA ou ailleurs.

    Leurs enfants sont unilingues anglophones. Ces gens ne veulent pas rester au Québec mais aller en Ontario. Ces parents de demandes d'asile ont certainement les moyens financiers de procurer des garderies à leurs enfants mais soyez certains qu'ils ne veulent aucunement les franciser.

    On s'embrouille dans les lois de l'immigration désuètes devant de telles situations. L'immigration dépend du fédéral en matière de demandeurs d'asile mais c'est le Québec qui débourseet le fédéral n,a pas l'intention de rembourser le Québec.

    Ces demandeurs d'asile profitent de notre générosité. Ils ont par choix quitter un emploi, une maison, une vie calme aux États-Unis. Ils ont refusé de traverser les lignes de façon régulière par les postes frontaliers pour tenter de rejoindre l'Ontario. Mais les frontières étant moins acessibles par l'Ontario, ils traversent au Québec mais ont pour but de rejoindre la province voisine pour y travailler et s'y installer. En attendant, ils profient de l'aide sociale québécoise.

    Si je traverse la frontière à Roxham de façon irrégulière pour arriver aux États-Unis, que va-t-il m'arriver?

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 juillet 2018 15 h 08

      À Madame Bélanger: On ne peut pas généraliser et on ne connaît pas vraiment l'état individuel de chaque demandeur d'asile. Les réfugiés sont toujours dans un état financier précaire. Mettez-vous à leur place. Aimeriez-vous qu'une société vous tende la main, si vous en avez besoin, ou vous laissez croupir? De plus, nous avons des obligations internationales à remplir, dont nous sommes signataires. Où se trouve la générosité québécoise qui a accueilli avec beaucoup de chaleur et de tendresse les Vietnamiens et les Haïtiens, demandeurs d'asile, qui sont venus ici chez nous pour échapper l'horreur de leurs pays d'origine?

  • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2018 08 h 35

    On est toujours plus généreux avec l’argent des autres

    D’emblée, il faut mentionner que ces gens sont venus de façon illégale en exploitant une faille du système d’immigration en plus de l’invitation non réfléchie de notre adolescent en chef, Justin Trudeau. Ce ne sont pas des immigrants qui ont fait leur demande en bonne et due forme tout en attendant des années pour une réponse positive, mais bien des migrants illégaux qui ont triché. Ils n’ont pas les critères requis pour une insertion facile, harmonieuse et capable de contribuer sans qu’ils deviennent un fardeau pour la société.

    S’ils travaillent, ils ne paient que le minimum pour les services qui leurs sont rendus et ceci ajoute des sommes énormes que les contribuables doivent assumés. Il est estimé que cet épisode d’immigration illégale coûtera au bas mot, plus d’un milliard de dollars. Pour ajouter, ces demandeurs d’asile seront en grande majorité, déportés dans leur pays respectif aux frais des citoyens encore une fois parce qu’ils ne sont pas des réfugiés selon la définition du Protocol de Genève de 1967 ou bien de celle d’Immigration Canada. On ne parle pas d’insertion, mais bien de déportation. Ce ne sont pas des citoyens et donc, ne peuvent pas profiter de tous les services dispensés à la population comme de fréquenter un service de garde subventionné du Québec.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 24 juillet 2018 20 h 15

      L'argent des autres. Ça, on dirait que c’est la nouvelle épidémie qui, du moins dans notre société, semble affecter un grand nombre de personnes, à savoir se montrer largement généreux… avec l’argent des autres! Faut voir que c'est facile et valorisant en même temps.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 juillet 2018 11 h 26

    On reconnaît bien là la CSN

    Les demandeurs d'asile qui obtiennent un permis de travail peuvent bénéficier des services de garde subventionnés pour leurs enfants. Ceux qui ne travaillent pas n'ont que cela à faire s'occuper de leur progéniture. Cette nouvelle directive de la Famille est tout à fait raisonnable.

    En fait, la CSN défend ceux qui travaillent illégalement. C'est du joli !

    • François Beaulne - Abonné 24 juillet 2018 13 h 09

      L'auteure de ce texte est vice-présidente de la CSN. Elle défend avant tout les intérêts corporatistes de son syndicat qui a tout intérêt à ce qu'augmentent les places en garderies pour favoiriser l'embauche de préposé(s) qui viendront s'ajouter aux contributeurs de la cagnotte syndicale. Et si les nouvelles place en garderies pour désservir cette clientèle d'illégaux étaient plutôt crées au privé, serait elle aussi empressée à tenir les propos qu'elle enonce ici?.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 juillet 2018 11 h 58

    « ces immigrants illégaux ne paient pas leur juste part pour services rendus » (Cyril Dionne)

    Il est odieux de pénaliser les enfants pour un fait qui concerne leurs parents.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 juillet 2018 13 h 33

      Cher inscrit,

      Alors, vous pouvez vous cotiser ainsi que tous vos amis, les apôtres de la très Sainte rectitude politique, et payer pour les frais encourus. Personne n'est contre la vertu. Mais ne demandez pas autres de payer pour vos élans d'altruisme.

      En passant, il y en a un autre trois milliards de migrants économiques comme eux qui attendent votre charité. Vous êtes probablement plus riche que vous ne le pensez.

      Et selon UNICEF, 29 000 enfants de la naissance à 5 ans, meurent à tous les jours de maladies évitables comme la diarrhée, le paludisme, l'infection néonatale, la pneumonie, l'accouchement prématuré ou le manque d'oxygène à la naissance. Vous ne pensez pas à les sauver aussi?