Quel avenir pour le Bloc québécois?

«En voulant faire à Ottawa la
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «En voulant faire à Ottawa la "job" du Parti québécois qu’elle reprocha au PQ de ne pas faire, Martine Ouellet court-circuitait la stratégie prévue dans le programme péquiste, soit de remettre le référendum à un 2e mandat», selon l'auteur.

Se débarrasser des libéraux dans un premier temps, c’était un objectif nécessaire pour le PQ, mais risquer d’y laisser sa peau en mettant sa raison d’être sur la glace n’était pas prévu. Le calcul stratégique de Jean-François Lisée était rationnellement bon. Enlever le spectre d’un référendum sur l’indépendance, l’argumentaire de la peur si payant pour les libéraux, laissait le champ libre à la CAQ de François Legault et au 4e parti, Québec solidaire, qui a refusé une alliance avec le PQ, la main tendue pour promouvoir l’indépendance du Québec.

Plus personne ne semble alors s’occuper des dysfonctionnements du régime fédéral canadien, qui ignore systématiquement le Québec dans de nombreux dossiers. Courageuse et passionnée, l’interparlementaire Martine Ouellet se lance dans l’espace politique vacant entre Québec et Ottawa pour faire avancer l’option indépendantiste à marche forcée. Députée indépendante à Québec (Vachon), nouvelle chef d’un parti rodé par 26 ans de vie parlementaire à Ottawa, elle ne pouvait que difficilement réussir avec une stratégie diamétralement en contradiction avec celle qui se pratiquait sur les deux terrains de son combat politique. Résultat : sa manière fut rejetée très majoritairement lors du référendum des 2 et 3 juin 2018.

Placés devant un faux dilemme par les députés démissionnaires du Bloc québécois, défendre l’option ou défendre les intérêts du Québec, voire les deux à la fois, les membres du Bloc québécois ont répondu à 68 % qu’il fallait à la fois promouvoir l’indépendance du Québec et défendre les intérêts du Québec dans la fédération canadienne, deux objectifs intrinsèquement liés et tout à fait compatibles. Le malaise n’est pas là ! En voulant faire à Ottawa la job du Parti québécois qu’elle reprocha au PQ de ne pas faire, Martine Ouellet court-circuitait la stratégie prévue dans le programme péquiste, soit de remettre le référendum à un 2e mandat. À Ottawa, le rôle du Bloc est de faire le procès du fédéralisme canadien, dysfonctionnel et inapproprié pour le plein épanouissement du peuple du Québec.

Stratégie péquiste

La stratégie de l’accession à l’indépendance, c’est au PQ qu’elle appartient. Avec sagesse, il a décidé de se donner du temps. Appuyer sur l’accélérateur envers et contre tout, c’était créer le malaise et la division. L’objectif premier du Bloc québécois, l’indépendance du Québec ET la stratégie radicale pour y parvenir se trouvaient formulés dans la première question du référendum. Impossible d’approuver l’un sans l’autre. La seule façon de dénouer la contradiction entre les deux stratégies, c’était de rejeter le leadership de MmeOuellet, ce qui a été fait.

Il s’agit maintenant de réharmoniser les stratégies bloquistes et péquistes avec une nouvelle équipe de direction rassembleuse et non sectaire, qui saura offrir un nouveau leadership fait d’ouverture et de collaboration intelligente.

Pour faire du Québec une République, il faudra encore beaucoup d’efforts, de travail et de temps, avec un bel alignement stratégique entre le Parti québécois à Québec et le Bloc québécois à Ottawa, le moins longtemps possible, mais aussi longtemps que nécessaire, pour y assurer la voix originale du Québec sans qu’elle soit minoritaire au sein d’un grand parti pancanadien, incapable de comprendre et de satisfaire les aspirations légitimes du peuple québécois.

24 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 23 juillet 2018 00 h 31

    Les gâchis,

    ça se ratrappe?

  • Pierre Pelletier - Abonné 23 juillet 2018 07 h 32

    Assemblée constituante

    Monsieur Bourque, vous écrivez que : « La stratégie de l’accession à l’indépendance, c’est au PQ qu’elle appartient. Avec sagesse, il a décidé de se donner du temps. »
    Je ne suis pas d’accord avec vous. L’indépendance appartient au peuple québécois et non au Parti québécois (même avec sa grande sagesse ?) et doit voir le jour grâce à une Assemblée constituante. Allez lire le programme de Québec Solidaire. On en reparlera.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 juillet 2018 09 h 31

      Avant de parler d'Assemblée constituante, il faudrait commencer par s'unir au lieu de se diviser comme le font les Anglo-Saxons. Et le programme de Québec solidaire est un ramassis d'espoirs et de contradictions pour tout et pour tous. Mais comme « zizanistes » fédéralistes, ce sont des champions. Les indépendantistes n’ont pas besoin d’ennemi lorsqu’on parle de la 5e colonne qu’est QS.

      En passant, la section sur l'émancipation économique de leur programme est d'une absurdité sans mot, socialisation des activités économiques obligent. Ici, on ne parlera pas de l’apparition de quotas hommes/femmes, du droit de vote aux immigrants qui ne sont pas des citoyens, la limitation de l’usage de la voiture, la réduction de la semaine de travail et gagner le même salaire évidemment (la magie solidaire), de la nationalisation des régimes de retraite, de la division du Québec (nation autochtone, anglophone et francophone) et la gratuité scolaire de la maternelle à l’université et ceci, sans aucune balise.

      Bravo les champions.

    • Denis Grenier - Abonné 23 juillet 2018 11 h 00

      Madame Pelletier, le Parti Québécois a inscrit dans son programme électoral et sa plate-forme électorale l'engagement d'une loi sur la rédaction d'un projet de pays, donc d'une constitution de la république du Québec et ce, dans le mandat de 2018. Espérons que nous reparlerons de convergence après la compétition des élections générales bientôt.

  • Gilles Bousquet - Abonné 23 juillet 2018 07 h 42

    Rectifications

    Les membres ont voté, au deux tiers, donc majoritairement, pour placer la promotion de l'indépendance en priorité et, dans la même proportion, contre Mme Ouellet, pour y arriver.

    Il n'y avait pas de dilemme, les mutins, au Bloc, ne voulaient simplement plus placer l'indépendance du Québec en priorité, de peur, à tort ou à raison, de perdre leurs prochaines élections de 2 019 et de déplaire ainsi à M. Lisée qui ne voulait pas trop en parler du Québec un pays.

    Quand le chef du PQ, M. Lisée, s'est rendu compte, dans les sondages, que le PQ perdait la course contre la CAQ, il est allé chercher M. Aussant et Mme Lapointe, pour placer un peu de tigre indépendantiste au PQ, qui avait perdu de l'allant mais, ce parti semble avoir trop ralenti, avec le report du prochain référendum, on ne sait plus trop quand et le peu d'enthousiasme du PQ à promouvoir son option constitutionnelle.

    L'option du "Québec un pays" est faible parce que le PQ et le Bloc ne voulaient pas en parler parce que l'option était faible et vice versa. Misère.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 23 juillet 2018 08 h 14

    Un bon texte

    Bravo !

    • Jean-Pierre Roy - Abonné 23 juillet 2018 16 h 32

      La vocation du PQ est l’indépendance du Québec par des moyens démocratiques.
      Ça doit être son programme à toutes les élections.

      Jean-Pierre Roy

  • Germain Dallaire - Abonné 23 juillet 2018 09 h 09

    Et ron, ron, petit patapon...

    Allez, on remballe tout et on retourne à la case départ. On retourne surtout à ce sommeil généralisé en attente d'une indépendance qui nous tombera sur la tête comme par magie. Dans sa suffisance tranquille, m. Bourque va jusqu'à falsifier une histoire pourtant toute récente: la question 1 à laquelle les membres du Bloc ont répondu oui à 65% ne mentionne aucunement la défense des intérêts du Québec. En très forte majorité, les membres du Bloc ont voté pour la promotion de l'indépendance dans les actions quotidiennes. M. Bourque qui est politologue devrait pourtant savoir ce qu'est un devoir bien fait.
    Laissons M. Bourque à son sommeil et risquons une idée. Et si jamais le chemin de l'indépendance exigeait l'exploration de nouvelles avenues. On l'oublie toujours mais le gouvernement québécois n'est qu'un demi gouvernement. L'autre moitié est à Ottawa et exerce des pouvoirs qui sont loins d'être insignifiants. En fait, il s'agit même des plus importants, ceux qu'on qualifie de régaliens: la justice, les affaires extérieures, la défense. Actuellement par exemple, un grand rebrassage de cartes aux niveaux du commerce et des alliances mondiales est en train de se produire. Le Québec joue un rôle de spectateur muet. Ne serait-il pas temps de sortir de cet état d'enfance débilitante?
    Germain Dallaire
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