Pas de sorties scientifiques pour les élèves à la rentrée?

Les élèves de nombreuses écoles québécoises pourraient passer la prochaine année scolaire sans sorties ni activités éducatives scientifiques.
Photo: iStock Les élèves de nombreuses écoles québécoises pourraient passer la prochaine année scolaire sans sorties ni activités éducatives scientifiques.

Si rien n’est fait rapidement, les élèves de nombreuses écoles québécoises pourraient passer la prochaine année scolaire sans sorties ni activités éducatives scientifiques. Depuis le début de juin, et malgré une directive publiée par le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, un « flou » subsiste sur la question des frais afférents à facturer ou non aux parents des élèves pour ces sorties et activités. Le ministre et la Fédération des commissions scolaires du Québec se renvoient en vain la balle à ce sujet, et c’est ultimement une « table nationale » qui veillera à (re)définir la gratuité en milieu scolaire. Inutile de dire que les conclusions de cette table ne seront pas connues de sitôt…

L’Association des communicateurs scientifiques du Québec (ACS) et les organismes de culture scientifique déplorent la situation, car l’été est la période où les programmes se mettent en place dans les écoles et où les enseignants reçoivent le budget alloué aux activités pour l’année. Or, on apprenait récemment que des sorties culturelles sont annulées, selon le cri d’alerte lancé par des organismes culturels le 18 juin (RIDEAU, TUEJ et la SMQ), et des musées de sciences s’inquiètent avec raison : le Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier a perdu l’entente qu’il avait avec l’école secondaire locale et le Musée du Fjord, de son côté, craint de perdre la plupart de ses réservations scolaires et anticipe d’importantes pertes de revenus. De nombreux enseignants ont également manifesté leur regret de ne pouvoir renouveler leurs abonnements aux magazines scientifiques Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium, qu’ils utilisent pourtant abondamment en classe, et ce, par manque de précisions sur les budgets pour l’année scolaire à venir.

L’importance de la culture scientifique dans la société n’est pourtant plus à démontrer, et son acquisition est d’autant plus fondamentale chez les jeunes publics. Pour éveiller leur curiosité, certes, et parce que les activités de culture scientifique génèrent souvent l’étincelle à l’origine d’une carrière scientifique. Mais aussi et surtout pour que les jeunes comprennent le monde dans lequel ils grandissent et pour qu’ils apprennent à l’interroger. Si on apprend tôt le « comment » et le « pourquoi » des choses, si on est initié tôt au raisonnement scientifique, on développe un esprit critique, on prend des décisions éclairées et on devient un citoyen avisé.

Les organismes de culture scientifique contribuent directement à cet apprentissage. Dans un avis publié en 2013, le Conseil supérieur de l’enseignement rappelle leur rôle important pour « stimuler l’intérêt des élèves et soutenir les enseignants de science et de technologie » (p. 74). Le Conseil rappelle en outre que les organismes « ont déployé des efforts importants dans le contexte du renouveau pédagogique afin d’adapter leurs ressources et leurs services aux besoins des enseignants et aux exigences du programme de science et technologie » et souligne que ces efforts doivent être « encouragés » et « appuyés » (p. 74).

Il y a urgence d’agir, et c’est pourquoi l’ACS et les organismes de culture scientifique demandent aux commissions scolaires et au ministre Proulx de s’entendre rapidement sur des balises claires, afin de ne pas priver les élèves de sorties et d’activités scientifiques et de permettre aux organismes de jouer leur rôle fondamental de soutien pédagogique aux écoles. La culture scientifique, disait Fernand Seguin en 1988, « c’est la remise en question, c’est un regard neuf sur les choses sans prendre les résultats pour définitifs ». En d’autres termes, « c’est le sens de la liberté ». Si les décideurs et les autorités ministérielles ne s’entendent pas à court terme, ce sera une année gaspillée pour la transmission de cette liberté à nos enfants.

* Le conseil d’administration de l’Association des communicateurs scientifiques du Québec et autres signataires : Félix Maltais C.M., fondateur, Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium, membre émérite de l’Ordre de l’excellence en éducation ; Isabelle Vaillancourt, éditrice, Publications BLD ; Guylaine Simard, directrice générale, Musée du Fjord ; Jacques Kirouac, directeur général, Science pour tous ; Joël Leblanc, Zapiens Communication scientifique ; Martin et Stéphane Brouillard, Les Neurones atomiques.

3 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 11 juillet 2018 08 h 39

    Urgence?

    Pour qui? Les enfants? Les contrats? L'argent?

    Éduquer, instruire, éveiller la curiosité! Ça ne peut pas se faire en classe?

    Rester en classe et réveiller leurs curiosités avec des livres. Si, si! Des livres, ça va plus vite, ça ne perd pas sa configuration, ça résiste aux versionnement. En définitive, avec des livres, du papier et des crayons, vous perdez moins de temps (toujours à reconfigurer, à mettre à niveau) donc, perdez moins d'argent (les «serplusariens» coutent cher). Avec cet argent et celle des sorties, il y en aura pour faire l'achat de livres, de papier et de crayons.

    Urgence d'agir! Pour reprendre les mots de M. Seguin : «c’est la remise en question, c’est un regard neuf sur les choses sans prendre les résultats pour définitifs».

    Il faut remettre en question vos prétentions, car, quelle sont vos résultats?

    On peut apprendre en classe avec des livres, du papier et des crayons. Avoir un regard neuf, il faut en avoir, car les promesses (de la techno, par exemple) ça commence à faire vieux!

  • Christiane Gervais - Abonnée 11 juillet 2018 09 h 13

    Sciences et croyances

    S'il fallait que les enfants, intéressés par les sciences plus que par les croyances et autres gris-gris, se fassent critique des intégrismes de toutes sortes, où irait donc notre société bien-pensante?

    Seule une société de pleutres soustrait sa population, surtout les jeunes, à la découverte, dans le plaisir, des sciences.

  • Cyril Dionne - Abonné 11 juillet 2018 14 h 23

    Que voulez-vous?

    La culture scientifique n’a jamais eu le feu sacré à l’école. Bien oui, développer la curiosité chez les élèves en les initiant aux concepts des sciences pures et appliquées qui révolutionnent le monde n’est pas assez « gogauche » que de débattre du mode existentiel des sciences sociales (et combien plus difficile dans un environnement scolaire où tous passent et gagnent un trophée pour seulement être là). Nous entrons à la vitesse grand V dans une ère de « STEM » (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et le futur ne sera pas redevable à ceux qui n’ont pas les connaissances nécessaires pour comprendre le monde qui les entoure.

    Que voulez-vous? L’école en est encore à la 2e révolution industrielle et nous abordons de plein fouet la 4e de la robotique et de l’intelligence artificielle. La 3e révolution industrielle des TIC et d’une transition vers des énergies vertes, eh bien, l’école peine à en égratigner la surface. Mais ce n’est pas en nous lançant tête première dans une technologie complexe où les enseignants n’ont pas les connaissances et ne sont mêmes pas formés pour l’apprivoiser que nous allons réussir. C’est le paradigme même de l’ancienne école de Dewey qui doit être repensé. Apprendre entre quatre murs avec des livres, du papier et des crayons c’est bien beau, mais le monde est rendu ailleurs. N’en déplaise à nos puristes et à nos syndicats, l’école de demain n’est pas celle que l’on entrevoit aujourd’hui.