Usine 4.0, un défi urgent

L’industrie et le gouvernement devront collaborer pour faciliter l’accès aux formations continues pertinentes.
Photo: Chris Young La Presse canadienne L’industrie et le gouvernement devront collaborer pour faciliter l’accès aux formations continues pertinentes.

Alors que le virage technologique des entreprises est amorcé un peu partout, beaucoup d’entreprises québécoises n’en sont qu’aux balbutiements. C’est un sujet capital, car le secteur manufacturier, de plain-pied dans l’économie du savoir, demeure vital pour le Québec : 14 % du PIB, 88 milliards de dollars en exportations, 827 000 emplois directs et indirects.

Le monde connaît sa quatrième révolution industrielle. Si la troisième a été celle de la robotisation, la quatrième — le 4.0 — mise sur la numérisation et l’intelligence artificielle (IA). L’usine 4.0 est intelligente, mais plusieurs n’en sont pas encore au 3.0.

Accélérer l’intégration des technologies aux modes de gestion et de production manufacturières est donc crucial pour assurer la croissance de la productivité de nos entreprises. Notre compétitivité sur les marchés mondiaux en dépend, de même que la capacité de nos manufacturiers à créer de la richesse et à assurer leur pérennité.

Selon un rapport déposé par la FCCQ auquel ont participé des entreprises manufacturières et du secteur des technologies de l’information, le « défi 4.0 » interpelle l’ensemble de l’écosystème manufacturier.

Les entreprises et les travailleurs doivent s’attaquer au défi culturel qui freine le passage à l’usine 4.0. L’impulsion doit à la fois venir d’en haut et d’en bas : il est essentiel que plus de dirigeants s’engagent résolument vers le 4.0, tout en intégrant activement la participation des employés aux processus d’innovation et de création.

Il est indispensable, aussi, de s’attaquer au défi des compétences : l’industrie et le gouvernement doivent collaborer pour faciliter l’accès aux formations continues pertinentes — y compris par l’institution d’un Régime volontaire d’épargne formation continue que propose la FCCQ. Par ailleurs, le réseau d’éducation doit mieux préparer les jeunes à vivre dans un environnement numérique et à passer leur vie adulte à s’adapter et à apprendre. Les sociétés qui mettent aujourd’hui tous les efforts à ce chapitre sont celles qui réussiront le mieux demain.

Le passage à l’usine 4.0 peut être complexe, mais la crainte de l’inconnu peut parfois devenir un miroir déformant. De nombreuses entreprises évaluent mal les bénéfices du numérique et connaissent souvent peu l’offre de services numériques et d’accompagnement, ce qui engendre un sous-investissement. Il faut faire davantage connaître les succès du passage au 4.0. Les gouvernements ont une grande responsabilité à cet égard et doivent mieux faire connaître l’offre d’accompagnement — CRIQ, STIQ, CEFRIO, etc.

Certaines entreprises manufacturières craignent que le recours au numérique mette en péril la sécurité des données générées par les processus. S’il importe que les gouvernements encadrent mieux la cybersécurité et la gestion des données, les entreprises doivent, elles, mieux reconnaître la valeur économique de ces données dans tous leurs domaines d’activités.

Les contributeurs au rapport de la FCCQ ont de plus noté que l’évaluation des projets de transition numérique constitue un nouveau défi. Les entreprises et les institutions financières devront adapter les mesures de performance et d’évaluation économique usuelles des projets à l’univers 4.0. L’intégration des technologies et innovations existantes sera essentielle. À ce chapitre, les gouvernements devront faire preuve de toujours plus d’ouverture afin d’appuyer les entreprises et de les encourager à accélérer le rythme d’adoption.

Compétences, culture d’entreprise, valeur et risques associés aux données, complexité réelle et perçue, financement : tels sont les cinq volets du défi 4.0. Les entreprises qui ont été consultées sont claires : il est essentiel, il est même urgent, que s’y attaque l’ensemble de l’écosystème manufacturier québécois : entreprises, travailleurs, gouvernements, institutions financières.

5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 20 juillet 2018 06 h 04

    Contradictions obligent

    C’est très difficile de comprendre la portée de cette lettre. Enfin, la 3e révolution industrielle a été celle de l’automatisation, du numérique, du virage vert et de la robotique primaire. Nous sommes maintenant au début de la 4e et c’est l’intelligence artificielle en concert avec la nouvelle robotique de machines intelligentes qui marqueront la prochaine génération.

    Ceci étant dit, nous ne sommes plus compétitif dans le secteur manufacturier et ceci, pour plusieurs raisons comme les salaires des gens en Occident et ceux dans les pays en voie de développement. Premièrement, ce qui frise l’absurde, c’est de demander aux travailleurs de participer à l’intégration des technologies qui feront disparaître leur emploi. Deuxièmement, c’est bien beau de parler de compétences, mais celles requises pour l’ère de l’intelligence artificielle n’est pas à la portée de 95% de la population. Finalement, les compétences technologiques requises dépassent largement le niveau du baccalauréat en génie mécanique, électrique, électronique ou informatique et ce n’est pas avec les subventions gouvernementales pour l’accompagnement des travailleurs que nous y parviendront.

    Ce qu’on ne comprend pas, c’est le même lobby qui nous dit à tous les jours que nous manquons de main d’œuvre et ils sont les champions de l’immigration légale ou illégale. Mais en même temps, cette nouvelle révolution industrielle apportera des licenciements et des mise à pied de grande envergure et les emplois ne seront jamais remplacés. Excusez-nous de ne pas comprendre, mais ce ne sont pas les migrants illégaux du chemin Roxham qui prendront la relève.

    Comme le disait si bien Warren Bennis : « L'usine du futur 4.0 aura seulement deux employés, un homme et un chien. L'homme sera là pour nourrir le chien. Le chien sera là pour empêcher l'homme de toucher l'équipement ».

  • Jean-François Trottier - Abonné 20 juillet 2018 10 h 05

    Que de trous dans cette vision vieillotte!

    Cette idée récurrente qu'il faut "préparer la jeunesse au tournant technologique" est... vieille comme le monde, aussi caduque aujourd'hui qu au 18ème siècle. Probablement pire maintenant.

    Selon ses dires (je n'invente rien, je lis) M. Forget veut former des élèves à vivre dans le monde d'aujourd'hui et aujourd'hui seulement.

    Pas hier : c'est dépassé et c'est mort, hein.
    Pas demain : il n'a aucune idée de ce qui va arriver même dans deux semaines!

    Il faudrait peut-être avoir une vision un peu plus large de l'éducation?

    L'IA a été et est pensée par des gens formés dans la lecture, le discours et l'échange. Pas devant des claviers ni surtout des écrans. L'IA vient de gens qui ont appris à lire, discourir et PENSER.

    De toute évidence aujourd'hui il y a MOINS de technologie qu'autrefois dans notre vie active. Plus personne n'apprend un métier artisanal, plus personne ne sait utiliser un métier à tisser par exemple sauf loisir, ni un ciseau à bois sauf art, ni ferrer un cheval sauf exception.
    Oui, je confonds technologie et technique. M. Forget en fait autant, à l'envers.

    Demain l'IA se verra bousculée par autre chose. Quoi ? Aucune idée... et M. Forget n'en sait rien non plus.

    Ce que je sais par contre, c'est que la technologie est bouleversée tous les dix ans depuis 60 ans, et que le matériel technologique, lui, connait une nouvelle génération tous les deux ans. En deux ans ce qu'on trouve sur les "cartes vertes" est presque totalement modifié.

    Et M. Forget veut former à LA technologie ? Allô! Autant vouloir apprendre aux ânes à braire.

    Il faut plus que jamais former à penser, pour que les prochaines générations soient avant tout adaptables.
    Pas seulement en sciences, oh que non! La pensée humaine a cette beauté d'être tangentielle, bête, fuyante. Elle s'organise à condition de connaître le chaos, oscillant entre le plaisir et la peur, Éros et Thanatos, ce qui manquera toujours à l'IA.

    La technique, c'est toujours dépassé. Bof.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 juillet 2018 14 h 05

      Dans la 4e révolution industrielle, il faut différencier les termes « utilisateur » et « créateur » de technologie. Les utilisateurs représentent 99,9% de celle-ci alors que les créateurs, 0,1%. Il faut plus que d’être formé en littératie ou en numératie pour comprendre les algorithmes et en créer de nouveaux. Ceux qui y travailleront auront des doctorats et plus dans des domaines technologiques pointus et spécifiques. Pour les autres, eh bien, ce que les gouvernements essaient de dire entre les lignes, c’est bonne chance.

  • Marc Davignon - Abonné 20 juillet 2018 10 h 15

    Fiction ... tout simplement.

    Fiction que tout cela. Pompage de subvention que prône ce beau discourt : « À ce chapitre, les gouvernements devront faire preuve de toujours plus d’ouverture afin d’appuyer les entreprises et de les encourager à accélérer le rythme d’adoption.», « Il faut faire davantage connaître les succès du passage au 4.0. Les gouvernements ont une grande responsabilité à cet égard [...]», «[...] le réseau d’éducation doit mieux préparer les jeunes à vivre dans un environnement numérique et à passer leur vie adulte à s’adapter et à apprendre.

    Veulent-ils plus ou moins de gouvernements? On ne sait plus.

    Alors, les jeunes, on vous prépare un futur ou votre espérance de vie dans un poste sera tout au plus de 18 mois! C'est ça que vous voulez? Peut-être pas!

    Mais c'est ça que «les créateurs de richesse» veulent. Pour eux, version 4, 5 6 ou alouette, cela ne changera pas rien à leurs structures de leurs émoluments.

    En passant, votre «intelligence artificielle» à le niveau d'une amibe!

    Version 4.0?

    Texte de futurologie. On sait ce que cela vaut? Où sont les autos volantes? Les bureaux sans papier? Il fait beau dans la tête.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 20 juillet 2018 10 h 28

    La production intelligente et robotisée doit être taxée.

    Considérant, les besoins modernes de produire plus efficacement, on doit considérer taxer ou percevoir des impôts sur cette production car il y a de moins en moins de personnes pour alimenter les états et de plus les entreprises qui s'équipent en robots reçoivent des subventions.
    Comme Bill Gate et d'autres je pense qu'une taxation et des encadrements doivent être convenus pour assurer leur survie à long terme car inévitablement la croissante va devenir exponentielle. On doit aussi considérer les émissions polluantes occasionnées quand les matières premières provenant des Amériques sont transportées en Asie, souvent transformées par des usines alimentées par de l'énergie polluantes et des millions de tonnes de produits manufacturés sont distribuées partout dans le monde encore transportés en polluant. Éventuellement.pour diminuer les émissions polluantes on devra produire localement et pour cela voir à long terme l'organisation des moyens de production comme l'impression 3 D ( 3 D printing ) pour diminuer le gaspillage de matière première et la pollution des transports.