Remplacer «client» par «élève»

L'année scolaire terminée, l'auteur fait quelques suggestions aux partis politique en campagne électorale sur l'éducation.
Photo: Aaron Burden Unsplash L'année scolaire terminée, l'auteur fait quelques suggestions aux partis politique en campagne électorale sur l'éducation.

Maintenant que l’année scolaire est terminée, je prends le temps de suggérer des idées aux différents partis politiques qui se répandront pendant toute la durée de la campagne électorale sur les bienfaits qu’ils considèrent comme essentiels à l’éducation, mais qui tombent trop souvent dans une vacuité absolue. Voici trois pistes de réflexion sur l’éducation à insérer dans le débat préélectoral, et à terme dans les programmes des divers partis politiques.

Ma première suggestion : rayer du discours en éducation le mot clientèle. Un mot est porteur de sens et par conséquent un mot sous-tend une idée. L’Office québécois de la langue française définit ainsi le mot clientèle : destinataire d’un bien ou d’un service dans une relation marchande où s’exerce une concurrence. L’école publique n’est pas en concurrence avec l’école publique. L’école privée, oui ! Il n’y a rien d’anodin dans l’utilisation du mot clientèle ; ça sent le néolibéralisme à plein nez. Il faudrait peut-être enfin sortir cette idéologie du monde scolaire. Est-ce que nos enfants sont des clients à l’école ? Non ! Ils sont des élèves. Ainsi, la scission est telle entre l’école publique et la population québécoise que certains entrepreneurs veulent se lancer dans la construction d’école. Vraiment ! Pas surprenant que l’on répète à qui mieux mieux le mot clientèle lorsque l’on parle d’un élève. On ne s’étonnera pas par la suite que l’école soit devenue un lieu de magasinage où il est pratiquement possible de choisir son parcours scolaire. […]

J’observe que l’on parle rarement de nos jeunes lorsque vient le temps de débattre d’éducation. On parle de programme, de conditions de travail, de services aux élèves, d’infrastructure, de nourriture, mais très rarement parle-t-on de nos jeunes. Et quand on en parle, c’est souvent pour parler des nôtres. Qu’en est-il des autres ? Des enfants de notre quartier ? Des enfants qui fréquentent le même milieu scolaire que le nôtre ? Des enfants des autres écoles de la ville ? Cette bienveillance dont on nous brûle les oreilles depuis quelque temps, je ne la perçois pas dans mon quartier, dans ma ville, dans ma province, dans mes écoles. Justement, j’ai davantage l’impression que s’installe un égoïsme perfide au sein de notre société à défaut d’une solidarité humaine où l’enfant de mon voisin serait tout aussi précieux que le mien. Deuxième suggestion pour les discours électoraux : mettre les enfants au coeur de l’éducation et non au centre d’une colonne de chiffres.

Troisième suggestion : prioriser l’éducation avant la diplomation. Il serait plus pertinent de parler de culture scolaire que de réussite scolaire. Concrètement, l’idée d’une culture scolaire donne naissance à une vision du monde scolaire, à un projet de société par lequel une civilisation se définit. Culture au sens de développement de l’esprit ; au sens de pierre angulaire de la structure d’un peuple. Le développement de cette culture scolaire est un tout et l’un des principaux desseins de l’État afin de corriger les disparités sociales et économiques grandissantes entre les classes sociales. Ce qu’il y a de pernicieux avec la seule volonté de la réussite scolaire et ses statistiques, c’est qu’elle nous rappelle les dérives de la privatisation des services, mais, pire encore, du mode de fonctionnement qu’utilise le privé dans les sphères de l’éducation comme une « méthode » pour arriver à diplômer les élèves, disait avec justesse Lise Bissonnette.

[…]

5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 4 juillet 2018 02 h 39

    Le but d'une éducation est le développement de citoyens avec un esprit critique.

    Bravo, monsieur Francis Charlebois, pour un article pertinent et lucide. Vous avez absolument raison qu'il faudrait évacuer le mot «client» du vocabulaire de l'école et de le substituer par le mot «élève.» En effet, le monde des affaires voudrait commercialiser chaque aspect de notre vie, incluant l'école. Au lieu d'enseigner »la citoyenneté» et le «devoir,» une vision solidaire de la société, ils veulent que l'école se comporte comme une usine qui ressort des élèves conformistes au statu-quo, qui puissent servir les intérêts des entrepreneurs. Vous avez raison de dire que cette idéologie sème le néolibéralisme crasse.
    Ce que l'école doit faire est de produire des personnes instruites avec une connaissance de l'histoire, de la littérature et de l'humanisme, avec un esprit critique qui peut comprendre la différence entre la propagande et les faits scientifiques.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 juillet 2018 08 h 43

      Je suis bien d'accord avec vous et M. Charlebois que les élèves devraient être au coeur des décisions en education.

      Dans un monde idéal dépeuplé d'enfants rois et de parents rois, on peut philosopher avec les mots et les dépolitiser. Mais ce sont ces derniers qui vous ramèneront et les politiciens à la réalité scolaire. Combien de fois a-t-on entendu la phrase suivante d'un parent:"mon enfant est un génie et donc l'échec est inconcevable pour lui." Tous maintenant doivent réussir sans travailler et si c'est pas le cas, c'est le pédagogue qui est fautif ou bien la pédagogie qui laisse à désirer. Pour les diplômes, ce sont les mêmes qui exigeront d'en avoir. En fait de préparation à la réalité, le parcours scolaire d'un élève laisse souvent à désirer. C'est pour cela que plusieurs éprouvent beaucoup de difficultés lorsqu'ils sont confrontés à l'élément de compétition que l'on entrevoit par exemple, dans les universités.

      Nous entrons présentement dans l'ère de la 4e révolution industrielle et les jeunes ne sont pas prèparés aux défis que celle-ci représente. Le réveil risque d'être brusque et brutale.

      En fait de valeurs humanistes, celle-ci devraient être inculquées à la maison en premier lieu. L'école ne fait que prendre le relais de la maison. Elle n'elève pas les enfants, elle les éduque en développant leurs facultés émotionnelles, sociales et cognitives.

    • Jean Richard - Abonné 5 juillet 2018 09 h 56

      « avec un esprit critique qui peut comprendre la différence entre la propagande et les faits scientifiques »

      L'éducation à la culture scientifique ? La tâche est colossale, et d'autant plus colossale que les adultes peuvent difficilement enseigner aux plus jeunes ce qu'ils n'ont pas appris eux-mêmes. La tâche est d'autant plus colossale que nous sommes confrontés à deux problèmes qui ne seront jamais résolus si on refuse de faire la remise en question de notre mode de vie.

      Ces deux problèmes : l'asservissement de la société à la technologie et, bien sûr, l'environnement, perturbé par un population humaine croissante, et surtout par un système économique qui fait fi des conséquences à long et moyen terme de son mode de fonctionnement.

      La technologie – Le refus de l'évolution technologique, attitude qui ne rejoint qu'un infime minorité à la recherche de la bonne conscience, n'est pas une solution. Elle s'apparente trop à une vieille vision morale des choses, où il y a des anges et des démons (et la technologie devient le démon). À l'autre extrême, fermer les yeux sur l'impact de la technologie sur l'humain, sur la société, sur la culture, pourrait nous plonger dans un état d'esclavage où les maîtres font partie de la minorité qui maîtrise cette technologie.

      L'environnement – Ici, on assiste à une dérive inquiétante. Par exemple, en matière de changements climatiques, on a d'un côté le discours négationiste auquel s'alimente une certaine droite politique, et de l'autre, un discours apocalyptique, récupéré lui aussi, par le milieu politique, le second étant tout aussi inquiétant que le premier car il a ouvert la porte à la récupération économique. Les deux positions servent on ne peut mieux la cause du néolibéralisme.

      Amener les enfants à développer l'esprit critique ne sera pas facile car l'esprit critique n'est pas très à la mode.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 4 juillet 2018 05 h 33

    « ÉLÉVACTION » TOUT AU LONG DE LA VIE

    Je signe monsieur Charlebois.
    Et j'insisterais sur l'importance qu'au Québec l'éducation devrait être « structurelle » c'est-à-dire que l'apprentisSage se fait tout au long de la vie et tous les milieux, incluant celui du travail, sont responsables de donner les conditions favorables à l'élèvAction continu.

  • Jean-François Laferté - Abonné 4 juillet 2018 09 h 17

    Pour continuer la discussion...

    Bonjour,

    Tiré de l’Actualité,2014:

    https://lactualite.com/societe/2014/04/10/education-la-finlande-premiere-de-classe/

    Jean-François Laferté
    retraité de l’éducation
    Terrebonne