Quel avenir pour le marché Jean-Talon?

Il y a, au marché Jean-Talon, «plus de 410 stationnements souterrains payants en plus des parcomètres sur rue», rappelle l'auteur.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il y a, au marché Jean-Talon, «plus de 410 stationnements souterrains payants en plus des parcomètres sur rue», rappelle l'auteur.

Récemment, certains se sont inquiétés de l’avenir du marché Jean-Talon à Montréal, car nous allons aménager sous peu une nouvelle place publique face au Première Moisson aux abords de la rue Casgrain. Pour ce faire, nous devons retirer 10 espaces de stationnement. Pour ces raisons, certains ont même annoncé la mort du marché Jean-Talon. Mais qu’en est-il exactement, et d’où vient ce projet de place publique ?

Ce projet s’inscrit dans une démarche entamée il y a trois ans à l’initiative et avec la collaboration de la société de développement commercial (SDC) de la Petite-Italie–marché Jean-Talon, à laquelle s’est ajoutée la corporation des marchés publics de Montréal (MPM), gestion du marché Jean-Talon. L’idée de base était de créer un lien piéton stratégique commercial entre le marché et le boulevard Saint-Laurent. C’est dans cette perspective que nous avons mis en place, dès 2013, le projet temporaire de la place Shamrock avec comme objectif le développement d’un projet permanent.

Pour répondre adéquatement aux besoins des commerçants, résidents du quartier et clients, nous avons créé un comité des partenaires avec la SDC, MPM et des résidents et tenu 14 activités de consultation publique pendant toute l’année 2017. Plus de 1800 personnes, dont les commerçants, ont pu donner leur opinion sur la future place publique. Entre autres résultats, les gens désiraient une piétonnisation complète de la rue. Nous avons rejeté cette option afin de répondre aux besoins exprimés par les commerçants. Pour ces mêmes raisons, nous avons ajouté des espaces de stationnement dans le projet.

Lors de la présentation publique des plans préliminaires, au mois de mai 2017, nous avons proposé l’ajout d’une place publique face au Première Moisson, mais pour ce faire, nous devions obtenir l’accord de MPM, locataire du marché Jean-Talon. Après plusieurs mois de discussions et négociations, le conseil d’administration de MPM a accepté de céder l’espace à l’arrondissement. En contrepartie, l’arrondissement s’engage à entretenir le futur espace public et à ajouter deux espaces de livraison pour les commerçants et 10 espaces de stationnement gratuit 15 minutes pour la clientèle.

Malgré tout, certains craignent le pire pour le marché. Je comprends leurs craintes, sans toutefois les partager. On s’interroge sur la nature commerciale du marché, sur la piétonnisation, sur le nombre de stationnements, etc. Rappelons qu’il y a, sur le site du marché, plus de 410 stationnements souterrains payants en plus des parcomètres sur rue. Sur l’ensemble des heures d’ouverture du marché, seulement 30 % sont piétons afin de convenir aux besoins des grossistes.

Néanmoins, nous devons mieux connaître la situation réelle des activités commerciales au marché, plutôt que de discuter à partir de simples perceptions. Alors qu’une étude des Amis du marché Jean-Talon démontre que plus de 82 % des clients veulent une piétonnisation complète, nous croyons que cela viendrait nuire à plusieurs activités commerciales du marché. Il faut conserver un équilibre entre les deux types d’activités. Cependant, nous devons mieux planifier l’avenir du marché.

C’est pourquoi nous travaillerons sur un plan directeur du marché qui comprendra une étude de marché, une étude des besoins d’aménagement pour les activités commerciales, une étude de stationnement, et tout ça, en collaboration avec nos partenaires que sont la SDC et MPM. Il faut aussi trouver une solution rapide pour la construction de l’ascenseur au stationnement sur la rue Casgrain.

En attendant, chose certaine, malgré ce qu’on peut entendre, aucune autre place de stationnement ne sera retirée du marché, aucun autre espace ne sera utilisé pour aménager un espace public, et surtout, aucun commerce ne sera exproprié, la rue Casgrain ne sera pas fermée à la circulation, son stationnement sera toujours disponible et la piétonnisation ne sera pas étendue.

2 commentaires
  • Ysabelle Charest - Abonnée 5 juillet 2018 08 h 22

    Je ne comprends pas le sens de cette phrase...

    ‘’Sur l’ensemble des heures d’ouverture du marché, seulement 30 % sont piétons afin de convenir aux besoins des grossistes.’’

  • Jean Richard - Abonné 5 juillet 2018 09 h 14

    Un gros centre commercial

    Dans une ville idéale, un marché public devrait être un lieu de rencontre entre les producteurs et les résidents des quartiers où ces marchés sont établis. Ça suppose qu'un tel marché serait à l'échelle du quartier dans le cas d'une grande ville, et de la ville si celle-ci est petite. Ça suppose également que ce marché est très accessible pour les gens du quartier, à pieds, à bicyclette ou avec les transports collectifs.

    Le marché Jean-Talon répond-il à cette définition ?

    Transports collectifs : il est à distance de marche (10 minutes ou moins) d'au moins 4 lignes d'autobus et de 2 lignes de métro.

    À pieds : il est normalement accessible à deux nuances près. En hiver, les trottoirs mal conçus (en pente et non déglacés) deviennent hasardeux dès les premiers gels. En toutes saisons il y a des points chauds, peu sécuritaires pour les piétons. Un exemple : vous voulez vous rendre sur Saint-Laurent en passant par la Place Shamrock. À l'intersection de cette place et du boulevard, vous tombez sur une rue infranchissable, sans le moindre passage sécurisé pour les piétons. La circulation automobile y est monstrueuse, ininterrompue.

    À vélo : les jeunes sportifs s'en accommoderont mais pour les gens plus âgés qui aimeraient bien se déplacer sur deux roues, la forte et anarchique circulation automobile aux abords du marché est très dissuasive, en particulier les fins de semaine.

    Le marché Jean-Talon a trop longtemps misé sur l'accès en voiture, au détriment des autres modes de déplacement. Il est devenu un marché régional et non local. Il est aussi devenu un marché de commerçants et non de producteurs. C'est un centre commercial, devenu trop gros.

    Montréal compte plusieurs déserts alimentaires où la ville pourrait (devrait) aménager de petits marchés locaux. Il serait temps que le marché Jean-Talon essaime et que les marchés accessibles, à l'échelle des quartiers, soient une des solutions à son problème d'embonpoint. Car il est devenu un gros centre commer