Airbnb: une approche plus intelligente à Québec

«Si cette offre d’hébergement collaboratif n’existait pas, à combien de touristes renoncerions-nous?» se demande l'auteur.
Photo: Chris Young La Presse canadienne «Si cette offre d’hébergement collaboratif n’existait pas, à combien de touristes renoncerions-nous?» se demande l'auteur.

Dans Le Devoir du 6 juillet dernier, nous pouvions lire que : « La Ville de Québec a l’intention de resserrer l’encadrement de l’hébergement offert sur des plateformes comme Airbnb en le permettant sur tout son territoire seulement lorsqu’il s’agit d’une résidence principale. »

Contrairement à un règlement adopté en début d’été par l’arrondissement Ville-Marie, à Montréal, la Ville de Québec fait preuve de nuance et d’ouverture d’esprit. En effet, le rapport de son comité recommande que soit considérée comme hébergement commercial toute location de 31 jours et moins offerte sur Airbnb, à moins qu’il s’agisse de la résidence principale du locateur.

Dans ce dernier cas, on parle d’hébergement « collaboratif », que l’on définit ainsi : « hébergement offert en location à court terme (31 jours consécutifs et moins) à des touristes en tout ou en partie (logement entier ou chambres) par l’occupant (propriétaire ou locataire) dans son lieu de résidence principale ».

Il semble donc qu’à Montréal, nous ayons été victimes à la fois du corporatisme hôtelier représenté par la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) et du manque de discernement qu’ont les élus et élues de Montréal dans ce dossier.

Qu’il faille encadrer ce type d’hébergement, je n’en disconviens pas. Les problèmes qu’il a pu causer du point de vue des logements locatifs dans plusieurs villes du monde sont démontrables. Mais nous ne parlons pas ici d’appartements ou de condos soustraits du parc locatif ni d’établissements d’hébergement touristique, mais bien de résidences principales, ce qu’on ne semble pas avoir compris à Montréal.

Contact avec les locaux

Faut-il encadrer le service d’hébergement du type Airbnb au prix de voir restreinte la jouissance du droit de propriété de sa résidence principale ? N’a-t-on pas le droit de recevoir chez soi, « dans ses affaires », qui l’on veut et pour la durée que l’on veut ? Et si ces visiteurs laissent une compensation au moment de partir, n’ont-ils pas la liberté de le faire en reconnaissance d’un séjour agréable « chez l’habitant » à un coût moindre au lieu de crécher dans une chambre d’hôtel ou une auberge sans réel contact humain et, bien souvent, hors de prix ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : du contact personnel avec des « locaux », des gens qui vivent leur ville au jour le jour et qui peuvent en jaser dans l’intimité d’un chez-soi confortable et accueillant. Combien d’amitiés réelles se sont liées entre hôtes et visiteurs étrangers ? Combien d’invitations lancées pour leur rendre la pareille dans leur pays d’origine, leur ville, leur chez-soi ?

Si cette offre d’hébergement collaboratif n’existait pas, à combien de touristes renoncerions-nous ? Quand ils ne le font pas par choix, certains visiteurs n’ont souvent pas les moyens de s’offrir un hébergement commercial parce qu’ils viennent de pays moins fortunés. Tous ces gens dépensent dans les commerces et lieux touristiques locaux, il ne faut pas l’oublier. Et tous ces gens retournent chez eux et font une publicité gratuite dans leur entourage.

Comme le fait l’arrondissement Ville-Marie, assimiler les résidences privées où l’on reçoit des visiteurs de passage à des « établissements d’hébergement touristique », selon les termes de la Loi sur les établissements d’hébergement touristique (LRQ c. E-14.2) me paraît injuste, restreint mon droit de jouissance de ma résidence principale, pour laquelle je paye déjà de lourdes taxes, et restreint indûment l’attrait touristique de la ville de Montréal auprès d’une clientèle touristique différente. S'il existait à Montréal une réglementation adaptée à l’hébergement collaboratif souple, abordable et sans limites territoriales, la plupart des hôtes Airbnb s’y conformeraient volontiers.

J’inviterais donc nos élus et élues de Montréal, et de l’arrondissement Ville-Marie en particulier, à s’inspirer de l’approche de la Ville de Québec et à refaire leurs devoirs dans ce dossier.