Les réfugiés sont victimes du militarisme

Des milliers de réfugiés se noient chaque année dans la Méditerranée en fuyant la Libye et la Syrie.
Photo: Karpov SOS Méditerranée / Agence France-Presse Des milliers de réfugiés se noient chaque année dans la Méditerranée en fuyant la Libye et la Syrie.

Face à l’inhumanité de l’extrême droite, amplement démontrée aux États-Unis par la séparation d’enfants réfugiés de leurs parents et par l’hostilité de l’Italie face aux boat people d’Afrique, les médias du monde ne préconisent que des solutions humanitaires. Alors qu’ils creusent les conflits en diabolisant les « méchants » Hussein, Kadhafi, al-Assad, Poutine, Maduro ou Ortega tout en épargnant les dictatures alliées des Américains au Honduras, au Salvador, au Guatemala, en Arabie saoudite, au Qatar, au Myanmar ou aux Philippines, le Mouvement québécois pour la paix leur propose quatre sujets de réflexion sur le militarisme, source indéniable de l’épidémie de réfugiés.

Trudeau a l’intention d’augmenter de 73 % les dépenses militaires du Canada (jusqu’à plus de 30 milliards annuels) pour se plier à l’exigence des 2 % du PIB national que cherchent à lui imposer l’OTAN et Donald Trump. Ce dernier arme son propre pays grâce à des dépenses militaires qu’il vient de porter, avec l’aide du Congrès, à environ 2300 $ par habitant, encourageant par ailleurs les armes individuelles. Notre gouvernement veut prélever des centaines de dollars sur nos impôts pour des armes militaires offensives qui détruiraient maisons et villes et mettraient sur les routes de l’exil davantage de réfugiés. Cette intention de Justin Trudeau, hélas partagée par les conservateurs d’Andrew Scheer, peut être infirmée par une pression populaire, comme cela a été fait en 1993, avec l’aide des médias, à l’égard du gouvernement Kim Campbell.

Il y a pire que la secrète corruption aggravée par les paradis fiscaux des industries militaires : il y a les morts causées par les interventions de l’OTAN. Ses bombes ont tué des dizaines de milliers de civils en Afghanistan, en Irak et en Syrie et détruit deux hôpitaux tenus par les médecins sans frontières dirigés par l’urgentologue montréalaise Joanne Liu. L’ONG Humanité et Inclusion fait circuler une pétition signée par près d’un demi-million de personnes dénonçant les bombardements et affirmant que « bombarder des civils, ce n’est pas faire la guerre, C’EST COMMETTRE UN CRIME ». En 2011, l’OTAN a trahi le mandat de protection de Benghazi confié par le Conseil de sécurité de l’ONU en choisissant plutôt de bombarder toute la Libye de Kadhafi. L’OTAN a laissé ses dépôts d’armes tomber entre les mains de groupes islamistes qui ont répandu la terreur en Afrique du Nord jusqu’au Nigeria. Le général canadien commandant les attaques aériennes de l’OTAN a été récompensé en étant nommé à la tête ($) de Lockheed Martin Canada.

Lockheed Martin USA fabrique non seulement les avions furtifs F-35, au coût exorbitant, mais aussi des bombes nucléaires. Or l’OTAN brandit la menace terroriste de ses armes nucléaires jusqu’en Turquie, pays membre, où Erdogan consolide son emprise et agresse les Kurdes jusqu’en Syrie. L’OTAN a forcé tous ses pays membres, dont le Canada, à refuser, comme l’ont fait les pays nucléarisés — Russie, Chine, Israël, Inde, Corée du Nord et Pakistan —, de soutenir le Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Avancé par l’ambassadrice d’un rare pays sans armée, le Costa Rica, ce traité fut approuvé à l’ONU en juillet 2017 par 122 pays courageux et indépendants. L’International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICANW.org) a reçu le prix Nobel de la paix, déléguant à Oslo une survivante d’Hiroshima, la Canadienne Setsuko Thurlow, pour le recevoir. L’organisme vient, après le sommet de Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un, de soumettre un plan ambitieux en vue d’une VÉRITABLE paix dénucléarisée.

La Désunion européenne arrive à un accord bancal qui rejette les migrants sur les côtes de la Libye au moment tragique où le Haut Commissariat pour les réfugiés (ONU) évalue leur nombre (en hausse) à 68,5 millions de victimes. Rappelons que l’achat et le prolongement projeté au montant de 12 milliards de dollars du pipeline Kinder Morgan par les libéraux répondent à une commande de la Chine énergivore (Nexen) et à la demande accrue de pétrole par son plus gros consommateur mondial : l’armée américaine et son extension, l’OTAN. L’exploitation des sables bitumineux, le plus grand facteur localisé de réchauffement climatique, fait fondre les glaces des pôles et provoque la montée des eaux et le déchaînement d’ouragans qui augmentent le nombre et la détresse des réfugiés.

Revenons, en conclusion, sur nos premières constatations : des milliers de réfugiés se noient chaque année dans la Méditerranée en fuyant la Libye et la Syrie, victimes récentes de l’OTAN. Cet organisme militariste pousse ses pays membres, comme le Canada, à accroître leurs dépenses militaires, à refuser de signer le Traité d’interdiction des armes nucléaires, et a été reconnu coupable de nombreuses morts civiles, donc d’une diminution de la sécurité mondiale. De plus, ses activités accroissent le réchauffement climatique. C’est pourquoi nous poursuivons avec détermination et constance notre campagne humanitaire antimilitariste « Canada, hors de l’OTAN ».

6 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 juillet 2018 04 h 46

    L’alternative à un Canada pétrolier et militariste

    Si Trudeau a l’intention d’augmenter de 73 % les dépenses militaires du Canada, c’est qu’il les a déjà augmenté du quart depuis qu’il est au pouvoir.

    L’engagement pris en 2014 par le gouvernement Harper était de faire passer annuellement les dépenses militaires du Canada de 1 à 2% du PIB d’ici 2024.

    Il s’agit d’une augmentation récurrente de 15 milliards$ par année.

    Comme le défunt contrat des chasseurs F-35, il est à prévoir qu’il s’agira en bonne partie pour le Canada d’achats d’armements américains pour lesquels notre pays n’obtiendra que très peu de retombées économiques.

    Cette majoration des dépenses militaires équivaut, annuellement, à 2,000$ de taxes et d’impôts supplémentaires pour une famille de quatre personnes. Et ce, alors que le risque de guerre mondiale est nul (la force militaire américaine étant 5 à 10 fois supérieure à celle de la Russie).

    Bref, Il serait temps pour le Canada de donner suite à la promesse non tenue de Pierre-Elliott Trudeau de retirer le Canada de l’OTAN.

    Si elle se réalise, la décision prise par l’ex-gouvernement Haroer changera profondément la nature du pays.

    Puisque les États-Unis viennent de réduire substantiellement l’impôt des entreprises, où donc l’État canadien trouvera-t-il l’argent supplémentaire pour la Défense nationale sinon en diminuant le filet de protection sociale qui constitue une caractéristique fondamentale du pays ?

    Bref, peu importe le parti qui remportera les prochaines élections provinciales, celui-ci devra renoncer à une bonne partie de ses promesses lorsque le fédéral lui coupera les vivres.

    D’où la stupidité aberrante de toutes ces promesses de réduction de taxes par les partis de droite du Québec.

    Mais soyons positifs. Ce virage à droite relance le débat autour d’une question fondamentale : ne devrions-nous pas reconsidérer la possibilité de créer un pays différent, bien à nous ?

  • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2018 05 h 39

    Non, c'est la surpopulation

    Va pour sortir le Québec et le Canada de l'OTAN parce que c'est une organisation désuète. Mais encore une fois, ce n'est pas la militarisation ou bien les changements climatiques qui sont responsables de cette épidémie de réfugiés, mais bien la surpopulation. La population mondiale a doublé en moins de 40 ans. La population d'Haïti a doublé en moins de 50 ans. Il faudrait s'enlever la tête dans le sable et regarder la réalité en face. La population de l'Afrique aura doublé en 2050.

    Ce sont les cultures archaïques avec leurs religions d'un autre millénaire qui prônent cette croissance de l'humanité. La fin du monde risque d'être d'être causée par la surmultiplication de l'humanité.

    • Nadia Alexan - Abonnée 18 juillet 2018 10 h 35

      À messieurs Dione et Lebel: Vous faites de l'aveuglement volontaire en niant les faits présentés dans cet article. «Il y a pire que la secrète corruption aggravée par les paradis fiscaux des industries militaires : il y a les morts causées par les interventions de l’OTAN. Ses bombes ont tué des dizaines de milliers de civils en Afghanistan, en Irak et en Syrie et détruit deux hôpitaux tenus par les médecins sans frontières dirigés par l’urgentologue montréalaise Joanne Liu.»
      Ce n'est pas la surpopulation qui amène les gens à quitter leurs pays. C'est l'impérialisme et le colonialisme des membres de L'OTAN qui exploitent les ressources de ces pays et leurs peuples comme "cheap labour" et qui sèment la terreur religieuse avec la philosophie de "diviser pour régner." Ce sont les bombes des alliés de l'OTAN qui forcent les gens à se réfugier ailleurs. C'est l'hypocrisie et l'égoïsme de l'Occident qui sont responsables de décimer les pays pauvres du tiers monde.
      J'ai été scandalisé par la révélation de l'auteur, Pierre Jasmin, que «Le général canadien commandant les attaques aériennes de l’OTAN a été récompensé en étant nommé à la tête ($) de Lockheed Martin Canada.» C'est la porte tournante entre nos gouvernements et les multinationales qui aide à promouvoir la corruption et la collusion avec le seul but, la maximisation de profits! Lisez l'article de nouveau pour comprendre les enjeux de la militarisation.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 juillet 2018 13 h 32

      Chère Mme Alexan,

      J'aime bien vos interventions dans ce journal parce qu'elles sont toujours bien posées. Je ne nie pas que les interventions militaires causent beaucoup de souffrances humaines, mais c'est de la petite bière si on les compare aux ravages de la pauvreté due à la surpopulation. Vous saviez qu'il y a plus de 29 000 enfants qui meurent chaque jour de maladies banales dans les pays en voie de développement qui ont été irradiés en Occident ou bien de causes qui sont préventables selon l'UNESCO? Tant et aussi longtemps que nous aurons la tête dans le sable face à ce problème de la surpopulation, les autres problèmes vont continuer à s'intensifier et le nombre de réfugiés et surtout de migrants économiques va continuer à grossir de façon exponentielle.

  • Michel Lebel - Abonné 18 juillet 2018 07 h 41

    Discours à sens unique!


    L'OTAN serait le responsable de tous ces maux! Et la Russie, la Syrie,la Chine et autres dictatures! Voilà bien un exemple de discours simpliste et biaisé. Trop c'est trop!

    M.L.

  • Pierre Jasmin - Inscrit 18 juillet 2018 08 h 04

    trois notes de bas de pages réintégrées dans mon article vieux d'un mois

    La première parlait de pays tel le nicaragua "Dignes de critiques, mais faire la guerre à leurs peuples est l’horrible contraire d’une solution".
    La seconde: "L’Organisation du Traité d’Atlantique-Nord trouvait son autojustification par la guerre froide confrontant un bloc militaro-communiste. Le général De Gaulle a tenu la France, fière de son indépendance, éloignée de l’OTAN, ce que voulaient faire pour le Canada le Premier Ministre P-E Trudeau et le ministre Gérard Pelletier. Depuis la chute du mur de Berlin, l’impérialisme de l’OTAN a avalé 13 pays qui appartenaient à la sphère d’influence soviétique ou socialiste-yougoslave : Albanie, Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Monténégro, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie, son ambition échouant en Ukraine et en Géorgie. Pourquoi, si on aime la paix, laisser l’OTAN drainer un budget militariste estimé à vingt fois supérieur à celui de l’ONU (UNESCO, UNICEF, UNHCR, …)?
    Troisième note de bas de page à propos de la défaite des Conservateurs en 1993: " Sa défaite historique, avec deux seuls députés conservateurs « survivants » dont Jean Charest, est survenue après que son programme eût préconisé l’achat pour 6 milliards de $ d’hélicoptères EH-101 équipés d’obus anti-sous-marins nucléaires (!), imposés par le Secrétaire général de l’OTAN, Willy Claes, ensuite reconnu coupable d’avoir reçu un pot-de-vin de la compagnie italienne Agusta, fabriquant ces hélicoptères.